‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 357 sur 427 · C. Place de l'attribut · texte numérisé non relu

C. Place de l'attribut

1 . La place de rattributdiîfère selon la formede l'expression :

2. L'attribut individuel, exprimé par un mot de rapport (article, nom de nombre, pronom adjectif), se place toujours avant le substantif qu'il détermine : Le soleil mûrit les moissons. Six forts cite vaux tiraient un coche (La F.). Ca'iu tua son frirejxir jcdousie. Cet enfant est sage.

3. Dans la construction ordinaire, le complément attributif se met toujours ctprès le nom qu'il détermine: U aigle est un oiseau de proie. Je le ferai pour l'amour de toi.

4. La place de Yadjectif attributif n'est pas fixe : il se met tantôt avctnt, tantôt après le nom qu'il détermine : cela dépend de sa significcdion ou de sa forme, bien qu'il y ait en français une tendance à placer l'adjectif après le substantif.

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a) C'est la signification grammaticale de Tadjectif qui détermine le plus souvent son accentuation et par là même sa place avant ou après le substantif. Lorsqu'un substantif est accompag-nê d'un adjectif, le mot, quel qu'il soit, qui est en second prend l'accent principal: Vue Itaafe montagne, un fruit xaixv. Aussi, lorsque l'adjectif attribue à son substantif une qualité générale ou qui lui appartient naturellement, l'attribut, n'étant pas le mot détermiuant, perd l'accent oratoire et prend la première place; c'est alors une épithète de nature ou de caractère^ qui, souvent, s'identifie entièrement avec le substantif :/(' vaste océa)i, le triste liircr, un doux parfum, les vertes prairies, loie fausse clé. une heureuse pai.r^ Téternelle vérité.^ une basse intrigue., etc. Mi nos Juge aux enfers tous les pâles liumainsÇRâc). J'entends la triste ivix de la patrie en pleurs (Soumet), On aperçoit au loin (le hautes montagnes (J.-J. R.). Le vrai courage ne se laisse point ahattrr (Fén.),

Mais si la qualité est individuelle ou distinctive, l'adjectif est alors une épithète de circonstance et, comme mot déterminant, prend la seconde place en même temps que l'accent principal : un air doux, le vin pur, le soleil levant, un repas frugal, les pays chauds, une mod tragique, un suppilire horrible, des regards furieux , une beauté incomparable , un événement merveilleux, une pensée neMYe, un caractère franc, etc. Les oiseaux rapaces ont le bec crochu (^), Les Alpes off'roit des solitudes pittoresques (Ac). Qui peut être assez mécliant pour se moquer d'un lunnme malheureux? (Berquin), Dans les pays chauds les animaux terrestres sont plus grands et plus fo)is que dans les pays froids ou tempérés (Buff.), Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée (La Rocli.), En pareil cas. il peut j avoir inversion, mais l'accent principal reste sur l'adjectif dont la signification gagne en énergie: un horrible supplice, sa tragique destinée^ /'incomparable beauté., etc.

b) La place de l'adjectit dépend souvent aussi de sa forme, et l'euphonie assigne volontiers la seconde place à l'adjectif lorsqu'il est d'une certaine étendue soit par lui-même, soit par

(1) K Les adjectifs qui ne font que répéter d'une manière plus énergique, plus animée, ridée exprimée par le substantif, doivent s'y rattacher plus intimement que ceux qui y ajoutent mie idée nouvelle. » Ainsi « il y a un grand nombre d'expressions dans lesquelles l'usage fait précéder l'adjectif à cause de l'alliance étroite, de la fusion intime des deux idées : un jeune homme, une fausse clé. » Et o en écoutant avec attention, on trouvera que la voix passe plus vite de l'adjectif au substantif, ijuand on dit un glorieux souvenir, qu'elle ne passe du substantif à l'adjectif, lorsqu'on dit un souvenir glorieux. S'il pouvait y avoir un doute sur cette remarque, on n'aurait qu'à comparer la prononciation familière de froid extrême, qui ne fait pas sonner le d. à la prononciation du profond abime où le d se fait entendre. Un savant aveugle (subst. adj.) ne se prononce pas comme un savant aveugle (adj. subst.). » (Weil, p. 55).

