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II. Dérivation propre (à l'aide de suffixes

1. Les suffixes nominaux peuvent se classer différemment, selon que l'on considère la forme de la dérivation ou la nature des mots produits par la dérivation.

a) Les noms dérivés peuvent avoir pour base soit un verbe,

(1) A. Darmsteter, De la Création actuelle de mots nouveaux, p. 56.

§ 143 DÉRIVATIOX IMPROPRE 305

comme flatteur de flatter^ aimable de armer, soit un substantif ou un adjectif; comme serrurier de serrure, brutal de brute, hardiesse de hardi.

Les mots dérivés de verbes ont eu général pour base le radical du verbe, qui se trouve toujours intact au participe présent (§ 105); ainsi miître a pour radical na,iss-ant, d'où naiss-ance. Les mots dérivés des verbes en //■ qui se conjuguent siu' finir ont poiu' base le radical allongé du participe présent, par ex. polir, poliss-r//?/, d'où poliss-e?«-. poliss-o/r, poliss-/y7Y.

Mais beaucoup de mots dérivés appartenant à la formation savante ont pour base, non pas le radical du verbe français, mais le participe passé latin (proprement le supin) ; ainsi, à côté de portable, forme française, nous avons portatif, forme savante dont la base est le participe passé latin; de même liseur et lecteur.

b) Les mots dérivés formés au moj'en de suffixes nominaux sont des substantifs ou des adjectifs, des noms de ]>erson)ies ou des noms de choses, des noms concrets ou des foms abstraits, etc.

Les suffixes qui servent à désigner les personnes sont originairement des suffixes adjectifs. Les substantifs formés par ces suffixes sont appelés en latin uomina af/entis, parce qu'ils désignent les personnes (/(jissa)ifes. Ces substantifs sont masculins, mais ils peuvent avoir des féminins correspondants en e. Ils ont poui- base, soit des verbes, soit des substantifs.

Mais certains suffixes peuvent servii- à plusieurs usages ; ainsi a;/e a pour base un substantif (esc\ax-ar/e) ou un verbe (diâuÏÏ-age), et il sert à former non seulement des noms abstraits, mais aussi des noms concrets {viW-age); o;? est de même à base verbale (brouill-o»^ ou nominale (vigner-o>/^ et fomiiit des noms de i)ersonnes, des noms d'animaux (ours-o>/), des noms de choses concrètes (bouill-o;/) ou abstraites (jur-o?/^ ; ier produit à la fois des adjectifs (fruit-/>r^ et des substantifs, soit noms de personnes (clieval-/er^, soit noms de choses (sucr-?>r^.

2. Parmi les noms dérivés, on doit distinguer les diminutifs et les augmentatifs.

a) Les diminutifs désignent les objets comme diminués, amoindris, quant à leur étendue ou à leur force.

Les diminutifs substantifs sont à base de substantifs: toniieau de to)nie, et les diminutifs adjectifs à base d'adjectifs : doncet de doux; les premiers sont de beaucoup les plus nombreux. Il n'y a pas de diminutifs à base verbale.

AvEii, Grammaire comparée. 20

;3<»6 DÉEIVATION IMPROPRE § 143

La personne ou la chose est représentée comme plus petite dans les substantifs diminutifs, et la qualité est représentée comme portée à un moindre deg'ré dans les adjectifs diminutifs. On emploie aussi les substantifs diminutifs pour nommer les petits des animaux : chevreau., cocJtef, aiglon.

A la diminution peuvent être ajoutées les idées accessoires d'agréable et de déplaisant. Le mignon est voisin du petit et ainsi les diminutifs deviennent volontiers des termes de caressant. En revanche les diminutifs éveillent souvent une idée accessoire de dépréciation ou de mépris; on les appelle alors péjoratifs.^ comme ailU., asse ou ace dans valetaille^ populace.

Un suffixe diminutif est souvent renforcé par la forme er (r) ou par un autre suffixe diminutif^, comme et^ el, ill : toinbe-r-eau, mouche-r-on; — louv-et-eau, gant-él-et., tour-ili-on., etc.

Le français renfevme un assez grand nombre de mots à désinence diminutive et qui, néanmoins, ne sont pas des diminutifs. Un mot formé par un suffixe diminutif n'exprime l'idée de diminution que lorsque son primitif existe encore en français ; ainsi les mots anneai(, couteau^ chapeau, ne sont pas desdiminutifs^ bien qu'ils soient formés par le suffixe eau (el). En pareil cas, un second suffixe devient nécessaire pour faire revivre la force diminutive ; ainsi agneau, château, feront agnel-ety châtel-ei»

h) La langue française n'a pas, à proprement parler, de suffixes augmentatifs. Pour exprimer l'augmentation, à laquelle s'ajoute souvent une idée accessoire de mépris, on emploie les suffixes on, ard, qui servent aussi à la diminution, par ex. on dans mlon, caisson, arcl à<iïis poularde.

L'augmentation et la diminution ont été aussi employées pour désigner le genre, celle-là pour le masculin comme le plus fort : Canard de cane, celle-ci pour le féminin comme le plus faible : levrette de lévrier (§ 66).

