‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 40 sur 50 · VI. Il s'emploie dans l'apposition · texte numérisé non relu

VI. Il s'emploie dans l'apposition

De marque Véloignement. Cette préposition qui vient du latin de, exprime d'abord, comme ce dernier, l'éloignement d'un point de départ : descendre de la montagne y sortir de la ville ; errer de lieu en lieu. Spécialement : Blancandrin del Castel de Val Fonde [Ch. Roi.); Gérard de Roussillon (qui est de...) ; /e prince de Bourbon ; le duc ù.e Richelieu. C'est. ainsi qu'est formée la particule nobiliaire.

Elle marque en outre l'éloignement dans le temps : de ce jour; ^aujourd'hui en huit; Ceci date de trois semaines; se lever de bonne heure; partir &Q grand matin. Par analogie : // na rien fait de toute la journée.

Figurément : tenir, recevoir, apprendre quelque chose ^ de quelqu'un; de la part du roi; priver^ dépouiller y

délivrer^ préserver, acquitter, absoudre quelqu'un de quelque chose; né à.Q parents pauvres ', délaissé de tout le monde: être loué, aimé de quelqu'un. Dans un autre sens figuré, de marque le lieu d'où part l'action : prêcher de la chaire; parler de la tribune; une montagne d'ow Von contemple V horizon.

Par extension , de arrive à indiquer l'instrument : écrire de la main droite ; ou le moyen : payer de son argent, de sa vie; ou la matière : s'enivrer de vin ; vase de bois; colonne de marbre; ou la cause : heureux d'une nouvelle. De là la locution de ce que, qui est restée usitée jusqu'au xvn« siècle avec la valeur de parce que : Elle avoit été bien fâchée de la peine que favois soufferte^ et bien aise de ce qu'e//e étoit finie (La Rochef. III, 18). Je pleure de ce que cet enfant n^est pas en état de vous suivre comme les autres (Rac. V, 147). {\\) se plaint de celui qui a écrit ou parlé pour lui., de ce qu'zV n'a pas touché les meilleurs moyens de sa cause (La Bruy. I, 68).

De marque encore la manière : Aimer Dieu de tout son cœur, de toutes ses forces.

Dans toutes ces extensions, instrument, moyen, matière, cause, manière, on retrouve facilement l'idée primitive du lieu d'oii part l'action.

De marque encore la part><te, î-- ^ôir par lequel l'attribut convient au sujet : petit de taille, sain de corps ^ habile de ses doigts. De là est sorti l'emploi de de avec le comparatif en ancien français : Plus savant de Pierre (§ 374).

II. De partitif. Un cas particulier des emplois précédents a reçu un développement original en français. C'est celui où de aie sens partitif : un de nous; peu de choses; trop d'efforts; assez de bien; beaucoup de mal; peu, point, pas d'argent ; après des verbes : boire de L'eau^ manger du pain, c'est-à-dire : boire une partie de l'eau, etc.; avec un substantif sans article : ce sont de bonnes gens, d'aucuns prétendent, de certaines gens affirment (voir ^ 388).

Un autre emploi du j>artitif conduit au génitif subjectif: enlever les cheveux de la tête. Ici de exprime l'éloigné-

ment d'un lieu; de là par extension en ancien français : les yeux du chef lui fait crever, trésor de froment (c.-à-d qui vient du froment), grand bien est de paix (c.-à-d. vient de paix), d'où par une nouvelle extension : les /oies, les plaisirs de la paix, et à la fin du moyen âge quand le complément est un nom de personne : le livre de Pierre (§ 462, IV 2°). Ainsi s'est constitué graduellement le génitif subjectif, oii le deuxième terme est possesseur du premier terme. Il sort, aux premiers temps de la langue, du de partitif quand le génitif est un nom de chose; il se développe au xiv® siècle par analogie quand le génitif est un nom de personne.

III. De a le sens de touchant. Cet emploi très fréquent en latin s'étend encore en français -.parler, deviser, discourir d'une chose, avoir pitié, peur de quelqu'un. J'ai regret de lui, fai regret de sa mort. De là, par une extension naturelle, le génitif objectif : avoir l'ennui de vivre, la crainte du mal, l'amour de Dieu. Ainsi le génitif objectif sort de la préposition de signifiant « touchant », tandis que le génitif subjectif sort de la préposition de au sens partitif. Voilà comment le génitif latin, qui avait les deux significations subjective et objective, disparaissant de la langue populaire à la fin de l'Empire, est remplacé par deux développements nouveaux de la préposition de.

