‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 20 sur 50 · Qui, que. — Le pronom relatif est accentué ou atone · texte numérisé non relu

Qui, que. — Le pronom relatif est accentué ou atone

I. Atone, il est, au sujet, qui : L'homme qui est venu ; au régime direct, que : L' homme que fai vu.

Il se rapporte toujours à un antécédent exprimé, substantif ou pronom, : Ces? Pierre, c'est mon ami qui vient. C'est moi qui l'ai fait. Je M aperçois qui vient. Je la (^0/5 qui s'avance. Il est., le voilà, dans la chambre, qui attend. On voit par ces exemples que le pronom qui n'a le pronom atone comme antécédent qu'à la troisième personne. Cependant, en modifiant légèrement la proposition précédente, on dira : Vous êtes ici plusieurs qui m'attendez. Nous sommes deux voyageurs qui vaquons à nos affaires. Ici le relatif se rapporte aux pronoms atones vous, nous, sujets d'une proposition principale.

L'antécédent de qui peut encore être un pronom démonstratif : Celui qui règne dans les deux. Je sais ce qu'zY e« est-, — un pronom relatif ou interrogatif : Quoi que vous écriviez; ^\x! avez-vous qui vous trouble? — un adjectif ou un participe pris comme prédicat : Infortunés que nous sommes ! Arrivé qu'z7 fut, il se mit à la besogne.

Jusqu'au xvii® siècle, l'antécédent pouvait être aussi une proposition entière : Je me sens obligé de découvrir un mystère de votre conduite, que fay promis il y a longtemps (Pascal, Prov. 260). Je ne veux pas surpasser la mère de Chantai, qui seroit proprement vouloir aller par delà paradis (Sév. VII, 217). Elle jure par le Styx, qui est le plus grand et le plus terrible jurement des Dieux (Rac. VI, 101).

{Je) ne le verrai, que je crois, de ma vie,

(Rac. II, 217)

La langue actuelle exige que la proposition antécédente soit résumée par le démonstratif neutre ce; mais l'an-

cienne construction a survécu dans qui plus est, qui mieux est, qui pis est, que Je sache * .

II. Accentué, le pronom relatif est adjectif avec antécédent, et substantif sans antécédent. L'usage actuel continue, en le restreignant, l'ancien usage qui déclinait qui accentué, comme il suit :

Sujet qui (l'homme qui est venu) ;

Régime indirect cui (l'homme cui je parle);

Régime direct cui et que (l'homme cui ou que j'ai vu); ou en considérant qui comme substantif, c'est à dire sans antécédent: Qui vivra, verra. Cui vous parlez, vous écoutera. Gui vous aimez vous aimera. Dans le cours du moyen âge, la prononciation confondit les formes cui et qui, et il ne subsista que qui.

Ce pronom accentué qui s'emploie, dans la langue actuelle aussi bien qu'en ancien français, comme substantif au sujet : Qui vivra, verra. Qui m'aime, me suive. Toutefois cet emploi ne se rencontre plus guère que dans des expressions toutes faites. Par suite, au sujet, nous ne distinguons pas du pronom relatif atone le pronom relatif accentué.

Au régime indirect, qui est employé comme adjectif après une préposition : t ho?nme à qui je parle ; Vliomme de qui je me plains. Mais la langue actuelle n'autorise cet emploi que lorsque l'antécédent est un nom d'être animé ou un nom de chose personnifiée. Ainsi, il ne paraît plus correct de dire : La chose à qui vous devez faire attention, le point sur qui il faut réflé^ cliir. Il n'en était pas de même jusqu'au xvii® siècle : Et n oubliez rien, s'il vous plaît, de ces tendres paroles, de ces douces prières, et de ces caresses touchantes à qui

1. En moyen français et au xvii* siècle, on trouve fréquemment, par suite d'une confusion phonétique entre ces deux mots, qui ■pour qu il devant une consonne : Et suis esmerueillé, qui ne se soit encore trouve?- roy, ni prince, ni seigneur (Des Périers, Noue. Récr. II, 291). // faut accepter et recevoir ce qui luiplaît de l'ous donner (Sév. X, 63). Vous avez la plus fertile imagination qui soi: possible de concevoir (La Bruy., II, 515).

je suis persuadé qu'on ne saurait rien refuser (Mol., VII, 160). La règle de Vaugelas, attribuant qui seulement aux personnes et aux choses personnifiées, a triomphé presque définitivement au xviii® siècle. Quand l'antécédent est un nom de chose, on emploie lequel et dont. Encore l'emploi de qui avec un nom de personne pour antécédent tend-il à se restreindre de plus en plus, Vaugelas conseillait de dire : J'ay envoyé un courrier exprès au retour duquel je verray et non au retour de qui. Au XVII® siècle déjà, dont et duquel étaient, dans tous les cas, non moins usités que de qui^ et de nos jours auquel^ par lequel^ sur lequel sont souvent substitués à â qui, par qui, sur qui. Nous écrivons indifféremment : L'enfant à qui et auquel tout cède sera malheureux.

