L'EXPRESSION
No 1.— La Souris prudente
Une souris passait auprès d'une souricière dans laquelle on avait placé du lard nouvellement grillé. — " Je me garderai bien d'y toucher, dit-elle, mais le flairer, cela ne peut me nuir en rien." — Elle approcha : flaira, toucha le lard avec son museau : la souricière se ferma. — L'imprudente était prise.
Le moindre danger que nous courions de notre plein gré peut nous conduire à notre perte.
No 2.— Le Pater
— On ne s'arrête i)a6 en disant sa prière : Voyons I ne reste pas cette fois en arrière, Recommence avec moi le Pater, et dis bien :
Donne-nous
— Donne-nous
— Le pain quotidien,
— Le pain
— Et bien en cor I Pourquoi donc cette pause ? Et pourquoi marmotter tout baa De ces mots que je n'entends pas ?
— Chère maman, voici la chose :
Je priais le bon Dieu, car le pain c'est bien sec, De nous donner toujours un peu de beurre avec.
No 3. — La Noix
Deux petits garçons trouvèrent une noix sous un arbre. — " Elle est à moi, dit Pierre, car c'est moi qui Pai vue le premier ! — Non, elle m'appartient, reprit Bernard ; car c'est moi qui l'ai ramassée." — Là-dessus s'engagea entre eux une violente querelle.
" Je veux vous mettre d'accord, " dit un passant. — Il se plaça entre les deux petits garçons, cassa la noix et dit : " L'une des coquilles appartient à celui qui le premier a vu la noix ; l'autre sera pour celui qui l'a ramassée ; quand à l'amande je la garde pour prix du jugement que j'ai porté. — Sachez, ajouta-t-il en riant, que c'est ainsi que se terminent la plupart des procès."
No 4. — L'Écorce de la Noix
La petite Lise trouva au jardin une noix encore enveloppée de son écorce verte. — L'enfant la prit pour une pomme, et voulut la manger. — A peine y eut-elle mordu qu'elle s'écria : "Fi ! que ce fruit est amer ! " et elle le jeta. — Conrad, frère de la jeune étourdie, mais plus expérimenté qu'elle, ramassa la noix, la cassa et dit : '^ Je ne fais pas attention à cette enveloppe amère, car je sais qu'elle cache une amande d'un goût agréable."
No 5. — Le Vase du Japon
Richard, en sautillant, en jouant au salon,
Avait mis en éclats un vase du Japon ;
Sa terreur était grande!..." Oh 1 mais, dit-il, que faire...
On va bien me gronder, peut-être me punir ;
Ce vase, je pourrais au jardin l'enfouir.
Et si l'on en parlait, ne puis-je pas me taire ?...
Non, c'est presque mentir, et mentir est affreux I Je vais trouver mon père, et. les pleurs dans les yeux , Lui conter mon méfait !" Il courut vers son père. Son père, qui le prit soudain sur ses genoux, L'embrassa et lui dit d'un accent tendre et doux : *' Allons, ne pleure plus, ta faute est bien légère.
Ecoute, mon enfant : je vois qu'au fond du cœur
Le mensonge déjà t'inspire de l'horreur;
Eh bien ! comme aujourd'hui, Richard, sois vrai sans cesse,
Puis tu feras ma gloire, ô mon aimable enfant !
Je te croirai pour tout, et quand tu seras grand,
On t'environnera d'estime et de tendresse 1 "
No 6. — La Vigne
Un përe sur le point de mourir, dit à ses trois file : " Mes chers enfants, je ne puis vous laisser que cette chaumière et le vignoble qui y touche. — Mais dans cette pièce de terre est enfoui un trésor. — Mettezvous à fouiller sans relâche, et vous ne manquerez pas de le trouver."
