Composés ir régulier s
12. Il y a quelques formations insolites qui échappent à tout classement ; ainsi les mots composés formés de phrases ou de mots invariables pris substantivement (§ 62), comme un on-dit, qui-va-là, qui- vive, qu'en-dira-t-on . sauve-qui-peut, vive-la-joie, quant-à-soi , sot-f ij-laisse, ouï-dire, faire-le-faut (faire le faut, selon l'Académie), tout-ou-rien, une sainte- ni-touche (= n'}'' touche), etc.
Il tant encore mentionner les composés par redoublement, tels quebonbon, dodo, fanfan, nanan. etc., et les locutions interjectives ou adverliiales, formées de monosyllabes qui reproduisent les voj'elles /, a, ou, ou les deux premières seulement : bredi-breda, de bric et de broc, cahin-calm (si l'étymologie n'est pas qua hinc, qua hac), couri-couri. cric-crac. fie fac, ric-à-ric, etc.; ces locutions deviennent quel([uefois substantifs: bric-à-brac, flicfac, méU-mélo, micmac, tic tac, trictrac.
Enfin il y a les composés empruntés aux langues étrangères: gennaniques, comme bourgmestre, brandevin, choucroute, couperose, feldsjtatli, hallebarde, havresac, landurhr, marécJial . margrave, pjotassc, etc. ; — beaupré, bifteck, bou/edogur, pintglass, haquenée, paquebot, railway, steeple-chase, tramway, etc. ; — fiibustier, hauban, scorbut, vacarme, etc. ; — romanes, comme carnaval, clavecin, filigrane, palafitte, saltimbanque, etc. ; — cabestan, matamore, salsejKireille, soubresaut ; — autodafé, etc. ; — et autres : baragouin, cormoran ; — alléluia, caravansérail, dumc-jeanne (v. Littré, Suppl.J, tohu-bohu; — orang-outang, eic.
(1) C'est sans doute par inadvertance que M. Darmsteter place ces deux mots aoiisbail et sous-seing, d'abord dans les composés avec la;>ré;>osJtion, puis dans les composés avec Vadverbe. (Formation des mots composés, 1^3 et 132.)
B. Genre des noms composés.
1. Le genre des noms composés dépend de l'espèce de composition.
2. Dans les composés de concorckoice le genre est celni du mot principal : le chef-lie\x, le chou-f eio; la bettevaive, la jnalfaçon (pour maJefaço)i)i la ^^/c/fe- forme; il faut en excepter quelques composés avec synecdoque, savoir ronge-gorge, rougequeue, grand-croix, patte-pehi, qui sont masculins, quoique le substantif composant soit féminin : rouge-gorge et rouge-queue ne sont devenus masculins que depuis la tin du siècle dernier ; patte-pelu a d'abord été et se dit encore pcdte-pelue au féminin ; quant à grand-croix, il est masculin d'après la règle qui transforme les féminins enseigne, iront pefte, pjaiUasse, etc., en masculins quand le nom de chose devient nom de personne (§ 69).
3. Dans les composés de dépendance le genre est également celui du mot principal : le banvin, la hanliene, le fourmi-lion^ la ;^f'r/'-férure ; le salp)èfre, le hâin- ma rie, la iète-Dieu, etc.; sont exceptés le chèvrefeuiUe et le chiendent.
4. Les composés avec V impératif, comme poHefeuiJle, coiq)egorge, sont essentiellement masculins, c'est-à-dire neutres ; mais ils deviennent féminins lorsque le genre naturel l'exige, ainsi tme bégueule, une garde-malade; dans quelques-uns, la terminaison féminine a donné son genre au composé total : bouteroue^ happelourde, morgeUne, passerage, triquebcdle ; chanfe-pleure, clignemusette, chausse-trape , garde-robe, mouille-bouche, passe-pierre, lX(sse-rose, perce-feuille, perce-neige, perce-pierre, sauve-vie, tirepointe ; il y a en outre passe-fleur.
5. Quand le nom est formé d'une^jar^iVî^/eet d'un nom, comme avant-scène, (dont, il faut distinguer deux cas, selon que la particule est un adverbe ou une préposition.
a) Si la particule est une préposition, le composé est presque toujours masculin, quel que soit le genre du substantif régi par la préi)Osition : nn atout, un après-dnier, un apirès-midi (^), un enjeu, un en-tête, un sans-cœur.
Ce masculin cache le véritable genre, qui est le neutre: Venjeu est ce qui est en jeu. Comme le sujet est indéterminé, le genre doit être neutre. Quand le sujet se détermine et se porte nettement sur un être masculin ou féminin, le genre se précise en même temps : un sans-culotte, une sans-dent (vieille femme), une averse (pluie). Enfin il arrive parfois que le genre est donné pai' la terminaison; ainsi apaire, entrave, soucoupe, contre-approches, contre-latte, sont aujourd'hui féminins.
(!; Plusieurs, dit l'Académie, font ce substantif féminin.
h) Si k particule est un adverbe, le genre du composé est celui du substantif déterminé : un avant-hra,s , iwe contremarche.
