PHRASE CAUSATIVE OU CAUSALE
(Rac). L'aîné est assidu à son travail; le cadet, au contraire, ne fait que s\imuser. L'avare jouit en imagination : il pâtit en réalité. Nous faisons cas du beau, nous méprisons Vutile (La F. VI, 9). Lhm est vaillant, mais prompt; Vautre est prudent, mais froid (là. VIII, 25).
L'homme est de glace aux vérités,
Il est de feu pour 1rs mensonges (Id. IX, 6).
Les gens sans bruit sont dangereux:
Il n'en e^t pas ainsi des autres (Id. YIII, 23).
Article V. — Phrase causative ou causale.
La phrase causale est formée de deux propositions, dont la seconde donne la raison ou tire la conclusion de la première.
A. Phrase de raison.
1, La raison ou le //^ofZ/'d'un jugement énoncé s'exprime par la conjonction causative car. qui ne permet jamais la contraction : Il ne faut pas écouter les flatteurs, car ils nous trompent. Je te rebats ce mot; car il vaut tout un livre (La F. VIII, 27). Je pourrais décider, car ce droit m^ appartient (Id. X, 2). L'alouette eut raison; car p)ersonne ne vint (Id. IV, 22). C est, dit-il, un cadavre; ôtons-nous, car il sent (Id. V, 20).
Il ne se faut jamais moquer des misérables: Car gui peut s'assurer d'être toujours heureux ? (Id. V. 17). Je le crois fort sympathisant Avec messieurs les rats : car il a des oreille£ En figure aux nôtres pareilles (Id. VI, 5).
2. On supprime assez volontiers la conjonction causative car, parce que le rapport logique de la phrase ressort de la liaison même des propositions ; en pareil cas, on sépare ordinairement les propositions par deux points au lieu du pointvirgule : Le jour du jugement viendra bientôt : les ânes parlent Icdin (Prov.). Vous êtes trop craintif : un rien vous met aux champs. Vous ne me trompez pas : je vois tous vos détours (Eac). Laissez dire les sots: le savoir a son prix (La F. VIII, 19).
Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'agneau: je tette encore ma mère (La F. I, 10).
Il fût devenu fou : la raison d'ordinaire
N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés (Id. YIII. 10). Apaisez le lion: seul il passe en puissance Ce monde d'alliés vivant sur notre bien (Id. XI, 1).
590 dp: la subordination en général §§ 272, 273
B. Phrase de conclusion.
1. La conclusion, c'est-à-dire la conséquence que l'on déduit du fait avancé dans la première proposition d'une phrase causale, s'exprime par les conjonctions (iii^&conclusives : donc, par conséquent^ ainsi, or : Les flatteurs nous trompent; il ne faut donc pas les écouter. Jep)ense, donc Dieu existe (La Br.). Tu vis, donc tu, souffres (Chd,t.). Je fuis ; ainsi le veut la foHune ennemie(Ra.c.). L'expression c'est ou c'est pourquoi, voilà pourquoi s'emploie aussi comme conjonction conclusive : Vous étiez absent, voilà pourquoi Von vous a oublié.
Comment? des animaux qui tremblent devant moi! Je suis donc un foudre de guerre (La F. II, 14 1.
La contraction est très rare : Il est envieux^ donc sot.
a) Donc sert souvent à marquer une sorte d'étonnement, la surprise que l'on éprouve d'une cliose à laquelle on ne s'attendait point : Et je nai donc vaincu quepour dépendre d'elle! (Rac). Il sert aussi à rendre plus pressante une demande, une injonction : Répondez donc. On l'emploie encore ironiquement : Laissez-moi donc tranquille.
bj Or (§ 13i) s'em|)loie à la tète dune proposition qui, jointe à une autre de plusgrande étendue quant au sens, sert à motiver une conclusion : Le sage est heureux; or Sacrale est sage; donc Socrate est heureux (Ac). Or sert aussi à lier un discours à un autre; en ce sens on le joint souvent à donc: Or donc, je vous le dis, cela n'est pas. Or s'emploie encore familièrement pour inviter, excitei' à quelque chose: Or ça, sire Grégoire, Que gagnez-vous par an (La F. VIII, 3).
cj Partant, comme conjonction conclusive, ne s'emploie plus guère aujourd'hui: Plus d'amour, partant plus de joie (La F. VII, i).
2. La phrase de conclusion est l'inverse de la phi'asede raison, et peut, comme elle, s'exprimer sans conjonction: Les flatteurs vous trompent : ne les écoutez j)as. Son père est mort : que peut-il faire? (La F. XI, 1). Z^n gland tombe: le nez du donneur en pâtit (Id. IX, 4). Il aime, il croira (Dumas).