Comme régime indirect et comme régime direct, la langue emploie encore régulièrement qui comme substantif : Je sais qui /e choisirai. Je n ignore pas à qui j'ai affaire. Dans ce cas, qui peut être régime du premier verbe et sujet du second : Aimez qui vous aime. Je m'en rapporte à qui veut bien entendre, ou régime des deux verbes : Je ne sais qui vous voulez dire. Vous trouverez a qui parler.

Notons enfin trois emplois archaïques de qui.

1° Répété en tête de deux propositions coordonnées et consécutives, il avait et a encore, mais dans une moindre mesure que dans l'ancienne langue, le sens de les uns... les autres^ : Les médecins ont raisonné là-dessus comme il faut, et ilsnont pas manqué de dire que cela procédoit, qui du cerveau, qui des entrailles, qui de la rate, qui du foie (Mol., VI, 95).

2° Jusqu'au xvii® siècle, qui suivi d'un verbe à la 3« personne du singulier pouvait avoir le sens de si on. Les exemples de cette tournure, dont la perte est regret-

1. La comparaison avec les autres langues romanes porterait à établir que qui a ici une valeur interrogative. Toutefois cette construction reste obscure et une explication satisf.^isante n'en a pas encore cté donnée.

table, pullulent dans nos auteurs. Elle nous est restée dans comme qui dirait^ et aussi dans le proverbe : Tout vient à point qui sait attendre^ changé par une déformation moderne en Tout... à qui sait attendre.

3® Très fréquemment dans l'ancienne langue, on rencontre deux propositions relatives se suivant et où le premier relatif est complément, le second peut être sujet : Ce que je crois qui ne plais t mie a Dieu (Joinv., 22). Celuy que L'on lui a dit qui lui faisoit la villanie (^Les quinze foyes du mariage, p. 76). Cette construction est continuelle chez nos grands écrivains : Cinq propositions équivoques qa'on doutoit qui s'y trouvassent (Racine, IV, 486). Cette Madame Quintin que nous vous disions qui vous ressembloit (Sév. ,11, 289j . J'ai reçu le traité de Mouron que je crois (jui sera très avantageux (La Rochef. , III, 38). // s'est fait valoir par des vertus qvi'il assuroit fort sérieusement qui étoient en lui (La Bruy., I, 336). Encore au xviiie siècle : Voici cette épitre de Corneille qu'on prétend qui lui attira tant d'ennemis (Volt., Commentaire sur V Excuse à Ariste) *. Cette construction, pourtant commode, a • disparu pour le cas où le second pronom est sujet ; elle a subsisté quand ce dernier est complément : Les fautes que f ai supposé qu'il ferait. L'exemple suivant de Joinville ;665i : Pour l'amour que il orent vene que li rois m'avoit moustree, nous prouve que 1 on a affaire à deux pronoms relatifs et que cette construction est différente de la suivante, où que dans la deuxième proposition est une conjonction : La maison dont je sais que vous êtes p ropriéta ire .

411. Quoi. — Nous avons vu (§ 211) que quoi, v. fr. queid, quel, tiré de Tinterrogatif latin quid, avait passé en français au rôle de relatif, aussi bien qu'à celui d'interrogatif. Comme relatif, il s'employait quelquefois en ancien français, très souvent à partir du xiv^ siècle,

1. Au lieu de qui, on rencontre souvent que il : Uns Alemans qn6 on disait qu'il ai^oit esté... (Joinv., 96). Cette construction existait encore au xvii' siècle.

comme régime de prépositions et représentant des noms de choses. Au xvii® siècle, il était d'un usage constant : Tous ces millions de quoi l Italie est la receleuse (La Rochef. , II, 441). La principale chose à quoi je me suis attaché (Rac, II, 473). M. de Longuei-ille . . . ouvre la barricade derrière quoi ils étoient retranchés (Sév., III, 135). Les choses avec quoi il est permis de faire fond (La Bruy. I, 374). L'emploi de quoi avec un nom de personne comme antécédent était plus rare : Li dus de Bourgoigne de quoi je vous ai parlé (Joinv. 559). Les Esseniens de quay parle Pline (Mont. II, 8).

