‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 29 sur 50 · III. Subjonctif · texte numérisé non relu

III. Subjonctif

442. Du MODE SUBJONCTIF. — Le subjonctif est le mode de la possibilité. Comme son nom l'indique, il appartient essentiellement à la proposition composée et il est dans celle-ci le mode de la proposition dépendante (sub-junctus, placé dessous). Toutefois on le rencontre souvent dans la proposition simple.

443. Subjonctif dans la proposition simple. — I. Le subjonctif s'emploie à la 3^ personne du présent avec valeur d'impératif : Quil parte. Quil vienne. Dans ce cas, l'ancienne langue ne le faisait pas en général précéder de la conjonction que; tel était encore l'usage au XYi® siècle : Sire, souvienne vous des Athéniens (Mont., I, 9). Ny le plus jeune refuie a l'usage., ny le plus vieil s y lasse (I, 25). L'absence de la conjonction se remarque encore dans quelques locutions archaïques : Sauve qui peut. Qui rn aime me suive, etc.

IL Le subjonctif présent semploie encore à la 3* personne pour marquer une concession : Aille qui voudra. Écrive qui voudra. Advienne que pourra. Vous le voulez.^ soit. Si sage soit-il. Ici la langue a conservé presque toujours l'ellipse de la conjonction que.

III. A la l'"* personne, il sert à marquer une affirmation adoucie dans quelques locutions consacrées : Je ne sache nen de si beau. Il n est pas venu, que je sache.

IV. Le subjonctif s'emploie encore pour marquer un désir, un souhait, avec valeur d'optatif, au présent, à l'imparfait et au plus-que-parfait.

Au présent, l'ancienne langue l'employait à toutes les personnes, et le plus souvent sans la conjonction que; dans ce cas, elle mettait le sujet de la 3^ personne après le verbe. Telle est encore la construction au xvii* siècle et au xvHi^ :

Je meure, en vos discours si je puis rien comprendre,

(Corn. IV, 167.^,

Car veuille ou non son maître, il faut qu'il le lui pende.

(La Font. V, 259.)

Tombent sur moi du ciel Les plus grands châtiments !

(Mol., II, 311.)

Si pendant un quart d'heure Vous suii^ez ce dessein, c'est beaucoup, ou je meure.

(Destouches, Irrésolu, IV^ 1.)

Nous préservent les deux d'un si funeste abus !

(Volt., Brutus^ II, 4.)

Dans la langue actuelle, le subjonctif présent ne tient plus guère lieu d'optatif, à la l""® et à la 2® personne, qu'avec le verbe pouvoir : puissé-je, puisses-tu, puissions-nous réussir! A la 3® personne, la conjonction que est rigoureusement employée : Que cela vous serve de leçon ! Les exceptions sont des expressions archaïques : Dieu vous garde! Dieu me soit en aide ! Fasse le ciel! Vive la France! etc.

A l'imparfait et au plus-que-parfait, le subjonctif a aussi la valeur d'un optatif, surtout dans les phrases exclamatives : Plût à Dieu quil en fut ainsi! Fussionsnous hors de danger !

La peste de ta chute, empoisonneur du diable! En eusses-^" fait une à te casser le nez!

(Mol., V, 464.)

444. Subjonctif dans la proposition subordonnée. — Les propositions subordonnées se divisent en substantives, adjectives et adverbiales, suivant qu'elles ont la valeur d'un substantif, d'un adjectif ou d'un adverbe.

Dans Je souhaite qu'il guérisse (= je souhaite sa guérison), quil guérisse équivaut à un substantif; c'est une proposition substantive.

Dans Un bienfait qu'on reproche est sans valeur [■= un bienfait reproché est...), qu'on reproche équivaut à un adjectif; c'est une proposition adjective.

Dans Je partirai quand vous voudrez (= je partirai au moment fixé par vous), quand vous voudrez équivaut à un complément circonstanciel; c'est une proposition adverbiale.

Nous allons étudier le rôle du subjonctif dans ces trois sortes de propositions.

445. Subjonctif dans la proposition substantive. — Le verbe de la proposition substantive se met tantôt à l'indicatif, tantôt au subjonctif.

I. Avec les verbes de croyance ou déclaratifs, tels que dire^ affirmer^ juger ^ confesser, protester, soutenir, convenir, se souvenir, penser, croire, se douter, s'apercevoir^ 'prévoir, espérer, admettre, promettre, jurer, etc., et les périphrases comme être certain, être sur, il est certain^ il est vrai, etc., le verbe de la proposition subordonnée se met ordinairement à l'indicatif^, parce qu'il marque un fait réel ou tenu pour tel : Je crois quil dit vrai. Il affirme quil est venu. Vous pensez quil a menti.