IV. De relie les termes de la proposition. Nous avons vu à la syntaxe de l'infinitif l'origine de la construction : // est honteux de mentir (§ 450). De la tournure cest honte de mensonge, qui l'explique, sort également la tournure : Qu'est-ce de nous employée par Bossuet (c'est peu de chose de nous), et avec intercalation du relatif : Qu est-ce que de nous? (quoi est de nous ?)

V. De annonce le complément des adjectifs. Le français continue la tradition latine en l'élargissant : désireux, avide, jaloux, heureux, triste, capable à!une chose. Par analogie et par extension naissent les tournures : homme de sens-, homme de grand talent. Nul n'est de la force de cet homme.

VI. De marque l'apposition. Le latin disait habituellement Urbs Roma la ville Rome), en mettant les deux mots au même cas. Toutefois on trouvait la tournure Urbs Romae, avec le génitif, construction qui devint de plus en plus fréquente vers la fin de l'Empire et qui triompha dans les langues romanes. On trouve bien en vieux français des exemples tels que le fleuve Jourdain, et encore aujourd'hui, quand le déterminant précède : Paris la grand' ville ; mais la construction avec de est usuelle : le pays de France.^ la ville de P^ris^ le titre de roï, le nom de père^ le mois de janvier^ le jeu de billard ; l'emploi de de est indispensable avec les noms de villes ; l'usage est hésitant avec les noms de montagnes, de rivières; mais il faut de avec les substantifs signifiant nom, mot, type; il faut encore de quand le mot régissant exprime une qualité : ce diable &' homme; cetta coquine de toilette ; un drôle de corps ; une drôle de personne. Remarquez qu'ici drôle est substantif et non adjectif, car autrement il faudrait une drôlesse de personne.

Le moyen français employait encore de après les titres ; Monseigneur., Monsieur, Madame... , Monseigneur du Pape, La dame de sa mère. Encore dans La Fontaine : Monsieur du Corbeau.

Rappelons enfin que de entre dans de nombreuses locutions adverbiales. Le deuxième terme est un nom : derechef, de nouveau, de raison, du tout, etc., ou un adverbe : de près, de loin, dessus, dessous.

En résumé, le français a étendu la signification du latin de en le chargeant d'exprimer le génitif latin et les prépositions latines ex et ab qui avaient disparu.

467. EN. — En vient du latin in qui signifiait a à l'intérieur d'un objet et sur la surface d'un objet ». Ces deux sens se sont continués dans l'ancien français qui dit non seulement être, aller en prison, mais s asseoir en cheval. Ce dernier sens a disparu dans la langue moderne qui n'en conserve plus que quelques traces : Jésus est mort en croix, c.-à-d. sur la croix. Portrait en pied, c.-à-d. sur pied. Casque en tête, c.-à-d. sur la tête, etc. Dans

ces expressions d'ailleurs, le sens ancien de en n'est plus compris. Partout ailleurs, en a été remplacé par swr, dessus^ etc. C'est la signification de « à l'intérieur de » qui s'est seule conservée; encore les emplois de en dans ce sens sont-ils plus restreints que ceux de in en latin.

1* La préposition latine in distinguait le repos dans un lieu de la direction vers un lieu en mettant le régime tantôt à l'accusatif, tantôt à l'ablatif. La disparition des cas a amené la perte de cette distinction. Il suit de là que le français en exprime la situation dans un lieu ou la direction vers un lieu : errer de lieu en lieu^ de ville en ville ^ meure en prison, porter en terre, être en prison, fenir une chose en sa main. Devant les noms de villes, en a été remplacé par à. Il semble qu'on ait voulu distinguer le nom du pays de celui de la ville : en France, mais à Paris. Cette distinction n'était pas encore tout à fait établie au xvii^ siècle : en Lacédémone (Malh. II, 136); en Avignon (IV, 111); en Alger (Corn. IV, 235); en Argos (Rac. III, 155). Ajoutons toutefois qu'au xviie siècle l'emploi de en devant les noms de villes, comme le fait remarquer Ménage , ne subsistait guère qu'avec ceux qui commençaient par une voyelle.

