II. Elision
1. h'élision des lettres est de tous les procédés celui (jui va le plus sûrement à ce but que le français semble avoir poursuivi partout et toujours, la simplification. Cette élision a pour cause : 1'' le besoin d'euphonie, par exemple lorsipie de deux consonnes voisines et incompatibles l'une est chassée par l'autre, comme le p par le t dans route de rupta* ; 2Tinflueuce exercée par l'accent tonique, la voyelle accentuée étant prédominante et finissant par assourdir les lettres voisines, qui peu à peu s'effacent et disparaissent.
(V l'G romand (c'est ainsi que s'appelle le dialecte IVancD-i-omau parlé dans la Suisse française) a une t'oi-me ivuc, qui dérive également de aqua. U y a dans la Suisse romande trois villages dont le nom est tiré de ni(ira aqua ; ce sont Neirivue (Gruyère), Neb-irjue (Glane) et Noirai(jue (Val de Tiavers).
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L'élision s'appelle aphérèse, syncope ou apocope, suivant qu'elle a lieu au commencement, au milieu ou à la fin des mots.
2. Des divers phénomènes de suppression, Vaphérèse est le plus rare en français.
a) L'aphérèse des voyelles n'a guère lieu que lorsque ces voyelles forment à elles seules la syllabe initiale : -àirnlheca boutique, ahladum* blé, oryza riz, miicornis licorne.
b) La chute des consonnes (à l'exception de h) n'atteint presque jamais l'initiale, qui est d'une grande solidité : jytisana tisane, spasmare* pâmer, ^lirem loir, homo on, /^abere avoir, etc.
c) La première syllabe disparaît quelquefois, mais seulement si t. elle est atone : \iemicra?mmi migraine, iUorum leur, illum illam illos le la les, ecce-isle cest* cet, ecce-hoc ico* ce, ecce-hic ci, ecce-Juw ça ; et dans les noms propres : Achiaticum Douai, etc.
Dans certains mots, Tapliérèse n'est qu'apparente et s'explique par une syncope suivie de contraction : oncle d'avunculiis (a'unculus, d'où auncle et oncle], âge de œtaticum faeaticumj édage* eage* âge.
3. La syncope est fréquente en français et atteint les voyelles comme les consonnes placées entre la syllabe initiale et la voyelle tonique.
a) La voyelle appartenant à une syllabe médiale tombe régulièrement : 1" lorsqu'elle suit la tonique : câlsiniHs chaume, tabula table (v. § 2G) ; 2° lorsque cette voyelle précède immédiatement la tonique, qu'elle n'est pas un a et qu'elle n'est pas précédée d'un groupe de consonnes demandant une voyelle d'appui ; llbernre livrer, dornàtôrium dortoir (v. § 27).
b) La syncope de la consonne a lieu : 1" pour les nmettes c, y, t, d, b et la spirante v, quand elles sont isolées, c'est-à-dire placées entre deux voyelles et qu'elles ne sont pas protégées par une autre consonne qui prédède : jocarl jouer, negare nier, sfdutare saluer, oheûire obéir, vihurnnw viorne, pa^onem paon (v. §§ 31-35); 2° pour les muettes et les spirantes v et s, quand elles forment la première lettre d'un groupe de deux consonnes : dic(e)re dire, jud(i)care juger, cub(i)tus coude, nav(i)yare nager, ((s(i)nus âne, ou la première ou seconde lettre d'un groupe de trois consonnes : lacr(i)nta larme, dorm(i)torkmi dortoir (v. § 38).
11 ne faut pas confondi'e la syn('0))e des consonnes avec l'assimilation : on reconnaît c(;tte dernière au redoublement de la consonne ou gémination qui )«;n<l brève la voyelle précédente; toutelois ce n'est guère qu'en italien que ce redoublement a, lieu d'une manière régulière : donna de dom[i)na, sette de septern. Quant à la syncope, son signe caractéristique est le redoublement de la voyelle, qui devient longue ou se dipbtongue : it. nëro, de 7iigrum, fr. noir.