‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 52 sur 57 · DU XVI® SIÈCLE JUSQU A NOS JOURS 1G · texte numérisé non relu

DU XVI® SIÈCLE JUSQU A NOS JOURS 1G

d'une n : chatai-gne^ montaî-gne ont été prononcés désormais chatai-gne, montai-gne (puis monta~gne)

Section II. — Histoire des consonnes,

120. Consonnes simples. — Au xvii^ siècle, r double est réduite dans la prononciation à r simple^. Auxviii®, r palatale ou grasseyée se substitue à l'ancienne r alvéolaire (§34), usitée encore aujourd'hui dans le chant et la déclamation, et conservée également dans certaines provinces.

La prononciation actuelle de l'ancienne 1 mouillée (§ 36, 1°) est signalée dès la fin du xvii® siècle comme vulgaire; elle n'a triomphé que récemment de Topposi tion des puristes.

L'h aspirée devient muette.

Les consonnes finales qu'on prononçait au xii® et au xiii® siècle (§ 100) étaient encore distinctes au xvi®, toutes les fois qu'elles n'étaient pas immédiatement suivies d'un mot commençant par une consonne. On les prononçait, non seulement avant les voyelles, en changeant S (sourde) en z (s sonore) ou f en v, mais encore avant toute pause du discours. C'est la règle observée aujourd'hui pour le pronom-adjectif tous et les noms de nombre cinq, six, sept, huit, neuf, dix :

tou[s) deux touz' ensemble venez tous

les /2et^(f), preux neu^-heures hui-t, neu-f, dix

Le XVI® siècle prononçait : tnu deu^s, le neu preu-s, neuv eure-s ; Clémà Marô-t, Charte Quint ^ etc. L'r se faisait toujours entendre, même avant une consonne. Au XVII® siècle, on commença à prononcer presque tous les mots isolés ou précédant une ponctuation comme on les prononçait avant les consonnes initiales. La plupart des consonnes finales ne se maintinrent plus que devant les

1. i?r a reparu sous l'influence savante dans des mots comrne horreury horrible, terreur^ terrible^ et aussi dans le futur courrai,

voyelles, dans les cas bien connus de liaison, R finale eut une destinée semblable : même cette consonne cessa momentanément de se faire entendre dans bien des cas où nous la prononçons aujourd'hui, par exemple dans les infinitifs en -ir et en -oir de la 2^ et de la 3® conjugaison. »

De nos Jours, la tradition des liaisons n'est plus guère observée dans toute sa rigueur qu'en vers. La langue familière et populaire favorise décidément l'hiatus et s'abstient de plus en plus de prononcer devant les voyelles les consonnes qui sont devenues muettes à la pause. En revanche, sous l'influence de la lecture et de l'orthographe ou de quelque analogie, on a parfois rétabli des consonnes finales qui avaient cessé d'être prononcées. Nous en avons un exemple dans le nom des Etats-Unis^ qu'on prononçait au siècle dernier les Eta-Unis. La fréquence de tel ou tel mot dans l'usage commun ou celui des savants, avant des voyelles ou des consonnes ou à la pause, la date de cet usage, diverses associations d'idées ont, dans le cours des temps, fait prédominer tantôt la terminaison en voyelle, tantôt la terminaison en consonne, de sorte qu'il est impossible de formuler des règles valables pour tous îès cas, ou du moins ne laissant place qu'à un très petit nombre d'exceptions.

121. Groupes de consonnes. — Pour les groupes de consonnes, il est à remarquer qu'ils deviennent de plus en plus nombreux par suite de la chute de l'e féminin dans l'intérieur des mots. On se trouve en présence de )encontres de consonnes qui nous ramènent en quelque sorte à l'origine de la langue : ainsi caleçon prononcé calçon nous reporte au temps où al n'était pas encore Tocalisé devant une consonne; dv dans nous d[e)i>ons, Iv dans nous /(e)(^ow5, pt dans p{e)tit/wmme, etc., sont des groupes que le roman et l'ancien français n'auraient point tolérés et auraient ramenés à une consonne simple

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