Après sa mort, ses fils n'eurent rien de plus pressé que de retourner tout le vignoble avec la plus grande diligence ; mais ils n'y trouvèrent ni or, ni argent. — Comme ils n'avaient jamais travaillé le terrain avec autant de soin, il produisit cette année une telle quantité de raisins qu'ils en furent surpris; ce n'est
qu'alors qu'ils devinèrent ce que leur përe entendait par le trésor.
No 7.— Le Petit Paul
C'était jour de fête au village :
Le petit Paul, selon l'usage, Etait allé chez son parrain Pour chercher sa part de la fêto, Et revenait levant la tête, D'un air tout espiègle et lutin.
Voilà qu'une enfant sans asile,
Venue à pieds nus de la ville,
Sur la route lui tend la main ;
Paul, sans trouver que c'est dommage,
De ses bonbons fait le partage,
Et reprend gaîment son chemin.
Plus loin, un vieillard centenaire.
Tout haut, dans sa vive prière.
Implore secours et pitié :
La faim l'accabie et le déchire ; Paul lui donne, avec un sourire, De ses bonbons l'autre moitié,
Puis il revint dans sa chaumière.
L'âme satisfaite et légère,
Le plaisir brillant dans ses yeux.
Oh I ce soir, sa mère, je gage,
Le caressa bien davantage.
Et Paul s'endormit plus heureux !
No 8. — La Tentation
Ernest et Auguste, se promenant un jour ensemble, vinrent à passer devant un jardin dont la porte était ouverte. — Y étant entrés par curiosité, ils trouvèrent des pruniers tellement surchargés de fruits
mûrs qu'il avait fallu les étayer. — " Régalons-nous ici, dit Ernest à Auguste ; on ne voit âme qui vive dans le jardin. — Gardons-nous en bien, répondit Auguste ; il ne nous est pas permis de touchera ces fruits qui ne nous appartiennent pas. — Eh, qu'importe ! s'écria Ernest, le propriétaire ne s'apercevra pas du peu que nous pourrons manger. — Notre action n'en serait pas moins mauvaise, répliqua Auguste, car on ne doit rien dérober, ne fut-ce qu'une bagatelle.— Ne te rappelles-tu plus ce que papa disait l'autre jour, en nous racontant l'histoire du voleur que les gendarmes conduisaient en prison ? — Eh bien, que disait papa? demanda Ernest. — Il disait qu'on commence par des bagatelles et qu'on finit par des crimes." — Ernest, devenu pensif, convint qu'Auguste avait raison ; et les deux enfants passèrent leur chemin.— Quel bonheur pour Ernest d'avoir rencontré un ami qui l'ait empêché de succomber à la tentation !
No 9. — Quatrain
Homme, il est dans ton cœur une voix qui te crie De suivre la justice et d'aimer ta patrie. Ces deux mots disent tout, s'ils sont bien expliqués; Mais ce n'est rien encor, s'ils ne sont pratiqués.
No 10.— Le Frère et la Soeur
Jacques et Anna étaient seuls à la maison ; le frère dit à sa sœur : " Viens, cherchons quelque chose de bon pour nous régaler."
Anna répondit ; " Si tu peux me conduire dans
un endroit où personne ne puisse nous voir, je consens à te suivre.
— Eh bien, dit Jacques, allons dans la laiterie, nous y trouverons de la crème excellente et nous en mangerons."
Anna reprit : " Le voisin qui fend du bois dans la rue ne manquerait pas de nous voir.
— Viens donc à la cuisine, dit Jacques, il y a du miel dans une armoire, nous en étendrons sur notre pain.
— Mais tu n'y penses pas, mon frère ! répondit Anna ; et la voisine, qui file assise devant la fenêtre, ne pourrait-elle pas nous voir ?
— Allons donc à la cave où sont les fruits, nous en mangerons à notre aise : il y fait si noir que personne ne nous verra.
