‹ Cours de langue française (volume 3)Chapitre 41 sur 427 · III. Addition de lettres euphoniques · texte numérisé non relu

III. Addition de lettres euphoniques

1. Quand l'addition d'une lettre euphonique a lieu au commencement du mot, on lui donne le nom de j^i'osthèse. La prosthèse la plus fréquente est celle du e. L'org:ane des Français, de même que des Espagnols et des Portugais, répugne à prononcer le .s impur (s impuriwi) initial, c'est-à-dire .s- suivi d'une muette forte (se, st, sp). Pour adoucir ce son, le peuple met un e avant le s, d'où naît esc, est, esp, et, par l'élision du .s-, cV, ??, ép : scribere ^'crire, status c'tat, spina ^'pine.

Il y a prosthèse de h dans quelques mots dérivés du latin,

comme altus /?aut, nhdare uller * //urier, etc., sous l'influence

des formes germaniques correspondantes (^och, Aeulen, etc.).

On ne s'explique pas bien la prosthèse de g dans ranuncida

~ f/renouille, de t dans amita ante * tante.

La prosthèse provient parfois d'un(i confusion, par ex. dans les mots où la lettre ajoutée est le débris d'un article qui a fini par se souder au nom, comme dans hedera hierre * Pierre, aureolus oriol ?oriof.

2. Le plus souvent, c'est à l'intérieur des mots qu'apparaissent les lettres euphoniques : on donne à cette intercalati(m le nom à'épenthèse. On se sert des spirantes pour séparer les voyelles, et des muettes pour séparer les consonnes.

a) Les spirantes euphoniques sont le //, qu'on inscrit entre deux voyelles pour les maintenii" distinctes : tradere traïr * tra/«ir, et les semi-voyelles y et <;, qui servent à annuler l'hiatus : hoteUus boel * bo//au, gra(d)ire * gratir.

k; histoirk ]<e.s voyelles latines § 2i

b) Les muettes que l'on intercale pour éviter le choc de cer- <. taines consonnes sont les linguales : d entre n et r, j)on(e)re ponr/re; et t entre s- et r, essere * es're estre êfre; — la labiale douce h entre m et r ou / : cmn(e)ra chambre, hum(i)lls huniMe. On ne cite que deux exemples de l'intercalation d'une gutturale : // entre n et / dans sjvtiCiOh^éinm/le. de sp'wuJa, et c entre .s et l dans slavus solavus * esr]ave(^). L'épentlièse dépend ainsi de la nature de la première consonne, selon qu'elle est linguale ou labiale, faible ou forte.

On intercale quelquefois dans l'intérieur des mots les liquides n^ iu, r, 1, dont la présence ne saurait s'expliquer par une raison d'euphonie, puisqu'elles se trouvent généralement placées entre une consonne et une voyelle, mais qui paraissent avoir pour objet de rendre le son d'une voyelle ou d'une consonne plus énergique : Interna ]a;?terne, jocuhdor jo^^gleur, locudii la;?gouste, redderc re>?dre; zinziher ginge?«bre; ihesaurus trésor, canmdnis chanvre, finidtf fronde, perdicem perdrix; Incudinem enc/ume.

Dans les mots d'origiiio gennaiiiquo, une voyelle a souvent été intercalée pour i'aciliter la prononciation de deu\ cim^onnes consécutives : canif, de l'anglosaxon cnif.

3. A la fin des mots l'addition de lettres euphoniques s'appelle pavayofje ou épifhèse. Elle est rare en français ; on peut citer le s dans : sans de sine, le d surtout après la nasale n : allemand/ de (d/emawff, romanr/ de romanus; le f dans pavof de /;«jXive)-.

On doit considérer connne paiagogicjne le e que l'on ajoute à une ou plusieui s consonnes finales qui demandent une voyelle d'appui : a7yio aime, quatuor quaf i- quatre, templvin temple.

Arficle II. — Histoire des voyelles latines. § 24

1. En latin, la quantité est soumise à certaines règles en vertu desquelles une syllabe est brève ou longue par natvre ou devient telle par position.

Sont longues par nature toutes les syllabes dans lesquelles se trouve une diphtongue <mi une voyelle simple formée d'une diphtongue : jjJaudo, expludu. Il en est de même des syllabes

(1) Esclave, au dixièiDO siècle sciai'».--, au neuvième silamiK. mot qui signifie proprement slave et ne s'appliquait à l'origine qu'aux prisonniers slaves faits par Charlemagne et qui avaient été réduits en servage. Dès le dixième siècle le mot sclavus prend le s(!ns deserf en gf^néral sans distinction de nationalité (Bractiet d'après Diez).

§ -Ji HISTOIRE DES VOYELLES LATINES 47

qui renferment une voyelle simple formée par contraction : côgo = côàgo.

Une syllabe terminée par une voyelle longue devient brève par yosition^ si la S3ilabe suivante commence par une voyelle : (Uamhido (dé).

Une sj-llabe terminée par une voyelle brève devient longue par position, si la voj'elle brève est suivie de deux ou trois consonnes ou bien de .r, 2 ou./ (^) : pêrdo (de pur), ùrbs^ dilx, pëjor. On doit remarquer qu'une muette suivie d'une liquide ne fait pas position : arbitror, agri.

Quant à la théorie de Y accentuation latine, elle est, à part les exceptions, de la plus grande simplicité. Eu voici la règle essentielle. L'accent latin, dans les mots polysyllabes, ne repose jamais sur la dernière S3ilabe ou tdtièmc. Dans les mots de deux syllabes, il repose donc sur la première. Dans les mots de trois syllabes ou plus, la langue latine recule l'accent tonique jusqu'à la troisième ou antêpénvltihne : ainsi h/mune^ hôminès^hominibus ; il importe peu que la finale soit longue, l'accent garde sa place. Mais si la syllabe pénultième est longue, alors l'accent se déplace et vient se fixer sur cette pénultième : dôlor^ dolwem; l'accent qui est d'abord sur do passe sur lô.

L'accent est circonflexe quand la voyelle d'un monosyllabe ou la voyelle de la pénultième est longue par nature (mais non par position seulement), et que, dans les mots polysyllabes, la dernière est en même temps brève : jûs (jûris), mâtër («), acûtîis ; dans tous les autres cas, l'accent est aigu: dûcem (m), amures (û), amântûr.

2. 1j accent latin persiste en français, c'est-à-dire que l'accent tonique reste en français sur la syllabe qu'il occupait en latin. Or, comme en français, l'accent repose toujours sur la dernière syllabe sonore et qu'en latin il se trouve souvent sur l'antépénultième, l'élision et la contraction des syllabes ont pu seules maintenir l'accent à sa place originelle, comme dans hvmilis humble, lâcrima larme, imâginem imr?ge, etc.

Mais l'accent latin a éprouvé plus d'un déplacement Ainsi le sufiixe diminutif iolus prend l'accent sur la seconde voyelle : fiUolus filial us filleul. Certains verbes en ëre ont été accentués ércj comme currëre, d'où courre, qui est devenu cnrrëre, d'où courir, et inversement le latin vulgaire a accentué en ëre des

(1) Parce que ul'=cs ou.^s, z=ts ou ds; et quant <iuj, parce que c'est une lettre qui placée entre deux voyelles semble se redoubler dans la prononciation (Madwig, Gr. latine, tr. Theil. § 22).

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