C'est cette règle qui permet de distinguer, ])our les noms l'éminins, ces composés avec l'adverbe de ceux qui sont formés d'une préposition et d'un substantif; ainsi entre est adverbe dans entrevue, nom féminin, et préposition dans entrecôte, nom masculin ; avant et arrière restent adverbes dans tous les noms composés, sauf dans avant-main et arrière-main, qui sont masculins quand ils désignent au jeu de paume un coup poussé du devant de la raquette ou du revers de la main. Dans avant-scène, signifiant la partie du tliéàtre oii jouaient les acteurs chez les anciens, avant est adverbe et le composé est féminin; mais dans le sens actuel du mot (loges d'avant-scène, § 155), avant est préposition et le substantif était d'aboi'd masculin (Ac 1708), mais il est devenu féminin par suite d'une iniluence de la terminaison.
1. Quand les parties des noms composés ne sont plus distinctes et s'écrivent en un seul mot, la formation du pluriel a lieu comme dans les noms simples : à.^^ gendarmes, des beffn-aves, des plafonds, des banlieues, des piédestaux, des fieous, des ((comptes, des micmacs, des jjaquebots. etc.
Mais quand les parties d'un nom composé^ sont encore distinctes, la formation du pluriel dépend de la manière dont le mot est formé, et il n'y a que le nom et l'adjectif qui puissent prendre la marque du pluriel, conformément aux règ'les suivantes :
2. Quand les deux mots sont dans un rapport de concordance, ils prennent l'un et l'autre la marque du pluriel; c'est ce qui a lieu dans les noms composés qui sont formés :
a) De. deux substantifs: un chef-lieu, des chefs-licWK'^ des loups- garons, des choux-raves, des épines-vinettes, des inerrespo)ices, des martins-pécheurs, etc. L'Académie écrit des reinesmarguerites, des reines-Claude et des rose-croix.
b) D'un substantif et d'un adjectif: un beau- frère, des beau'Kfrères'^ des blancs-mangers, des blancs-seings, des morts-bois, des plains-chants, des plains-pieds (des jilain-pied selon l'Académie), des quotes-parts, des saufs-cotuluits (sauf-conduits, Ac); des cerfs-rolants, des clairs-obscurs, des rarémes-pretuods, des clirisfesmarines, des gras-doubles, des guets-apens. des pies-grikhes, des procès- verbaux, des reroutnts-bons, des tadles-douces, des gardes nationaux, des pieds bots, etc. De même gentilhomme, bonhomme, qui font: des gentilshonnncs, des bonshommes. Dans le pluriel chevau-légers, il }' a suppression du ./•; ou en a même formé un
singulier: un checau-léger^ de la même manière qu'on a fait gendarme du pluriel gens (Varmes^ qui avait un autre sens. — On écrit des bons-cJin'tiens, des hons-henris^ des mariins-secs^ mais des saint-gemiuin, des saint-augustin, des terre-neuve et des hmit-le-corps.
Grand dans grand' mère, grand' messe, etc., reste toujours invariable; on écrit donc les grands-pères^ mais les grand' mères.
c) Mais on écrira des cent-suisses, des mille-pieds, des millefleurs, etc., parce que cent et mille sont des noms de nombre invariables.
3. Quand les deux mots sont dans un rapport de dépendance, le mot principal seul prend la marque du pluriel :
' a) Composés sans préposition : un chèvre-pied, des chèvrepieds, des fourmi-lions, des quadier-maîtres, des terre-noix, des terre-pleins- — des appuis-main, des bains-marie, des hôtels- Dieu, etc. L'Académie écrit des timbres-poste, mais des malles' postes.
h) Composés avec préposition : un chef -cf œuvre, des chefsd'œuvre, des cous-de-pied, des monts-de-piété, des œils-de-bœuf, des ciels de lit, etc. Cependant l'Académie écrit avec un s: il s'est enrichi avec les pots-de-vin, et sans s : mettre trois yot-au-feu.
Le déterminatif peut avoir un s tant au singulier qu'au pluriel, s'il y a pluralité dans l'idée : un char à bancs., des chars à bancs.
L'Académie écrit les ayants cause, les ayants droit, mais les soi-disant docteurs, user de faux-fuyant ; et Littré, des hattant- Vœil.
On doit écrire des coq-à-Vâne, des fier-à-bras, des haid-à-bas, des pied-à-terre.
4. Dans les composés de phrases ou composés avec V impératif, lorsque le nom est formé d'un verbe et d'un substantif qui en est le complément, comme couvre-chef, garde-chasse, perce-neige, serre-tête, etc. , le verbe ne prend jamais la marque du pluriel : des couvre-chef, des garde-chasse, des perce-neige, des serre-tête ; quant au substantif, qui en est le complément, il devrait toujours être au singulier, parce qu'il est pris dans un sens tout à fait général; mais l'usage varie beaucoup, et tandis que les uns écrivent ess?^^-*/^/^ tant au singulier qu'au pluriel, d'autres veulent essuie-mains dans les deux nombres, et d'autres enfin écrivent, sans s, un essuie-main, et, avec s, des essuie-mains. Les trois manières se trouvent dans le Dictionnaire de l'Académie, qui écrit un et des porte-aiguille, un et des porte-allumettes, un cure-dent et des cure-dents.