‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 8 sur 50 · SUBSTANTIF · texte numérisé non relu

SUBSTANTIF

noms propres de yjersonnes quelquefois au pluriel, comme quand on dit les Césars^ les Alexandres, les Platons, c'est par figure, en comprenant dans le nom propre toutes les personnes qui leur ressemblent.

Cette théorie passa décidément dans la pratique à partir du xviii® siècle. Mais, comme elle était en contradiction avec les habitudes de la langue, il en résulta toutes sortes de difficultés au milieu desquelles les grammairiens se débattirent en vain.

D'après la théorie nouvelle, les noms propres d'individus ou de familles étaient invariables au pluriel. Toutefois ils prenaient la marque du pluriel s'ils étaient communs à une famille. On devait donc dire : les Cor~ neilles étaient de race bourgeoise. Pourquoi disait-on alors : les deux Corneille étaient frères"^ A partir de quel nombre d'individus devait-on mettre le pluriel? D'autre part, il fallait, pour qu'on mît s, que la famille fût royale ou illustre : les Gracques, les Césars, les Bourbons, les Stuarts. Mais à quel degré d'illustration commençait la règle ? On disait, en effet, les Bonaparte^ et devait-on dire les deux Carnot ou les deux Carnots? Enfin pourquoi les exceptions s'étendaient-elles aux noms des auteurs désignant leurs œuvres : avoir plusieurs Virgiles, plusieurs Raphaëls, et aux noms géographiques : Il y a plusieurs CambridgeS en Amérique ?

Cette multiplicité de règles qui s'entrecroisaient, se détruisaient et étaient contredites par l'usage des écrivains a pris fin en 1900. Tous les noms propres précédés de l'article peuvent désormais prendre la marque du pluriel.

363. Pluriel des noms composés. — Les règles, anciennement si compliquées, du pluriel des noms composés ont été heureusement simplifiées en 1900 : l'on considère maintenant la plupart des noms composés comme des noms simples, et la suppression du trait d'union est tolérée pour tous, alors même que les éléments constitutifs de ces noms sont séparés dans l'écriture.

Par suite, on peut écrire en un seul mot, en donnant l'accord au dernier .

i° Les noms composés d'un substantif et d'un adjectif, que celui-ci précède ou suive : des blancseings, des rougegorges, des bassetailles^ des coffre forts. Il n'y a d'exception que pour bonshommes et gentilshommes dans lesquels l'usage a établi un pluriel intérieur sensible à l'oreille. Si les noms composés sont écrits en deux mots, le substantif et l'adjectif prennent la marque dif, pluriel : des blancs seings^ des rouges gorges, des basses tailles, des coffres forts. On peut de même écrire en un seul mot et sans apostrophe : des grandmères, des grandmesses, des grandîmes.

2° Les noms composés formés par apposition : des choufleurs^ des cheflieiix, mais des choux fleurs, des chefs lieux]

3° Les noms composés dont l'un est le complémer l de l'autre : des timbrepostes, des portraitcartes, des terrepleins, mais des timbres poste, des portraits carte. On hésite toutefois à écrire hôtel Dieu^ fête Dieu en un seul mot;

4° Les noms composés formés d'un verbe et d'un substantif qui en est le complément : des essuiemains, des abatjours, des gardecôtes. Le mot garde étant considéré comme substantif dans garde forestier, garde général, on continue à écrire gardes forestiers, gardes généraux en deux mots pour distinguer ces mots de ceux où garde est un verbe ;

5^ Toute la masse des noms composés d'éléments variés empruntés à des substantifs, à des verbes, à des adjectifs, à des mots invariables, à des mots étrangers : des chassécroisés, des piqueniques, des soidisants, des tedeums, des exi^otos, des vicerois, des entêtes, etc.; mais si ces mots composés ont leurs éléments séparés, l'ancienne syntaxe reparaît : des te deum, des ex voto, des soi disant, des en têtes. Naturellement il ne peut être question ici de mots, comme ouï dire qui, vu sa composition, ne peut prendre la marque du pluriel: des ouï dire, des ouïdire.

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