Dans la langue actuelle, quoi ne s'emploie plus guère avec un antécédent que si cet antécédent est un nom indéterminé comme chose, rien, ce : Il nest rien à quoi je ne me soumette. C'est en quoi vous vous trompez. Hors de ce cas, quoi s'emploie absolument : Il n a pas de quoi payer. Obéissez, moyennant quoi on vous pardonnera.

412. Lequel. — Le pronom composé lequel paraît inconnu au plus ancien français. Il semble être entré dans l'usage vers le xiii« siècle; son domaine s'étendit singulièrement du xiv*^ au xv«, pour se restreindre de plus en plus jusqu'à nos jours.

Ce développement se fit naturellement aux dépens de qui et de quoi : Et la royne sa femme^ laquelle estoit de la maison d'Anjou fCommynes, 493). Car il y alloit a la réputation, laquelle les courtisans ne peuvent bonnement desguiser (Des Pér., II, 189). Les troys aultres le suy-

virent excepté Eudemon duquel le cheval s enfonça le

pied droict (Rabel. I, 137). Encore au xvii« siècle, bien que la tournure semble vieillir : // n'y avoit que ceux de cette famille lesquels /?MS5e/z? exercer la sacrificature (Rac. lîl, 591). Je navois point lu celle (lettre) qui parle de Monsieur du Daugnion l'humeur duquel je trouve fort extravagante et son procédé insolent (La Rochef., III, 73). L'éloquence (est) un don de l'âme, lequel nous rend maîtres du cœur des autres (La Bruy., I, 143).

L'influence des études latines, de plus en plus pré-

STNTAXB

pondérante, à partir du xiv^ siècle, amena, en outre, des emplois plus particuliers de lequel :

1° Avec un participe présent ou parfait, il formait une proposition absolue, correspondant à l'ablatif absolu des Latins :

Lesquels entrez dedans la maison grande De leur Seigneur, en brief dire leur vient.

(Marot, 52)

2° Entre une préposition et un infinitif : Pour laquel guerre apaisier (Joinv., 681). Pareil exemple avons-nous de Tite L'ive, pour lequel voir et ouïr (Rabel., II, 18).

3° Il introduisait une proposition subordonnée commençant par n'importe quelle conjonction : Et tenoient ladicte ville An'^uerran de Bournonville et un che~

valier... lesquels pour ce qu'ils avaient tenu la ville contre le Roy... la ville fut pillée (A. Chartier, Hi>^r. de Ch. VII, 29, 19). Quelques formes pénibles, lesquelles, pourveu qu'on oublie par discrétion, non pas par erreur, on n'en a pas moins de grâce (Mont., I, 13).

La plupart de ces constructions se retrouvent encore çà et là au xvii^ siècle.

L'usage actuel a restreint l'emploi de lequel aux cas suivants :

1° Après une préposition, surtout quand il se rapporte à un nom de chose : la table sur laquelle y'éc/v'?.

2° Pour le génitif d'un nom régi par une préposition : Vhomme à la recherche duquel il court. L ancienne langue, nous le verrons, employait volontiers d.ont dans ce cas.

3° Pour éviter une équivoque : V homme qui m' a parlé de cette affaire, lequel est

4° Comme adjectif attribut d'un substantif : Dix mille francs, laquelle somme vous sera remise. Cet emploi, très fréquent au xviie siècle, tend à vieillir. Nous disons plus volontiers somme qui. De même, au lieu de dire comme La Rochefoucauld : après lequel temps on

lui baillera un passe-port (III, 104), nous dirions : et après ce temps; de même, au lieu de \ jusques a mer" credi auquel jour il doit partir (III, 116), nous dirions : jour quil doit partir ou jour où il... etc.

413. Dont. — Ce pronom, tiré du latin deunde, est, d'après son étymologie, un adverbe de lieu signifiant « d'où, de quel endroit ». Il avait conservé cette valeur adverbiale dans l'ancienne langue : Fist David a lui : Ki ez tu ? Dont vienz e u vas? [Quatre L. Rois, 115). Il l'a gardée jusqu'au xvii® siècle :

Et du mont Quirinal et du mont Aventin Dont il Cauroit vu faire une horrible descente.

(Corn. V, 579)

Rentre dans le néant, dont je t'ai fait sortir.

