C. Datif
1. Le datif peut dépendre d'un verbe comme régime indirect ou d'un substantif comme complément attributif. Il se marque en français par la préposition (), excepté dans le cas où le régime est un pronom personnel conjoint (§ 86): La grêle est nuisible à la vigne. La paresse nous nuit.
Mais tout mot qui est précédé de la préposition à n'est pas nécessairement un datif; c'est ce que l'on peut constater facilement si l'on passe du nom au pronom. Ainsi, par exemple, nous disons également avec la préposition à : Je réponds à Pierre, et : Je pense à Pierre; mais ce n'est que dans le premier exemple que le mot à exprime un datif. En etfet. si nous remplaçons à Pierre par un pronom personnel, nous dirons, dans le premier cas, avec le pronom conjoint au datif: Je lui réponds, et, dans le second cas, nous serons obligés d'ercnloj^r le pronom'absolu avec à : Je pense à lui, et non pas : Je lui pense. De ce qu'on ne dit pas^f? lui pense, mais bien je lui réponds, il ressort évidemment que dans le premier exemple la personne n'est pas considérée comme étant dans le rapport du datif. Comparez de même les verbes obéir, parler, plaire, nuire, résister, suj-rivre, etc., qui demandent le pronom conjoint: Je lui obéis, Je lui p(/rle, Je lui plais. Je lui nuis. Je lui résiste, Jelui survis, et les verbes songer, aller, courir, marcher, recourir, venir, tenir, renoncer, attirer, avoir affaire, qui se construisent avec le pronom absolu : Je cours à hxif Je recours à lui, /V tiens klm, Je renonce à lui, etc. : Seigneur, je viens à vous (Rac). Pour revenir à moi, Je fus confondu avec les Cyimens (Fén.). Quiconque rira, aura affaire à moi (Mol.). Je vous assure, ma chère enfant, que Je songe à vous continuellement (Sév.). De deux corps mêlés ensemble, celui qui a le plus de
force attire toujours à soi la vertu et la imissance de Vautre
(Boil.).
Cette épreuve par le pronom personnel n'est pas applicable aux choses, mais le datif ne s'emploie guère pour les choses. Le datif marque en eifet, comme l'accusatif!, le terme de l'action ; mais il s'en distingue en ce qu'il désigne proprement la personne en faveur ou au préjudice de laquelle l'action s'accomplit, tandis que l'objet exprimé par l'accusatif, lors même qu'il serait une personne, est toujours conçu comme un être passif et inerte, c'est-à-dire comme une chose. — Une preuve de la rigueur avec laquelle on a en général séparé l'expression du datif de l'expression simplement prépositionnelle se trouve dans l'emploi du pronom y. qui ne peut représenter que cette dernière expression (§ 180). Dans beaucoup de locutions ù est réellement rebelle au sens prépositionnel et doit être regardé comme le représentant immédiat de l'ancien datif. Notre préposition à sert donc à deux fins et remplace en même temps le datif et la préposition ad du latin.
On ne peut plus dire aujourd'hui, comme dans l'ancien français, parler à moi (§ 86), mais cette locution était encore usitée du temps de Molière : Je dis que voilà un homme qui veut parler à vous. Du reste le même verbe peut aujourd'hui se construire avec le pronom absolu et le pronom conjoint, selon le sens : Il 'Vient à moi ; il me rient une idée. J'attire une chose à moi; /e m'attire Vestime. Elle rapporte tout à lui ; elle lui rapporte tout. U intérêt que je prends à lui; la main que je \m.\ prends.
Dans l'ancien français chaque nom de personne ou pronom personnel, même dans la première déclinaison qui distingue à peine le cas, peut se passer après n'importe quel verbe de la caractéristique du datif, bien qu'il soit plus dans l'usage de le mettre : que (a) son fradre Karlo jurât (Serments), colper le chief (à) Seba (L. des Rois), (à) son fds baisa la bouche (R. de Cambrai). Ce procédé s'applique aussi aux objets personnifiés : foij que devés (à) la vraie crois (Coucy). Ce datif, dépourvu de sa caractéristique se perpétue jusque dans la seconde moitié du XIY« siècle, mais à cette époque il devient rare et se perd dès lors peu à peu. On ne doit pas méconnaître que c'est en compagnie d'un accusatif de l'objet qu'il est surtout employé, circonstance qui lui permet d'être reconnu sans aucune difticulté (')•
2. Le datif dépendant du rerhe marque, comme l'accusatif, le terme de l'action ; mais il s'en distingue en ce qu'il désigne proprement la personne en faveur ou au préjudice de laquelle l'action s'accomplit, tandis que l'objet exprimé par Taccusatif, lors même qu'il serait une personne, est toujours conçu comme un être passif et inerte, c'est-à-dire comme une chose.
a) Verbes intransitifs avec le datif de la personne : Le soleil
(1) Diez, Gr. III, 116.