HIATUS PRIMITIF DANS LES MOTS SIMPLES
Après N : cicotiia cigogne, linea ligne. Ainsi r/ devant n représente le i palatal et gn = nj. On trouve un / parasite devant g dans nmoneni oignovi.^ ^eniorem seigneur, où il ne se prononce pas, et dans casfcmea dvdt-àigne, où il se fait entendre. Après un n, surtout s'il est précédé de w, lej prend quelquefois la prononciation romane qui lui est propre, c'est-à-dire en français celle de la chuintante douce : damnarium* dangier* danger (^), âmniiionem* don/on, sonuiiwm songe, calumnia chalon(/e*, calumniayi chalon^/ier*. Attraction de / {e) : halneiim ba/n, CHfieus com, Jntiiiis ii\m, iesiimonium témo/n.
2** Après M, le i palatal devient chuintante douce avec permutation de m en n : simius sin^/e, vindemia vendan^/e, comeatns congë.
3** Lorsque R est suivi des atones lus, ia, imn, le i est attiré par la tonique avant r et forme avec a, e, o les diphtongues suivantes : âir, qui est devenu eh-, d'où iér : januRviKs janv/er, ripïiria rivière, grcuvàrium gremcr; — eir, qui est également devenu iér : ministerium métier -, — oir, qui est devenu quelquefois îiir : glotia gloire, coriimi cuir (§ 26). Consonnification de / ou e en chuintante douce : cereus cierge. — Elision : angurimn (présage, puis chance bonne ou mauvaise) aùr* eùr*]ieur, fêria foire {é donne régulièrement oi).
h) Après S, C, T, le i palatal est ordinairement élidé, mais maintient au c ou t qui précède le caractère sifflant qu'il a déjà en latin.
Après S : ecdesia église, cervisia cervoise. — Attraction très fréquente : basiare ba^'ser, yliasianus fa/san, mansionem ma/son, fusionem foison.
Après C : calciafa chaussée, faciès face, hrachium bras. — Attraction : placeat plaise.
Après T, il faut distinguer deux cas : l°let sifflant a la valeur d'un s fort (représenté par c, ç, s ou ss), ce qui a lieu chaque fois que t, dans le mot latin, est précédé d'une consonne ou d'une voyelle tonique : exaltiâre exaucer et exhausser, anîidnus ancien, redemptioNem raançon rançon, cantiônem dvànson,fricfi(jnew frisson, benedidiônem beneïçon* (romand hénison), fôrtia force ; — gnUief grâce, jiisf/tia justesse et justice, vifium vice. — 2" Le f 'sifflant a la valeur de 8 ftiible après une voyelle atone, comme dans refntiâre refuser; c'est le cas sur-
(1) Littré et Brachel dérivent ce mol dn\. dominarium. de dominium. Le v. fr. a on effet dongier, et le romand dit encore dongir, danger. L'étymologie indiquée dans le texte est celle qui a été adoptée par Diez. Et. Wôrt. U. 272. Y. aussi Scheller, Dict. d'éUjmol. franc. 1873.
Hi niATFS PAR COMPOSITION OU PAR SYNCOPE §§ 20, ?>0
tout (luaud il y a attraction. — L'attraction est très fréquente (§ 26) : prefiàre pre/ser* priser, aciitiâre aiguiser, imtmis puîts, jwfiàre p. imt^are pu/ser, pdlàfiiin) pala/s, ôtiosus o?'seux, vépûa* n/èce, et les mots en afiôncm^ otiônon, comme ratiâvem ra/son, pofyhicm po/son (rafiou et potiun sont des mots savants).
c) Après les muettes G, D, P, B et la spirante V, le / prend d'habitude la prononciation romane qui lui est particulière et la consonne qui précède tombe.
1" Après les douces r/, d, b et r, le i palatal devient chuintante douce.
Après Gr : un seul exemple, eoraffhmi, qui a donné essai par l'attraction <fe i (cf. it. saggio).
Après D : diurnum jo\\\\ de iisque jusque, ordeum or//e. — Attraction de i : modius miiid.
Après B : candAare changer, ruhens rou</e, tibia tige, ^abii(s pour sapius sage (^). — Klision : debeo dois.
Après V : aheiis aur/e, abbreviare âhrèger, cavea ca.ge, diluvium déluge, sahia sau</e, servientem sergent. — Elision : fluvius fleuve. — Atti'action : pluvia plu?'e.
T Après la forte P, la chuintante douce devient forte, c'està-dire qu'en français j devient c/? : sapiam sdiche, propius proc/?e, nipea roche. Pipionem pir/eon, avec la chuintante faible, est inorganique (it. piccione, esp. pichoti).
b. Hiatus par componifion.
§ 29 La juxtaposition de deux mots dans la composition latine ou romane a souvent produit des hiatus que l'on a évités au moyen de l'élision : cooperire couviir, deaurare dorer, de-itifus dans, de-unde dont, d'ond dans Marot, rmfg-awwwm antan* : Mais où sont les neiges d'avtan? (Villon).
c. Hiatus par syncop>e de consonne.
§ 30 L'hiatus est souvent produit en français par la syncope de la consonne latine médiale, qui met en présence les deux voyelles jusque-là séparées, comme dans ca(t)éna, se{c)ûrus. L'ancien français admettait cet hiatus sans difficulté (^) et ne l'annulait qu'exceptionnellement par l'intercalation d'un r : pofére* pooir* poui'oir, gmdire* graïr* gradr, imbladare emblaer* emblaî;er, paradisus parais* paravis* parvis.
(1) Sage, que les anciens étymologistes faisaient dériver, à tort, de sagax ou de mpidus, vient du mot sapius, qui a dû exister dans le latin populaire, puisqu'on trouve It^ négatif nesupius dans Péti-one ; supiun a donné subius, savius, d'où le v. fr. suive (dans le n. delirut, I, 2.")) et sage (it. saggio, esp. pg. sabio, pr. sabi, saUje).
(2) V. Littré, //(.sf. II, 21 ut suiv.