Outre que, avec Vindicatif
III. Proposition conditionnelle sous la forme d'une principale.
2. La proposition conditionnelle amenée par si exprime soit la condition réelle, qui implique possibilité, soit la condition supposée ou supposition, qui fait abstraction de cette idée ; mais, dans l'un comme dans l'autre cas, le verbe est à l'indicatif avec cette différence toutefois que, pour la condition on emploie les
présents, et pour la supposition les prétérits, le passé servant à indiquer que la condition n'est pas réelle, qu'il s'agit d'une simple hypothèse ; on admet de plus une différence de temps entre la subordonnée, qui pose un fait comme possible ou simplement hypothétique, et la principale, qui exprime la conséquence de ce fait; et, dans la phrase proprement conditionnelle, le verbe de la subordonnée est au présent et celui de la principale au futur, tandis que. dans la phrase de supposition, on emploie dans la principale le conditionnel (présent ou parfait), qui est un futur par rapport au passé, et on lui donne comme temps correspondant dans la subordonnée Vimparfait (ou le plus-que-parfait), qui est un présent dans le passé (§ 205).
Présent. Futur.
Condition : S'il fait beau temps (demain), je partirai
Supposition: S'il îaisait beau temps (maintenant, demain), 7e partirais » S'il &?«iit fait beau temps (hier), je loraip parti.
3. Lorsque si marque la condition, la phrase est plus particulièrement appelée condiUonneUe. On emploie Vindicatif dans la principale comme dans la subordonnée ; mais, lors même que le verbe exprime en général une action future dans l'une et l'autre proposition, le verbe de la subordonnée se met au présent, et celui de la principale au futur : Vous verrez beau jeu, si la corde
654 PEOPOSITION CONDITIONNELLE § 306
se rompt. Si je le rencontre, on verra du carnage (Mol,). Jamais^ s'il me veut croire, il ne se fera peindre (La F. I, 7).
L'action peut être exprimée comme présente ou passée, et alors on emploie le présent dans la principale, et le présent ou le parfait dans la subordonnée : S'/7 a quelque besoin, tout le corps s^en ressent (La F. III, 2). Si tu veux qu'on f épargne, épargne aussi les autres (La F. VI, 15). Et si vient la 2)luie, croyez-vous que je perde mon temps? (Topffer). Si tu as fait du^ mal, il faut le réparer. 'Pa,rdonnez-moi, grands dieux, si je me suis trompé (Corn.).'
Si permet la contraction : Si l'ous venez demain, vous me trouverez encore; si après demain, je serai déjà parti. Si /'on considère son ouvrage ouvertement, après Vavoir fait, Ofi en est encore tout prévenu ; si trop longtemps après, on n'y entre plus (Pasc ). C'est à cette construction qu'il faut rapporter la locution sinon (dans l'ancienne langue si non opposé à si oui) employée à la place de la conjonction adversative ou, mais qui doit être considérée comme une conjonction conditionnelle : Obéissez, sinon (= si vous n'obéissez pas) vous serez puni, c'est-à-dire: Obéissez, où vous serez puni. On met quelquefois ou devant sinon : Obéis à V instant, ou sinon tu seras puni. Si non est encore usité, surtout pour exprimer une concession: Arrière vous! si non le bras, j'ai Vâme (Hugo).
La proposition adverbiale amenée par si n'exprime pas toujours la condition ; elle peut aussi marquer un fait positif qui est présenté comme une circonstance de temps ou de cause, ou qui est mis en opposition au fait énoncé dans la principale ; dans ce cas, si peut être suivi du passé (imparfait, prétérit) : Si (= quand) j> sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres (Mont.). La puissance des Huns était une puissance exterminatrice, s'il en fut jamais (Ac). Si (= parce que) cet homme est pauvre, est-ce une raison pour le mépriser? Si l'un est vieux et faible, Vautre est jeune et fort (Ac). Si /'ai vécu, ce ne fut qu'un moment (Parny).
Si quelque chat faisait du bruit
Le chat prenait l'argent (La F. VIII, 2).
1) Si se construit avec que: Que si ce lou ''ait inl, eu se4'"i la mâchoire (La F. VIII, 17), — avec ou, ou bien: Aver i'i> i •: oubi </ '.: nous parlez à moi (§238), Ou si vous présumiez être déj>) moa '■>'■ ' ,i-,i ). On leiirorce si par tant est que: Sa mère en -mourra d donle.<r A tant est qu'eue en meure (Sév.).
2) Quand la proposition conditionnelle est négative, on emploie gouvent ne sans complément, surtout lorsque si exprime un© réserve dans le sens de à moins que: Toute confiance est dangereuse, si elle n'est sincère (La Br.). Nul empire n'est sûr, s'il n'a l'amour pour base. Il viendra à bout de cette entreprise, si de nouveaux obstacles ne s'ij opposent.
