V. De l'hiatus
60. De l'hiatus. — On appelle hiatus la rencontre de deux voyelles consécutives à l'intérieur d'un mot. Le latin possédait un grand nombre d'hiatus :
ea,
ee.
ei,
eo.
eu
ia,
ie,
io,
lu
ua.
ue,
ui,
uo.
uu
Le gallo-roman du Nord ne peut soutenir ces rencontres de voyelles et les transforme de diverses manières.
Déjà le latin populaire avait, vers la fin de l'Empire, simplifié ces hiatus, en changeant régulièrement l'ô en ï dans les groupes èa, èe, èi, èo, eu. Ainsi :
vinèa
était devenu
vinïa
palèa
palïa
^balnèâre
halnïare
linèum
linïum
Le gallo-roman connaissait donc surtout des hiatus formés de la rencontre d'un ï ou d'un û avec une voyelle : il transforma l'ï en yod palatal, qui modifia, en se combinant avec elle, la consonne ou la voyelle précédente, et l'ù en la consonne v ou w, qui put à son tour agir sur les sons qu'elle suivait.
1° Parfois l'i et l'u se changèrent en consonnes, en modifiant ou en faisant tomber la consonne précédente.
lineum
linge
laneum
lange
dilûvium
déluge
servientem
sergent
pibionem (pour pipionem]
pigeon
^sabium
sage
sapiat
sache
apia (pluriel d'apium]
ache
januarium janvier
aquarium aivier, évier
annualem y. fr. anvel
ëqua V. fr. ive
2° Si la consonne qui précède l'i est 1 ou n, le yod se combine avec elle pour former 1 mouillée ou n mouillée.
filia
palea
muralia (adjectif pluriel neutre)
mirabïlia, miribilia (adj. pi. n.)
fille paille muraille merveille
vinea linea Gampania Avenionem
vigne ligne
Champagne Avignon
Quelquefois le yod n'agit pas sur VI ou Vn; mais cela n'arrive que dans des mots de formation savante, quoique très anciens :
pallium pâlie, paile
monachum, monicum, moni-um monie, moine
canonicum, canoni-um chanonie, chanoine
apostolicum, apostoli-um apostolie, apostoile
Dans les graphies pâlie, monie, chanonie, apostolie, qui se rencontrent au xi® siècle, Vi n*est pas voyelle, mais consonne; il a passé bientôt par dessus la consonne précédente, pour faire diphtongue avec la voyelle accentuée.
3° Si la consonne précédant l'i est c, t, d, l'i se combine avec c et t, pour former, soit ç (ss), soit is, avec d pour former j.
palatium palais
rationem raison
cantionem chancon^ chanson
lectionem leçon
factionem façon
solaciun^ sôlaz, soûlas
glacia (pour glaciem) glace
faciamus faciens [âuy fassions)
^de-usque jusque
diarnum jôm^jour
hordea (plur. de hordeum) orge
4** Le yod peut encore passer par dessus la consonne pour former avec la voyelle une diphtongue.
nausea noise
cerôsia (pour cerasium) cerise
basiat haise
côrium cuir
area aire
varium vair
paria (adj. pi. neutre) paire
5° Enfin l'hiatus se résout par la chute ou le changement de la première voyelle.
mea, tua, sua; ma, ta, sa ma, ta^ sa
mortuum, mortum mort
battuere, battere hatre (battre)
quattuor, quattor quatre
leonem lion
creare v. fr. crier
Section II. — Histoire des consonnes,
61. Consonnes latines. — On a vu que les consonnes latines sont b, p; d, t; g, C (ou k, ou q); v, f ; z, s, i, b; 1, m, n, r, et les groupes ch, ph, th. Elles peuvent se
!)résenter dans le mot, comme simples (p^ter), doubles cuvrit), ou en groupe [^iatua, scvibere, monslvare); et, suivant leur situation, comme initiales [pater, fXamma), médiales {paler, infernum, astrum), ou finales (pater, amant). Les changements qu'elles éprouvent dépendent de leur condition et de leur situation.