2*^ Le rapport de la situation dans l'espace s'étend au temps : en ce temps; en tout temps^ en été, hiver; c était QTi janvier, enplein/our. Ici la construction répond à l'ablatif latin. La préposition peut aussi exprimer une direction dans le temps : d'ores en avant, d'aujourd'hui en huit; de semaine en semaine. L'ancienne langue employait indifféremment en pour marquer la période de temps durant laquelle se faisait l'action : faire une chose en huit jours (ici le régime représente l'ablatif et la période dans laquelle l'action s'accomplit) ; faire une chose en huit jours, c.-k-d. au bout de huit jours (ici le régime représente un accusatif et la période au bout de laquelle l'action commence). La langue moderne a mis à profit la préposition moderne dans pour distinguer les deux sens par des particules différentes : faire une chose en huit jours, dans huit jours.

3° Au figuré, la préposition en exprime une quantité de rapports soit qu'elle marque une situation ou une

direction : se mettre^ être en colère; avoir, mettre en son pouvoir; être en prière, en adoration, en honneur, en grâce, en faveur; être en. pleurs ; mettre en gage; donner en otage; dépenser en aumônes ; en considération de, en haine de, en V honneur de, en guise de, en ^or/e çwe ; mettre en deux, en trois; couper en morceaux ^ tailler en pointe, poème en quatre citants, pièce en ?ro/s actes, en forme de; clianger une chose en wne autre; traduire en plusieurs langues; écrire en latin; jouer en artiste; agir en ro«; après un adjectif: r/c/ze en livres, fertile en ^/é; fécond Qn ressources ; sage en paroles. On voit que, dans la plupart des cas, le substantif est sans article, ce qui indique des constructions de date très ancienne.

Signalons aussi l'emploi de en suivi du gérondif : en chantant, V appétit vient en mangeant (§ 457, I).

4° Nous savons (§ 199, 4) que en se contractait avec l'article en el,ou et en es; cet article contracté disparaît dans la seconde moitié du xvi^ siècle et ne se rencontre que sporadiquement au xvii®, époque oii la langue dut le remplacer, en ayant recours dans beaucoup de cas à l'article contracté avec à : au remplaça ou et aux remplaça es. La vieille langue disait : en mon nom et el sien, ou en mon nom et on sien. Ou disparaissant est remplacé par au, et nous disons aujourd'hui en mon nom et au sien. C'est ainsi que nous avons vu, à propos de la préposition à, les expressions se mettre au lit, être aux fers. Cet emploi est très fréquent au xvii® siècle, et dans beaucoup de cas on trouve la préposition à au sens de dans, même quand il n'y a pas contraction de l'article.

La langue a encore remplacé ou et es par dans le et dans les [comxne non?, \e verrons à propos de préposition dans). Cette substitution a eu la conséquence suivante : c'est que en n'étant plus suivi de l'article a pris une acception de plus en plus générale et indéterminée. En effet en ne s'emploie plus, comme on le voit, dans les exemples cités, qu'avec les locutions générales : en grâce, en faveur; le substantif régi par en n'est déterminé par l'article qu'autant qu'il est féminin : en la circonstance, ou qu'il est élidé : en Vêfat, ou que le déterminatif est un

pronom ; en mon nom^ en ce jour^ mais ces derniers cas ne sont que l'exception, et la préposition en n'a plus guère aujourd'hui qu'un emploi archaïque et, pour ainsi dire, consacré devant les noms propres de pays et devant certains noms communs. L'ancien emploi de en a passé de nos jours à dans.

468. ENZ (dans). — Enz du latin intus signifie « à l'intérieur ». Très usité au moyen âge, il s'est maintenu en se combinant avec çà et là dans les adverbes, quelque peu vieillis, céans ^ leans, c.-à-d, çà à l'intérieur, là à l'intérieur. Enz s'est encore combiné avec la préposition de et est devenu denz., d'oii dans, et, par redoublement de la préposition, dedenz ^ dedans. Il est curieux que dans soit à peine usité au moyen âge, tandis qu'au contraire dedans se rencontre à chaque pas.

Dedans est adverbe et préposition jusqu'au xvii® siècle. Mais au xvi^ la disparition de ou et de es donne à dans l'occasion de se produire; la langue l'adopte d'abord en le faisant suivre de le ou de les; dans le remplace o«, dans les remplace es. Cet emploi déterminé par l'article fait que dans prend une valeur de plus en plus précise en face de en qui prend une valeur de plus en plus générale. C'est dans la seconde moitié du xvi« siècle et dans le courant du xvii® qu'a lieu cette révolution qui restreint le domaine de en au profit de dans. Elle restreint en même temps celui de dedans. Gomme dans est préposition et que dedans est adverbe et préposition , l'emploi prépositionnel de dedans devient inutile. Tel est l'avis de Vaugelas et de tous les grammairiens , et cet emploi disparaît tout à fait dans la seconde moitié du xvii® siècle.

