I. Consonnes simples
62. Consonnes simples initiales. — Les consonnes initiales demeurent intactes dans cette première période; et, de fait, elles se sont maintenues jusqu'à nos jours sans changement, sauf la palatale qui doit être étudiée à part.
bonum bon
patrem pedre, père
dentem dent
tenere tenir
volare voler
ferrum fer
sanum sain
lavare laver morire (pour mori] morir, mourir
nûcem nois (noix)
rosa rose
Nous parlerons plus loin de c (k, q), g, i, h et des combinaisons ch, ph, th. Quant au z, ce n'était pas un son latin, c'était un son emprunté, qui ne se rencontrait que dans quelques mots grecs. Il est devenu j : ^zelosum, jalôus, jalôs, jaloux ; zïzyphum, jujube,
J^ côté de ces lois générales, on peut constater quelques anomalies.
[a] Dans quelques mots, v est devenu anciennement b, à la suite d'une confusion qui s'est produite entre ces deux consonnes, sous l'influence du grec qui changeait son b en v. Tel est le cas de
vervicem (pour vervêcem) berbis, brebis
Dans Vesuntionem, aujourd'hui Besancon^ le changement de V en b est dû peut-être à un fait de prononciation gauloise.
Le V se change en f dans :
vïcem feizy fois
yapïdum fade
(b) Enfin, dans quelques cas, une influence germanique a amené le changement du v en gu. Des mots allemands, importés par les invasions franque ou bourguignonne, avaient régulièrement changé leur w initial en gu.
werra guerra guerre
warjan guarire guarir, guérir
wardan guardare guarder, garder
Par une erreur analogique ^ , quelques mots latins changèrent leur v en w d'où le français gu.
vespa
wespa
guespe, guêpe
vagina
wagina
guaïne, gaine
vadum
wadum
guet, gué
Vasconia
Wasconia
Guascogne , Gascogne
yastare
wastare
guaster, gâter
Le groupe gu devait se prononcer gw plutôt que gw.
[c) Dans deux ou trois mots, m initiale est devenue n (pour éviter deux labiales consécutives).
mappa nape (nappe)
mespilum nesfle, nèfle
63. Consonnes simples mediales. — La plupart des médiales, spécialement les explosives et les continues, se sont affaiblies dans la période que nous étudions, quelques-unes pour disparaître dans ta période suivante.
Ainsi du v® au x® siècle, s^établit l'état de choses suivant :
Labiales :
Dentales
De la même façon, s forte est devenue s douce. Ainsi,
1. Ou plus exactement peut-être, sous l'influence de mots germaniques analogues.
est devenu b, puis
est devenu
reste
est devenu
reste
les Serments de Strasbourg ont savlr (c'est-à-dire saveir), de "^sapÉre (sapëre); podir (c'est-à-dire /?oc?e/r), de *potére (posse); fradre de fratrem^, aiudha eXcadhuna de "^adjuta, subst. verbal d'adjûtare et *cata-una.
Par conséquent, le x® siècle prononce saveir^ receveir (*recipÉre, au lieu de recipere), prover (probare), aveir (habêre), laver (lavare), lever (levare), muder (mutare), creidre (crêdère), rose (rosa) ^.
Notons quelques anomalies. Dans plusieurs noms ou participes, sous l'action de causes diverses, en général analogiques, la labiale médiale disparaît.
"^ad-percep-utum aperceû, aperçu
*hab-utum eu, eu
tabonem (pour tabanum) taon pavonem paon
pavorem peor, peur
Le z médial ne se trouve que dans la terminaison verbale -izare. Dan$ la langue savante, elle est devenue "iser avec s douce. Dans la langue commune, elle sert à former nos verbes en -oyer (plus anciennement -^eier, -oier), tels que poudroyer, verdoyer, ondoyer, etc. Baptiser se disait dans l'ancienne langue ^a^oier (baptizare).
Cet affaiblissement des médiales est un des traits les plus caractéristiques du nouveau consonnantisme. On le retrouve presque aussi fortement marqué en provençal, un peu moins en espagnol et en portugais, moins encore en italien et en roumain. Néanmoins, c'est un fait général et qui remonte au latin populaire de l'Empire.
64. Consonnes simples finales. — 1° Les finales latines étaient c, d, 1, m, n, r, s, t. Les finales c, d, 1 ne se trouvent que dans quelques mots ; les autres sont très fréquentes. Elles se maintiennent toutes jusqu'au x® siècle, sauf c (§ 76), m et quelquefois n. Aux époques ultérieures, quelques-unes disparaissent.