MUETTES
Muettes.
Dans la formation des muettes ou explosices, le canal de la bouche est entièrement fermé et l'émission du souffle est momentanément arrêtée ; c'est pourquoi la forme de ces sons est la plus complètement individualisée et qu'ils marquent le plus haut degré de l'articulation. Comme nous n'avons que trois organes articulateurs, il ne peut y avoir que trois muettes ; mais chacune d'elles peut avoir un son doux {moyen, lat. média) ou dur (ténu, lat. tennis), selon que l'action de l'organe articulateur a plus ou moins d'intensité. De cette manière, on distingue les muettes, — gutturales, linguales et labiales, — en consonnes fortes, dures, sourdes ou ténues et consonnes faibles, molles, sonores ou moyennes :
Gutturales Linguales Labiales.
Muettes fortes ou diu:'es c t p
Muettes faibles ou molles g d h
Les lettres c et g désignent ici les articulations gutturales qui, en français, se rendent par c et g devant a, o, u, ou une consonne, et par qu et gu devant e et / (quérir, guide).
Les rnueUes, tant faibles que fortes, sont susceptibles d'une aspiration; mais les muettes aspirées sont des sons dérivés ou accessoires, aussi ne se présentent-elles que dans certaines langues. En sanscrit, la série est complète :
Gulturules Linguales Labiales.
Aspirées rudes ou fortes hh th pli
Aspirées molles ou faibles gtt dh bh
Toutefois les aspirées molles sont, en sanscrit, beaucoup plus importantes et d'un usage bien plus fréquent que les aspirées rudes.
Le grec ne coimaît que les aspirées rudes, qui sont ligurées par les signes 7, 6, \; ces aspirées sont devenues, dans le grec plus moderne, de simples spirantes, c'est-à-dire que le double son i-enfei-mé dans chaque aspirée s'est réduit à un son simple. Ainsi le 6 grec équivaut à f + /t : mais, en grec moderne, le 0 se prononce comme le t/i anglais, c'est-à-dire qu'il a pris un son nouveau où il est impossible de distinguer un t et un h. La même observation s'applique au © (anciennement p + h) et au x (^ + fi)-
En latin, les aspirées primitives sont devenues méconnaissables; elles ont perdu leur caractère complexe pour devenir des spirantes, ou sons aspirés simples, et en outre elles se trouvent réduites à deux, le h, qui représente l'ancienne aspirée guUuiale, et le f, transformation de l'ancienne aspirée labiale. Le f latin a passé aux langues romanes, mais le h ne s'est pas maintenu partout.
Spirantes.
§ 13 1. Le souffle ou aspiration est l'élément matériel des spirantes comme des muettes ; mais les spii'antes sont des émissions du souffle, tandis que les muettes en sont la suppression
28 SPIRAXTES § 13
momentanée : par là même les spirantes sont moins bien articulées que les muettes, et on peut les considérer en quelque sorte comme des muettes incomplètes. L'action des organes articulateurs donne à l'aspiration la forme particulière qui l'individualise en spirante (jutiiirale, l'mgiuilcow labiale, chacune de ces spirantes pouvant avoir le son dur ou doux :
Gutturales. Linguales. Labiales.
Spirantes lorles » s f
Spirantes faillies y z v
Beaucoup de langues ont le h, spirante indéterminée que l'on range parmi les gutturales; mais ce son n'existe pas proprement dans notre langue. Il y a encore d'autres spirantes qui sont étrangères au français, ainsi la gutturale ch (ail.) et la dento-linguale tli (anglais), qui l'une et l'autre peuvent être fortes ou faiUles.
Il est à remarquer : 1" que // ou yod est plutôt palatal que guttural; c'est le même son que l'on représente par,/ en allemand et en italien et par y en espagnol et en portugais ; 2" que la linguale faible z se marque le plus souvent en français par la lettre x, qui a le son doux entre deux voyelles : prison ; .3° que /' et rne sont pas des labiales pures, mais des labiodentales.
On appelle plus spécialement spirantes les oonsoinies h et f. ainsi |que l'alK'mand ch et l'anglais tn, sifflante la consonne s forte ou faible (= z), et semivoyelles les consonnes y et i>, dont le son tend à se vocaliser, c'est-à-dire à sa confondre, celui du y avec i, celui du v avec ii.
2. Aux spirantes se rattache la consonne palatale appelée chuintatite, articulation intermédiaire entre les gutturales et les linguales et qui dérive des unes et des autres. La chuintante exprime un son accessoire qui a cela de commun avec celui de la sifflante s qu'il est formé au moyen de l'aspiration, mais qui s'en distingue dans sa formation par un plus grand élargissement de la cavité de la bouche. La chuintante peut être, comme le .s, ou forte ou faible, selon que l'aspiration est plus ou moins forte. La chuintante forte se rend en français par ch (ail. sch; angl. s7/; ital. se devant e et /; magyar s; polonais sz) : chien, et la faible par la lettre J ou par g devant i et e : ïambe, gémir.
La chuintante peut être, comme la sifflante s, .sùnpk' ou composée; la sifflante ou la chuintante composée est formée de telle façon que l'émission de cette spirante est précédée d'un petit coup sonore de la langue, à peu près semblable au son de la nmette linguale faible ou forte {d, t). Si donc nous dési. gnons la chuintante foite ou faible [»ar .s (= fr. ch) et f ( = fr. j ou (/ devant e, i), nous pourrons représenter la sifflante composée par ts et dz et la chuintante composée par ts ( =lr. tch) ei dz ( =fr. dj ou dgj. Mais, dans le développement historique des langues, la chuintante composée se présente comme
un son simple, une explosive palatale, que ia grammaire compaioe marque des signes c ej (j. Cette palatale, dérivée des gutturales latines c et g ou j, s'est niaintemie consonne explosive dans foutes les langues lomanes, sauf en fran- (■aischoù elle s'est aU'aitilie dans la spirante forie on faihleà laquelle ona donné le nom de cluiintante : chien de canis. ja/nfce de ganibn, (jéinir de ge>»ere(').