469. FORS ou HORS. — Du latin foris est sorti d'abord fors, puis hors qui a supplanté fors définitivement au xvii^ siècle.

l*' Fors et hors étaient adverbes : sortir hors. Hors ne s'emploie plus guère avec le sens adverbial que précédé de la préposition de : sortir dehors.

2° Ils étaient aussi prépositions : // se fêta hors la ville, et avec la préposition de : // se Jeta hors de la ville. Au figuré on dit : être hors la loi, être hors de soi. Dans ces locutions, hors a son sens étymologique. Mais, dès les d< buts de la langue, il se produisit une extension curieuse : dans la phrase Ils ont été récompensés hors lui (c.-à-d. lui hors], lui est sujet de hors, qui est advei'be. Par une erreur sur la construction, on vit dans hoj^s une préposition avec lui pour régime, et, par suite, hors devint le synonyme d'excepté : Tout est perdu fors l honneur. Ils ont été récompensés hors lui (excepté lui). C'est ainsi que le composé hormis, et aussi devant, pendant, d'adverbes sont devenus prépositions. Dans cet emploi, fors pouvait être suivi de la conjonction que : Me voyant grande et estimée belle d'un chascun, fors que de vous seul [Hept. II, 72). Hors que peut être aussi locution conjonctive : // Va traité aussi mal que possible, hors quil ne l'a pas battu.

Dehors, que nous avons vu employé comme adverbe, était aussi préposition :

J'en voyais et dehors et dedans vos murailles.

(Rac, I, 418.)

Comme dedans, il a cessé d'avoir cet emploi à la fin du xvii^ siècle.

470. OUTRE. — Outre, du latin ultra, était en ancien français adverbe et préposition.

1^ Gomme adverbe, il signifiait « au-delà ». Il nous est resté de cet emploi les expressions aller, passer outre, percer d'outre en outre, et la locution en outre avec le sens de « en plus »

En moyen français, l'adverbe outre était employé dans un très grand nombre de locutions qui se ramènent à ces deux sens « au-delà de la mesure » et « complètement )) : Les Flameaux...vouloient plus outre (Noël du Fail, Prop. rustl, 87). Comparez les mots outrecuidance, outrecuidant.

2° Gomme préposition , il s'employait au propre :

Aller outre mer. Louis rZ Outre-mer. Les gens o^'outremonts. Les mémoires «^'Outre Tombe.

Soit que le Rhône, outre ses bords

(Malh., I, 115.)

Lui vit éclater sa gloire

Il s'employait aussi au figuré avec son sens étymologique : Se revancher outre la volonté de ceux qui nous ont obligés (Malh. II, 132). Nous disons encore outre mesure, Outre nature, outre raison ; mais ce sont des archaïsmes; car outre, comme préposition, n'est plus guère usité qu'au sens de « en surplus de » : outre le rapport que nous avons constaté; outre ce que je vous ai dit, d'où la locution conjonctive : outre qu.' il a mal agi.

471. PAR. — Par vient du latin per. 1° Cette préposition signifie d'abord ce à travers », dans l'espace et le temps : Aller par mer et par eau. Par monts et par vaux. Courir par le monde. Voyager ]^3iT(out. Jeter par la fenêtre. Donner un coup de fouet par le visage. Par un beau temps^ par la pluie. Gagner tant ''^diV jour.

2° Il exprime l'intermédiaire par lequel une chose est faite : Ces choses ont été accomplies par des agents intelligents. Agir par soi-même. De là l'emploi de par pour désigner l'instrument, le moyen : Prendre par la main, le cou. Assurer par serment. Jurer ^âr Dieu, par les saints. Par ma barbe I etc.

Par exprime encore la cause : Agir par envie, par désir, par colère. Je conclus par ce que je vois que. Spécialement avec l'infinitif: Vâr noz passages paier (Villch. 59 1. Ce ne feut accepté, par ne sembler équitable (Rab. I, 184).

Mais ne confondons point, pap trop approfondir Leurs araires avec les vôtres.

(La Font. I, 252.)

