‹ Cours de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 33 sur 54 · V. De l'hiatus · texte numérisé non relu

V. De l'hiatus

60. De l'hiatus. — On appelle hiatus la rencontre de deux voyelles consécutives à l'intérieur d'un mot. Le latin possédait un grand nombre d'hiatus :

ea,

ee.

ei,

eo.

eu

ia,

ie,

io,

lu

ua.

ue,

ui,

uo.

uu

Le gallo-roman du Nord ne peut soutenir ces rencontres de voyelles et les transforme de diverses manières.

Déjà le latin populaire avait, vers la fin de l'Empire, simplifié ces hiatus, en changeant régulièrement l'ô en ï dans les groupes èa, èe, èi, èo, eu. Ainsi :

vinèa

était devenu

vinïa

palèa

palïa

^balnèâre

halnïare

linèum

linïum

Le gallo-roman connaissait donc surtout des hiatus formés de la rencontre d'un ï ou d'un û avec une voyelle : il transforma l'ï en yod palatal, qui modifia, en se combinant avec elle, la consonne ou la voyelle précédente, et l'ù en la consonne v ou w, qui put à son tour agir sur les sons qu'elle suivait.

1° Parfois l'i et l'u se changèrent en consonnes, en modifiant ou en faisant tomber la consonne précédente.

lineum

linge

laneum

lange

dilûvium

déluge

servientem

sergent

pibionem (pour pipionem]

pigeon

^sabium

sage

sapiat

sache

apia (pluriel d'apium]

ache

januarium janvier

aquarium aivier, évier

annualem y. fr. anvel

ëqua V. fr. ive

2° Si la consonne qui précède l'i est 1 ou n, le yod se combine avec elle pour former 1 mouillée ou n mouillée.

filia

palea

muralia (adjectif pluriel neutre)

mirabïlia, miribilia (adj. pi. n.)

fille paille muraille merveille

vinea linea Gampania Avenionem

vigne ligne

Champagne Avignon

Quelquefois le yod n'agit pas sur VI ou Vn; mais cela n'arrive que dans des mots de formation savante, quoique très anciens :

pallium pâlie, paile

monachum, monicum, moni-um monie, moine

canonicum, canoni-um chanonie, chanoine

apostolicum, apostoli-um apostolie, apostoile

Dans les graphies pâlie, monie, chanonie, apostolie, qui se rencontrent au xi® siècle, Vi n*est pas voyelle, mais consonne; il a passé bientôt par dessus la consonne précédente, pour faire diphtongue avec la voyelle accentuée.

3° Si la consonne précédant l'i est c, t, d, l'i se combine avec c et t, pour former, soit ç (ss), soit is, avec d pour former j.

palatium palais

rationem raison

cantionem chancon^ chanson

lectionem leçon

factionem façon

solaciun^ sôlaz, soûlas

glacia (pour glaciem) glace

faciamus faciens [âuy fassions)

^de-usque jusque

diarnum jôm^jour

hordea (plur. de hordeum) orge

4** Le yod peut encore passer par dessus la consonne pour former avec la voyelle une diphtongue.

nausea noise

cerôsia (pour cerasium) cerise

basiat haise

côrium cuir

area aire

varium vair

paria (adj. pi. neutre) paire

5° Enfin l'hiatus se résout par la chute ou le changement de la première voyelle.

mea, tua, sua; ma, ta, sa ma, ta^ sa

mortuum, mortum mort

battuere, battere hatre (battre)

quattuor, quattor quatre

leonem lion

creare v. fr. crier

Section II. — Histoire des consonnes,

61. Consonnes latines. — On a vu que les consonnes latines sont b, p; d, t; g, C (ou k, ou q); v, f ; z, s, i, b; 1, m, n, r, et les groupes ch, ph, th. Elles peuvent se

!)résenter dans le mot, comme simples (p^ter), doubles cuvrit), ou en groupe [^iatua, scvibere, monslvare); et, suivant leur situation, comme initiales [pater, fXamma), médiales {paler, infernum, astrum), ou finales (pater, amant). Les changements qu'elles éprouvent dépendent de leur condition et de leur situation.

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