EMPLOI DU PRONOM RÉFLÉCHI
Voici d'autres exemples: Dieu était dans Jésus-Christ, réconciliant le monde avec soi (Bourd.). Soi, à la place de lui, ôte l'ambiguïté qui pourrait résulter, avec ce dernier mot, entre Dieu et Jésus-Christ. Il n ouvre la bouche que pour répondre, il tousse, il se mouche sous son chapeau, il crache presque sur soi (La Br.). Mettez lui, on ne saurait plus si c'est à il ou à chapeau que soi se rapporte. Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui (Corn.).
II est vrai que l'usage tend continuellement à substituer lui ou elle à soi, mais, comme le dit Littré.. il faut résister à cette tendance, soi étant plus clair que lui ou elle.
h) Appliqué aux choses, soi est préférable à lui et peut se rapporter à un nom désig-naut le genre ou l'espèce aussi bien qu'à un sujet individuel : L'aimant attire le fer à soi. Un bienfait porte sa récompense arec soi (Ac). La franchise est bonne en soi, mais elle a ses excès (M'àrm.). Hât()}is-nous, le temps fuit et nous traîne avec soi (Buff.). Cette figure porte avec soi le caractère véritable d'une passion forte. L'emploi de lui ou elle serait ici une faute, ce pronom ne pouvant se dire que des personnes ou des choses personnifiées (§ 184).
Cependant lui n'est pas rare, surtout lorsque le pronom se rapporte à une chose personnifiée : Toute tromperie poyie avec elle sa punition (Bern.). Hélas., s'écriait Télémuque, voilà donc les maux que la guerre entraine après elle (Fén.). Mais lui ne convient pas si généralement à la chose que elle; car on ne dirait pas, par exemple : Le vice a dans lui fout ce qui peut le rendre odieux., comme on dirait : La vertu a dans elle tout ce qui peut la rendre aimable; il faudrait dans soi.
B. De sa nature, soi n'est pas plus singulier que se et on peut l'employer au pluriel quand il s'agit de choses : Il ij a des corps subtils en soi (Cond.). Tous les animaux ont en soi u)t sentiment qui ne les trompe jamais (Bufi",). JJe soi ces choses sont indifférentes (Ac). Il est un certain travaU du temps qui donne aux choses humaines le principe d'existence qu'elles n'o}it point en soi (Chat.). Cependant Fusag-e le plus général est de remplacer au pluriel le pronom soi par le pronom lui. Ainsi l'on dira bien : Cette faute enframe après soi les regrets ; mais on dira de préférence au pluriel: Les fautes entraînent après elles les regrets.
Avec les noms de p)ersonnes on ne doit pas employer soi au pluriel, à moins que la clarté ne l'exige: Ces entrepreneurs,
qui jusqu'alors n avaient traraillé que pour les autres^ ne travaillent plus que pour soi. Eux à la phice de soi rendrait la phrase équivoque.
Le pronom soi est généralement précédé d'une préposition ; cependant il s'emploie aussi comme prédicat: Il faut toujours être soi, ou comme complément direct: Des passions la plus triste, c'est de n'aitner que soi (Flor.). Comme soi marque un rapport d'identité avec le sujet, il ne peut représenter le sujet lui-même; cependant, lorsqu'il entre dans le second terme d'une comparaisuii,
Ayeh, Grammaire comparée. 28