EMPLOI DU PRONOM RÉFLÉCHI
a) Quand il s'agit de personnes^ on emploie soi ou lui selon le sens dans lequel est pris le sujet auquel le pronom doit se rapporter,
1° aSo/ est de rig-ueur avec un sujet indéfini et représenté par on, cliacHn, perso)ine^ qui ou celui qui (employé dans un sens général), quiconque, ou sous-entendu avec l'iutinitif: On peut toujours trouver plus malheureux que soi (La F.). Aucun n'est prophète chez soi (Id. VIII, 26). Chacun ne songe plus qu'à soi (J.-J. R.)- Celui qui hait le travail n'a assez ni de soi ni des autres (Boiste). Quiconque rapporte tout à soi n'apmsheauconp d^nnis (Ac). X'aitner que soi, c'est être mauvais citoyen.
Mais on emploiera toujours lui au lieu de soi, si le sens n'est pas réfléchi, comme dans cet exemple : Chacun trouve à redire en autrui ce qu'on trouve à redire en lui (La Rocli.). Lui, parce que le sens n'est pas réfléchi et que ce pronom se rapporte à chacun et non pas à on. De même dans cette phrase : Peu d'ami tiés subsistnraioit si chacun savait ce cque son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas (La Roch.). On trouve même des exemples où chacun est suivi de lui et non de soi, lors même que le sens est réfléchi ; Ce divin modèle, que chacun de nous poHe avec lui, nous enchante (J.-J. R.). Soi eût été aussi bien; mais chacun de nous présentant une idée moins vague que chacun, justifie l'emploi de lui.
2" Avec un nom ([% personne, ])vëç,éà.t de l'article, ou emploie soi aussi bien que lui si le nom marque le genre ou l'espèce : L'égoïste 7ie vit (que pjour soi ou })ourhx\,lj^h.oiQ.m.Q n'aime pas à demeurer avec soi (Pasc). L' Axiglois pjoHe pjadout sa patrie avec lui (Bern.). Un homme vain trouve son compte à dire du bien ou du mal de soi, un homme modeste ne pxuie point de soi (La Br.). Cet homme est un égoïste (pii ne qiense qu'à soi. Mais si le nom est pris dans un sens individuel, lui est de rigueur aujourd'hui : Mon frère a toujours de l'argent sur lui. Mais surtout il s'étudiait hii-mê?ne (F en.).
Au XV1« siècle la règle était moins formelle, et soi n'était pas rare en pareil cas: Quels démons, quels serpents traine-t-el\e a/)rès soi ! (Rac.) Idoménée revenant à soi remercia ses amis (Fén.i. Même aujourd'hui soi peut s'employer aussi bien que lui avec un sujet individuel, mais dans le sens delà distuiction que nous avons établie^ c'est-à-dire que soi indique une action qui tombe sur le sujet de la proposition, au lieu que lui annonce que l'action passe au delà du sujet. D'où il suit qu'il faut dire: Paul pense à soi, pour exprimer que Paul est l'objet de ses propres réflexions; et: Paul pense à lui, pour indiquer qu'il pense à un autre individu déjà désigné. De même on dira : En remplissant les volontés de son père, ce jeune homme travaille pour soi, et : En remplissant les volontés de son père, ce jeune liomme travaille pour lui. Dans le premier exemple, soi se rapporte au jeune homme; dans le second, lui se rapporte au père. Il partit avec son frère et mit sur soi le bagage. Il ne lui donna rien et prit tout pour soi. Avec lui, le rapport serait différent.