Liquides.
Les liquides sont des consonnes intermédiaires, entre les voyelles et les muettes, c'est-à-dire entre les sons liquides et les sons solides par excellence. La série de ces consonnes ne se compose pas, comme pour les muettes et les spirautes, de trois sons correspondant aux trois organes de l'articulation, mais elle comprend quatre lettres r, l, n, tn, qui appartiennent à la famille des consonnes faibles ou douces et qui se divisent, comme les voyelles, en liquides 2>'//"^'>'" ou //(^^^/V/^8 proprement dites, r et l, et iiasrdes, n et m. Par leur formation les premières se rattachent plus spécialement aux spirantes, r comme palatale et 1 comme dentale ou palato-dentale, et les secondes aux muettes ou explosives, n comme linguale ou labio-dentale et m comme labiale.
Les liquides pures s'unissent facilement à d'autres consonnes pour former des articulations doubles, appelées consormes composées, comme gr dans grêJe, pi dans pli, etc.
Les liquides nasales ne peuvent pas se combiner de la sorte en français ; mais, quand elles terminent la syllabe, elles perdent leur son propre et rendent nasale la voyelle précédente (§ 10).
Les liquides l et n sont dites mouillées lorsqu'elles sont sui-' vies phonétiquement, c'est-à-dire pour l'oreille, d'un // ou yod; le n mouillé ou 7iy se rend eu français par (ju : vic/tie, et le / mouillé ou ly par Ùl ou U .-paille, fille (^).
Placée au milieu de l'échelle d'articulation, entre la voyell ; et la muette, la liquide participe de la nature de l'une et de l'autre : d'un côté elle se joint ;ï la voyelle comme toute autre consonne, par ex. rat, el de l'autre elle se joint comme voyelle à la muette pour former avec cette dernière un son unique, paiex. bras. Mais, comme les labiales sont les plus individualisées de toutes les
(i) La sifflante comi)osée .s se marque en italien par r et est tantôt faible jdtt) el tantôt forte (ts). Dans la même langue, la chuintante composée se rend, quand elle est faible, par g devant e et i, et ))ar (/i devant les autres voyelles; et quand elle est forte, par c devant e et ;, et par ci devant les antres voyelles.
(2) Voici comment ces consoimes se transcrivent dans les autres langues romanes : l mouillé 71 mouillé
Italien gli (j>i-
Espagnol // i)
Portugais Ih nh
Provenjîal //( iih
80 T.VBI.KAi; DES SOXS EN FIIANÇAI.S § 15
consonnes, m ot n (qui est en partie formée par l'action des lèvres) sont bien moins susceptibles de se combiner que r et l, et sont sous ce rapport moins liquides que la sifflante s. Cette dernière, appartenant aux linguales, est si peu individualisée qu'à certains égards, elle est plus liquide que les consonnes liquides proprement dites, pouvant se joindre plus facilement que ces dernières à tonte autre consonne; c'est pourquoi, dans différentes langues, la combinaison de la siniante avec une autre consonne est mai-quée par un signe unique, par ex. le x latin, qui désigne la combinaison g.f ou es, le z italien, qui est égal à ds ou fs, etc. A ces trois sons essentiellement liquides, s, r, l. on doit encore ajouter le y ou i consonne, qui peut se combiner avec un son initiai, par ex. d/able (= dja), et jusqu'à un certain point la muette linguale, qui peut se joindre à la muette gutturale ou labiale ou à la sifflante s, par ex. lat. joiisana, status.
Tableau des sons en français.
1. Comme il n'y a que trois organes articulateiirs (gosier, langue et lèvres) et que la formation des sons par chacun de ces organes a lieu dans des degrés fixes d'articulation, toutes les langues ont un même nombre de sons principaux et élémentaires. Toutefois, outre les sons élémentaires, il y a encore des sons accessoires qui en dérivent, et les langues n'ont pas le même nombre de lettres dans leur alphabet, parce qu'elles expriment par ces signes un nombre plus ou moins grand de sons dérivés ou accessoires.
« La série des sons articulés que peut émettre l'bomme est aussi naturellement déterminée que la suite des tons de la gamme ou que l'ordre de dégradation des couleurs du spectre solaire. On ne peut franchir les limites tracées par ces lois natirrelles. Il rr'esl pas possible d'imaginer une couleur en dehoi's des sept couleui's fondamentales, qui par leur mélange donnent une variété infinie de nuances. On chercher-ait vainement quelques voyelles en dehors des trois voyelles a. i, u (ou), qui ont donné naissance à Ve et à Vo. ainsi qu'aux diphtongues et aux longues, qui ne sont autre chose que des diphtongues contractées; il serait également impossible de changer en quelqu'un de ses points fondamentaux l'ordre des semi-voyelles et des consonnes, dont les combinaisons sont en nombre pour ainsi dire illimité ('). «
2. Toutes les consonnes françaises, au nombre de 17, peuvent se grouper comme suit en ordres, degrés et familles.
Gutturales
Palatales
Linguales La'biales
Explosives fortes <;
(tch, ts)
)) faibles g
(dj, dzj
Continues
a) Spirantes fortes (h, eh ail.)
ch
s (lli angl.) /■
» faibles y
h) Liquides
Nasales
(1) Grimm. Origine du Inngaijc, p. 18.