3) Si peut encore exprimer une concession réelle ou supposée (v. § 307).
4. Lorsque s/ exprime la supposition, la phrase est dite hypothétique OU phrase de supposition. Elle est aussi à Vindicatif : on emploie dans la principale le conddionnel présent ou parfait, et dans la subordonnée V imparfait pour exprimer uw. présent o\i un futur, et le jjIus-que-^Mrfait pour marquer mi passé : S'il faisait beau /(^>;?^js (maintenant, demain). J'irais me promener. S' d avait fait beau temps, Je serais allé me promener. Si le ciel tombait, il y aurait bien des alouettes prises (Prov.). Nous désirerions peu de chose avec ardeur, si nous connaissions parfaitement ce que nous désiro?is (La Rocli.). Comment /'aurais-Je fait si je w'étais pas né? (La F. I, 10). Nous /'estimerions plus, s'il était ignorant (Id. VIII, 26).
Si Peau-d'àne /n'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême (Id. "VIII, 4).
Quand la phrase de supposition est sous la dépendance d'un verbe qui rég-it le subjonctif, on remplace le conditionnel par les prétérits de ce dernier mode (§ 277) : Je ne crois p>as que vous fussiez mécontent, si cela arrivait (Je crois que vous seriez mécontent, si cela arrivait). La proposition conditionnelle peut ne pas être exprimée : On craint qu'il ;i'essuyàt les larmes de sa mère (Rac).
Au lieu du conditionnel passé ou du plus-que-parfait de l'indicatif, on peut aussi employer le plus-que-p)arfait du subjonctif: Il eût réussi, s'd eût été plus habile (= Il aurait réussi, s'il avait été plus habile). Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé (Pasc). Il est vrai, s'il ?/^'eût cru, qu'U n'eixi point fait de vers (Boil.). Si vous fussiez tombé, l'on s'en fût pris à moi (La F. V, 11). Sage, s'// eût remis une légère offense (Id. IV, 13). Une main si habde eût sauvé l'Etat, si l'Etat eût pu être sauvé (Boss.). 5/ J'eusse été surpris, quels traitements cruels u'eussé-je pas essuyés! (J.-J. R.). Si les Titans avaient chassé du ciel Ju.piter, les poètes eussent chanté les Titans (Volt.). — La subordonnée peut être ellipsée (§ 208) : Les Scythes, demi-sauvages, attaquéspar Darius, emportèrent les restes de leurs morts, que l'ennemi eût profanés. CJuirles XII avait conservé cette timidité qu'on appelle mauvaise honte : il eût été embarrassé dans une conversation (Volt.). Il avait une armée de vingt mille hommes, qui se fût battue d'abord, et il ne prit aucune résolution (Chat.).
1) Vimparfait de l'indicatif remplace quelquefois le conditionnel passé ou le plus-que-parfait du subjonctif de la principale (§198). Cette construction se présente aussi, mais très rarement, dans la suijordonnée : Si j'avais dit un mot, on vous donnait (= aurait donné) la worf (Volt.), y'étais bien étonné s'il m'oubliait (Mol.).
2) Quand si est construit avec le conditionnel, la proposition a la valeur d'une principale par rappoit à une autre accessoire sous-entendue : Si vous auriez de la répuqnanoi à me voir votre belle-mère, je n'en aurais pas moins sans doute à vous voir mon beau-fils (Mol.).
Frappe. Ou si lu tne crois indiqne de tes coups, Si la haine m'envie un supplice si doux. Ou, si d'un sang trop vil la main serait trempée, Au défaut de Ion bras, prête-moi ton épée (Rac).
5. Il y a un certain nombre de conjonctions composées dont les unes expriment la condUion ou la supposition, tandis que les autres sont restrictives et marquent une réserce, une eaxeption ou même une exclusion.
6. Les expressions conjonctives posé que, siqyposé que., au cas que., pour peit que, expriment la couditlou ou la supposition et demandent toutes le subjonctif : Posé que cehi fût, que feriezvous? (Ac). Supposé que vous trouviez r> propos de les présenter, prenez la peine d'i/ mettre votre cachet (Boil.)- Les rats se décorent rufrc eux, pour peu que la faim les presse. En cas que rom persistiez, il faudra que j'allcyue au prince et au roi même votre mauvaise santé (Fén.). Je vous écrirai, au cas qu'«7 me dise quelque nouvelle (Sév.).
