SE(TIOX II FORMATION DE LA LANGUE FRANÇAISE
Origines du français.
1. Le langage diffère suivant les races et les climats; mais chaque langue, chaque idiome, même celui qui est parlé par le peuple le moins policé, est soumis à des lois aussi cei'taines que celles qui régissent le monde physique; et ainsi, le lang'age étant l'œuvre de la nature, et non l'invention de riiomme, la grammaire doit être traitée de la même manière que les autres sciences de la nature, qui partent de l'observation des faits pour arriver par voie de déduction à la constatation des lois.
Les nombreuses langues qui se parlent sur la terre se divisent en groupes ou familles. Le plus important de ces groupes est celui des lang:ues myennesoii indo-euroj^éames, auquel appartient le latin.
Le latin, langue morte , est la source d'où sont sorties les langues dites romanes ou néo-latines, et en particulier lefi'ançais.
Le français est donc une langue dérivée dont les origines sont dans le latin.
2. Le latin vulgaire, transporté en Gaule par les soldats de César et les colons, absorba promptement la langue indigène, le celtique^ et subit à son tour, quatre siècles après, par l'invasion des triltus germauiipies, une notable perturbation dans son vocabulaire, mais non dans sa syntaxe; plus de cinq cents mots fjermaniqnes prirent pied dans la langue gallo-romaine. Ce latin populaire, ainsi modifié par l'innuixtion de mots barbares, devint, par une série de transformations lentes et insensibles, la langue d'oil, qui apparaît dès le IX'' siècle connue un idiome indépendant du latin, et qui, au XIP siècle, est une langue formée, ayant sa gi-ammaire et sa littérature propre.
Comme les autres langues romanes, ses sœurs, la langue d'oïl comprenait plusieurs dialectes, le normand, le picai'd, le bourguignon et le français. Ce dernier, qui n'était parlé que dans la ])rovince nommée Ile-de-France, sui)]>lanta peu à peu les autres dialectes, qui tombèrent au rang de patois, et il devint au XIV'' siècle la langue française ou le français moderne,
(1) Pour les détails, v. Dicz, Gr. ilfn Ifrnfjupa ramonei>. I. 1 — 60. lOÔ— 12'l. V. aussi l;i note 1 à la fin du volume.
Ayer, Grammaire comporrc. 2