Mais si les verbes de croyance expriment le doute ou l'incertitude, le verbe de la proposition subordonnée se met au subjonctif : Supposons que cela soit, f admets quil vienne. Je veux bien quil ait tort.

C'est pour cette raison que jusqu'au xviii® siècle un certain nombre de verbes déclaratifs, construits aujourd'hui régulièrement avec l'indicatif, se construisaient volontiers avec le subjonctif; ce sont notamment les verbes croire [cuidier en ancien français), dire, estimer^ penser, soupçonner, tenir, etc.

Lors cuidai je que il /i'eiist Reison ne parler ne seÛSt.

{Cheu. Lion, v. 335.)

Cil de Moab pensèrent que Vewe (l'eau) iust ensanglentee [Q. Liv. Rois^ 354). J'ay leu quun philosophe nommé Patron estoyt en ceste opinion que feussent plusieurs mondes soy touchans les uns les aultres (Rab., II, 464). Philostrate tient que soient dents, non cornes (Id., III, 119).

La plus belle des deux, je crois que ce solt C autre.

(Corn. IV, 151.)

1. Quand le verbe principal indique une action futui'eole verb* subordonné se met au futur si le principal est au présent, au conditionnel si le principal est à l'imparfait : Je crois ^«'iV viendra. Je croyais quil viendrait. Ici le conditionnel est un mode indicatif; c'est un futur dans le passé.

Vous croyez qu'un amant vienne eoas consulter ?

(Rac. II, 60.)

Vous pensez qu'approuvant i^os desseins odieux Je vous la.isse immoler voire fille à mes yeux? Que ma foi^ mon amour, mon honneur y consente ?

(Id. III, 218.)

Cette lettre. Monsieur , qu'avecque cette boite On prétend qu'diït reçue Isabelle de vous.

(Mol., II, 395.)

Un Bas-Breton me dit quil pensoit que les états allassent mourir (Sév., II, 356). Vous diriez quil ait l oreille du prince (La Bruy., I, 370). En somme, l'emploi du mode avec un certain nombre de verbes dans la langue ancienne et dans la langue actuelle dépend de la nuance de la pensée.

Lorsque la proposition principale est négative et que la négation est marquée par l'adverbe ne, en ancien français et en français moderne, on emploie le subjonctif, à moins qu'il n'y ait aucun doute sur la réalité de l'action : Je ne crois pas quil vienne , mais // ne sait pas que je SUis son ami.

Si le verbe principal est négatif par lui-même, comme douter, nier, disconvenir, désespérer, dissimuler, etc., il gouverne le subjonctif : Je conteste , je doute quil en soit ainsi. Ignorer seul veut tantôt l'indicatif, tantôt le subjonctif, suivant le sens : // ignore que la terre tourne (indic), mais : J'ignorais qu il fût arrivé. Ne pas ignorer et ne pas nier, qui, au xvii^ siècle encore, se construisaient avec ne et le subjonctif, se construisent aujourd'hui sans ne et avec l'indicatif. D'autre part, il se peut faire que pouvait se construire au xvii® siècle avec l'indicatif .: Il se peut faire que leur ressentiment part de quelque zèle, mais peu éclairé (Pasc. Prov. 186). Il se peut faire que celui qui m'a conté cette aventure... nB. pas retenu exactement (Rac. IV, 336). Donc, même avec les verbes exprimant l'incertitude, la langue classique peut employer l'indicatif. La pensée, présentée comme douteuse dans le premier membre, prend brusquement

un caractère de réalité, et la subordonnée devient une snrte de principale.

Si la proposition principale est interrogative, la subordonnée sera mise à l'indicatif ou au subjonctif suivant que celui qui fait la question est sûr ou incertain de la réponse : Sais-tu bien que V affaire réussit? mais Croyezvous que V affaire aille bien?

Enfin, de même, si la principale est conditionnelle, l'emploi de l'indicatif ou du subjonctif dépend du sens : Si vous croyez que je puisse vous être utile, ou que je puis vous être utile.

En résumé, tous ces cas particuliers, soit dans l'ancienne langue, soit dans le français moderne, se ramènent à cette règle générale, que les verbes déclaratifs gouvernent l'indicatif, à moins que la forme de la proposition principale ne renferme un doute ^ .

II. Avec les verbes de volonté tels que vouloir, aimer, préférer, désirer, prier, exiger, consentir, permettre, défendre, etc., comme la réalisation du désir exprimé est plus ou moins incertaine, l'emploi du subjonctif a été général dans tout le cours de la langue ^ :

Por Dieu vos pri que ne seiez fuiani.