— Ah ! mon frëre, reprit encore Anna, es-tu bien BÛr que personne ne nous verra? Tu as donc oublié qu'il y a au ciel un œil qui voit dans les ténèbres les plus épaisses, et même au travers des murailles ? ''
Jacques, épouvanté par cette observation, s'écria : ** Tu as raison, ma sœur, je l'avais oublié ! L'œil de Dieu perce tout et il voit tout. On ne peut donc faire nulle part quelque mal sans qu'il le découvre."
Anna se sentit heureuse d'avoir ramené son frère à son devoir; et elle lui donna une étarape où l'on voyait l'œil de Dieu entouré de rayons, avec ces mots au bas :
Dieu voit tout, est partout. On a beau se cacher, A son œil pénétrant on ne peut se soustraire. Quand on pèche on secret, ce n'est pas moins pécher; A l'éternel témoin gardons-nous de déplaire.
No 11.— La Brebis et le Chien
La brebis et le chien, de tous les temps amis, Se racontaient, un jour, leur vie infortunée. " Ah 1 disait la brebis, je pleure et je frémis Quand je songe au malheur de notre destinée. Toi, l'esclave de l'homme, adorant des ingrats,
Toujours soumis, tendre et fidèle,
Tu reçois, pour prix de ton zèle,
Des coups, et souvent le trépas.
Moi. qui tous les ans les habille, Qui leur donne du lait et qui fume leurs champs, Je vois chaque matin quelqu'un de ma famille
Assassiné par ces méchants :
Leurs confrères les loups dévorent ce qui reste.
Victimes de ces inhumains, Travailler pour eux seuls et mourir par leurs mains,
Yoilà notre destin funeste I — Il est vrai, dit le chien, mais crois-tu plus heureux
Les auteurs de notre misère ?
Va, ma sœur, il vaut encor mieux
Souffrir le mal que de le faire."
No 12. — Le Fainéant
Sigismond appartenait à une famille aisée et pou- Tait, par conséquent, se procurer plus de plaisirs que beaucoup d'autres enfants.— Ses parents lui achetaient des bonbons et des jonjoux, le conduisaient au spectacle, et partout où il y avait quelque chose de nouveau à voir. — Ils espéraient par là rengager à mieux remplir ses devoirs à l'école. — Vain espoir ! Sigismond prit tant de goût à une vie dissipée qu'il eut horreur du travail. — Il ne se rendait jamais à l'école qu'aprës avoir fait un grand détour, et souvent il se permit de manquer aux
leçons pour jouer avec des enfants de son humeur, pour se promener ou voir manœuvrer les soldats. — Ses parents et son maître eurent beau le réprimander, il ne se corrigea point et ne fit pas de progrès. — Aussi ne fut-il jamais bon à rien.
No 13. — Quatrain
Tu dois songer touiours que ta vie est bornée ; Sur un plan régulier qu'elle soit ordonnée. L'usage qu'on en fait en double les instants; Tout peut se réparer, hors la perte du temps.
No 14. — Dévouement filial
C'était dans l'île de Saint-Domingue. — Un malheureux planteur avait été condamné à mort, parce que des méchants l'avaient accusé de conspirer contre le gouvernement. — On envoya donc des soldats pour le prendre dans sa maison au milieu de sa femme et de ses enfants, qui pleuraient à chaudes larmes. — On le saisit, on lui lia les mains, puis on le conduisit devant sa porte. — Alors le commandant de la troupe lui ordonna de se mettre à genoux, et dit aux soldats d'apprêter leurs armes. — Déjà les fusils étaient chargés, et les canons dirigés sur la poitrine du colon, lorsqu'un cri perçant retentit tout à coup. — Au même instant, une jeune tille s'élança à travers les soldats, et alla se jeter devant le condamné, comme si elle eût voulu lui faire un rempart de son corps. — Le commandant, étonné, lui dit de s'éloigner ; mais elle demeura immobile à la même place, comme si elle n'eût pas entendu. — Il voulut employer la force pour se faire obéir, mais cette jeune tille
enlaça ses bras autour du condamné, et il tut impossible de lui faire lâcher prise.
