S. — S, devant une consonne, à l'intérieur des
DU Xl^ A LA FIN DU XV*"^ SIÈCLli 155
mots, s'éteint et disparaît dans la prononciation, quoiqu'elle soit longtemps conservée par l'orthographe.
Ce changement semble avoir commencé dès le xi*^ siècle, devant les consonnes sonores, et s'être continué au xii^ et au xiii® devant les consonnes sourdes.
Alors, la révolution est achevée : Ts dans cette position s'est éteinte dans tous les mots de la langue populaire. La langue savante se soumettra parfois à Faction de la langue parlée, le plus souvent s'y opposera, et maintiendra ou fera pénétrer dans l'usage général des mots présentant le groupe s -f- consonne.. Mais cette prononciation ne sera qu'artificielle. Nous voyons au XVI® siècle l'espagnol, et surtout l'italien, aider à la propagation de ce groupe qui avait été détruit dans la langue populaire.
L's, en tombant, altère parfois la voyelle précédente. Si celle-ci est accentuée, elle s'allonge, et les timbres de à, é, ô deviennent à, é, 6. Ainsi sont nés l'a de pdques prononcé jadis pasque, l'ô de côte^ Jiôte^ qui étaient à l'origine cÔste, hôste ; et l'è de tête, fête, plus anciennement teste, fêste. Les voyelles atones ne changent pas, comme nous pouvons le voir dans escrire, écrire; esté, été] costel, coteau-, 'posterne, poterne, à moins qu'elles ne subissent l'influence de mots où elles soient accentuées : ainsi, d'après hâte, on prononce hôtel, tandis qu'on distingue cote et coteau.
ni. Influence de R et des nasales sur les voyelles précédentes.
103. R. — Nous avons vu § 50 et 57 que a, é, é entravés se maintenaient en roman, soit comme toniques, soit comme atones. Or, entre le xiv® et le XVI® siècle, r suivie d'une consonne a exercé souvent une action sur l'a ou l'e précédent et les a fait se substituer l'un à l'autre. C'est ainsi que l'on a eu d'une part asperge, cher (plus tard chair)^ gerbe, gerce[il), etc., pour asparge, cJiar^ jarhe, jarce, et d'autre part boulevar[d], harceler, hargne pour boulever, herceler, hergne. On
peut ranger ici larme de l^crima devenu lairnie, lerme^ puis larme. La prononciation actuelle populaire Mont" mertre^ Montpernasse^ errière est due à la même action. Cette action pouvait s'exercer aussi, mais plus rarement, sur a et e non entravés.
104. Nasalisation des voyelles par N mouillée. — On a vu précédemment (§ 90, 91, 92) la transformation des voyelles a, e, o en nasales, sous l'influence d'une n suivante, médiale, finale ou en groupe. Les modifications des voyelles, sous l'influence de l'n, c'est-à-dire de n suivie d'un i en hiatus ou d'une consonne dégageant un yod, sont semblables à celle que produit l'n simple. La voyelle pure devient nasale : par exemple, l'a dans Hispania, Espaf^ne ; prononcez Espâne. Mais l'n pouvait dégager un yod palatal qui faisait corps avec la voyelle. Hispania devenait ainsi Espaigne (Roland), qu'il faut prononcer Espâine, De même araigne, aragne de aranea, ligne de l|nea, etc. ^ .
La nasale mouillée pouvait se trouver à la fin des mots, mais jamais devant une consonne. On disait : je plaign (ou plaing) : plan ou plâln ; mais il plaint : plaint. Dès le XIII® siècle, ii finale est devenue n simple : loin, besoin, notés loing, besoing, sont devenus /om, besoin ^, Voilà pourquoi nous disons bain, malgré baigner. L'ancienne notation est restée dans coings parpaing, poing, etc.