(RoL, V. 1473.) Mais Dieus ne vuelt qu'il scit morz ne vencuz,

A ces verbes il faut joindre certains verbes déclaratifs, comme dire, écrire, prétendre, avertir, mander^

1. En ancien français, il arrive quelquefois que le discours indirect amené par que après un verbe déclaratif est brusquement remplacé par le discours direct : Et après dist Affolanz que : Se ma gent est vaincue, JQ prendre baptesme [Turpin, I, 12).

2. Au lieu du subjonctif, on rencontre assez fréquemment, dans l'ancien français, soit l'impératif : Vous prie et admoneste que, soit en compaignie, soit à table, gardez-VOUS de trop habondamment parler [Ménagier de Paris, I, 178) ; soit un infinitif négatif:

Ne te sai plus que enseignier, Mes dnlcement te voil prier Que de tôt ço riens «'oblier.

crier, etc., qui, par ellipse, peuvent prendre le sens de vouloir et qui, alors, sont suivis du subjonctif : Diteslui qu il îa.sse ce quon a commandé. Par suite, un même verbe peut être suivi de deux propositions, dont l'une est au mode indicatif et l'autre au mode subjonctif, suivant le sens : Et le dit duc de Touraine luy respondit quil feust le très bien venu , et qu il estoit venu du Royaume d'Escosse pour le trouver en France (A. Chartier, Hist. de Ch. VII, 59). Ils criaient quon les menât au combat ; qu'ils VOuloient c^e/zger la mort de leur père... ; quavec lui ils ne craignoient rien, mais quils vengeroient bien sa mort; qu on les laissât faire, qu ils étoieXit furieux et quon les menât au combat (Sév., IV, 3).

Le mode subjonctif semble donc de rigueur avec ces verbes; et, de fait, on rencontre peu d'exemples de l'indicatif, comme : Si veult nature, droit et raison quelle C en doit trop mieulx aimer [Saintré , 29). Je désire que vous continuez en moy la faveur de vostre amitié [Mont., II, 37).

Le ciel permit qu'un saule se trouva.

(La Font. I, 115.)

J'attends du moins, j'attends de votre complaisance Que désormais partout vous fuirez m.a présence.

(Rac. III, 53.)

La présence de l'indicatif après ces verbes de volonté a une cause analogue à celle de la présence de l'indicatif après les expressions déclaratives qui expriment l'incertitude.

Seuls les verbes de résolution , comme arrêter, déci" der, décréter, résoudre , qui appartiennent en quelque sorte à la classe des verbes déclaratifs, bien qu'ils expriment une volonté, gouvernent l'indicatif : Je décide quil partira. La majorité décréta que Louis XVI serait jugé par la Convention.

m. Avec les verbes de sentiment, c'est-à-dire qui expriment un mouvement de l'âme, étonnement ou surprise comme s'étonner, être surpris , joie ou plaisir

comme s'affliger, se plaindre , regretter, se repentir, prendre garde, avoir peur, être désolé, etc., la langue actuelle emploie le subjonctif alors même qu'il y a certitude : Je regrette que cela soit arrivé. Il se plaint qu'on ;i"ait rien fait. L'indicatif n apparaît que lorsque la conjonction que est remplacée par de ce que : Il se plaint de ce que vous le négligez.

Une liberté plus grande régnait dans lancienne langue : au xvi^ siècle et au xvii®, nous trouvons beaucoup d'exemples de l'indicatif: Vabbé fut bien aise qu'ils faisoient ceste despence (Hept., I, 243). Je m'esbahy quil ne s'en est advisé (Bon. des Pér. , Nouv. récr., II, 48). Je rougis de honte qu'en l'âge où nous sommes nous nous jouons d'une chose de telle importance (Malh., II, 435).

C'est moi qui suis marri que pour cet hyménée Je ne puis révoquer la parole donnée.

(Corn.. II, 204.)

C'est dommage, Garo, que tu ft'es point entré Au conseil de celui que prêche ton curé.

(La Font. II, 376.)

Ne vous suffit-il pas que fe Z ai condamné ?

(Rac. II, 100.)

Je fus tout étonnée que Gourville /'envoya quérir (Sév., II, 172). Ce m'est une honte sensible qu à mes yeux.,., il a recherché une autre que moi. (Mol., IV, 212.)

Les verbes indiquant la peur se construisaient aussi assez souvent avec le futur et le conditionnel :

Et crient (craint) qu'assez tost /'ocirroit.

[Erec, V. 229.)

... car il ne fault doubter

Quon ne pourroit homme dompter.

(Chr. de Pisan, Chem. de l. est., v., 3174.)

