‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 361 sur 427 · La conjonction et sert à unir · texte numérisé non relu

La conjonction et sert à unir

a) Deux propositions afïiiinatives : Il cherche son âne et il est dessus (Prov.).

h) Deux propositions dont l'une est affirmative et Tautre négative : Je plie et ne romps pas (La F. I, 22).

(?) Deux propositions négatives dont chacune a un sens qui lui est propre : Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés.

S'il y a plus de deux propositions coordonnées, et ne se met ordinairement que devant la dernière : Le 'prodigue déjeune avec l'abondance, dîne avec la pauvreté et soupe avec la misère. Quand il y a contraction, si l'énumération n'est pas complète, on omet souvent la conjonction : La France exporte des vihs^ des soieries, des tissus de coton, des draps, des articles de Paris; mais on se sert aussi de la locution latine et cœtera (et le reste), que l'on écrit ordinairement, par abré\aation, etc. : Il ij a, dans son laboratoire, toutes sortes d'ustensiles: des fourneaux, des cornues, des creusets, etc.

Quelquefois, on répète et pour donner plus de poids^ plus d'énergie à une émimération; cette répétition a surtout lieu en poésie : Et les richesses et la gloire s^ évanouissent.

Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un œuf, Envieuse, s'étend, et s'en/le, et ><e travaille

Pour égaler l'animal en grosseur (La F. I, 3). Et le riche et le pauvre, et le faible et le fort Vont tous également de la vie à la mort (Volt.).

Et peut unir deux faits dont l'un est la conséquence de Tautre : Il avala chi poison et il en mourut.

Et peut précéder d'autres conjonctions causatives et adversatives : C'est votre père, et par conséquent vous lui devez le respect. Il est ludjile et pourtant il a fait une grande faute.

Quelquefois même et, qui est la conjonction coordinative par excellence, remplace une autre conjonction de coordination, surtout une conjonction adversative : La lecture des romans échauffe la tête et (mais) glace le cœur. Particulièrement pour marquer une différence : Entre les tropiques les jours so)it brûlants et les nuits sont froides. Il faut manger pour vivre, qX non pas vivre pour manger (]\Iol.). Ils usent leurs soidiers, et conservent leur âne (La F. III. 1). On cherche les rieurs; et moi je les évite (Id. VIII, 8), Il connaît Vunivers, et ne se connaît pas (Id. VIII. 2G). Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes (Id. I, 7).

3. La conjonction ni a un sens négatif et sert à lier deux propositions négatives, quand il y a contraction: H ne boit ni

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eau ni vin. Il ne boit ni ne mange. Je ne veux, ni ne dois, ni ne peux obéir.

Les propositions liées par ni peuvent être des propositions subordonnées qui dépendent du même verbe employé négativement ou renfermant une idée négative : Je ne crois pas qu'il vienne^ ni même qu'il pense à venir (Ag.). J'aijmne à croire qu'ils traduisent ni impriment mon livre (J.-J. R.).

La règle est : P de répéter ni quand il n'y a qu'un verbe, le sujet, l'objet ou le prédicat (adjectif) étant complexes (§ 162). Ni Vor ni la grcmdeur ne nous rendent heureux (La F.). Elle n'est ni laide ni belle. Elle n'a ni parents, ni support, ni richesses (Mol.). Le jeu est un gouffre qui n'a mfo)ul ni rivage; — 2" Mais, quand il y a plusieurs verbes qui se suivent, le premier n'est point précédé de ni: Jamais pécheur ne demanda un pardon plus humble, ni ne s'en crut plus indigne (Boss.). L'enfant ne doit écouter que les mots qu'il peut entendre, ni dire que ceux qu'il peut articuler (J.-J. E.).