3. Certains suffixes nominaux ont des significations très rapprochées, de sorte qu'en s'attachant au même radical ils forment des mots synonymes qui expriment la même idée générale, mais avec des nuances qui dépendent de la valeur comparée de ces suffixes.

Si l'on compare, par exemple, ure à io?i, on peut dire qu'en général les mots en ion expriment l'action comme actuelle et instantanée, et que ceux en ure la présentent comme un efiet, comme un résultat, comme un état : création, action de créer, et créature, être créé; Jonction, action de Joindre, et jointure, état de ce qui est joint; nutrition, fonction qui convertit les ali-

§ 148 DÉRIVATION DIPROPRE 807

ments en notre propre substance, et nourriture, substance qu'élabore la nutrition et qu'elle assimile à nos organes; mi.rfiun, action de mélanger des drogues dans un liquide pour un remède, et mixture^ ce mélange même ; conjonction et conjoncture., fraction et fracture^ leçon et lecture., nation et nature., scission et scissure., station et stature, torsion et torture. Il est rare cependant que les deux sortes coexistent, par ex, on a structure et l'on n'a pas structiou; on a au contraire construction et Ton n'a pas constructure.

C'est à ce point de vue qu'on a établi la synonymie des suffixes français, y oovnpris la terminaison ant du participe présent (') :

Able et ant, eux, if : effroyable, effrayant: pitoyable, piteux; sensible, sensitif.

Ade et ment : glissade, glissement.

Age et ment, ure : lavage, lavement: blanchissage, blanchiment ; boiirscuflage, boursouflure.

Ain et oir : terrain, terroir.

Aire et ant, eur, eux, el: mandataire, mandant; sectaire, sectateur; tumultuaire, tumultueu.v ; originaire, originel.

.■M, el, il ut if , eux, ique : causal, causatif; matinal, matineu.v; industriel, industrieux; civil, civique.

Ance et ion, té, ment: apparence, apparition; naissance, nativité; allégea-ice, allégement.

Ard et on, eur, if : grognard, grognon, grogneur; criard, crieur ; fuyard, fugitif.

At et ie, crie: vicariat, vicairie: secrétariat, secrétairerie.

Atre et eux: douceâtre, doucereux.

E et if, eur: décidé, décisif: zélé, zélateur.

Eeet ion, âge, on : destinée, destination; nuée, nuage; vallée, vallon.

Erie el âge, ment, ade: lainerie, lainage; chuchoterie, chuctiotement ; fanfaronnerie, fanfaronnade.

Esque et ique : romanesque, romantique.

Esse, ice et té : déesse, déité; malice, malignité.

Eur et ure, té, ance, is, ie : froideur, froidure; rigueur, rigidité; valeur, vaillance ; couleur, coloris; fureur, furie.

Eux et if, eur, ant : oiseux, oisif; vétilleux, vétilleur; ennuyeux, ennuyant.

Ide et able: valide, valable.

Te et isme : néologie, néologisme.

len et erir, ique, an: rhétoricicn, rhéteur ; stoïcien, stoïque; persien, persan.

1er ot eu:c, eur, able : aventurier, aventureux ; oiselier, oiseleur; ouvrier, ouvrable.

If et ant : nutritif, nourrissant. — Ive et ion: imaginative, imagination.

Ique et cu.v,, an, al: /larmonique, fiarmonieux; persique, persan: monastique, monacal. — Fique et eur, eux, able: pacifique, pacificateur ; soporifique, soporeux; honorifique, honorable: pacifique, paisible.

Is et ment, âge, ance: logis, logement; pàtis, pâturage: sursis, surséance.

Isme et té, ance. erie: spiritualisme, spiritualité ; tolérantisme, tolérance; pédantisme, pédanterie.

(1) V. Lafaye, Dictionnaire des .Synonymes.

Iste et eur, ique, ien, an: dogmatiste, dogmatiseur, dogmatique; machiniste, mécanicien; artiste, artisan.

Lent et if : violent, vif.

Ment et ion : sentiment, sensation; fondement, fondation ; fragment, fraction; échautfement, échauffaison; résiliement, résiliation; sucement, suçon.

Oie et ille : charmoie, charmille.

Oir oire et ade, ant, eur, if: promenoir, promenade; consolatoire, consolant, consolateur, consolatif; déclamatoire, déclamateur.

On et ment: juron, jurement. ..,,>• j-i, j

Ond et ant, eux, ique : moribond, mourant; furibond, furieux; pudibond,

pudique.

Té et ion, we, âge : variété, variation; saleté, aalissure; parente, paren-

tage.

[/et eux, é: tortu, tortueux; fourchu, fourché.

Vie et ible : ridicule, risible.

Ure et ment, ion : déchirement, déchirure; ligament, ligature ; parement, parure; position, posture.

Il faut encore tenir compte de la synonymie des mots dérives de suttixes a double forme (§ 141), comme raison et ration, poison et potion, justesse et justice, sûreté et sécurité, naïf et natif.

1. Les uoms dérivés de verbes à l'aide de suffixes désig-nent des persow»es, comme \e joueur, ou des choses abstraites ou concrètes, comme la traJiison, Véteignoir.

a) Noms de personnes.