J'ay grand peur que toute ceste entreprinse sera semblable à la farce du pot au lait (Rab., I, 128). Cet emploi du futur et du conditionnel n'avait pas encore disparu dans la première moitié du xvii® siècle.

Observations. Nous devons faire plusieurs observations avant de terminer l'étude des propositions substantives.

I. Les verbes et les locutions impersonnels marquant la certitude ou la vraisemblance gouvernent tantôt l'indicatif, tantôt le subjonctif, suivant la syntaxe des verbes de croyance : // paraît^ il arrive, il résulte, il est vrai, il est évident quil a raison. Il n est pas sûr, il nest pas vrai quil ait raison. Avec il semble, on dit suivant le sens : // me semble quil a raison, ou // me semble quil ait raison. Quant aux verbes impersonnels qui expriment la possibilité, ils gouvernent toujours le subjonctif : // est possible, douteux quil vienne. Il en est de même pour ceux qui expriment une nécessité : // est nécessaire, il tient à moi quil vienne.

Toutefois la syntaxe du mode avec ces expressions n'est guère rigoureuse que depuis le xviii^ siècle. Les écrivains des âges précédents nous montrent beaucoup d'incertitude : Et appert (est évident) quelle ne soit pas trouvée par erreur d'ommes (A. Chart., V Espérance, 357). Car se bien faire est bien, il s'ensuit que mal faire soit mal (Ghr. de Pisan, Trésor de la cité des dames, 95). // se peut faire quil est déjà venu (Malh., IV, 68). Ce n est pas quil (le titre) m'a paru le plus convenable (Rac, VI, 455). Ce nest pas quil faut quelquefois pardonner (LaBruy., I, 160); et avec le futur : Estil possible que toujours y'aurai du dessous avec elle , que les apparences toujours tourneront contre moi, et que je ne parviendrai point à convaincre mon effrontée ! (Mol., VI, 565.)

II. Les verbes marquant l'interrogation indirecte se construisent toujours avec l'indicatif : Dites-moi quelle heure il est. Dites-moi s'il a raison. Tel a été l'usage dès les premiers temps de la langue :

TV// ne lor dist, n'il ne li demandèrent Quels om esteit ne de quel terre il eret.

{Alexis, 48.)

Toutefois on rencontre çà et là des exemples de l'emploi du subjonctif, comme en latin, jusqu'au xvi^ siècle;

SYXTAXE

il est vrai que la plupart du temps ce subjonctif est l'équivalent du conditionnel : Et ne voi cornent elle puisse estre ferme (^ illeh., 189). Platon ne sçait en quel rang il les doibve colloquer (Rab., II, 157). Je ne voy pas à quoy il serve sinon à plaisir (Calvin, 136;. Et ne savaient comment ils s'en dussent chevoir (Le Maire de Belges, 55 1. Encore dans Molière : Il y a une chose qui m'étonne dans l'astrologie comment des gens qui savent les secrets des dieux .. . Siienibesoin de faire lei/r cour {Wl, 397).

446. Subjonctif dans la proposition adjective. — Nous n'avons pas à étudier la proposition adjective qui s'unit à une proposition entière et équivaut à une proposition coordonnée : On essaya de le convaincre , ce qui réussit [■= et cela réussit). Ici le verbe qui suit le relatif est toujours à Tindicatif.

Quand elle s unit à un nom isolé, la proposition adjective est explicative ou déterminative . Explicative, elle peut se retrancher, sans que cette suppression nuise au sens général de la phrase : Chacun a son défaut où il revient toujours; elle a la valeur d'une principale: J ai un ami que j'attends (== et je l'attends), ou d'une proposition adverbiale : Cet élève ^ qui travaille, fera des progrès [= parce qu'il travaille). Dans les deux cas, elle a toujours son verbe à l'indicatif.

Nous n'avons donc à nous occuper que de la proposition déterminative , c'est-à-dire qui détermine ou restreint la signification du sujet auquel elle se rapporte : L'élève qui travaille bien fera des progrès. Voici les cas où elle a son verbe au subjonctif :

1° Lorsque le relatif indique un but, une conséquence : Montrez-moi un chemin qui conduise à la vérité. La syntaxe, sur ce point, n'a pas varié dans tout le cours de la langue. Mais l'ancien français était plus près de l'usage latin en ce qu'il employait cette construction après un substantif déterminé aussi bien qu'après un substantif indéterminé :

Quatre homes i tramist armez Qui lui allassent decoler.

(Saint Léger, 37.)

Voilà que cest de bien cJioisir les trésors qui se puissent affranchir de V injure (Mont. I, 38).

