III. Accents écrits
1. Il y a en français trois signes ortliograpliiques appelés improprement f/(w///.<î, savoir : l'accent aigu ('),Va.ccent grave (') et l'accent circonflexe (').
On doit l'invention des accents graphiques à un grammairien grec, Aristophane de Dy/ance: Yaigti était le véiitahle signe de laccent tonique et indiquait Vrlévatifln de la voix sur une des trois dernières syllabes, il pouvait alVecter soil des brèves, soit des longues; — le grave qui notait pas piopremont un accent, rcmpla(,'ait dans certains cas l'accent aigu sur la dernière syllabe ; — le circonflexe, formé par la réunion des deux autres, se pla(,-ait sur des voyelles longues par nature ou sur des diphtongues et indiquait r(ue la voix s'élevait et s'abaissait sur la même syllabe.
L'accent tonique ayant on français une i)laco invaiialjle, l'emploi de ces signes pour noter cette place est au moins suporllu. Aussi ce n'est pas dans <:e but que nous en faisons usage, et il faut bien distinguer, en fran(,'ais, l'ac-
AvKn, Ci rammaire comparée. 8
Ht ACCENTS ÉCRITS § 50
cent écrit île raccont tonique. Ces deux accents se trouvent quelquefois sur la même syllabe, comme dans café, cyprès, bûche. ^lais ordinairement l'accent tonique ne se marque par aucun signe; quelquefois même il n'est pas sur la syllabe surmontée d'un accent: ainsi dans 6 h c/iej', l'accent tonique n'est pas sur la syllabe qui a l'accentuation notée, mais bien sur la syllabe qui suit.
2. 1j accent auju et Vaccent grave sont employés dans les cas suivants :
a) Ils servent à disting-uer le e sonore quand il termine la syllabe.
Tout e sonore qui termine la syllabe pénultième et est suivi d'une syllabe muette, prend l'accent grave (ou l'accent circonflexe, s'il y a lieu, v. n" 3) : )nè-re, prlQ-re., fiè-vre; es-jnè-gle, fi-dè-Ir. L'Académie écrit maintenant le siège, d'après la règle générale, mais elle maintient l'ancienne orthographe avec l'accent aigu dans eussé-je, dussé-je.
Partout ailleurs le e sonore terminant la syllabe est surmonté de l'accent aigu : café, eafé/ei\ réeréer, élever, développer, éyéiiemeM, excepté péJcriii, ehénerts.
De là il résulte que le e aigu de Tavant-dernière syllabe est remplacé par le e grave, si la dernière syllabe devient muette, comme cela a quelquefois lieu dans les verbes : céder, je cède; révéler, je révèle; et que réciproquement le e grave devient aigu, si la syllabe suivante est sonore : le nègre, fa négresse; la fièvre, fiévreux.
L'accent grave se maintient dans les dérivés, lorsque la syllabe finale du mot primitif reste muette, comme dans : espièglerie, fidèlement, règlenient, avènement.
Le e suivi àex ne prend jamais d'accent, parce que cette consonne équivalant à gz ou es, le e ne termine pas la syllabe et est sonore par sa position : examen = eg-zamen.
Les mots cZe/ et feicd écrits avec /■ ou d (d'où clavier, hlatier) ne prennent pas d'accent sur e, parce que ce e ne tenuine pas la syllabe; mais si l'on retranche la consonne finale, d'après l'orthographe actuelle, e prendra un accent aigu : clé, blé. Il en est de même des mots dîner et souper, qui s'écrivent aussi sans r : d'tné, soupe.
Si, dans le corps d'un mot, un e est précédé ou suivi d'une autre voyelle avec laquelle il ne forme point une voyelle composée ou une diphtongue, ce e doit être surmonté d'un accent aigu : aérien, réussir. Voilà pourquoi le suflixe re, qui signifie le plus souvent de nouveau, se change ordinairement en ré quand il se joint à un mot commençant par une voyelle : réaction, réunir (v. ch. XIV).
h) On emploie encore l'accent grave sur le è de la finale es de certains substantifs, pour marquer que ce s n'est point signe de flexion et que le e ne terminant pas la syllabe est sonore : cyprès, abcès, dès.
c) L'accent grave s'emploie encore comme signe de distinction dans des mots complètement homonymes : à, préposition.