2. Les noms de ])ersonnes tirés de verbes sont formés au moyen du suffixe eur, qui exprime toujours l'auteur de l'action, c'est-à-dii-e celui qui fait l'action ou qui en a Thabitude : joueur, celui qui joue, flatteur, vendeur, receveur, menteur, blanchissf/^r.

Les mots en eur sont de deux espèces :

a) Les uns ont pour base le radical verbal, comme dansei^r, faisewr mente^/r, blancliissm-, formés de danser, faire, mentir, blanchir Ils font leur féminin en euse par suite de l'ancienne prononciation de eur, qui le confondait avec le suffixe eux: cliantmse. imnieuse, etc. Mais les mots suivants en eur prennent au féminin le suffixe esse, d'où la forme ancienne euresse, qui est devenue eresse : bailleur (de fonds), chasseur, enchanteur, demandeur, défendeur, pécheur, vengeur, qui tont bailleresse, enchant eresse, etc.

La forme ancienne était euresse, composée de eur et du suffixe fémimn esse; eur cessant d'être accentué s'est affaibli en e, d'où eresse. La forme euse, calquée sur le latin féminin osa, est plus moderne.

Quelques mots en eur, formés d'un comparatif latin, prennent simplement e au féminin; ce sont majeur, mineur, meilleur, supérieur et autres mots en érieur.

h) D'autres mots en t-eur^ de formation savante, comme actmr, composite?//-^ protecte^^r, etc., ont pour base le participe passé ou le supin latin et font leur lêminin en changeant teur en trice : aiCtrice, etc. ; de même empereur, qui fait impéra^nce. Le mot bienfaiteur suit cette règle et fait bienfaifr/c^. Par analogie, ambassadeur fait -àmbRSS'àdrice.

Le latin employait t-or, s-or, pour désigner la personne qui agit; de là est veim notre suffixe eur: lecteur, de lector, fait de lectum, supin de légère, lire; successeur, de successor, fait de successum, supin de sitccedere, succéder. On a quelquefois deux dérivés, l'un en eur et l'autre en teur : condenseur et condensateur, fileur et filateur.

h) Noms de choses.

3. Les noms de choses sont formés au moyen des suffixes aison., ure, ance, ande, ment, is, qui expriment l'action ou le résultat, le produit de l'action, et o/r, qui marque le lieu où se fait l'action ou l'instrument avec lequel elle se fait.

a) Les suffixes aison, ure, ance et ande forment des noms abstraits d'action du genre féminin.

b) Les suffixes tnent, is et oir forment des noms abstraits ou concrets du genre masculin ; oir a une forme féminine en oire.

4. aison et ison (dans les dérivés des verbes en ir) marquent l'action ou le résultat de l'action : fleuraison, action de fleurir, terminr/isow, liaison, Myraison, îenaison, 'pendaison, guérièon, trali^'son, etc. Le suffixe oison, qu'on trouve dans pâmoison, est une ancienne forme de aison.

Mais il y a une foule de noms abstraits d'action en ion (tion, sion) qui ne dérivent pas directement du radical verbal, mais sont de formation savante et ont pour base le supin latin, comme production, l'action de produire et ce qui est produit, suspension, l'action de susjjendre, création, l'action de créer et l'ensemble des choses créées.

Les mots nouveaux sont tous en ation, qui a remplacé la forme véritablement française aison : démovulhatiou, réglementation. Quelquefois on a deux dérivés, l'un avec la forme française aison et l'autre avec la forme savante ation : terminaison et détermination, exh-àlaison et ex\\a\ation, indiw tison et inclination.

Les noms en ion sont abstraits de leur nature ; mais il n'est pas rare que le sens abstrait passe au concret : ainsi jwtion est ce qu'on boit et non l'action de boire.

Ce suffixe vient du latin io ionem (t-io, s-io) : ainsi ré/lexion de reflexio, formé de reflexurn. supin de reflectere; boisson de bibitio, formé de bibitum, de bibere, boire; façon et faction, de factio, de facere, faire; poi'ion et potion, de polio, de potare, boire ; raison et ration, de ratio, formé de reor, reri, croire, penser, etc. D'après l'étymologie, poison devrait être féminin, comme il l'était dans l'ancienne langue : Je sentais la poison dans mes os écoulée (Desporfes).

C'est des noms latins en atio ationem venant des verbes de la 1" conjugaison qu'est sortie la dérivation normale en aison, qui a créé les formes nouvelles telles que fauchaison, pendaison, mais qui aujourd'hui a complètement disparu devant celle en alion.

5. ure marque l'action subie, mais surtout le résultat concret de l'action : ainsi la blessure est d'abord Vadion par laquelle on est Uessé, puis la partie blessée ; brûlure, diOVure^ enflwrg, grav?/re, serr?«'e; gageure, mangeï«-e, avec un e servile, etc.

Il y a beaucoup de mots en t-ure qui, comme ceux en ion,, sont formés du radical du participe passé latin : Qtmture, ligature^ ^amture,, rupf^re, ^iwitture,, etc. Le passage du sens actif au sens passif se montre bien dans le mot peinture,, qui signifie l'action de peindre et ce qui est peint, c'est-à-dire l'art de peindre et un ouvrage de peinture. Quelquefois le même verbe foiu'nit deux sortes de bases; ou a filure et -filature,! rompure et rupture,, tissure et texture.

