‹ Cours de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 51 sur 54 · II. Sons nasaux · texte numérisé non relu

II. Sons nasaux

118. Nouvelles voyelles nasales. — Jusqu'au xvi' siècle, le français ne possédait que trois voyelles nasales, à, ë, ô, produites par la nasalisation de l'a, de l'e, de l'o, des anciennes diphtongues ai, ei, oi, ie. A la fin du xvi® siècle , i et û sont à leur tour nasalisés devant n et m suivies d'une consonne ou terminant un mot. Dans le courant du xvii® siècle, les sons î et ù, dont il est impossible d'indiquer exactement la prononciation, sont devenus ô et eu (cf. § 26).

119. Changement de voyelles nasales en voyelles pures. — Jusqu'au xvii° siècle, les voyelles â, ô, 0, précédant n ou m étaient nasalisées : on prononçait fârne^ ChiÔne, pome, Couronsi Mais à partir de cette époque, on s'est mis à prononcer devant n ou m les voyelles orales correspondant aux anciennes nasales;

ànée a[n)née

constâment consta[m]ment

fàme famé (femme)

dôner do[n\ner

hôneur ho[n]neur

On conserve l'ancienne prononciation dans l'Ouest et le Midi. Nous avons gardé l'usage d'écrire deux fois la nasale, bien que cette orthographe n'ait plus aucun fondement dans la prononciation actuelle.

Section II. — Histoire des consonnes.

120. R et L MOUILLÉE. — Au XVII® siècle, r double est réduite à r simple. Au xviii®, r palatale ou grasseyée se substitue à l'ancienne r alvéolaire (§ 34), usitée encore aujourd'hui dans le chant et la déclamation et conservée également dans certaines provinces.

La prononciation actuelle de l'ancienne 1 mouillée (§ 36, 1°) est signalée dès la fin du xvii® siècle comme vulgaire; elle n'a triomphé que récemment de l'opposition des puristes.

121. Consonnes finales. — Les consonnes finales qu'on prononçait au xii® et au xiii® siècle (§ 100) étaient encore distinctes au xvi®, toutes les fois qu'elles n'étaient pas immédiatement suivies d'un mot commençant par une consonne. On les prononçait, non seulement avant les voyelles, en changeant s (forte) ou f en z (s douce) ou V, mais encore avant toute pause du discours. C'est la règle observée aujourd'hui pour le pronom-adjectif tous et les noms de nombre cinq^ six, sept, huit, neuf, dix :

tou[s) deux touz-ensemhle venez tou~s

les neu[f) preux neuv-heures hui-t, neu-f, di-x

Le xvi® siècle prononçait : tou deu-s, lé neu preu-s, ncuK> curc-s; Clémâ Maro-t, C/iarle Quï-t, etc. L'r se

DU XVI® SIÈCLE jusqu'à NOS JOURS 149

faisait toujours entendre, même avant une consonne. Au XVII® siècle, on commença à prononcer presque tous les mots isolés ou précédant une ponctuation comme on les prononçait avant les consonnes initiales. La plupart des consonnes finales ne se maintinrent plus que devant les voyelles, dans les cas bien connus de liaison, R finale eut une destinée semblable : même cette consonne cessa momentanément de se faire entendre dans bien des cas où nous la prononçons aujourd'hui, par exemple dans les infinitifs en ^ir et en -oir de la 2® et de la 3® conjugaison.

De nos jours, la tradition des liaisons n'est plus guère observée dans toute sa rigueur qu'en vers. La langue familière et populaire favorise décidément l'hiatus et s'abstient de plus en plus de prononcer devant les voyelles les consonnes qui sont devenues muettes à la pause. En revanche, sous l'influence de la lecture et de l'orthographe ou de quelque analogie, on a parfois rétabli des consonnes finales qui avaient cessé d'être prononcées. Nous en avons un exemple dans le nom des Etats-Unis ^ qu'on prononçait au siècle dernier les Eta~Unis, La fréquence de tel ou tel mot dans l'usage commun ou celui des savants, avant des voyelles ou des consonnes ou à la pause, la date de cet usage, diverses associations d'idée ont, dans le cours des temps, fait prédominer tantôt la terminaison en voyelle tantôt la terminaison en consonne, de sorte qu'il est impossible de formuler des règles valables pour tous les cas, ou du moins ne laissant place qu'à un très peitt nombre d'exceptions.

Page 1