‹ Cours de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 9 sur 54 · D'après la carte linguistique de Kiepert · texte numérisé non relu

D'après la carte linguistique de Kiepert

Ebers-Emael, Lanaye, puis redescend dans la province de Liège, en franchissant la Meuse sous Visé.

De Visé, elle tourne au sud-ouest, passe à gauche d'Aubel et d'Eupen, où elle pénètre dans la Prusse rhénane pour en englober un long fragment jusqu'à l'Amblève. La ville la plus importante est Malmedy, et les villages wallons de la frontière sont Sourbrodt, Faymonville, Oudenval, Ligneuville, Pont. La ligne touche Saint- Vith, longe l'Our, affluent de la Sauer, jusqu'à Oberbeslingen, passe entre Glerf (Prusse rhénane, langue allemande) et Wiltz (langue française, dans le grand-duché de Luxembourg), suit la Sauer jusqu'à Martelange, à la limite du Luxembourg belge et du grand-duché, descend à gauche d'Arlon, et atteint la frontière française au nord de Longwy (France).

Cette ligne forme avec la frontière sud de la Belgique une sorte d'angle droit , dont la frontière française serait l'hypoténuse et dont les deux cotés séparent les dialectes français du flamand au nord, du haut-allemand à l'est.

Ce territoire comprend un coin des deux Flandres et du Limbourg , presque tout le Hainaut , le Luxembourg et la province de Liège , et toute celle de Namur ; et au delà de la Belgique, un coin à l'ouest dans la Prusse rhénane, et un fragment au nord dans le grand-duché de Luxembourg. Le français parlé par je peuple dans cette vaste région appartient au dialecte wallon et présente des caractères différents suivant les provinces. On distingue le wallon de Mons , celui de Liège et celui de Namur.

Ajoutons que notre langue française (celle de Paris) est parlée, non seulement dans toutes les villes de la Belgique française, mais même dans celles de la Belgique flamande : Bruxelles, Gand, Anvers, Ostende, etc. Le français, qui est la langue officielle, faisait dans les territoires de langue flamande des progrès sensibles jusque dans ces derniers temps : à présent, le flamand, protégé par l'administration, est enseigné dans les écoles et redevient à demi-officiel.

De Longwy à Laufon, — A Longwy, la ligne tourne à

l'est, longe la limite frontière du Luxembourg, descend à droite de Fenscli , atteint la Moselle au confluent de l'Orne avec cette rivière, au sud de Thio mand Diedenhofen]; passe entre Vigy (langue française] et Metzerwiese (langue allemande) d'un côté, Vigy et Bolchen (l. al.) de l'autre; coupe la Nied un peu au dessus du iioint où la Nied française se jette dans la Nied allemande; longe irrégulièrement celle-ci, traverse la forêt de Remilly entre Remilly et Fauquemont (en allemand Falkenberg) , coupe le Rottenbach , affluent de la Nied française, près de sa source; enclôt Morhange (Morchingenj, laissant il la langue française, dans l'ancien département de la Moselle, Melz et Briey avec leurs deux arrondissements, et la partie orientale de l'arrondissement de Thionville. A Morhange, la ligne pénètre dans l'ancien département de la Meurthe, va h l'est ù Albesdorf, descend entre Dieuze (I. fr.) et Fenestrange, allant de l'étang de Mubn 'a l'étang de Stock, passe entre Lorquin (I. fr.) et Sarrebourg (1. al.}, à la hauteur de Saint-Qui la Saar rouge, et la remonte en suivant le versant oriental des Vosges jusqu'au mont Donon, où elle pénètre en Alsace. La limite dans le département de la Meurthe laisse donc à l'allemand la plus grande partie de l'arrondissement de Phalsbourg et un petit fragment au n"— ' -■" ''"""""-i:"sement de C h liteau -Salins (Salzburg) ; e çais la plus grande partie de ce dernier aujourd'hui annexé tout entier à l'Aller Lunéville, de Nancy et de Toiil.

Au mont Donon, la ligne pénètre dai du Bas-Rhin, à l'intersection de la Meurthe et des Vosges ; elle traverse la forêt de Winsch, passe à Lûtzelhaii et pénètre h Liepvre dans le Haut-Rbin. hh, elle va rejoindre la nouvelle frontière politique, puis la quitte un instant pour passer entre la Pontroye et Schlierbach d'un cfité , Kaysersberg de l'autre , redescend ■ Turckheiro (1. al.), rejoint au nord de Munster la velle frontière politique et la suit presque régulièrement jusqu'à la Suisse, en passant à gauche de Massevaux, à droite de La Chapelle, à gauche de Dannemarîe, Strueih,

s le département

PfefFershausen , enfin remonte le versant de la Largue au village de Lutzel, près des sources de l'Ill. Là, elle pénètre en Suisse.

Ainsi, de l'ancien département du Haut-Rhin, une bande plus ou moins large à l'ouest est réclamée par la langue française, dans les arrondissements de Colmar et de Belfort.

De Laufon à la Méditerranée. — La ligne passe à Laufon dans le canton de Bâle, fait un crochet à l'est dans le canton de Soleure , descend à l'ouest à travers le canton de Berne jusqu'au lac de Bienne , longe le lac de Morat, traverse le canton de Fribourg et le mont de la Berra , puis la partie sud du canton de Berne. Elle pénètre dans le Valais par le Wildstrubel , passe au dessus de Sierre, rencontre le confluent du Rhône et de la Viège , remonte celle-ci jusqu'au col du Valais et rejoint la frontière politique de l'Italie jusqu'à la Savoie, suit cette frontière le long du Piémont et longe l'italien et l'Italie jusqu'à la Méditerranée, à Menton. Ainsi appartiennent à la langue française, en Suisse : les cantons de Neuchâtel, Vaud, Genève et en partie ceux de Berne, de Fribourg et du Valais ; en France , la Savoie et les Alpes-Maritimes.