Quelques mots en ure sont à base nominale ; ce sont en général des collectifs, comme chevelure, mkture, xergeure, etc. La forme savante en ature peut aussi se tirer de substantifs, et elle exprime alors l'ensemble des caractères qu'indique le radical, du moins dans les mots de dérivation nouvelle, comme climature, ossature,, etc.

Ce suffixe a son origine dans le lat. ura (t-ui'a, s-ura) : peinture de pictura, formé de pictum, supin de pingere.

6. anc8 ou ence marque l'action ou le résultat de l'action et forme des noms qui correspondent en général aux adjectifs en ant (§ 142) : vengeance, l'action de se venger,, croyance, résultat de l'action de croire,, défailk/?ce, naissance, obéissa??ce, séance, soutena;ic*f?.

Il y a aussi des mots de formation savante en ence,, qui correspondent aux adjectifs en ent : adhérence, différewc«, ^^tience,, uvgence^ etc.

7. ande ou ende entre dans quelques noms féminins, formés de participes futurs passifs latins, comme propagrt?/rfe (la foi devant être propagée), imande, l-à\a)ide, offrande, réprimande, yiande, légende, etc. Multiplic«;?^e et Aiviàende sont masculins.

8. ment marque l'action : enrôlement^ action d'enrôler, ou le résultat de l'action : fondement, ou le moyeu par lequel se fait l'action : vêtement. Ment est le plus souvent précédé d'un e, qui, après une voyelle, peut se remplacer par l'accent circonflexe : d^Tiowement, à^xmement, engouement, &nio\\ement, que quelquesuns écrivent ditnoûment, àénûment, etc. ; accroissem ent, assortiment, hè.timent (p. bâtissement), rugissement, etc.

Ce suffixe vient de tnentwn, qui a le même sens: aliment de aU)nentum, de alere, nourrir; détriment, de deterere, user par le flottement; document, de docere, enseigner; firmament, de firmare, rendre ferme; fragment, de frangere, briser ; monument, de monere, avertir ; sédiment, de sedere, être assis.

9. is désigne le résultat d'une action, un assemblage et sou- Tent, en raison de son caractère de dépréciation, un mélange ou un amas confus : luicliis, résultat du hcœJiement, clvàiastillis, cailloutas, color/s, gâcli/s, l-àvis, roulis, semis, etc. Is n'est adjectif que dans : (vent) coulis, (pont) levis, (bois) taillis.

Isse n'est qu'une forme accessoire de is et se trouve dans quelques noms du genre féminin : bàt/s.?é', coul/s^c, jaun/sèY, pelisse, sauc/sse (propr. boyau salé).

Is est dérivé du lat. iciiis (iiMum), et isse de icia. Il y a quelques mots savants en ice : adventice, factice.

10. oir OU oire désigne : 1° le lieu où se fait l'action : comptoir, table sur laquelle on compte; S'' l'instrument, l'outil, le meuble au moyen duquel se fait l'action : arrosoir, instrument pour arroser; mangeoire, auge où mangent les bêtes de somme.

Les substantifs formés par ce suffixe sont de deux espèces : a) masc. en oir : encensoir, trottoir, batto?'r, éteignoir; b)îém. en oire : balanço/re, nvàngeoire, houilloire, rôtisso//T. Quelquefois on a les deux sortes de mots avec des significations différentes : couloir et couloire. décrottoir et décrottow-^'^ polissoir et polisso/rc, raclo/r et ràcloire.

Oire forme encore quelques adjectifs et substantifs à base de supins : a) adjectifs : diffamatoire, déclamatoire, expiatoire, méritoire, obligatoire, etc.; — h) substantifs: directoire, corps qui sert à diriger ; ils sont tous masculins, excepté échajypatoire (de échapper, propr. sortir de la cluipe ou manteau), écrifoire et impératoire. Les deux mots aspersoir et doiioir appartiennent à cette formation; ostensoir s'écrit aussi avec un e.

Ce suffixe est d'origine latine, et la forme masculine oir ou oire dérive du neutre latin t-orium ou s-oi'ium : dortoir, de dormitorium ; auditoire, de au- 4h'e, entendre : laboratoire, de laborare, travailler, d'où labourer; oratoire, de orare, prier; réfectoire, lieu où l'on se refait; répertoire, de reperire, trouver, retrouver, etc. La forme féminine oire correspond aux mots en toria ehe?. les écrivains de la décadence : doloire, de dolatoria.

312 SUBSTANTIFS UÉRIVÉS d'aDJECTIFS 145 §•

1. Le français crée des noms abstraits de qualité en ajoutant aux adjectifs les suffixes esse., eur., té, tude et ie. Les noms ainsi formés sont tous du genre féminin.

2. esse, qu'il faut disting-uei' du suffixe esse servant à former quelques noms féminins de personnes ou d'animaux (v. § 146), a pour forme accessoire ise : délicatesse, qualité de ce qui est délicat; franchise., qualité de ce qui est franc; justesse, hardiesse, ivi'esse, largesse, vieillesse, etc.