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et f/, verbe ; /<), w et o/>, adverbes, et Ar, article, m, pronom, et on conjonction. Là, cà et jà conservent Taccent grave dans delà^ l'oilà., holà, deçà, déjà, et le perdent dans cela, Jadis, jamais. 3. Ij'arrent nironfe.re indicpie : a) la suppression d'une lettre avec allongement de la voyelle, comme dans apàtre (du lat. apostolus), ou sans allongement de la voyelle, comme dans hàpikd (du lat. hospifale) ; h) l'allongement de la voyelle sans suppression de lettre, comme dans j'àle.
On doit remarquer : 1" que l'accent circonflexe se place sur toutes les vo3'elles simples, ainsi que sur les voyelles combinées ai, ou, oiet id, tandis qu'on ne le trouve pas siu' ei (excepté reifré), eu (excepté Jeûne) et au, ainsi que sur les diphtongues impropres, sauf o^; 2" que l'accent circonflexe ne se présente que devant les consonnes fortes f,p, c, cl/, et les liquides /, /?, m, et jamais devant une consonne redoublée; si on le trouve devant s dans châsse, c'est qu'il sert à distinguer ce mot de son homoujTiie chasse; quelques-uns écrivent de même les formes verbales je croîs, je crus, de croître, pour les distinguer des formes correspondantes de croire, je crois, je crus.
Voici les différents cas où l'accent circonflexe est employé en fi-ançais :
a) On le place sur les voyelles suivies autrefois d'un s étymologique qui ne commençait pas une nouvelle syllabe, comme dans nous chantâmes, qu'il finit, etc., qu'on écrivait chantasmei<, finist, avec un s qui s'est prononcé jusqu'au XIIP siècle. Voici les mots les plus usités dans lesquels l'accent circonflexe remplace un s étymologique, latin ou germanique : albâtre et tous les mots formés par le suffixe âtrc (du lat. aster), âne, appât, âpre, liât, hâfard, bâtir, hâfon, blâmer, châtaigne, cJu'deau, châtier, cJiâtrer, défjât, fâcher, ç/âcher, ;jâteau, hâte, hâtier, hâve (anglo-saxon hasr((), lâche, lâcher, mâcher, mâle, niât, nmtin, pâle, pâmer, pâque, /Hit, jMte, pâtis, pâture, plâtre, racler, râper, râteau, renâcler, tâche, tâter ; — ctcquêt, ancêtre, arrêt, arête, baptême, bête, carême, champêtre, chêne, crêpe, crête, drêche, dépêcher, empêcher, endêvcr, être, éi-êque, fêler, fenêtre, fête, forêt, frêne, genêt, grêle (subs.), guêpe, guêtre, hêire, honnête, intérêt, mêler, même, pêche (fruit), pêcher (v.), pêne, prêt, prêter, prêtre, protêt, quête, rêche, recêche, rêve, tempête, têt, tête, vêpre, vêtir; — abîme, dîner, épître, ci-gît, gîte, île; — ajH)tre, aumône, il clôt, clôture, côte, dépôt, entrepôt, fantôme, hôte, hôtel, hôpital, impôt, nôtre, otage, ôter, prévôt, rôtir, suppôt, tôt, vôtre; — brêder, bâche; — aîné {ains-né, né R\Riït), connaître, faîte, fraîche, laîche, maître, maraîcher, naître, paître, paraître; — boîte, cloître, croître; — aoiU, coûter, croûte, goût, goûter, moût; — poêle (fourneau); — huître, puîné (puis né).
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Le cas le plus général dans les mots cités est que l'accent circonflexe indique l'allongement de la voyelle par suite de la suppression dus étj^mologique, comme àsnisâne, bête, gUe, côte, flûte, cloître, huître; mais, comme la voj^elle accentuée seule peut être longue (§ 19), il arrive assez souvent que l'accent circonflexe est placé sur une brève, par exemple dans râteau, entêté, dîner, liôpital, brûler, cloîtrer, puÎ7ié.
