I. Atones finales
46. Chute de l'atone pénultième entre consonnes. — Dans les proparoxytons (mots accentués sur l'antépénultième), comme tabula, domïnum, l'atone pénultième est tombée dès les premiers siècles de l'Empire, quand elle était placée entre deux consonnes :
mobïlem
devint
mohlem
tabula
tabla
stabùlum
istahlum
miracûlum
miraclum
bacûlum
baclurn
Des grammairiens latins blâment les prononciations vulgaires tabla, stablum, tribla (pour tribûla), speclum (pour spéculum), masclus (pour mascùlus), articlus (pour
articulas), anglus (pour angûlus), calda (pour calïda], yirdis (pour virïdis), etc. On trouve dans les inscriptions, les manuscrits , et çà et là dans les textes classiques , un grand nombre d'exemples de cette chute de la pénultième atone , placée entre deux consonnes * ,
Cette chute fut générale et absolue dans le latin de la Gaule septentrionale. Il en résulta cette importante conséquence : que tous les mots du gallo-roiiian du Nord, non monosyllabiques, eurent raccent sur la pénultième, puisque les uns étaient déjà paroxytons en latin (rosa, murum, labOrem, arista, cantàre), et que les autres, de proparoxytons qu'ils étaient, devenaient paroxytons (tabula tabla, virïdem vérdem, miracûlum miraclum, concredère concredre)2.
47. Chute des atones finales, sauf A. — jQuelques siècles plus tard, vers le vu® ou le viii® siècle, une* nouvelle réduction se produisit.
Toutes les finales atones tombèrent, sauf l'A, qui se maintint sous forme d'E féminin. Si le mot se terminait par un groupe de consonnes de prononciation trop difficile, TE féminin s'ajouta comme voyelle d'appui.
Ainsi
Mais
grandem
grandes
yenit
bonos
manum
manus
rosa
rosas
cantat
Gantant
patrem
devint grant
— (grands) granz
— çien^t
— hon^s
— main
— mains
devint rose
— roses
— chantety chante
— chantent
— pedre, père
1. M. Hueo Schuchardt en a réuni beaucoup dans son Vokalit" mus des VuJgîirlateins, II, p. 402-416.
2. Si la pénultième est en contact, soit ayec la voyelle accentuée (lâïcus), soit avec l'atone finale (roseus), il y a hiatus. L'hiatus est étudié au para^apbe 60.
côôpèrit, côperit devint cuevret (auj. couvre)
tenërum — tendre
somnam — somme
intro — y^entre
dicunt — V. fr. dient
Cette chute ou cet affaiblissement de la finale paraît 8*être achevé au ix® siècle, comme on le voit par le texte des Serments de Strasbourg. On y trouve d'un côté les mots amur^ Christian, commun, salvament, ist, di, avant, quant, savir, podir, clst, om, dreit, salvar, dift, nul, part, plaid, etc., tous mots oii l'atone finale est tombée; — de l'autre, les mots aiudha, cadhuna, cosa, nulla, conservât, contra, dans lesquels l'a latin final est conservé sous la forme de l'a ; — en troisième lieu , enfin , poblo, nostro, fradre, fradra, altre, sendra, Karle, Karlus, Karlo, où les lettres finales o, u, a, e sont employées indifféremment pour noter cet e féminin qui soutient un groupe de consonnes précédentes.
De cette chute résulte une nouvelle conséquence d'une importance capitale : La syllabe accentuée du mot latin (qu'il fût paroxyton ou proparoxyton) devint la dernière syllabe sonore du mot français \ Tous les mots de formation populaire se terminèrent donc par un temps fort ou par une syllabe en e féminin précédée du temps fort. Ex. : douloureux, douloureuse.
Ce caractère fut si notable qu'il s'imposa désormais à tous les mots de formation ultérieure, populaire ou savante, ou empruntés à d'autres langues. Tous, ils