Esse ou ise vient du latin itia, qui avait le même sens : justesse de justitia^ convoitise de cupiditia. On doit rattacher à ce suffixe quelques mots dérivés en ice, de formation latine: avarice, justice, malice, notice, nourrice, police, f. ; caprice fcapra, chèvre), exercice, sacrifice, service, m.

3. eur doit être distingué du suffixe eur servant à former des noms d'agents (§ 144. 2) : aigreur, qualité de ce qui est aigre; blanche/<r, fraiclie;«r, froide ?</•, noirceur, etc.

Eur est formé du latin or oris.

4. té est devenu de bonne heure e^e', ou plutôt té s'est fixé à la forme féminine des adjectifs : bonté, qualité de ce qui est bon; fausseté', naïve/'e', oisiveté, sûrefe'^ salefe, etc.

Ité est la forme savante de ce suffixe qui donne un très grand nombre de mots, comme collectivité', honorabilîYe', passivité', quantité, quali/'e', sécurité.

Le suffixe té vient du lat. tas tatem,qui s'employait ordinairement avec la voyelle euphonique i (ou e) ; cette voyelle ne s'est pas toujours conservée en français : bonté de honitatem. En revanche, les mots nouveaux sont en général tirés du féminin, c'est-à-dire qu'ils intercalent un e avant le suffixe : naïveté de naïf^ légèreté de léger.

5. tude ne se présente que dans quelques noms féminins de formation latine, comme nmplitude, Siiptitude, gratitude, etc.

Tude vient du latin tudo et prend ordinairement un i euphonique : multitude de niultitudo, formé de miiltus, beaucoup.

6. ie appartient à la formation savante : calvitie, facétie, ineptie, inert/e, infam/e, minutie, pénurie, perfidie, etc. ; dans la dérivation française, ie a fait place à la forme allongée erie (v. § 146) et n'a donné que très peu de nouveaux dérivés : bonhomie, courtoisie, félonie, fol/e, jalousie, vilenie.

Le suffixe ie sert aussi à former des noms de pays : Arabie, Assyrie, Asie, Béotie, Dacie, Germanie, Helvétie, Illyrie, ItaliCy Liyurie, PMnicie, Thessalie, etc. — Bulgarie, Cafrerie, Gothie, Lotnbardie, Normandie, Tartarie, Turquie, etc.

Ce suffixe ie vient du latin ia avec déplacement de l'accent; beaucoup de noms de pays, même modernes, ont été formés d'après l'ancienne accentuation :

Gaule, Grèce, Inde, Perse, Alsace, Provence, Prusse, Suède, Bretagne, Allemagne, Catalogne, Pologne, Sardaigne, Aquitaine, Macédoine, etc. Il y a encore d'autres terminaisons pour désigner les pays, comme ique : l'Afrique; ais ou ois : le Lyonnais; an ou in : le Bressan, le Pérousia.

1. Les noms tirés de substantifs sont ou des noms de personnes, comme le serrurier, ou des noms de choses, concrets, comme colonnade, ou abstraits, comme consulat.

a) Noms de personnes-

2. Les noms A%pe7'sonnes sont formés au moyen des suffixes ier, aire, iste, ain, ien, in, on, ard et ois. Ils peuvent avoir des féminins correspondants. Quelques-uns de ces suffixes forment aussi des dérivés à base verbale.

3. ier, au féminin ière, se réduit à er et ère après les consonnes y, j et cil. Après le l mouillé, qui contient le y, ier devient er dans certains mots : cornouiller, écailler, oreiller, poulailler, pailler, genouillère, mais reste intact dans d'autres : boutillier (aussi bouteiller), coquillier, clincaillier ou quincaillier, groseillier , joaillier , mancenïllier , marguillier, niédaillier, quilUer, sans parler de ceux où le i du suffixe sert à mouiller le / .bachelier, batelier, boisselier, bordelier, chapelier, chandelier, courfilière. Ce suffixe très productif signifie qui a ou fait habituellement, qui tient à ; il s'ajoute à des noms de choses poui- former :

a) Des noms de personnes désignant des personnes agissantes qui produisent, fabriquent l'objet indiqué par le radical, comme serrurier, qui fait des serrures, huiss^Vr (huis, porte), écuyer, conseiller, porcher, batelier, batelière, linger, lingère, etc.

b) Des noms de choses : 1" les uns, en ier, sont des noms d'arbres et de quelques plantes désignés en quelque sorte par leur principale fonction végétale, celle de produire tel fruit ou telle fleur, comme cerisier, arbre qui porte des cerises, châtaign/er, cognassier, pêcher; — 2" les autres, en ier ou ière, sont des noms de réceptacles, c'est-à-dire de vases, d'instruments ou de lieux qui servent à contenir ou à resserrer les objets désignés par les primitifs : guêpier, lieu où sont les guêpes, échiquier, gren/er, oreiller, roche/-; — Wmère, ca,fetière, houillère, litière (pour listière de liste, dans le sens de bande) ; ou aussi des collectifs, tous en ière : crin/ère, fourmiliè/'e.