La Corse est de dialecte italien.

La Méditerranée borde le gallo-roman jusqu'aux Pyrénées. Là, il rencontre le catalan, dialecte que les uns rattachent au provençal, que les autres considèrent comme une langue à part. La limite du catalan en France suit les contours du département des Pyrénées-Orientales, en laissant Saint-Paul de Fenouillet et les environs ; elle pénètre par un coin dans l'Ariège, à Quérigut, puis franchit les Pyrénées pour enlever à l'espagnol les sept provinces qui formaient l'ancien gouvernement de la Catalogne, et l'ancien royaume de Valence (Girone, Barcelone, Tarragone, Lerida, Castillon de la Plana, Valence, Alicante), ainsi que les Baléares. La ligne qui marque la plus grande extension du gallo-roman suit le versant nord des Pyrénées jusqu'à Lescun, oii elle rencontre le basque, importé en Gaule par les Vascons d'Espagne au vu® siècle.

La région actuelle du basque est légèrement en deçà de la rivière Vert, du gave d'Oloron et de l'Adour, jusqu'au confluent de la Nive : le littoral de Saint- Pierre d'Irube à Bidart est roman, gascon ou français. C'est le dialecte gascon qui entoure le basque ; on parle français dans les villes. Le domaine du basque s'est graduellement restreint, comme on le voit par les noms basques de villes qui ne connaissent plus que le français : Biarritz, Bayonne, Bidache, Arancou, Issor, etc.^.

La ligne longe ensuite l'Océan et atteint la Bretagne; la pointe de cette province est occupée par le bas-breton , l'idiome sorti de la langue qu'ont apportée au vi® siècle les émigrants bretons du sud-ouest et de l'ouest de l'Angleterre. La limite est une ligne onduleuse qui part des bouches de la Vilaine, dans le Morbihan; monte à droite d'Elven, Plaudren, Saint-Jean-Brévelay, Moréac, Naizin, Noyal-Pontivy ; et, pénétrant dans les Gôtes-du- Nord, laisse à sa gauche Mûr, Saint-Mayeux , Goray, Saint-Fiacre, jusqu'à Saint-Gilles; puis se dirige vers l'est, en passant à Plouagat, Plélo, Plourhan, et rejoint la Manche, non loin et à droite de Plouha. Dans la région qui se trouve à l'ouest de cette ligne, le français se parle dans les villes ; dans les campagnes , il est rare de rencontrer des villages où les jeunes gens ignorent totalement le français.

Ainsi la moitié du Morbihan et des Gôtes-du-Nord, la totalité du Finistère sont de langue bretonne. Ajoutons-y les îles de ces trois départements, en particulier Belle- Ile, et, dans la Loire-Inférieure, la presqu'île de Batz où se trouve une colonie bretonne.

La ligne remonte ensuite vers la Manche, enclôt les îles anglo-normandes de Jersey, Guernesey, Aurigny et Sercq, et rejoint par Gravelines la frontière flamande.

1. Les localités basques qui sont à la frontière du territoire que nous venons de délimiter sont : Saint-Engrace , Haux, Tardets, Esquiule, Arrast, Aroue, Etcharry, Domezain, Arberats, Gamou-Mixe, Ilbarve, Bardos, Ayherre, Briscous, Urcuil, Lahonce, Saint-Pierre d'Irube, Arbonne, Bidart.

Tel est le vaste domaine du gallo-roman. Sur cet immense territoire se parlait, à l'origine, une même langue, qui, avec le temps et suivant les lieux, se diversifia en une variété infinie de parlers locaux, du sud au nord, de l'est à l'ouest. Chaque région donna au latin sa couleur propre, son aspect particulier, sans qu'il se formât des unités linguistiques et géographiques délimitées et fermées ; car les divers caractères d'un parler local dépassèrent, en général ^ , les limites de la région en rayonnant inégalement en divers sens , de manière à pénétrer plus ou moins profondément et de façon variable dans les diverses régions voisines. Les changements, — et ceci est un point capital à noter, — se produisirent sans solution de continuité ; et, si l'on trace une ligne droite allant d'un l^oint quelconque de la France à un autre point quelconque de la France, on verra le parler local du premier aboutir à l'autre par d'insensibles modifications. Deux parlers voisins se comprennent; séparés par un intermédiaire, ils se comprennent plus difficilement; séparés par f plusieurs autres, ils deviennent inintelligibles l'un à 'autre.

Grâce à cette continuité dans les transformations linguistiques, les différents parlers d'une province présenteront entre eux des ressemblances générales et des différences spécifiques. Voilà pourquoi l'on a pu leur donner le nom de la province oii ils sont parlés (par exemple, le gascon, le languedocien, le champenois); mais il faut bien entendre que ces termes géographiques désignent, non pas une unité linguistique, mais l'ensemble des parlers usités dans la province , considérés dans ce qu'ils ont de commun. C'est ainsi que le latin populaire, semé par la conquête romaine sur le sol de la Gaule , la couvrit d'une immense flore linguistique, qui prit en se développant en tous sens, à l'infini, des aspects infiniment variés.

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