2° Quand l'action est présentée comme incertaine ou probable, ce qui a lieu après une principale négative de forme ou de sens, ou après une principale interrogative, conjonctive ou conditionnelle :

Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.

(La Font., I, 258.)

Trouvez quelqu'un qui sache comme moi raisonner de ces choses. Il y a peu d'hommes qui soient capables de chercher et de trouver la vraie gloire. Quy a-t-il qui vous fasse peur? Si c'est une chose qui se puisse /a £>e, elle sera faite.

Tel a été l'usage constant. Toutefois l'on comprend facilement que , suivant le point de vue auquel se place l'écrivain, on ait l'indicatif ou le subjonctif: Comparez, en effet, les exemples suivants : Qui est celui qui meure sans quelque regret.^ (Malh. II, 157). Quel conseil. .. croyezvous qu'on doit suivre (Rac. III, 692).

Seigneur, qua donc ce bruit qui vous doit étonner?

(Id. III, 160.)

3° De même quand la proposition déterminative se rapporte à un superlatif ou aux adjectifs seul^ unique^ premier, dernier, l'usage a toujours été de mettre le subjonctif, à moins que la proposition n'exprime la réalité absoiae : C'est le meilleur homme qu'on puisse trouver; mais : Achetez les meilleurs vins que vous trouverez. C'est la seule, l'unique place oii vous puissiez aspirer; mais : C'est l'unique, la seule, la première, la dernière fin que l'on doit se proposer. Ici encore on peut signaler quelques divergences entre la syntaxe du XVII® siècle et la nôtre :

Vouloir ce que Dieu ueut,est la seule science Qui nous met en repos.

(Malh. I, 43.)

// est le seul des poètes qui sait parfaitement ce qui

SYXTAXE

convient au poète (Rac, V, 488). Je crois que c'est le seul de sa famille qui a rame tendre (Id., VII, 477). Il admirera l'armée navale la plus belle quil est possible (Sév., IX, 142). Cette pratique... bannit l'éloquence du seul endroit où elle est en sa place (La Bruy., Il, 185).

447. Subjonctif dans la proposition adverbiale. — La proposition adverbiale exprime tantôt une circonstance de lieu : Allez où vous voudrez-, — tantôt une circonstance de temps, marquant soit la simultanéité : Je ferai cela quand vous viendrez^ soit la postériorité : Jai fait cela après quil est partie soit l'antériorité : Je ferai cela avant quil ne vienne ; — tantôt une circonstance de cause, amenée par parce que, puisque, etc. ; de but, amenée par afin que, pour que, etc.; de condition, amenée par au cas que, pour peu que, à moins que, pourvu que, etc. ; de concession, amenée par quoique, bien que, soit que, etc.; de consécution, amenée par de manière que, sans que, trop... pour que, si bien que, etc.; — tantôt enfin une circonstance de comparaison, amenée par comme, de même que, comme si, autant que, plus que, moins que, plus... plus, etc.

I. Propositions locatives. — Dans les propositions qui marquent une circonstance de lieu, le mode a été et est invariablement l'indicatif : Allez où vous voudrez. // est bien où il est.

II. Propositions temporelles. — Les conjonctions qui amènent ces propositions sont de deux sortes.

Les unes expriment un fait certain et, par suite, gouvernent l'indicatif. Ce sont: lorsque, quand, comme, aussi longtemps que, tant que, après que, etc. Toutefois, en moyen français et encore au début du xvii« siècle , comme, sous l'influence de la syntaxe du latin cum, s'est construit avec le subjonctif : Comme tous eussent soupe (Commines, .36). Comme le prieur des Augustins nagueres se pourmenast, il fut rencontré [Cent Nouv. I, 38). Comme ils le priassent de leur vouloir escrire des lois (Amyot, Luculius, 29). Comme quelques-uns le priassent de se retirer (Malb., IV, 208)

Les autres, comme jusqu'à ce que (a. fr. de ci que^ jusque^ fresque) et ai'ant que (a. fr. primes que, ainz que, ainçois que), expriment au contraire un fait plus ou moins incertain. Avec ai>ant que, le subjonctif a été généralement de rigueur dans l'ancienne langue comme dans la langue moderne ; avec jusqu'à ce que, l'indicatif se rencontre assez souvent en ancien et en moyen français :

Ensemble furent jusqu'à Deu s'en râlèrent.

{Alexis, 121.)