Le suffixe ier forme aussi des adjectifs : fruitier^ viager^ etc.

Le suffixe ier vient quelquefois de aris : régulier de regularis, mais le plus souvent de arius. aria, ariian: écuyerde scutarius. grenier de granarium, saunier de salinarius (proprement de sel), carrière de quadraria, carnassier fcaro, carnis. ch.tir), casanier (casa, maison), etc.

4. aire est la forme savante de ier; mais ce suffixe a pris une telle extension dans la langue commune, qu'il forme directement des dérivés à l'aide de radicaux, non plus latins, mais français. Les mots en aire sont :

a) Des noms masculins de personnes, tels que commissionnrt/re, mandatf//r^, pensionna/yr, secto/rg, ou des adjectifs, dont quelques-uns s'emploient aussi substantivement, comme originaire, qui tient à Vorigine. budgéta/?r, réglementff?rg. saluiaire.

h) Des noms de choses : annuc/?rg. \\ovaire^ invent«?rg, sua/>r.

Le suffixe aire vient du latin aris (poura/is après un l) : populaire Aepopularis, ou de arius, aria, arium : contraire de coatrariiis. culinaire [culina, cuisine), mercenaire (merces, salaire),, oculaire (oculus, œil/', vulgaire [vulgus, foule), salaire [sal, sel). On a quelquefois deux dérivés, l'un en ier et l'autre en aire : premier et prin\aire, de primarius.

5. iste signifie qui s'applique à, ou prend parti pour ; il désigne ainsi des personnes agissantes, comme chimiste, qui s'applique à la chimie, ègo'/sfe, qui n'aime que soi (ego,moi, en latin), anarchiste, dentiste, journal/ste, libre-écliang/ste, royaliste, unitâriste, etc. Il a quelquefois un sens dépréciatif : puriste.

Ce suffixe vient du latin ista, que les écrivains chrétiens de l'empire romain ont emprunté au grec istes, qui a le même sens.

6. ain, qui a poiu* forme accessoire au, marque un rapport d'origine : Africr?/// ; d'habitation : châtela/;?, et par extension la communauté, la secte ou la profession à laquelle on appartient : dominical?, etc. Il sert à créex :

a) Des noms de personnes et des adjectifs en ain, féminin aine, en an, féminin ane {%a\\î i^aiisan, qui redouble la consonne, § 75) : châtelfc/H, hautr//;^, mondry///, proclw/x, rorsiain, \\\ain, mahométf/?/, payscr??. Dans quelques mots, il y a intercalation de /.-.> entre le radical et le suffixe : aH-is-an, cowi-isan, part-is-an. — Les mots citotjen, cloijpn et ^j«?>« appartiennent à cette formation.

h) Des noms de choses masculins en ain et féminins en aine: levain, plantain, fontaine.

c) Des noms collectifs partitifs en ain, féminin aine: quatrain, dizain; huitaine, neuvaine, douzaine, etc. (§ 83. 7),

Ce suffixe vient du latin anus : publicain de publicanus, forain de foraneus [foras, hors), vilain de villanus (villa, métairie), vétéran de veleranus (vêtus, veteris, vieux, ancien).

§ litî SUBSTANTIFS DÉRIVÉS DE SUBSTANTIFS 315

7. ien forme des noms de personnes et des adjectifs ; il signifie, comme ahi^ qui appartient à, de la nature de, et marque l'origine, la communauté, la secte ou la profession : Athénien, grammair/é';?, gardien, luthérien, musicien, paroiss?e>?, etc.

Le suffixe ien sert aussi à former des noms patronymiques', on appelle nom patronymique le nom commun à tous les descendants d'une race et tiré du nom de celui qui en est le père :

Mérovingiens, CarJovingiens, Capétiens.

Ce suflixe a la même origine que ain et vient de ianus ou anus: chrétien de christianus {% 25. i'-l).

8. in, féminin ine, est originairement un suffixe adjectif qui peut avoir pour base un nom ou un verbe.

a) A base nominale, le suffixe in forme :

1° Des adjectifs et des noms de personnes qui marquent en général la matière, l'origine, l'habitation ou la communauté; il a quelquefois un sens dépréciatif. Adjectifs : alp/>^ argent/w, enfant/;?, mar/;?, mut/>; (de meute), florentm ; — substantifs : citad///, capuc/», câh)tin, fantass/«, etc.

2" Des noms d'animaux : bouqu?» (vieux bouc), lap/;?, lal^ine, roussi n.

3° Des noms de choses : grappm (de grappe, proprement crochet), moul//?, tet/;^ î-àmine, u-àrine, routine, \^ru\ine.

Ce suffixe a en outre une action diminutive ; mais, quand il marque la diminution, in est le plus souvent renforcé par un autre diminutif : ours/;?, grad/;;, diablot/w, agnel/;?, bouquet/;?, bécass/;;^, bullet?';?, bott/;?é'.

Le suffixe in, ine provient du latin inus, Inum et ma : sapin de sapplniis, aquilin de aquiUnus, ou de hius, a, um : cristallin de crystalUnus.

h) A base verbale, in forme des noms de personnes ou de choses : galop/;?, gratin.

