‹ Cours de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 7 sur 54 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

itin. — 2. Lutin populaire et latin cluesique. — 3. Limites ^apbïquËH du latin, — 4. La tîngua tomana. -^ 5. Le bal I. — (). Le croupe gello-romHu. — 7. Limites du galloan. — 8. Limites plus préciaes. — 9. Dialrcles et pa- - 10. Dialectes et patois de la laogue d'oc. - 11. La ufl d'oïl et ses diuleoteB. — 12. Le parler de l' Ile-do -France

1. Le latin. — Le trançais, comme le portugais, l'eapagnol, le provençal, l'italien, le ladin et le roumain, est sorti, par une longue suite de transformations, de la langue des Romains, le latin.

Le latin appartient à la famille des langues dites indoeuropéennes ou aryennes, langues issues d'un idiome plus ancien, aujourd'hui perdu, et que parlait un peuple sans histoire, que l'on est convenu d'appeler le peuple aryen, à une époque et dans une région inconnues. Ce peuple, auquel sans raison valable on a donné Pour berceau ou pour habitation le plateau central de Asie, envoya en Europe et dans le sud du continent

2à INTRODUCTION

asiatique des tribus qui emportaient avec elles un héritage commun de langue, de croyances et de civilisation, et qui devinrent , chacune de son côté , autant de peuples nouveaux.

Une de ces tribus se dirigea vers la Méditerranée ; les savants l'ont appelée gréco-italique , parce qu'une partie alla donner naissance aux divers peuples de langue grecque, et l'autre aux divers peuples de langue italique.

Parmi ces populations de l'Italie, parlant des dialectes plus ou moins voisins (ombrien, samnite, osque, etc.], l'une, qui habitait le Latium, eut une fortune extraordinaire. Ce petit peuple de bergers sauvages et pillards devint à la longue une puissante nation qui s'étendit autour de Rome, grandit aux dépens des peuples italiques, les absorba, conquit toute l'Italie, et après lltalie fit du monde connu son domaine. La langue de ce peuple suivit ses destinées politiques et fit à son tour la con-

guête d'une grande partie de l'empire. Cette langue de lome s'appelle le latin, du nom du petit territoire, le Latium^ qui fut le berceau de la nation romaine. C'est ce latin qui deviendra un jour chacune des langues romanes.

2. Latin populaire et latin classique. — Aux premiers temps de la république romaine le latin se présente sous un aspect différent de celui qu'il aura trois ou quatre siècles plus tard : c'est le latin archaïque, conservé dans quelques rares inscriptions sur lesquelles discutent les latinistes ^ . Pendant ces siècles de barbarie guerrière où toute littérature est inconnue , le latin, que ne retient aucune action conservatrice, se transforme rapidement. La conquête de la Grèce lui ouvre une ère nouvelle : sous l'influence des lettres grecques , il se forme à Rome une école d'écrivains et de poètes. Naevius, Pacuvius, Livius Andronicus, cherchent à polir cette languç rude et grossière et à régulariser sa grammaire et sa

1. Voici le texte de la plus ancieime inscription connue jusqu'à ce jour; elle est gravée sur une agrafe et parait remonter aux temps des rois : Manioa med piefhaked Numasioi^ c'est-à-dire Manius me fecit Numasio, Manius m'a fait pour Numasius.

HISTOIRE BXTBftNE DU FRANÇAIS

prononciation. Un peu après, Ennius, écrivain de génie, fixe les principaux caractères du latin classique : il est pout le latin ce que Dante a été pour l'italien, Luther pour l'allemand, ce que Ronsard eut l'ambition d'être pour le français moderne, et on peut à juste titre le considérer comme le père de la langue littéraire de Rome. Les grands écrivains qui remplirent le i"' siècle avant le Christ n'eurent qu'à continuer l'œuvre d'Eimius, et firent de cette langue écrite l'admirable instrument des chefsd'œuvre que l'on sait. 11 est à regretter cependant que cette langue écrite, née sous l'influence de la Grèce, ait . subi à un tel point la séduction et le charme de la littérature grecque qu'elle ne put jamais s'en émanciper. Loin de là, au mépris de son propre génie, elle chercha à modeler son lexique , ses constructions , sa versification 9ur le lexique, la syntaxe, la versification grecque. Ainsi la forme de louie la poésie latine classique , au lieu d'être une forme nationale, ne fut jamais qu'une forme d'emprunt ' .

Cette langue écrite que nous admirons dans les classiques, dans quel rapport était-elle avec la langue parlée ? On peut s'en faire une idée en comparant (quoique la comparaison pèche par beaucoup de points) le français ■ littéraire avec le français parlé. Le français littéraire est une teuvre artistique, formée par l'action persévérante d'une suite ininterrompue de grands écrivains; la langue de tous les jours s'en distingue par certaines difi'érences de prononciation, de lexique et surtout de syntaxe. D'ailleurs les différences vont en s'accentuant avec les diverses classes de lu société , suivant que l'on descend de l'aristocratie élégante et de la bourgeoisie éclairée au peuple, dont le parler plus franc , plus libre et plus naturel, ne s'astreint a aucune des régies apprises à l'école ou dans la fréquentation des gens du monde.

Il en a été de même de la langue parlée à Rome; l'aristocratie, les classes dirigeantes devaient affecter un

langage aussi voisin que'possible de la langue littéraire; celui de la bourgeoisie avait une allure plus libre. Cependant renseignement de l'école et, à un âge plus avancé, Téducation littéraire, l'action d'un milieu social où la langue écrite s'imposait comme langue officielle , étant la langue des tribunaux et de l'administration civile, religieuse et militaire, maintenaient sans altérations trop profondes le parler populaire. La plèbe elle-même, qui pouvait se soustraire plus facilement aux influences conservatrices , en subissait l'action dans une certaine mesure ; car, en entendant autour d'elle parler une langue grammaticale à règles fixes , elle était retenue malgré elle sur le courant qui devait bientôt emporter le latin.

Voilà pourquoi la langue parlée varie peu en somme pendant la durée de la République et de l'Empire. Mais au V® siècle, quand la langue classique, épuisée après les chefs-d'œuvre des Gicéron, des Tite Live et des Tacite, des Lucrèce, des Virgile et des Horace, se fut condamnée à la stérilité , et qu'avec l'immense édifice impérial eut sombré la langue officielle, celle que parlait le peuple, désormais affranchie et indépendante, se développa sans contrainte suivant son génie propre ^ . Une quantité de traits, de constructions, et aussi de formes et de mots que la langue littéraire , trop dédaigneuse ou trop conservatrice, avait refusé d'accepter, triomphèrent d'une façon irrésistible ; et comme dans les choses du langage le nombre fait loi , et qu'à la fin de l'Empire la plèbe formait l'immense majorité de la nation , ce sont les façons de parler propres à la foule qui dominèrent exclusivement. C'est en ce sens qu'il faut dire que les langues romanes sortent du latin populaire; elles en sont la continuation dans la suite du temps; c'est à proprement parler du latin populaire à l'étage moderne.

1. Deux causes spéciales précipitent ce mouyement : TavëDCmcnt du christianisme et les invasions des barbares. D'un côté, le clergé, pour attirer la foule et l'attacher à la foi nouTelle, parle son langage qu'il élëye jusqu'à lui ; et d'autre part , les barBareB, en détruisant JRome, détruisent sa langue officielle.

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