7 . Les conjonctions suivantes expriment une réserve qu'on fait à une proposition générale :
a) A moins que, hors que, (rare), qui régissent le subjonctif et veulent ne dans la subordonnée : Il n'en fera rien, à moins que vous ne lui parliez (Ac). Car que faire en un gîte, à moins que Von ne songe? (La F. II, 14). Toid propriétaire veut V ordre, la paix, la justice, hors qu'// ne soit fonctionnaire ou pense à le devenir (Courier).
On abrège au moyen de Tinfinitif précédé de à moins (que) de, hors de: Toute puisscoice est faible, à moins que d'être unie (La F. IV, 18). Hors de le battre, il ne pouvait le traiter j)lus mal. A moins que pour à moins que de est vieilli : Le moyen d^en rien croire à moins qu'être insensé (Mol.).
Après une principale négative on remplace quelquefois à moins que par que : Je n''irai point là (à moins) que t(nd ne soit prêt. Je ne sors point d'ici qu'ow ne m'' en citasse (Régn.).
b) Pourvu que, qui se construit avec le subjonctif, à condition que, avec Vi)idicatif ou le subjonctif, et à la charge que, avec l'mdicatif: Pourvu qu'// g consente, je me charge du reste. Je vous donne cet argent, à condition que vous partirez ou que vous partiez demain. Je te pardonne, à la charge que tu mourras (Mol.).
On abrège au moyen de rinflnitif précédé des locutions prépositives : à la condition de, à la charge de : Je vous cède ce terrain . à la condition d'^ bâtir. Je lui ai vendu ma maison^ à la charge de payer mes plus anciens créanciers (Ac).
c) Bien entendu que, avec l' indicatif : Voilà mon opinion^ bien entendu que Je ne Timpose à personne.
8. Les expressions sinon, si ce n'est, excepté, sauf, hors, hormis^ suivis de que, marquent une exception et demandent Vindicatif: Je ne sais rien, sinon qu'/7 a été tué. Je n''ai rien à vous dire, si ce n'est que Je le veux. Le coucou a les instincts de Voiseau, excepté qu'// ne couve pas son œuf. Il lui a fait toutes sortes de inauvais traitements, hors qu'// ne /'a jxts battu (Ac). Le perroquet apprend à répéter nos paroles, hormis qu'/7 n'ij attache pas de sens.
Cette espèce de proposition permet la contraction : Pour être heureux, que faut-il, sinon (qu'il faut) de ne rien désiî'er? (Buflf.). Que lui dites-vous, sinon une injure? Qui m'aidera, si ce n'est mes amis? Les Jardi)is parlent peu, si ce n'est da)is mon livre (La F. VIII, 10). Si ce n'est toi, c'est donc ton frère {là. l, 10). Il est propre à tout, excepté (qu'il n'est pas propre) à faire cela (ou à cela). L'égoïste ne veut de bien à personne, sauf à luimême. Le lion n'attaque pas l'homme, sauf lorsqu'il est pressé par la faim. On peut résister à tout, hors à la bienveillance. Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis (Mol.).
Au Ueu de si ce n'était, on peut dire n'était : Ils auraient résisté, n'eût été la crainte de vous déplaire.
Que peut remplacer une conjonction conditionnelle exprimant une exception et dépendant d'une proposition négative ou interrogative-négative dans laquelle entre l'idée générale de jjersonne, rien. Jamais, etc. : Personne ne le sait (excepté) que lui (le sait). Qui les sait que lui seid? (La F.). Eh! qui conticat que vous les beautés et les grâces! (Id.). Bien n'est beau que le vrai (Boil.). M ne dit pas une parole qu'éfi itcdien (Sév.). Ai-Jefait un seul pas que pour te rendre heureux? (Volt.). Les Bomains ne firent Jamais la paix que vainqueurs (Mont.). Les mots jyersonne, rien. Jamais, peuvent être sous-entendus : Je ne crains que Dieu, c'est-à-dire : Je ne crains (personne) (excepté) que (je crains) Dieu. Tout n'est qyie pour lui seul (La F. X, 2). Il n'aime (rien) (excepté) que (il aime) l'argent. Je ne le vois (jamais) (excepté) que (je le vois) rarement.
Il n'y a que lui qui le sache signifie il n'y a personne qui le sache que lui, c'est-à-dire lui seul le sait.
Remarque/ qu'ici la négation simple ne suffit, et qu'en mettant pan on n'ajoute pas une seconde négation ; c'est donc très mal s'exprimer que de dire : Il n'y a
Ayer, Grammaire comparée. 42
pas que lui qui le sache, car cattc construction signifie précisément le contraire de ce qu'on veut lui faire dire aujourd'hui, puisque il n'y a pas que équivaut à il ny a que; à la place de cette construction barbare, il faut dire: Il n'est pas le seul qui le sache. Cependant les écrivains de notre siècle ajoutent volontiers pas k ne . . . que pour nier la restriction: Il n'y a pas ici que des Vénitiens (Hugo). Sans doute la Gaule n'enfantait pas que des chants belliqueux (Tissot). Mais il n'y a pas que les adjectifs qui se chargent ainsi d'accessoires différents selon leur place relativement aux substantifs (Lafaye).