9. on, féminin onne, forme des dérivés à base nominale ou verbale.

If) Les dérivés à base nominale désignent des personnes agissantes, des animaux et des choses de diverse nature. Cette forme est aussi employée à la diminution, mais elle désigne moins la petitesse que la jeunesse.

1" Noms de personnes : champio;? (celui qui combat en champ clos), marmito;?, piéto;?, vignero;?; avec l'idée de diminution : niigno;?, poupo;?, négrillo;?. Il y a quelques noms de peuples en on : Saxo;?.

2" Noms d'animaux, surtout des diminutifs : âno;?, cocliow, chato;?, étalo;?, limaço;?, oiso;?, ourso;?, rato;?, bouvillow.

3** Noms de choses, dont quelques-uns sont des diminutifs : buissow, cliiftow (de chiffe^ mauvaise étoife), feuilleton, jambow, sablow, tronçow, vallo/i On marque souvent l'augmentation, à l'instar de l'italien : ballow, caisson, capuchon, sauvageon, etc. ; médaillon est à la fois diminutif et augmentatif.

Très souvent, pour mieux marquer la diminution, on s'ajoute au sufiixe diminutif llle ou à la forme er : carp-Ul-on^ cot-ill-on^ ois-ill-on ; forg-er-on, mouch-er-on, puc-er-on.

h) Les dérivés à base verbale sont :

1° Des adjectifs et noms de personnes : brouillon, forgerow^ grognon, souillon. Brouillon fait au féminin brouillonne^ forgeron ne s'emploie qu'au masculin et grognon et souillmi sont des deux genres : C'est la vieille la plus grognon que je connaisse. Une 'petite souillon (Ac).

â** Des noms de choses, comme bouillon, rejeton, et des noms abstraits d'action : juron, plongeon.

Ce suffixe vient du latin o onem, qui avait le même sens : larron de latronem.

10. ard, féminin arde, forme également des dérivés à base nominale ou verbale.

a) Dans le premier cas, ard marque l'habitude et l'accumulation de la qualité; il désigne des personnes: campagnarr/, montagnrt/v/, richa/r/, vieilh/zv/; et des choses : bill«/ï/, brass«rrf, épinorr/, poignard?. Il marque un rapport d'origine dans Savoy(r/Y/, et a un sens abstrait dans millif/>ï7. On trouve le féminin arde dans moutarde^ de moût.

Ce suffixe exprime aussi l'augmentation, rarement la diminution; il forme: 1° des noms de personnes dont le sens est déprêciatif: béquilkf/ï/, communa/r/, moudmrd; T quelques noms d'animaux: canarr/, chevrilkrr/; poukr^(?; 3° ou de choses : meuk/r(7, \)Qmharde.

h) Dans le second cas, ard marque la réitération de l'action et par suite l'excès ; c'est pourquoi il a souvent un sens déprêciatif : bavft>Y/, babilk/Y/, criard., grogna/r/, nasilk/rt?, pillard

Le suffixe ard vient de l'allemand hart, gothique hardiis.

1 1 . ois, féminin oise., et ais, féminin aise., sont des variétés d'un même suffixe, qui marque l'origine et l'habitation : bourgeo/.s, courto/s, villageo/8, et sert surtout à former des noms de peuples : Carthagino/s, Français. La forme ais est plus moderne que ois-, on l'emploie aujourd'hui pour un certain nombre de peuples : Angla/^, Polon«/>, Portuga/s, et pour désigner les habitants de la plupart des villes de France : Lyonnais, Marseillais-, etc.

Le suffixe ois ou ais provient du latin ensis : Carthaginois de Carthaginiensis, Lyonnais de Lugdunensis.

12. Les suffixes aln^ ien^ in^ on. ard, ois et ais ont cela de commun, qu'ils marquent un rapport d'origine; c'est pourquoi ils servent presque exclusivement à former les noms de peuples ou de nations. Ces noms ont les deux genres et s'emploient aussi adjectivement : le peuple romain^ un Romain. Ils dérivent des noms propres de pays et de villes et sont surtout formés par les suffixes ain, ien, ois ou ais.

ain (en) et an: America i)i. Européen., Chaldéen, Galiléeti, Phocéen, Vendéen. Persan.

ien, très fréquent : Athénien, Brésilien, Prussien.

in : Angevin, Florentin, Périgourdin.

on : Breton, Brabançon. Bourguignon, Gascon.

ard : Savoyard.

ois ou ais : Carthaginois, Hongrois, Suédois, Ecossais, Calabrais.

On se sert aussi de la terminaison ique : Asiatique, persique (golfe), ou esque : Barbaresque, ainsi que des suffixes diminutifs, comme eau, al : Manceau ou^Manseau, Espagnol.