Li reis Salomon... prist sa fille, si la menad a la cited David, de ci que il out parfait sun palais e le temple nostre Seignur [Quatre L. Rois, 233). Jusque à ce qu'il rencontra un chevalier (Rab 1, 160 1. L indicatif s'explique dans ces exemples par le fait que l'action est considérée comme réelle. Pour une action considérée comme incertaine , il n'est pas rare de rencontrer en moyen français le futur au lieu du subjonctif : Et ne retournes jamais vers moijusques a ce qu il aura deffaittout ce que par son oultrage il fa fait [Cent Nouv. I, 47). Jusqua ce que le conte s'adressera à les ramentevoir (Le Maire de Belges, 52).

IlL Propositions causales. — Les propositions causales se construisent avec l'indicatif, à moins qu'elles ne soient introduites par non que, ce nest pas que : Je suis venu parce que tu /'as voulu. Je viendrai puisque vous le désirez; mais : Non que je le veuille. Ce nest pas que nous le désirions. Tel était l'usage dans l'ancienne langue; une seule réserve est à faire pour comme, qui, en moyen français, s'est construit, par latinisme, avec le subjonctif: Comme tout le monde se trouvast estonné d^un conseil si hardy et si avantageux... (Amyot, Cimon, 9.)

IV. Propositions finales. — Comme en latin, le mode employé dans les propositions finales qui marquent un but à atteindre et, par suite, plus ou moins incertain, est le subjonctif :

Sonent mil graisle por ço que plus bel seit.

{Roi., V. 1004.)

Le pour ce que de l'ancien français (§ 405, II) a été définitivement remplacé par pour que, qui, à partir du xiv^ siècle, a partagé le rôle d'introduire la proposition finale avec afin que, lequel s'écrit encore au xyii* siècle à fin que.

En ancien français, la conjonction que pouvait suffire pour annoncer une proposition finale :

Prist l'oUfan, que reproce n'en ait.

(Roi., V. 2263.)

D'autre part, après pour ce, on pouvait supprimer la conjonction que :

Nel di por ÇO des i>oz n'ait la martiries.

(Id., V. 501.)

Por ce /e fist ne fust aparissant.

(Id., V. i;79.)

Le futur exceptionnellement a été quelquefois employé au lieu du subjonctif : Cest assavoir afin que quand les sujets de nos princes entendront l'illustrité de leurs princes ancestres (Le Maire de Belges, 5).

V. Propositions conditionnelles. — Les propositions conditionnelles sont généralement introduites par la conjonction si [se en ancien français .

Lorsque la phrase indique un fait non douteux, la proposition subordonnée est à l'indicatif dans l'ancienne langue comme dans la langue actuelle : Avertissez-moi s il vient. Je serai content si vous restez '. Toutefois s'il y a deux propositions, au lieu d'une, après si, et que la seconde soit précédée de que, le mode de celle-ci est le subjonctif : S il vient et quil vous voie... L'ancien français pouvait même mettre le subjonctif, sans qu'une seconde conjonction fût exprimée :

Se il se muevent et il me SOit conté, Perdut avrez mon cuer.

'sGatjdon, v. 668.)

1. En latin, lorsque le verbe principal était au futur, le verbe subordonné se mettait, lui aussi, au futur. On trouve çà et là en ancien français cette construction, en particulier chez des traducteurs.

Se vos H mandiez et li donissiez la seigneurie de fost, assez tost la prendrait (Villeh., 41). La langue moderne dit : S'il venait et vous disait ou s'il venait et Qu'il vous dît, n'employant le subjonctif que dans le cas où devant le second verbe la conjonction si est suppléée par que. Au contraire, dans le cas où la phrase indique un fait douteux, le français moderne se sépare en beaucoup de points de l'ancien français.

La plupart de ces divergences s'expliquent par le fait qu'en ancien français le subjonctif et le conditionnel n'étaient pas encore distincts (§ 454).

Pour les phrases hypothétiques, le français modern'^ ofifre quatre combinaisons :

Si favais^ je donnerais .

Si j'avais ew, j'aurais donné.

Si j'eusse eu, j'eusse donné.

■Si je bougeais, on me tuait.

La première combinaison « Si j'avais, je donnerais » n'a pénétré dans la langue qu'au xii® siècle. Jusqu'à cette époque, on hésitait entre deux constructions. Ou bien les deux verbes se mettaient à l'imparfait du subjonctif :

S'il fust leials, bien resemblast baron.

[Roi., V. 3764.)

Ou bien le principal était au conditionnel et le subordonné à l'imparfait du subjonctif :

Se veïSSOns Rollant, ainz qu'il fust morz, Ensemble o lui i donriions grans colz.

{RoL, y. ISOk.)