" Vous me tuerez, dit-elle, vous me tuerez ; je ne veux pas quitter mon père. Non, non, je ne veux pas le quitter, j'aime mieux mourir avec lui."
La courageuse enfant qui parlait ainsi avait à peine dix-sept ans.— Le commandant, ému, n'osa pas ordonner le feu. — L'exécution fut ajournée. — On emmena en prison le condamné et sa fille, qui le tenait toujours étroitement embrassé. — Le lendemain, le gouverneur de l'île fit grâce au colon, pour récompenser le pieux dévouement de cette fille, modèle de tendresse et de courage.
No 15. — La Bénédiction maternelle
Enfants, si vous avez courroucé votre mère, Si vous avez rendu son regard plus sévère, Et glacé tout à coup son touchant abandon, N'allez pas vous coucher sans que sa voix chérie N'ait annoncé l'oublie de votre éiourderie ; Enfants, on dort si bien à l'ombre du pardon !
Mais si, blessant le Ciel dans son vouloir suprême, Yous aviez, désolant la mère qui vous aime. Méprisé sa prière en votre orgueil hautain ; Si vous aviez osé lui jeter une injure... A genoux ! de doux mots guérissant sa blessure, Oh I faites que sur vous elle étende la main !
La bénédiction d'une mère est sacrée, Car elle est la couronne auguste et révérée, Par le ciel destinée à vos fronts purs et blancs. Les anges qui, la nuit, descendent sur la terre, A cette marque en vous reconnaissent un frère Et vers vojire chevet se penchent caressants.
S'ils trouvent quoique enfant qui lourdement sommeille
Sans ce doux signe au front, ou bien dans l'ombre veille,
Ils se voilent les yeux et passent tristement;
Puis se disent tout bas: " Hélas 1 un jour sans doute,
Cet indocile enfant qui sort de notre route,
Sera banni du ciel, qui se ferme au méchant. "
No 16. — La Gourmandise
Frédérique avait contracté la mauvaise habitude de goûter de tout ce qu'elle voyait. — Ses parents avaient beau la punir, elle ne se corrigeait pas. — Elle n'allait pas au jardin sans cueillir les fruits auxquels elle pouvait atteindre, ou sans les entamer, lors même qu'ils étaient verts. — Elle aimait surtout à se glisser dans le garde-manger et à enlever la crème de dessus le lait. — On ne savait d'abord à qui attribuer ce larcin ; mais on parvint à découvrir la coupable ; et, dès ce moment, on s'en défia comme on se défie des voleurs. — De cette façon, elle ne pouvait plus satisfaire, comme autrefois, son appétit déréglé. — Il était pourtant impossible d'ôter toujours les clefs, et Frédérique profitait de ces petites négligences pour aller à la découverte de quelque friandise.
Un jour, se trouvant seule dans la chambre à manger, elle aperçut une tasse sur une armoire. — Elle prit la tasse, qui était remplie d'une pâte blanchâtre très douce. — Frédérique, qui la trouvait fort bonne, en mangeait encore lorsque sa mère entra. — " Malheureuse ! s'écria la mère, en apercevant son enfant tenant la tasse, tu as mangé du poison destiné aux mouches ! "
On fit appeler le médecin. — Quand il arriva, Frédérique avait des déchirements d'entrailles insupportables.— On parvint h lui sauver la vie en lui
faisant boire beaucoup de lait ; mais elle resta maladive le reste de ses jours.
Celui qui ne sait pas maîtriser ses penchants finit presque toujours par se rendre malheureux.
No 17. — Les Enfants et les Perdreaux
Deux enfants d'un fermier, gentils, espiègles, beaux.
Mais un peu gâtés par leur père,
Cherchant des nids dans leurs enclos,
Trouvèrent des petits perdreaux
Qui voletaient après leur mère.