C'est là une tournure vieillie qui ne s'est conservée qu'avec les verbes commencer et finir : // a commencé par déclarer-, il finira bien par avouer (§ 450).

3"^ Un emploi important de par en ancien français était

celui par lequel il exprimait le superlatif : Par est bouy c'est-à-dire il est très bon. Généralement, par était accompagné d'un autre adverbe : assez, moût, trop : Assez par fut long. Moût par fut bon. Trop par fut bon. Cette construction a disparu, sauf dans la locution qui n'est plus comprise : Cest par trop fort.

4° Par se combinait avec beaucoup d'adverbes et de prépositions : par avant, par devant, par après, par deicj's. De l'emploi de par au sens causal sort la locution parce que qui, en français moderne, a remplacé aussi pour ce que. Parce que exprimait le motif, pour ce que le but : Pourquoi étes~vous en retardl c.-à-d. par quelle cause ? Réponse : parce que je me suis égaré. Pourquoi faites-vous cela ? c.-à-d. dans quel but? Réponse : parce que Je veux m amuser. Ici parce que remplace pour ce que. Nous allons voir à pour cette signification et les deux sens de pour quoi.

Le classement des sens offre une difficulté particulière parce qu'il se rattache directement à plusieurs sens latins dont quelques-uns n'existent plus en français. Il en résulte que les sens français paraissent isolés les uns des autres si l'on ne remonte pas au latin.

472. POUR. — Pour, anc. fr. par, vient du latin populaire por qui est le latin classique pro.

1° Pro signifie proprement « devant «, pro rostris (devant les rostres). De là au figuré : dimicare pro patria (combattre devant la patrie, pour la protéger), doii : combattre pour la patrie. Le sens matériel ayant disparu en français , pour n'a plus eu qu'une valeur abstraite, n'a plus exprimé qu'un rapport, est devenu une véritable préposition. L'idée de protection qui se dégage de celle de situation, « en face de », a abouti naturellement au sens « en faveur de » : combattre pour son pays , trembler pour quelqu'un; être pour ou contre une proposition. D'où : plaider 'ÇQUT et contre; V amour dune mère pour ses enfants, et, par analogie : la haine quil a pour lui. C'est une grande perte pour nous. Remède bon pour la fièvre. Cest pour son inalheur quil est parti

2° Par extension, pour indique la destination, le motif : faire de r exercice pour sa santé; être dévoué pour quelqu'un^ pour quelque chose; pour V amour de Dieu ; spécialement avec un infiniuf : faire une chose ]^OVLT s amuser, travailler pour réussir. Pour, dans ce cas, est souvent séparé de l'infinitif encore auxvii^ siècle :

Pour de ce grand dessein assurer le succès.

(Corn. IV, 76)

// parle le premier pour, en découvrant les oppositions, prendre ses mesures et avoir la réplique (La Bruy. ï, 374). Vaugelas proteste contre cette construction et n'autorise entre pour et l'infinitif qu'une ou deux syllabes : pour y aller, pour de là passer en Italie. Pour, au lieu d'un infinitif, peut être suivi d'une proposition personnelle subjonctive. L'ancienne langue disait en ce cas pour ce que; comparez de ce que, parce que; puis, dès le moyen âge, ce peut tomber; de là. pour que, qui s'est peu à peu étendu et a définitivement triomphé vers la fin du XVII® siècle, malgré les protestations des grammairiens.

Notons encore quelques locutions particulières dont plusieurs ont vieilli où pour indique toujours la destination : Cela n est pas fait pour vous plaire. Il n est pas pour se laisser maltraiter. Il y a ici pour contenter tous les goûts. L'affaire n est pas pour en demeurer là. Il a fait assez pour sa gloire, pour réussir, pour quil réussisse. C'est pour en mourir d* ennui. Commencer pour finir. Il est fort chagrin pour s'amuser (archaïque). Il est trop faible pour supporter cette charge. Un autre emploi de pour, qui relève de la destination, est celui qu'indiquent les expressions : partir pour Paris, pour l'Amérique, expédition pour tous pays.

3^ Pour a aussi le sens de « à la place de ». Ce sens ne se rattache pas au précédent ; il dérive du latin : Faire une chose pour un autre. Faire une chose pour une autre. Acheter, vendre pour six francs. Œil pour œil^ dent pour dent. Traduire mot pour mot. Tenir quelqu'un pour ami. Choisir pour roi. Prendre pour femme. De ce

sens sort un sens nouveau, fort important, celui de « à cause de », sens surtout usité dans la vieille langue :

Tuit s'enfoïrent por la pluie.