Cette double construction existait encore au xvi® siècle : Se je le sceusse, je ne le demandasse pas [Heptam. I, 258). Si feust condition a laquelle je peusse obvier, je ne me desespererois pas (Rab. II, 147). La seconde se retrouve

chez Malherbe : J'ai reçu votre livre... Quelle vivacité d'esprit n'y ai~je point reconnue! Je dirois quellt saillie! si en quelque endroit il y eût des reprises d'haleine... (Malherbe, II, 427). Mais elle disparaît complètement à partir de la seconde moitié du xvii^ siècle.

Dans l'ancien français on rencontre quelquefois le conditionnel présent dans les deux propositions :

Se tu ja le porroies a ton cuer rachater, Volentiers te lairoie ariere retorner.

Fierabras. v. 623.)

Cette construction se retrouve au xvii^ siècle : J'ai à vous dire... que., si vous auriez de la répugnance à me voir votre belle-mère .^ je ri en aurois pas moins à vous voir mon beau-fils Mol. VII, 146).

La seconde combinaison « Si/avais eu, /aurais donné-» existait en ancien français; mais elle n'j" était point d'un emploi fréquent : elle ne s'est guère développée qu'en moyen français, ainsi que la troisième « Si j'eusse eu, /eusse donné » . Voici quelles étaient, jusqu'au xiv^ siècle, les principales combinaisons pour exprimer une hypothèse non réalisée dans le passé :

Imparfait du subjonctif, tenant lieu de conditionnel passé, dans les deux membres de la phrase :

S'i fust a reis, ni OÛSSOnS damage.

[Roi., V. 1717.)

Se Diex ne amast ceste ost , elle ne peûst mie tenir ensemble [y\\\t\\., 104).

Imparfait du subjonctif, tenant lieu de conditionnel passé,dans la principale, et plus-que-parfait du subjonctif dans la subordonnée :

Et s'il fust 'venw.S plus par tans, Ne trovast pas de si grant sanz Les genz, ne de tel volenteit.

{Dolopathos, V. 12148.)

Plus-que-parfait du subjonctif dans la principale.

et imparfait du subjonctif dans la subordonnée: Liroys... se fust bien garantis es galies, se il vousist. (Joinv. 306.) Plus-que-parfait du subjonctif dans la principale et plus-que-parfait de l'indicatif dans la subordonnée :

Se tut le mont aveies as poires départi, La croiz eûsses prise.

{St Thomas, v. 2871.)

La plupart de ces combinaisons et d'autres encore, dans le détail desquelles nous n'avons pas à entrer, subsistaient au xv« siècle et même au xvi«.

Signalons toutefois la construction de si avec le conditionnel passé, laquelle se retrouve au xvii® siècle :

S'ils auroient aimé ces promesses spirituelles , leur

témoignage neust pas eu de force (Pascal, Pens. I, 252).

La quatrième combinaison « Si je bougeais^ on me tuait » est identique pour le sens aux deux précédentes ; elle équivaut à : Si f avais bougé, on m'aurait tué ou Si f eusse bougé ^ on m'eût tué. On rencontre, mais très rarement, en ancien français cette construction qui donne plus de vivacité à l'idée :

Destruite esteit la vile, Se conrei n en preneit.

(/?o«, II, 413.)

Au lieu de l'imparfait de l'indicatif dans les deux propositions, on trouve plus fréquemment l'imparfait de l'indicatif dans la principale et le plus-que-parfait du subjonctif dans la subordonnée : Tuit estoient perdu .^ se ne fust li cuens (Joinv. , 296) . Dans cet exemple, fust a la valeur d'un plus-que-parfait du subjonctif et signifie « y eût été ».

Pyrrhus vivoit heureux, s'il eût pu l'écouter. (Boileau, Ep. I, v. 88.)

Au lieu du plus-que-parfait du subjonctif, on trouve le plus-que-parfait de l'indicatif : SifâYâis dit un seul mot^ on vous tuait.

VL Propositions concessives. — 1° Dans la langue actuelle, à l'exception de quand et quand même, qui se

construisent avec le conditionnel, les conjonctions et locutions conjonctives qui marquentlaconcession veulent le subjonctif. On dit : Quand même tu aurais fait cela , mais: Quoique^ bien que tu le veuilles. L'usage était loin d'être aussi rigoureux jusqu'au xvii^ siècle, et l'on rencontre très souvent l'indicatif avec quoique^ bien que, encore que^ malgré que, locutions qui d'ailleurs ne sont entrées qu'assez tardivement dans la langue. Malherbe voulait que l'on gardât les deux constructions bien que vous fussiez et bien que ç>ous fûtes, réservant la première pour les choses douteuses , la seconde pour les choses certaines. De là :

La mienne, quoique aux yeux elle n'est pas si forte.

(Mol. III, 251.)