Dans les dérivés de formation moderne, le s étymologique reparaît, comme c'est le cas pour les mots suivants : âne (du lat. asinus, as'nus), asine; âpre, aspérité; arrêt, arrestation; hête, bestial; évêque, épiscopal; fenêtre, défenestration; fête, festin; forêt, forestier; intérêt, intéresser ; ^;re^re, presbytère; vêtir, investir, travestir ;?^e, insulaire; épître, épistolaire;rt2^o^re; apostolique; côte, accoster; goût, déguster. Mais dans tous les mots de formation organique, le s ne reparaît pas et l'accent circonflexe persiste ; âpre, âpreté ; /V/c/?er, fâcheux; bête, bêtise, abêtir, embêter; grêle, gvèlon; prêtre, prêtresse, prêtrise; tête, têtu, entêté; vêtir, vêture, dévêtir, revêtir; Ue, îlot; côté, côté, côtoj'Cr; blÀche, bûcher, bûcheron; maître, maîtresse, maîtriser; goût, goûter, dégoûter; coteau et crépu ont perdu l'accent circonflexe.
Quelquefois le s étymologique a été remplacé par l'accent aigu ou grave, comme dans bétail (bestiale), détruire (dostruere), fétu (festucus), métier (ministerium), nèfle (mespilum), etc.; — ou a disparu sans laisser de trace, comme dans : cfiacun (quisque unus), louche (luscus), je naquis (vieux français nasquis), notre (noster), votre (vostei'), pacage (pascage), plutôt (plus tôt), soupirer (suspirare).
b) L'accent circonflexe indique la contraction de deux voyelles dans les mots suivants : âge (aage), bâiller (baailler), câble (caable et chaable), soûl (saoul), vêler (veeler), piqûre (piquure), mûr (meur), sur (seur), crû (creu), dû (deu); ou la suppression de e muet après la voyelle u dans les mots : assidtimetit, conti- ■manent, congrûment, dénmnent, nûment, résolument.
c) L'accent circonflexe s'emploie encore dans les mots suivants : acre, bâche, bâcler, bâfre, bâillon, câlin, châle, châlit, châsse, crâne, fâme, grâce, hâbler, hâle, mâche, mâchefer, mâchicoulis, pâle, pâtir, rabâcJter, râble, théâtre; — barème, blême, chrême, extrême, suprême, bêche, pimbêche, bêler, benêt, grêle (adj.), p)êle-mêle (= mêler avec une pelle), prêcher, rêne, trêve; — bélître; — drôle, geôle, môle, pôle, rôle, tôle (v. f, taulé), dôme, symptôme, cône, p'ône, trône, alcôve, maltôte (bas lat. mala tolta), cocher, chômer, côlon, frôler, rôder, trôler; — flûte; — traîner, traître; — reître; — benoît; — jeûne; — voûte; poêle (ustensile de cuisine), poêle (drap mortuaire). Les dérivés conservent l'accent circonflexe : disgrâce, infâme, pâlir, bêcher, blêmir, enjôler, contrôle, prôner, traî-
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tresse, voûter; mais on peut citer les exceptions suivantes : acrimonie, gracier, gracieux, infamie, diffamer, baptiser, extrémité, suprématie, conique, polaire, déjeuner.
L'accent circonilexe ne représente pas ici un s étymologique, mais quelquefois il remplace un s qui, au moyen âge ou à la Renaissance, a été intercalé devant une consonne comme signe d'allongement de la voyelle, c'est le cas pour les mots suivants : hdle, pâle, prêcher, rêne, blasphème, blême, rôle, trône, /lùte, traître, traîner, poêle, qu'on écrivait autrefois avec un s paragogique : hasle (du flamand liael), pasle (du lat. pallidus), presc/ier (pra^dicare), resne (retina, sul'St. de retinere, it. redinaj, blasphesine (blasphemare), blesme (scand. blàmi), rosle (rotulus), trosne (thronus), fluste (formé du lat. flatuere).. traistre (traditor), traisner (de train), paesle (patella). Dans les autres mots, l'accent circonflexe n'indique que l'allongement de la voyelle si toutefois cette voyelle est tonique; car, si elle ne l'est pas, elle reste brève, malgré l'accent circonflexe, par ex. câlin, bêler, frôler, etc.