9. Les locutions loin que ou bien loin que et au lieu que marquent Vexdusion et demandent le subjonctif; cependant au lieu que veut Y indicatif quand il a le sens de tandis (jue: U adversité., loin c\}X^eUe soit un mal, est souvent un remède et le contrepoison de la prospérité. Au lieu que V adversité Vexkt aigri, son humeur était devenue plus enjouée et plus égale. Au lieu que veut Vindicatif quand il a le sens de tandis que : Il est fainéant et dissipé., au lieu que (= tandis que) son jeune frère travaille et entretient toute la famille. Au lieu qu'ow nous mange., on nous gruge (La F. 1,21).
On abrège ces propositions au moyen de Vinfitiitif, précédé de loin de, au lieu de: Au lieu de travailler, il s'amuse. Le cerf eut un présent, bien loin d'être puni (La F.),
10. On comprend encore dans les conjonctions conditionnelles la ItjCution outre que, qui marque Vextension et équivaut, pour le sens^ à une conjonction augmentative (§ 264) ; elle demande Vindicidif : Outre qu'i/ est paresseux, il est indocile (= non seulement il est paresseux, mais il est encore indocile). Outre qu'?7 était coupable d''mie émeute, il avait essuyé un véritable échec (Mig-net). Contraction : La Grèce, outre les arts, eut le plus grand de tous, celui de faire V homme (Mich.).
1 1. La condition ou la supposition s'exprime souvent comme
proposition principale :
a) Par Vindicatif, surtout dans la forme interrogative : Il avance, on se retire. Il poursuit, on se dérobe à sa poursuite (Les.). Le cœur est-il oppressé, la vue se trouble (Bern.). Voulons-nous itre ]ieureux'^ évitons les extrêmes (Fontanes).
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même, Je suis Gros-Jean commedevant (La F. VII, 10).
Quand la proposition conditionnelle est négative, on lui donne quelquefois la forme affirmative avec ou que l'on répète dans la princi})ale : Ou je me trompe fort (= Si je ne me trompe), ou vous tt' êtes pas tout à fait dans les mêmes sentiments (Rac).
b) Par V impératif : Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es (Ac). Avoue-le et je te pardonne tout. Soyez secrète ou bien vous êtes morte (La F.),
§ 307 PROPOSITION CONCESSIVE 659
c) Par le subjonctif faisant fonction d'impératif ou exprimant une permission :
1° Avec que : Qu'il fasse le moindre excès, il est malade. Mais que Molière eût traité ce sujet, il Veut dirigé vers un but philosophique (Chamfort).
Qu'on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres (La F.).
2° Sans que : Vienne une maladie, elle se trouvera sans la inoindre ressource. Vienne encore un procès et je suis achevé (Corn.).
12. La condition s'exprime quelquefois par une proposition participe : J'ai fait élever un théâtre sur lequel, Dieu aidant, je ferai représenter une lyièce que fai composée (Les.). En gagnant du temps, on gagne tout. Sérieusement parlant, il y a dans notre petit pays plus de chasseurs que de lièvres. Cette femme croirait déroger, s'occupant du ménage. Il eût cru s'abaisser, servant un médecin (La F. VI^ 7). Les faces des grains de sable, vues au microscope, sont aussi inégales que celles des âpres rochers. Honnête, je la perds ! Friipon, fêtais heureux (= étant fripon, c'est-à-dii'e : si j'avais été fiipon) (Ponsard).
F. Proposition concessive.
I . La proposition concessive, qui tient de très près à la proposition conditionnelle, exprime une circonstance qui, tout en mettant obstacle à une action, ne l'empêche pas d'avoir lieu.
On l'appelle concessive, parce qu'elle indique une raison que l'on admet, que l'on concède, tout en niant la conséquence, qu'on pourrait en tirer: Il n'est pas heureux, quoiqu'il soit riche.
La proposition concessive a la forme d'une proposition subordonnée, et le sens d'une proposition principale adversative (§ 268) : Il est riche, et cependant il n'est pas heureux.
L'obstacle exprimé par la proposition concessive est:
a) Ou réel : Quoiqu'il soit riche (il est riche), // n'est jjas heureux.
h) Ou simplement supposé: Quand même il serait riche
(je suppose qu'il soit riche), // ne serait pas heureux.
l^a proposition concessive a les formes suivantes : I. Concession réelle :
A. Concession affirmative : quoique, bien que, etc., avec le subjonctif.
B. Concession interrogative :