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ses compléments. Mais, comme le mot accentué admet l'inversion et que le sentiment du rythme ne peut donner de rèj^le déterminée, il est clair que la place de l'attribut reste toujours très arbitraire; on dit, par exemple, aussi bien une émotion douce i{Vi' une douce émotion.

Voici quelques règles plus ou moins strictes qui fixent la place que peut occuper l'adjectif attributif.

1° L'adjectif se place avant le substantif lorsque ce dernier est un nom' propre, parce que Uadjectif en pareil cas est une épitliète de caractère ou épitliète générale et non pas un attribut déterminatif : Je divin Platon. Je sage Mentor, Théroïque WinkeJried, Je grand Frédérie; on peut lui donner la seconde place quand on veut insister sur le nom ou le distinguer de ses homonymes : Frédéric le Grand.

2" Les adjectifs qui expriment une qualité physique., comme la forme, la couleur, le goût, ou des rapports extérieurs et des états corporels, se placent ordinairement après \% substantif: une tahle ronde, un haJ)it noir, du Jait chaud, un terrain sec, 7/;^ Jit dur, Ja (juerre civile, une langue moderne, une femme malade, un homme aveugle, etc. Sont exceptés quelques adjectifs de petite dimension qui précèdent le substantif: grand, petit, vaste, haut, long, gros, beau. Joli, vilain, jeune, vieux, etc.

3° L'adjectif attribuant au substantif une qualité morale suit la règle générale et se place, selon les cas, avant ou après le substantif: uii ami véritable, un véritaible auii ; un liomme savant, un savant homme; un orateur éloquent, un éloquent orateur, etc. Il n'y a d'exception que pour quelques adjectifs qui se placent presque toujours avant le substantif: bon, meilleur, mauvais, pire, cher, sot, fol, digne, etc.

4" Les participes et en général tous les adjectifs dérivés au moyen de suffixes se placent ordinairement après le substantif: un spectacle effrayant, u)ie bataille -perdvLe., un mot expressif, une action admirable, une réponse brutale, la poésie lyrique, un terrain fangeux, un homme sensé, un enfant tètn, l'empire romain, la mdion française, etc.

5" On met encore après le substantif tous les adjectifs suivis d'un complément : une femme agréable à tout le monde, un enfant enclin au mensonge.

c) Un grand nombre d'adjectifs sont déterminés dans leur signification même par la place qu'ils occupent. Pris au sens propre, ils se placent après le substantif; pris au sens figuré, on les met en tète : un habit noir et un noir chagrin; une couleur pâle, la pâle mort; un homme aveugle, u)i aveugle désir;

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une lumière brillante, une hrillante action, etc. D'où vient le noir chagrin c/u'on lit sur son r i sa tje? (Boil.) C'est ainsi que l'on disting"iie un auteur pauvre (indigent) et un pauvre auteur (sans mérite) ; un homme grand et un grand homme. Pour d'autres adjectifs, le motif de la différence de sens qui résulte de la différence de place , n'est pas aussi clair : un homme brave et u)) brave homme; uue chose certaine, une certaine chose; u)i homiiif galant, un galant homme; un homme honnête, u)i honnête homme; un habit "propre, mon "propre habit ; un homme seul, un seul Dieu, etc.

d) Deux adjectifs joints par et se placent, selon les règles précédentes, tant(3t avant, tantôt après le substantif: unehellQ et vaste forêt, un discours sec et froid. Quand il n'y a pas coordination, les adjectifs peuvent aussi être réunis, mais sans conjonction, soit avant, soit après le substantif: un joli petit jardin, des cheveux noirs fort longs ; mais le plus souvent le substantif prend une place intermédiaire: de longs cheveux noirs. Il était vêtu d'une longue et large rolw rouge (Vigny). Sur le penchant de quelque agréable colline bien ombragée, j'aurais une petite maison rustique (J.-J. R.).

