PERMUTATION DES LETTRES
1" Ou a VU plus haut que les sons analogues seuls peuvent se permuter entre eux. Mais lorsque les consonnes sont mises en contact et qu'elles sont dissemblables^ c'est-à-dire qu'elles appartiennent à des ordres différents, la langue les assimile pour en faciliter la prononciation. Par Vassimllafion, le rapport des sons cesse d'être indifférent et devient identique, c'est-àdire que le premier son devient semblable au second ou le second au premier; mais, dans l'un et l'autre cas, de deux consonnes dissemblables naît une consonne double.
L'assimilation a joué un grand rôle dans la formation des langues romanes, particulièrement à cause de l'élision des voyelles atones, qui a mis en présence, dans une foule de mots, des consonnes incompatibles. Elle se produit de deux manières :
aa) Le plus souvent, c'est la seconde des deux consonnes qui transforme la première, comme en latin colligere pour cumleyere. En français, les lettres qui s'assimilent le plus facilement la consonne précédente sont les liquides r, l, n, la sifflante .s et la muette #; ainsi ^/' s'adoucit en >•>• dans /rrtro^/e/// larron, d en tt dans lutta ri lutter.
bh) Plus rarement, c'est la seconde consonne qu'on assimile à la première : angiisiia angoisse, hominem hom'wem, homme.
Il y a une assimilation iucomplHe qui ramène au même degré les consonnes de degrés différent^, en sorte (lue la forte s'accommode à la forte, la douce à la douce. Ainsi, par exemple, en latin, scrijitHm pour scriUiim-, où la labiale douce 6 est devenue // à cause de la forte ;', et, en français, priMtemps de primtemps (primum tempus), où la labiale m s'est transformée en linguale i> à cause de la linguale /.
Un autre phénomène corrélatif de l'assimilation et qui lui aussi a pour cause le besoin de commodité dans la prononciation, c'est la dissimilatioti, qui consiste à rendre différentes deux lettres qui étaient primitivement identiques. Si un mot latin renferme deux ou plusieurs r, fragrare, par ex., le français adoucira l'un d'eux en l et ûh-d flairer et non çsisfrairer; de même, s'il y a deux l, le français changera l'un d'eux en r, et du latin luscimola il ne gardera pas lossignol, mais rossignol; de même encore, s'il y a deux //, l'un se changera en m, et veniiienx deviendra Deiiimeuor.
2' La consonne, quand elle est isolée, ne peut pas se résoudre en voyelle. Mais cette permutation n'est pas rare quand il y a contact de consonnes, et elle s'explique facilement lorsque la consonne est une liquide ou l'une des spirantes j et r^ qui ont
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tant d'affinité avec les voyelles correspouclautes; ainsi l devient H dans ma\va ma?/ve; h devient h en passant par c dans tabula taVla ta^^le tôle ; c devient / en passant par J dans factus fait (v. § 38). Cette résolution d'une consonne en voyelle est appelée rocalisafion.
Une autre espèce de vocalisation est celle qui se produit par les consonnes n et )ii terminant la syllabe : ces lettres perdent lem- son propre, mais rendent nasale la voyelle précédente; c'est ce qu'on appelle nasalisation (§ 16).
La consonuillcatioii et la vocalisation sont des phénomènes corrélatil's. Le mot eau, de aqua, otlVe un exemple de ce double procédé phonétique : h aqua, devenu aqva par la consonnitication de u, se réduit à ève (d"où évier), par la chute du q et radoucissement de a en e, puis, par la diphtongaison de e en^a, donne eai'e, iave, ieve; 2" t;«i'é, en vocalisant t; en m, donne à son tour la foi-me eaae, qui devient eau dès le XVI'' siècle. De aqua est dérivée une autre fui'iae, aiguë, qui ne sest conservée (juc d;uis les noms propres et dans un cer.fain nombre de dérivi's, comme aiguière Q).
3° Les consonnes se déplacent, soit pour précéder la voyelle : furho t>-ombe, soit pour la suivre : pro pou/-. Ce sont d'ailleurs les liquides r et / qui se transposent le plus volontiers par l'attraction d'une muette ou spirante précédente, par ex. r dans herbicem brebis (le r garde sa place originelle dans berger); l dans singnlfare sang^ter. Il y a déplacement de n dans sta- (/num éta>^g'. Dans haleine, nom verbal du v. IV. alenev (respirer) pour aneler, du 1. ajihelaye, il y a eu échange de place entre les deux liquides n et l, initiales des deux syllabes contiguës.
C'est à la transposition des consonnes qu'on applique plus particulièrement le nom de méfathèse.