13. Aux suffixes étudiés dans ce § on peut ajouter la terminaison esse, qui forme des noms de personnes (ou d'animaux) du genre féminin correspondant à des noms masculins terminés : a) par e muet dans les mots : chanoine, comte, diable, Mte, maître, mulâtre, nègre, ogre, prêtre, prophète, prince, traître, Suisse, âne, tigre, qui font chanoin^sse, comtesse, etc. et dans diacre (de diaconus) et doge, qui font diaconesse, dogaresse (§ 75. 8) ; — b) par une sjilabe masculine dans les mots : abbé, dieu, duc, pair, cpiaker, devin, larron, qui font abbesse, déesse, duchesse, pairesse quakeresse, devineresse, larronnesse, ainsi que dans les mots en eur cités plus haut, bailleur, chasseur, etc. {^ 144, 2).

h) Noms de choses.

14. Les noms de choses tirés de substantifs déjà existants sont formés à l'aide des suffixes is?ne, âge, at, ée, ade, aie, agne et erie.

Les suffixes isme, âge et af sont masculins, ee, ade, aie, agne et erie féminins.

Sauf af, qui marque une dignité, et isme, un système ou une doctrine, tous ces suffixes expriment une idée de capacité, ou de collectivité, comme charretée, plein une charrette, colonnade, réunion de colonnes, feuillage, réunion de feuilles, annaie. lieu planté dVfwwes, montagne, suite de monts qui tiennent l'un à l'autre, verrerie, toute sorte d'ouvrages de verre, etc.

Mais «f/e, at, ade et erk s'ajoutent aussi à des verbes ou à des adjectifs pour former des noms abstraits d'action ou d'état, comme éclairage^ crachat, promenade, plaisanterie, ivrognerie.

15. isme se joint non seulement aux substantifs, mais aussi aux adjectifs pour former des noms abstraits qui coiTespondent aux adjectifs en iste, iqiie et ien : ^misme, ])UYiste; fanatisme, fanat^VjMe; stoïcisme, stoïc/e/?. Ce suiRxe s'emploie pour exprimer un système ou une doctrine qu'on professe, une méthode que l'on suit, comme christian^'swe, idiotisme (grec ?>//o.§, propre), libéral/.s/Me, matérialisjHf', \)Rtnotisme, socialisme, idéal?'.sme.

Isme signifie aussi mot ou tournure propre à une langue ou à des individus : germanisme, tournure propre à la langue allemande (germaine), sofec<s?^?(?, tournure pçopre aux gens de Sdes,. ville où l'on parlait mal.

Ce suffwe nous vient du grec ismos, laf. isinus.

16. âge forme un grand nombre de substantifs à base nominale ou verbale.

a) Ijcs mots en âge à base nominale expriment : 1° l'idée concrète d'une chose : ermitage, vilk?r/c ; 2"^ une collection : feuillage, réunion de feuilles; lait(/r/c, nuage, ipstysage; parfois une idée d'augmentation : m-AYécage (de marais) ; S*' Tétat : esc\?iYage, apprentissr/(/r, ou même l'action : langage.

h) Les mots en âge à base verbale expriment l'action ou le résultat de l'action : ouvrage, action d'ouvrer, c'est-à-dire de travailler, et ce qui résulte de ce travail: Sif^nage, chaufferie, écVàirage, espionnage, labouiY/^/e, usage.

Ce suffixe a été formé du latin aticum (') ; mais presque tous les noms en âge sont nouveaux et n'ont pas leurs correspondants en latin ; ainsi courage, anc. corage, suppose un nom latin coraticum, formé de cor, cœur. Carnage et orage sont dérivés des anciennes formes carn (de carnem, chair) et ore (lat. aura, air, vent : l'orage est le résultat de l'air mis en mouvement). Voyage est formé du lat. viaticum, littéralement provisions de voyage.

1 7. at désigne un. emploi, une dignité ou aussi le lieu occupé ou possédé par celui qui est revêtu d'une dignité ou d'un titre : consulr/f, orplielinr/f, landgraviaf, etc.

La forme ancienne de ce suffixe était é, qui existe encore dans comté-', duché-', évêche.

A base verbale, at marque dans quelques mots le résultat ou le produit d'une action : assignr/f, attentif, craclirtf, résulto^^ etc.

Le suffixe !at. atus a donné régulièrement é en français; at est une forme savante qui date de la fin du moyen âge.

(\) Sur le passage de aticum ange, v. Darmsteter dans !a Romama, III, 395.

18. ée, qifil faut distinguer de la forme féminine ée des substantifs dérivés du participe passé des verbes en er, comme la pensée (§ 142), sert à former des noms abstraits ou concrets, et exprime : a) une idée de capacité, quelque chose d'entier, de plein, s'appliquant au temps comme à l'espace, comme r/wrretée^ plein une charrette; mrée, plein un soir, c'est-à-dire tout unsoir;niclîecounite'(^ poignée^, saches, valk'e, année, journée, matinée, etc. ; h) une idée de collectivité : nuée,' rosée, rise'e; e) le produit du primitif : v. fr. araignée (la toile de Varaigne, mot qui se trouve encore dans la Fontaine), cochonnée, denrée (v. fr. denerée, propr. ce que l'on achète avec un dénier), etc.

La forme masculine est e, qui ne se présente que dans quelques mots : côte, cure, fosse, pâte, poire.

Le suffixe ée est formé régulièrement du latin ata. Mais les mots formés par ce suffixe ne gardent plus trace de la signification verbale que leur conférait rétymologie.

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