Noms cardinaux. — 378. Noms ordinaux
Gomme pour les noms substantifs, nous avons dû faire de la syntaxe à propos de la morphologie clés noms de nombre. Aussi aurons-nous peu d'observations à ajouter ici.
377. Noms cardinaux. — I. Nous avons vu {§ 136, Observations générales] que, dans les nombres formés par addition, les divers éléments composants étaient, à l'origine, réunis par la conjonction et qui n'a disparu définitivement qu'au xviil^ siècle, sauf devant un : vingt et un, trente et un, etc., soixante et onze et dans quelques expressions consacrées.
II. Les noms cardinaux ne varient pas au pluriel : Trois un de suite font 111.
Cependant vingt, cent et mille présentent quelques particularités :
Vingt et cent multipliés par un nombre précédent prenaient régulièrement Vs du pluriel dans l'ancienne langue comme dans la moderne : quatre-vingts, trois cents. Jusqu'au xvm^ siècle, cet accord était admis alors même que vingt et cent étaient suivis par addition d'un autre nom de nombre : Une armée de trois cens mille hommes (La Bruy. I, 370). Les éditions du Dictionnaire de l'Académie de 1762 et de' 1798 écrivent encore neuf cents mille. Pourquoi les grammairiens du xviii® siècle ont-ils supprimé ici l'accord et institué une règle condamnée non seulement par la tradition de la langue, mais encore par la logique? Sans doute ils ont considéré le nombre total comme formant une unité propre indiquée par la chute de la conjonction et. Ce point de
vue était faux : trois cent quatre ressemble, pour la construction, à trois maisons, quatre jardins, et, par suite, l'on a eu raison de revenir à l'ancienne règle d'accord et d'autoriser désormais à écrire quatre vingts dix, quatre cents trente.
Mille. Nous avons vu (§ 136, 4°) que l'ancienne langue distinguait mil, (singulier) de mille (pluriel) : od mil de mes fedeilz (Roi. v. 84), vint mille homes fv. 13). Mil s'est maintenu dans la numération des années parce qu'on a toujours eu affaire à un singulier. Ailleurs le pluriel l'a emporté, parce qu'il était beaucoup plus fréquent. — Mille est, nous lavons dit aussi (§ 153), le seul débris des quelques pluriels neutres de l'ancienne langue; aussi est-il resté invariable, sauf quand il. est employé comme nom substantif : Trois milles d'Angleterre. Pourtant il n'est pas rare de rencontrer mille avec le signe du pluriel dans l'ancienne langue : Nos ferons uissiers (vaisseaux) a passer quatre milles et cinc cens clievaus (Villeh., 21). De même les grammairiens du xviie siècle signalent la tendance qu'on avait de leur temps à faire varier mille, surtout devant un substantif commençant par une voyelle.
III. En ancien français un nom de nombre formé de l'unité et d'un nombre supérieur comme vingt et un n'imposait pas au substantif qu'il déterminait l'accord avec le total : Trente un an regnad en Jérusalem [Livres des Rois, p. 422). Vingt et un an tôt accompliz aveit [Chron. des d. de ISorm., 39271]. Tel était l'usage au XVI® siècle; Palsgrave pose qu'il faut écrire vingt et un homme. Au xvii® siècle, il y a hésitation : d'une part, on conserve le singulier pour des évaluations de prix et de temps : vingt et un écu, vingt et une semaine ; mais le pluriel est admis dans les ;iutres cas : vingt et un chevaux, vingt et un volumes'. Depuis, l'union entre les
1. Vaugelas (I, 246) dit que la cour hésite parce qu'elle dit vingt et un an et vingt et un chevaux. On ne s'aperccTait pas qu'on écrivait à tort an parce que dans la prononciation ans n en différait pas. L'Académie consullée se déclara pour vingt et un an accomplis''
NOMS DE NOMBRE
deux parties composanl le nombre est devenue intime, et le substantif s'accorde avec la totalité. Le français moderne a résolu la question laissée indécise au xvii® siècle et ne considère plus le nom de nombre composé que comme un nom simple.
IV. En latin, pour exprimer un nombre considérable indéterminé, on se servait de centum, de mille, et le plus souvent de sexcenti (six cents). La langue populaire employait aussi quingenti (cinq cents). C'est sans doute à ce dernier emploi que remonte l'expression indéterminée si fréquente dans l'ancien français, cinc cenzK II employait aussi cent et mille. La langue moderne a ajouté million qu'elle multiplie quelquefois par mille dans les jurons : Mille millions de tonnerres !
378. Noms ordinaux. — I. L'ancienne langue ignorait à peu près complètement l'emploi du cardinal pour l'ordinal. On ne le rencontre guère que pour la désignation des dates. L'usage de lire les nombres ordinaux comme ils étaient écrits étendit cet emploi, qui triompha définitivement à la fin du xvii« siècle pour la mention des pages, des quantièmes, des séries de personnages, etc. Corneille dit encore : le neuvième de janvier; La Bruyère : Henri second, Louis onzième. Ces emplois ont disparu, sauf pour premier : Henri premier, tome premier, po^e première (à côté pourtant de tome un, page un). Tiers, quart sont encore très vivants au xvii^ siècle.
11. Sur vingt quatrième pour vingtième quatrième^ 7oir § 137, 10.
1. Il faut noter aussi l'etnploi en ancien français de tant considéré comme un substaritif et précédé d'un nombre cardinal quelconque : deux, trois, cent tanz que nuls ne pourrait dire « deux, trois, cent fois plus qu'on ne pourrait le dire ».
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