(R. Rose, T. 6521)

// pleure pour la souffrance quil endure. Encore aujourd'hui : C'est pour cela quHl pleure., cest "pourquoi il pleure. Lancienne langue disait aussi pour ce que suivi de l'indicatif : Por ce que cil pardons fut issi granz si s*en esmurent niolt li cuer des genz; et molt s'en croisierent por ce que li pardons ert si granz (Villeli. 2). Pour ce que disparaît dans ce sens au xvii^ siècle devant parce que qui exprime dès lors non seulement Finstrument. mais encore la cause.

Nous avons vu (§ 450; que, dans la langue actuelle, pour, au lieu d'être employé comme dans l'ancienne langue avec l'infinitif présent, n'est plus employé que devant l'infinitif passé : // a été puni pour avoir dérobé. Toutefois il faut considérer ce qui se [jasse dans les phrases négatives ou restrictives. Lancienne langue disait : // se promène pour le plaisir quil y trouve; elle disait, par suite, de même : // ne se promène pas pour le plaisir quil y trouverait. Ici pour arrive à exprimer la même idée que malgré. De là les tournures suivantes : Hz ne se lassaient jamais , pour quelque travail quilz prissent (Amyot, Thésée, 2). Pour peu que vous fassiez, vous réussirez, et, par oubli de cette construction : Pour peu que vous fassiez cela, vous réussirez; le pronom cela est de trop, puisque pour peu signifie pour le peu. Or pour^ dans ce sens, bien que la construction ait vieilli, peut encore être aujourd'hui suivi de l'infinitif présent, comme au xvii« siècle :

Un roi n'est pas moins roi pour se laisser charmer.

(Corn. VI, 43) Ah! pour être dévot^je n'en suis pas moins homme.

(Mol. lY, 466)

4*^ Pour signifie encore « par rapport à ». C'est un eens dérivé du latin •. Cet habit est bien chaud pour la

saison. Argent placé à cinq pour cent. On dit, par extension : Pour ma part, voici ce que je pense. Pour moi, c'est autre chose.

5" Pour servait et sert encore pour marquer un rapport de temps. Dans l'ancienne langue, il pouvait désigner le passé , et nous disons encore : pour lors. La cérémonie était pour hier. Il ne sert guère aujourd'hui qu'à désigner le présent : Cest pour maintenant., ou le futur : Je n en ai que pour un moment. Ce sera pour ce soir. C'est pour toujours, pour quand vous voudrez.

473. PUIS. — Puis, du latin post, était préposition et adverbe. Il a été remplacé comme préposition p^ir depuis, sauf dans l'ancienne locution puis ce que, abrégée en puisque , signifiant « après que » , laquelle n'a plus aujourd'hui que le sens figuré de <(■ étant donné que » : Puisqu'iY en est ainsi.

Depuis était rarement employé comme préposition en ancien français , sauf dans depuis ce que , abrégé en depuis que. C'est à partir du xvi® siècle que son emploi comme préposition se développa aux dépens de celui de puis. Nous avons vu (§ 450) que jusqu'au xvi® siècle il pouvait être suivi d'un infinitif passé.

Gomme adverbe, il avait deux sens, celui d' « après », aujourd'hui hors d'usage : // souffroit la mesme passion en son cueur que Themistocles longtemps depuis souffrit (Amyot , Thésée, 2). C'était d'ailleurs ce sens qu'avait aussi depuis préposition : Au reste depuis la mort de son père Egeus , il entreprit une chose grande a merveille (Arayot, Thésée, 6). Dans la langue actuelle, il signifie, soit comme adverbe , soit comme préposition , qu'un espace de temps ou de lieu commence à partir d'un terme indiqué : Depuis hier il va mieux. Depuis les Alpes jusqu'à l'Océan, etc. La nuit fut mauvaise, mais depuis il alla mieux.

474. PRÈS. — Près, du lat.pop. pressum, est adverbe et marque soit un rapport d'espace : // demeure tout près, ici près.

Plus je r estime 'pvès, plus il est éloigné.

(Corn. III, 551)

soit un rapport de temps : Le jour du départ est près. Celte seconde signification a vieilli. Dans les deux sens, près entre dans une locution prépositive . près de. Il demeure près de V église. Il est près de partir. Au xvi^ siècle, l'on disait plus volontiers : il es/ près V église que près de l'église., faisant ainsi de près une préposition.