(Rac. II, 503)

Deux Pères de l Eglise dont sa seconde proposition étoit tirée (Id., IV, 464). Toutefois Vaugelas et l'Académie n'en autorisaient plus l'emploi que pour marquer la descendance, l'origine : la race, la maison dontye sors. Dans les autres cas, ils exigeaient que do/it fût remplacé par d'oii : Le pays d'où je reviens. La maison d'oii je sors est peu habitée. Tel est l'usage actuel.

Cette valeur adverbiale se retrouve dans le fréquent emploi de dont en ancien français pour exprimer un rapport de cause : // tomba malade, dont tost après il mourut (Gommynes, 469), Au bout de quelque temps, vint encore ung autre advertissement... Boni le gouverneur, bruslant de V amour de son maistre, luy demanda congé de le chasser [Heptam., II, 96).

Autour de moy je ne vey que les boys : Dont maintefois Vappellay : Pierre, Pierre.

(Marot, I, 129).

D'autre part, dès l'origine de la langue, on voit don employé avec la valeur d'un pronom relatif et servant à

exprimer tous les rapports marqués au moyen de la préposition de :

// //' enortei, Ô-Otïtlei nonquechielt, Qiied elle fuiet lo nom chrisiiien.

[Eulalie, V. 13).

Tanl i aurai de besanz esmerez Dont bien porrez voz soldeiers loer.

{Bol. V. 132).

Le blanc osberc dont la maile est menue.

(Id. T. 1329).

Dont servait même à marquer d'autres rapports que nous exprimons par les diverses prépositions; nous trouvons encore au xyii^ siècle des traces de cette liberté : L'inquiétude dont vous m'écrivez nest pas une petite marque de votre amitié (Corn., X, 478]. Ils ont mis du canon sur les hauteurs, dont ils ont rasé les deux tours (La Rochef. III, 175j. Les Religieuses lui parloient avec tout le sens froid et la gravité dont un arche véquc auroit dû parler (Rac. IV, 579). Certaines couleurs changeantes., et qui sont diverses selon les divers jours dont on les regarde (La Rruy. I, 298).

Enfin, d'après l'usage actuel, dont ne peut être complément d'un nom précédé lui-même d'une préposition; nous disons : l' homme à la réputation duquel vous voulez nuire., et non V homme dont à la réputation vous voulez nuire ni : Vhomme dont vous voulez nuire à la réputation. Il n'en était pas de même, encore au XVII® siècle :

Il est des nœuds secrets, il est des sympathies Sont par le doux rapport les âmes assorties S attachent lune à C autre.

(Corn. ^^ 444).

Je ne vous les donne point dans le même ordre que je vous ai donné le Cid et Pompée, dont en Vun vous avez vu les vers espagnols et en C autre les latins (Id. IV, 132).

L'objet de votre amour, lui, dont à la maison Votre imposture enlève un puissant héritage.

(Mol. I, 430).

414. Où. — Gomme dont, le jjronom ou (latin ubi) est d'origine adverbiale. Et, de fait, la langue actuelle ne l'emploie guère qu'avec sa signification étymologique : r endroit OVLJe vais, d'où je viens, par oùye passe, jusqu'où je puis aller ^ .

L'emploi de où jusqu'au xvii* siècle était beaucoup plus étendu :

1^ Il se disait aussi bien des personnes que des choses :

Fors seulement Bertain ou tant a de beauté.

[Berte, v. 1616.)

// aymoit une dame ou jamais n'avoit pensé {Jtieptam. , II, 51). Voilà la doctrine de Vasquez où vous renvoyez vos lecteurs pour leur édification (Pascal, Prov., Xli). Ce fils où mon espoir se fonde (Mol., I, 198). Les Egyptiens sont les premiers où Von ait su les règles du gouvernement (Boss., Hist. un., III, II). // a trois ou quatre fils où son cœur s'intéresse bien tendrement (Sév., III, 73). Il peut haïr les hommes en général où il y a si peu de vertu (La Bruy., II, 22). Dans la langue actuelle, où ne se dit plus que des choses.

2° Avec un nom de chose, non seulement il pouvait remplacer comme aujourd'hui le pronom lequel précédé d'une préposition marquant le lieu, mais encore les pronoms lequel ou quoi précédés de diverses prépositions sans aucun rapport local déterminé : Fois et créance estait une chose ou nous devions bien croire (Joinv. 45). Porter patiemment les inconvénients OÙ il ny a point de remède (Mont. I, 25).

D'où, me fient ce bonheur où je n'osois penser ?