V ambassadeur présenta sa lettre au Roi, qui ne la lut pas, quoique le Hollandois proposa d'en faire la lecture (Sév. II, 454).

Ménage blâmait Vaugelas d'avoir écrit : Quoique quelques-uns sQTdÀQïiX d^avis au lieu de Quoique quelquesuns soient d'avis.

Le subjonctif n'était de rigueur que lorsque la conjonction était sous-entendue; tel était le cas lorsque deux propositions concessives s'opposaient l'une à i 'autre :

Voeillet o non, tôt i laisset son tens.

[Roi, V. 1419.)

Mais soit cette croyance ou fausse ou véritable.

(Corn. III, 514.)

La langue actuelle fait précéder l'alternative de la conjonction que ou amène la concession par soit que répété.

Tel était et tel est encore le cas, lorsque, la conjonction étant supprimée, la proposition concessive se trouve transformée en proposition indépendante :

Ne uou> contraignez point : dût m'en conter le jour Je tiendrai ma promesse...

(Corn. VJ, 426.)

2° La concession, au lieu d'être raarquée par des conjonctions, peut Têtre par qui que, quoi que suivis d'un verbe, par quelque... que, tout... que accompagnés d'un nom ou d'un adjectif, par si... que, pour... que, tant... que accompagnés d'un adjectif ou d'un adverbe. Ces diverses constructions veulent toutes le subjonctif, à l'exception de tout... que qui gouverne l'indicatif: Qui que vous soyez. Quoi que vous disiez. Quelque part que vous soyez. Pour sage qu il soit; mais : Tout sage quil est. Dans l'ancienne langue, de même, on trouve le plus souvent le subjonctif. Les exceptions sont rares ^ et, la plupart du temps, proviennent d'une imitation de la syntaxe latine, qui voulait, dans ce cas, l'indicatif:

Donet as poures ou qu'il les pot trouer.

{Alex., 19.)

Quel part quil se turnout , ses adversaires surmontout (Q. Liv. Rois, 52).

// n'est bon courtisan, tant frisé peut-iV être. (Régnier, Sat. XII.)

VII. Propositions consécutives. — Le mode, dans les propositions consécutives, est tantôt l'indicatif, tantôt le subjonctif : l'indicatif, si la conséquence est dans le passé : // a reçu tant de coups qu^il en est mort; au subjonctif, si la conséquence est dans l'avenir : Faites en sorte que Von ne vous voie pas. Tel a été l'usage dans

1. Les nombreux exemples qu'offre l'ancien français de lequel... que suivi du futur ou du conditionnel ne présentent pas le '^as de propositions concessives, mais de simples propositions relatives. Ainsi encore dans Malherbe : Il aura dent pour dent, ou œil pour œil, lequel quil vOudra,, c'est-à-dire rien pour rien (III, 55). Au contraire, quand lequel... que a le sens concessif, il gouverne le subjonctif : Mais lequel des deux qui vienne, qu il tâche surtout de venir seul (J. J. Rousseau, Lett. à du Peyrou, 8 sept. 1767). Il en €st de même dans des phrases comme :

Et dist : Chevaliers, or aies

Quel part que vous onques voIés.

(Chr. de Tr., Percev., v. 8260.)

tout le cours de la langue. Quelquefois pourtant, mais rarement, on trouve le futur au lieu du subjonctif pour marquer que la conséquence est à venir : Je trouveray assez façon que chacun vous aydera [Saintré, 75). Je ferai en sorte vers mon frere^ que sa teste sera tesmoing [Heptam. I, 291). L'ancien français omettait volontiers la conjonction que :

L'empereor tant H donez avcir N'i ait Français qui toi ne s'en merveilt, {Roi., V. 570.)

(c.-à-d. : A l'empereur donnez tant d'argent que...)

VIII. Propositions comparatives. — Nous avons vu (§ 374, 2°) qu'après mieux au sens de « plutôt » l'ancienne langue employait que avec le subjonctif alors que la langue moderne se sert de l'indicatif.

Par contre , elle a emploj'^é l'indicatif avec pour peu que, et jusqu'au xvii^ siècle avec si peu que :

Charles chancelei, por poi qu il n'est ch.a,ÛZ.

{Roi., V. 3608.)

Si peu que j'2i\ d'espoir ne luit qu'avec contrainte,

(Corn. III, 522.)

Avec comme si, l'ancien et le moyen français emploient très fréquemment le subjonctif :

A l'église se fist porter Corne se il ne peust aler.

{Rou, V. 604.)

Comme si ce fust marchandise malaisée que reprehensions et nouvelletez (Mont. I, 25).

Dans tous les autres cas , le mode est invariablement l'indicatif.

Page 1