Dans avuec, illuec, Vu est tombé : avec^ illec
Du XIV® au XVI®, elle subit une réduction dans deux cas spéciaux.
1. Tous les mots (substantifs, adjectifs, verbes ou mots invariables) en chié et en gié ramènent les groupes chié et gié à ché et gé : vachier, bergier, legier deviennent vacher, berger, léger-, giel, degiel, jieu deviennent gel, dégel, jeu. C'est une réduction d'ordre phonétique, qui n'a laissé intactes que quelques formes de noms propres, comme Bergier (à côté de Berger), Flèchier, etc.
2. Par suite, les verbes mangier, marchier, laschier et autres semblables devenaient régulièrement manger^ marcher, lâcher. Dans les autres verbes, dans les participes et substantifs participiaux de la 1"^® conjugaison dont l'a latin avait été diphtongue en iè, sous l'inâfuence d'une palatale antérieure (§ 54, 1**, a), l'analogie de la conjugaison régulière (cantare, chanter) fit partout disparaître la diphtongue au profit de e. Des formes verbales comme aidiez, aidiè, aidier, laissier, veillier, chacier preiier, chalcier, croisier devinrent aidez, aidé, aider,, /aisser,c//as5er, etc. Des substantifs comme croisiée, chalcièe devinrent croisée, chaussée, etc.
Par conséquent, les seuls mots qui échappèrent à cette réduction furent les substantifs et adjectifs dans lesquels la diphtongue ié n'était pas précédée de ch ou de g. Ex. : fier (fèrum), à côté de cher (carum) ; fiel (fél), à côté de gel (gèlumj; premier, chevalier, et quantité d'autres substantifs en -ier de -ariom; moitié, amitié, inimitié, pitié, de medietatem, *amicitatem, pietatem.
Cette transformation générale mit deux siècles à s'accomplir; elle était achevée à la fin du xvi^ siècle, quoiqu'on en trouve encore quelques traces dans des textes provinciaux du commencement du xvii®. J^es détail^ de cette transformation sont encore mal connus.
96. Diphtongues nasales. — Ce sont ain, ein, ien. Au XI® siècle, ain et ein se prononçaient âin', ëin'^; puis,
1. Ces diphtongues, analogfucs aux diphtongues nasales du portugais, étaient formées d'une voyelle nasales a ou ê, et de la voyelle orale £, prononcées d'une seule émission de voix avant la consonne nasale.
quand ai et ei furent confondus en é, les diphtongues nasales correspondantes se réduisirent à en' : pain, aime, plein furent prononcés j^é/i', êm', plên\
La diphtongue ien est de formation relativement récente : elle date du xii® ou du xiii® siècle. Née après le changement de ë enâ, cette diphtongue conserve jusqu'à nos jours le son en qui lui est propre : rien, mien, chien, moiien (moyen), crestiien, etc.
Sur les combinaisons de n avec a, o, e, voir § 104.