(Corn. II, 173)

Rallumez cette ardeur OÙ s'opposoit ma mère.

(Id. V, 207) ^

1. Au X.VII* siècle, on disait même : V endroit vers où je puis al ter.

La Bretagne et la Bourgogne me paroissent sous le pôle où. je ne prends aucun intérêt (Sév., II, 158). J'aimerais bien mieux être... à lire le Tasse où je suis d'une habileté qui me surprend moi-même (Id., II, 258). Un engagement où il n'est point propre (La Bruy., I, 157). Ce genre d'écrire ou je me suis appliqué (II, 437). — //

se voit dans les histoires force gens d'où la plupart

ont suivi le chemin de courir au devant des conjurations (Mont., I, 23). Qui a gagné un procès, d'où on lui a compté une grosse somme (La Bruy., I, 269). Je viens tout à l'heure de recevoir des lettres par où j'apprends que mon oncle est mort (Mol., VI, 119), etc.

Vaugelas (I, 173) trouvait l'emploi de ou élégant et commode; il préférait : le mauvais état où je vous ai laissé à le mauvais état auquel je vous ai laissé, disant que ce dernier pronom « est d'ordinaire si rude en tous ses cas que nostre langue semble y avoir pourveu, en nous donnant de certains mots plus doux et plus courts, pour substituer en sa place, comme où en cet exemple ». Il avait raison, et la restriction imposée à partir du xviii^ siècle à l'usage de oii est regrettable.

415. Adverbe relatif que. — Le pronom relatif est quelquefois remplacé par l'adverbe que, en particulier pour indiquer le temps : La dernière fois que je le vis. Le jour qu'i7 naquit. Y a-t-il longtemps que vous êtes icil etc. Ce que, on le voit, équivaut au relatif précédé d'une préposition.

Ces façons de parler sont des restes d'une construction plus étendue dans l'ancienne langue et qui s'appliquait à d'autres rapports que des rapports de temps ^ : // les t endroit as us et as costumes que li empereeur les avoient tenuz (Villeh. 280). Nous sommes ou plus grant péril que nous fussions onques mais (Joinv. 204). Eussent tousjours esté en V excellence qw on les a veues[à\x Bellay,

1. Même pour exprimer un rapport de temps, la langue usait d'une plus grande liberté : Depuis que nous savons l'heure que vous recevez vos lettres (Sév. VIII, 506). Pour un an qui est le temps que vous avez affermé le Buron {Id., VIT, 518).

Illusîr., î, 9). Mercure gagne aussitôt le ciel avec la même vitesse qvCil était descendu (Corn., V, 276).

Me voy oit-il de Vœil qu'jV me voit aujourd'hui?

(Rac, II, 63.)

Je mets les choses au rang qu! elles doivent être (Sév., III, 480). Je ne puis me résoudre à finir ma lettre avec toute la cérémonie que je dois (La Rochef. , III, 228). Vaugelas blâmait l'emploi de que, pour avec suivi d'un relatif, dans la phrase : dans la confusion que d'abord elles se présentent à elles. Ménage, de même, blâmait ces "vers de Malherbe :

Que de la même ardeur que je brûle pour elle Elle brûle pour moi, (I, 159.)

Le langage populaire a gardé cet emploi si commode et si vif de que^ qui a disparu de la langue littéraire et y a subsisté seulement dans les quelques archaïsmes que nous avons signalés.

D'autre part, c'est ce même adverbe relatif qu'il faut reconnaître dans les phrases : Cest à vous que je m'adresse. C'est de vous que je parle. Jusqu'au XVIII® siècle, le relatif était d'un usage constant : Je m'assure que vous aurez de la peine vous-même à reconnoitre que c'est à vous à qui je dédie cet ouvrage (Corn. V, 291). Cest à vous à quiye me fie (Sév. IX, 299). Cest du fils du duc de Grammont dont je veux parler (/cZ., VIII, 30). A côté de cette construction où antécédent et relatif sont compléments indirects, le xvii® siècle en connaissait une autre, non moins fréquente, qui faisait de l'antécédent le prédicat de cest :

C'est votre illustre mère à Cjui je veux parler.

(Rac. III, 655)

Quelle est l'origine de ce que ? Il faut y voir, sans doute, un pronom neutre ayant étendu son domaine, ou bien le relatif ^we si souvent employé dans l'ancien français comme nominatif, avec un nom de personne ou de chose masculin ou féminin pour antécédent (§ 209), ou

comme accusatif, pour remplacer le pronom cui dési gnant des personnes.

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