Exceptions apparentes
(a) Mots paroxytons où la voyelle accentuée est en hiatus avec une atone finale, qui, au lieu de tomber, se combine avec elle en diphtongue : De-um : Dèu ou Dieu en une syllabe ; Uehrx-um : ebrèu ou ebrièu en deux Ryllabcs.
{b) Mots paroxytons où une consonne, séparant la voyelle accentuée de l'atone finale, est tombée dès les premiers temps, de manière que ce cas se ramène au cas précédent : vado, lat. pop. vaOf d'où vh qui se trouve dans le vieux français vois (je vaisj; eraecnm : grieu ; j'utfum : jàiii liipum : lôu; paucum : pou, etc. — Sur iocnm, focum, j'ocum, hit. poj). lo-u, j'o-n, fo-u, voir plus loin, p. 89, n. 1.
doivent avoir Taccent sur la dernière syllabe. Notre langue reçut là une empreinte ineffaçable.
Les autres langues romanes n'ont pas fait tomber aussi régulièrement la syllabe atone, finale ou pénultième; mais partout c'est la même syllabe que frappe le temps fort.
Latin par-ï-cûlum, f-ë-mïna, a-rbôrem, ô-cûlum
Italien par-e-cchio^ f-e-mmina^ a^lbero, o^cchio
Espagnol par-e-jo, h-e-mbra, a^rboly o-jo
Français par-e-Uy f-e-mme, a-rbre, œ^il
Ce n'est que dans les mots de formation savante que peut se produire un désaccord entre l'accentuation latine et l'accentuation nouvelle.
48. L'atone contre-finale. — La syllabe frappée de l'accent second est dite contre-tonique, et l'atone qui la suit contre-finale , parce qu'elles correspondent l'une à la tonique et l'autre à la finale.
Les lois qui régissent le sort de la fipale régissent de la même façon celui de la contre-finale : c'est-à-dire que les atones contre-finales tombèrent régulièrement, sauf a, bref ou long, qui devint e féminin; quand la contre-finale soutenait un groupe de consonnes de prononciation difficile, l'a féminin servit de voyelle d'appui.
Exemples de la chute des atones contre-finales e, i, o, u :
cere-visia
cer-voise
*vervë-carium
ber-gier^ berger
bonï-tatem
bon-tet, bonté
dorml-torium
dor~tolr
coUô-care
col'chier, couchler^ coucher
Victô-riacum
Vit-ry
*miscû-lare
mes^lery mêler
adjû-tare
al-dlery aider
86 HISTOIRE DE LA PRONONCrATION FRANÇAISE
Mais a reste sous la forme e dans :
*sina-patum sene-vé
Ala-mannia Ale-magne
*tropa-torem trove^or [trouveur)
canta-torem chante-or [chanteur]
sacra-mentmii saire-ment, serement (plus
tard serment)
Les voyelles autres que a restent à l'appui d'un groupe de consonnes dans :
pere-grinum pele-rin ^
quadri-furciim carrefour
petrô-selinum perresil [persit\.
latrO-cinium larrecin [larcin).
L'accent second et l'accent premier eurent donc la même action, chacun de son côté, sur l'atone qui les suivait^.
L'affaiblissement de la finale et de la contre-finale nous fait assister à la naissance d'une voyelle nouvelle, l'e féminin , qui va jouer un rôle si important dans l'histoire de la prononciation. Cette voyelle se prononçait comme nous la prononçons encore dans les monosyllabes me, te, se, je, te, que, ou après un groupe de consonnes réclamant une voyelle d'appui : quatr-e personnes,
La chute de la finale ou de la contre-finale entraîne une réduction et une contraction nouvelle des mots; par suite, il se forme de nouveaux groupes de consonnes que la langue va s'empresser de réduire.