De près se dit de l'espace, du temps, et figurément : Serrer V ennemi de près. Les malheurs se suivent de près. Au figuré et par extension, près exprime un rapport de quantité : // n est pas riche à beaucoup près. A peu de chose près. // est à peu de chose près ruiné (c.à-d. il est près riche, près de la richesse, il est près ruiné, près de la ruine, à beaucoup de distance, à peu de distance). Dansées tournures, prt-s qui, à l'origine, détermine l'adjectif finit par s'unir aux expressions à beaucoup., àpeu et autres analogues : Le compte est exact à cinq francs prés. La construction première est « le compte est près exact, près de l'exact à cinq francs de distance » ; puis près vient se joindre à cinq francs : à cinq francs près. Au titre prés, // était roi (c. à d. il était près de la royauté, le titre s'en manquant'; puis près n'a plus fait qu'un avec au titre.

De là à peu près au sens de « peu s'en faut » : V affaire passera dans un mois à quelques Jours près, en plus ou en moins. A cela près, il a raison. Un peu sot; à cela prés, bonhomme.

Presque est un développement de près dans les expressions de l'ancienne langue : // est près mort. V œuvre est près toute accomplie. Dans // n est pas riche à beaucoup près. // est à peu prés i-uiné, l'analyse nous montre que près a le sens de presque. Quelle est la valeur de ce que ? C'est le pronom relatif. L'ancienne langue dit : qu est-ce la fièvre.'' ou qu est-ce quest la fièvre ou qu est-ce que la fièvre? (c. à d. qu'est-ce la chose laquelle est la fièvre?!. De même, là où l'ancienne langue disait : // est près fou., avec l'intercalation du relatif, elle a pu dire : // est près que fou c. à d. il est près (ce) qu"(est un) fou).

Après signifie ce à la suite » dans le temps : Après la pluie., /e beau temps. Après ce que f ai dit. Après faire^

après avoir fait quelque chose. Après ce que de l'ancienne langue a été abrégé en après que.

Après signifie aussi « à la suite » dans l'espace : Des esclaves marchent après lui^ absolument : Après venaient des soldats \ ct-après; spécialement: courir^ crier après quelquun. Il est toujours après lui. Etre après un ouvrage. Dans la langue populaire : La clef est a.]^rès la porte.

475. RIÈRE. — Rière (lat. rétro), usité en vieux français, a donné les composés arrière, derrière.

Arrière était adverbe, et l'est encore dans la locution composée en arrière, et en composition : arrière-cour, arrière-neveu. 11 s'emploie même absolument : Arrière/ Arrière, maudit! Arrière était aussi préposition, emploi disparu.

Derrière est adverbe et préposition. L'ancienne langue et la langue moderne présentent le même emploi. Il n'y a rien à remarquer.

476. SANS. — Sans (du lat. sine avec Vs adverbiale) présente , dans sa syntaxe , des particularités qui s'expliquent par le fait qu'il contient logiquement une négation. De là on dit sans peur et sans reproche et sans peur ni reproche (§ 482).

L'ancienne langue disait sans ce que, qui a été réduit à sans que.

kll . SOUS. — Sous du lat. subtus, préposition, a formé dessous qui, jusqu'au xvii® siècle, est adverbe et préposition. Dans la langue actuelle, il n'a guère conservé l'emploi prépositionnel que dans la locution surcomposée par-dessous.

478. SUR. — .Cm;', du lat. ])op. sopra, a été confondu en moyen français avec sus (lat. pop. susum) qui était adverbe et quelquefois préposition, avec le sens de « en haut, en haut de ». De là le composé dessus, adverbe et préposi tion jusqu'au xvii® siècle, et qui, dans la langue actuelle, n'est guère préposition que dans la locution surcomposée/?<2r-rfes5ws.

479. VERS. — Versduh\. versus, indique une direction dans l'espace ou le temps : Vers la montagne. Vers midi. Au figuré, il s'est emplo3é jusqu'au xvii^ siècle avec le sens de a à l'égard de » : La foy des femmes vers les hommes estait inviolable (Noël du Fail , Prop, Rust* I, 47).

Par des uœux impuissants s' acquittant vers leurs princeê,

(Corn. III, 357)

. . .Vers Vun ou vers Vautre il faut être perfide.

(Id. III, 420)

L'usage moderne réclame ici le composé envers.

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