‹ Cours de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 11 sur 54 · Mon langage est bon, car je suis né dans l'Ile-de-France · texte numérisé non relu

Mon langage est bon, car je suis né dans l'Ile-de-France

Adenet, Fauteur de Berthe aux grands pieds, raconte qu'au temps de Pépin

Avoit une coustume ens el tiois pais (dans le pays allemand^)

Que tout li grant seignor, li conte et li marchis,

Avoient entour aus (eux) gent Françoise tous dis (toujours)

Pour aprendre François lor filles et lor fils.

Li rois et la roïne et Berte o (avec) le cler vis (yisage)

Sorent près d'aussi bien le françois de Paris

Com se il fussent né au bourc à Saint Denis ^.

Le trouvère lyonnais Aimon de Varennes, qui écrivait en 1188 à Châtillon-sur-Azergue (Rhône), adopta le français pour son Roman de Florimont :

As François voil de tant servir,

Que ma langue lor est sauvage ; Que je ai dit en lor langage AI mieus que ju ai seti dire.

Se ma langue la lor empire, Por ce ne m'en dient anui :

Mies aim ma langue que Tautrui.

Romans ne estoire ne plait As François, se il ne 1 ont fait.

Un traducteur de Boèce , né à Meung , au xiii® siècle , s*excuse d'écrire dans un langage qui n'a pas la suprême correction du langage parisien; car, dit-il, « je ne suis pas de Paris..., mais me rapporte au parler

Que m'aprit ma mère A Meung, quand je l'alaitoie '. »

Au XIV® siècle, Chaucer, dans ses contes de Canterbury, met en scène une religieuse qui « parlait français comme on parlait à Stratford-sur-Bowe ; car le français de Paris lui était inintelligible ^ » .

1. Tiois f forme française répondant à l'italien tedesco et représentant une forme primitive de l'allemand moderne deutsch.

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