Toutefois cette règle n'est pas absolue, ainsi que le montrent les exemples suivants : l** Il ne boit point d'eau ni de vin. Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder fixement (La Roch.). Comme vous êtes roi, vous ne considérez Qui ni quoi(LsL F. V, 18). Ils n'avaient tapis ni housse. Mais tous fort bon. appétit (La F. V, 7). Je n'aime pas la guerre et ses funestes ravages, ni l'ambition et ses prétentions injustes. La boussole n'a point été trouvée par un marin, ni le microscope par un physicien, ni l'imprimerie par un homme de lettres, ni la poudre à canon par un militaire (L. Rac). Cet emploi de ni non répété a surtout lieu avec des noms propres ou des noms communs sans article : Je ne connais Priam, Hélène, ni Paris (Rac). — 2° Un sot ni n'entre, ni ne sort, ni ne s'assied, ni ne se lève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes comme un homme d'esprit (La Br.).

Quand ni est répété, on omet 2)as o\\ point. On ne dit pas : Il ne faut pas être ni prodigue ni avare, mais bien: Il ne faut être ni prodigue ni avare. Toutefois les meilleurs écrivains se sont affranchis de cette règle : Cela n'est pas caixtble ni de convaincre mon esprit, ni d'ébranler mon âme (Mol.). Celui qui n'a jamais réfléchi ne peut pas être ni clément, ni juste, ni pitoyable (J.-J. R.).

Ni ne doit pas précéder sans, qui est négatif. Ainsi ne dites pas: On ne gagne rien sans peine ni sans fro rai/; dites : sans peine ni travail. Cependant il était permis autrefois de construii^e ni^ avec sans: Mon équipage est venu jusqu'ici sans aucun malheur, ni sans aucune incommodité (Sév.). — Xi peut être suivi du

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partitif de pour da : Elle ne peut causer ni d' enflure ni d'enfoncement (Pasc),

Il faut encore remarquer que, si deux membres coordonnés se trouvent réunis dans une phrase négative, on peut les lier par ni ou par et. En employant w/, on nie chacun des membres en particulier: Il ne boit point d'eau ni de vin; en employant et^ on les additionne pour ainsi dire et Ton fait rapporter la négation au tout qui en résulte : Il ne boit point d'eau et de vin (Bon.). Le sénat et le peuple romains n'oublient jamais ni les services ni les injures (Vertot).

4. On envisage comme phrases d'addition les propositions qui sont unies par les conjonctions ordinatives: d'abord, pu is^ ensuite, enfin, ou distributives : tantôt . . . tantôt, partie . . . partie : D'abord elle entra dans sa peine, puis elle le calma, enfin die lui fit ente/tulre ce qui pouvait excuser ce malheureux (Fén.\ Uenfant met pied à terre, et puis h- vieillard monte (La F. III. 1). D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien (Id. XII, 9). Cette somme fut aussitôt employée, partie en charités^ partie à acquitter des dettes (Rac). Elle lui donnait tantôt des éloges, tantôt des conseils (Volt.).

Va avorton de mouche en cent lieux le harcelle ; Tantôt pique l'échiné, et tantôt le museau. Tantôt entre au fond du naseau (Id. II, 9).

C est-à-dire et savoir (= c'est à savoir) sont également des expressions copulatives : Comptez sur vous ou chassez-moi. c'està-dire ôtez-moi la vie (J.-J. R.). Il y a trois choses à consulter^ savoir : le juste, l'honnête et le vrai (Mann.).

B. Phrase d'extension.

1. 'L'extension ou l'augmentation se marque par emphase au moj^en de l'expression non seulement . . . mcds (encore, aussi). Non seulement se met en tête de la plu'ase lorsque les deux coordonnées sont complètes, et après le verbe s'il y a contraction: Non seulement // n'est pas savant, mais il est très ignorant (Ac). Un chrétien doit aimer non seulement ses <onis, mais même ses ennemis (Ac). Ces pères de F Eglise furent non seulement des professeurs éloquents, mais encore des hommes politiques (Chat.).

2. L'extension se marque plus simplement par d'autres conjonctions augmentatives, comme aussi, négativement non plus (§ 251), de jjlus, même, encore, en outre, cfailleurs, au reste, du reste : Les Egyptiens ont été les premiers à observer le cours des astres ; ils ont aussi les premiers réglé l'année (Boss.). Vous ne le

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