Adicle III. — De l'inversion.

1. Nous appelons inversion toute disposition de mots qui s'écarte de l'ordre ordinaire. Comme chaque langue a sa construction usuelle qui lui est propre, il s'ensuit que ce qui est une inversion dans une langue peut être une construction très commune et la seule usitée dans une autre. Cette figure est surtout fréquente eu poésie et dans le style élevé.

2. L'inversion du sujet a pour but de mettre en évidence le sujet lui-même, mais plus souvent le prédicat, quand il est exprimé par un adjectif ou que la proposition est optative : Vienneiït ensuite les députés de la Grèce (Lebas). Heureux le prince qui fait sa principcde occupation du siècle à venir (Mass.). Périsse le Trot/en. auteur de nos cdarmes! (Rac).

Il y a une inversion du sujet, plus ou moins rigoureusement prescrite, en vertu de laquelle ce membre de la proposition se place après le verbe dans le cas où ce dernier est précédé d'autres mots ; c'est ce qui a surtout lieu quand la phrase commence par les adverbes ici, là, alors, à peine, aussi, au moins, encore, peut-être, en vain, vainement, à jilus forte raison : Ainsi parla la déesse (Fén.). Ici fleurit jadis une ville opulente (Volney).

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Tel renvoie aussi le sujet à la fin de la phrase : Tel est le caractère de l'avarice (Mass.).

3. La place de VoJijet est d'autant plus fixe qu'il est plus intimement lié au verbe, et l'inversion n'est possible qu'avec le circonstanciel ou le complément précédé d'une préposition. Mais, tandis que le régime indirect ou le complément 7>roc/i«/«, connue on l'appelle quelquefois, ne peut précéder le verbe qu'en poésie, le complément ^'/o/^»éf ou circonstanciel peut beaucoup plus fecilement chang'er de place, selon les besoins de l'expression : Aux petits des oiseaux Dieu domine la pâture (Rac). Dans les lacs de la chèvre un cerf se trouva pris (La F. I, (>). Sous les rois grecs, rE;/i/pfe fit presque tout le commerce du monde (Mont.). Sur les ailes du temps fa tristesse s'envole (La F.).

Nuit et jour, « tout venant

Je chuiUais, ne vous déplaise (La F. I, 1).

4. L'inversion du compÂément attrihutif, qui n'est généralement pas permise en prose, est au contraire très fréquente en poésie; et l'on peut dire que cette inversion est souvent le seul trait qui dilférencie le vers de la prose : Varhre est de nos jardins le plus hel ornement (Del.).

Du temple, orné partout de festons marjui/hjues.

Le peuple saint en foule inondait les portiques iRac).

Cependant il faut avoir soin que cette transposition ne rapproche pas immédiatement deux substantifs, comme dans ce vers de Eacan : Elle prit de ses jours le printemps ^;o?o- Vautomne. L'inversion répugne quand elle amène le concours des deux prépositions de et à. Ainsi on dira très bien : Je n'ai pu de mon fils envisager la mort; mais l'on aura tort de dire: Je n\ii pu de mon fils consentir à la mort (Volt.).

5. Si un m//«Y//' f/f/z-Z/^/^f// qui se place régulièrement après le substantif lui est préposé, cette place exceptionnelle constitue une inversion qui a pour but de mettre l'adjectif en évidence (§ 251)). Cette inversion est surtout fréquente avec le participe présent: un teint d'une blancheur éclatante, /'éclatante blancheur de so)i teint. C'est un es2))'it téméraire. Loin d'ici, téméraire enfaid (Fén.).

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