Tous jugez de leur joie, et comment mes bambins
A la troupe qui s'éparpille
Yont partout couper les chemins.
Et n'ont pas assez de leurs mains
Pour prendre la pauvre famille !
La perdrix, traînant l'aile, ap])elant ses petits.
Tourne en vain, voltige, s'approche;
Déjà mes jeunes étourais
Ont toute sa couvée en poche.
Ils veulent partager comme de bons amis; Chacun en garde six; il en reste un treizième ;
L'aîné le veut, l'autre le veut aussi.
" Tirons au doigt mouillé. — Parbleu ! non. — Parbleu ! si. — Cède, ou bien tu verras. — Mais tu verras toi-même. De propos en propos, l'aîné peu patient,
Jette à la tête de bon frère Le perdreau disputé. Le cadet, en colère,
D'un des siens riposte à l'instant.
L'aîné recommence d'autant ; Et ce jeu, qui leur plaît, couvre autour d'eux la terre
De pauvres perdreaux palpipants.
Le fermier qui passait en revenant des champs.
Voit ce spectacle sanguinaire,
Accourt, et dit à ses enfants :
^' Comment donc! petits rois, vos discordes cruelles
Font que tant d'innocents expirent sous vos coups I De quel droit, s'il vous plaît, dans vos tristes querelles, Faut-il que l'on meure pour vous ? "
No 18.— Le Père pieux
Un père se rendait au travail dans les champs ; son fils, enfant de sept ans environ, allait avec lui. — C'était par la plus belle matinée de printemps. — L'enfant rempli de joie, courait çà et là. — Le soleil venait de se lever. — Le père ôta son chapeau, leva les yeux aux ciel, et prononça quelques mots tout bas. — L'enfant l'observa et demanda à son père pourquoi il ôtait son chapeau et ce qu'il avait dit tout bas.
'' Mon fils, répondit celui-ci, je pense maintenant à Dieu, en voyant se lever le beau et bienfaisant soleil. — J'adorais en silence la toute-puissance et la bonté du Trës-Haut. — Vois, mon enfant, Dieu a créé le soleil et tout ce que tu vois ici.
— Il a fait tout si bien, ajouta l'enfant.
— Aimes-tu, continua le père, aimes-tu ce bon Dieu si généreux ?
Oh, oui ! répondit l'enfant— Et ses yeux se remplirent de larmes de joie.
No 19. — Le Trône de neigfe
Qui n'aime à voir folâtrer les enfants? On se croit do leur âge : Oh ! douce jouissance, De pouvoir quelquefois se rappeler ce temps
Si regretté, bien qu'il ait ses tourments !
Un rien sufiit pour amuser l'enfance ;
Mais dans ces jeux, plus qu'on ne pense, S'introduisent déjà les passions des grands.
Un jour, échappés du collège,
Des écoliers d'onze à douze ans,
Aperçurent un tas de neige
Le plus âgé, qu'on avait nommé roi, Dit que de son pouvoir il en faisait le siège,
Le trône enfin ; et le cortège
Donne à ce vœu force de loi.
Le trône était froid comme glace ;
N'importe, avec plaisir s'y place
Cette éphémère majesté.
On s'enivre de la puissance
Peut-on impunément avoir l'autorité ?
Chez notre prince l'insolence
Surpasse encor la dureté ; Des malheureux sujets la moindre négligence
Est réprimée avec sévérité.
De Tarquin le Superbe il avait l'arrogance ; Et de Néron plus tard, suivant toute apparence.
Il aurait eu la cruauté.
Pourtant le soleil le dérange :
Le trône qui se fond d'une manière étrange,
Avant la fin du jour s'abat
Bientôt l'orgueilleux potentat
Se voit au milieu de la fange.
Eedoutez un destin pareil, Vous que la fortune protège ;
Vous êtes sur un tas de neige
G-are le rayon du soleil 1
No 20. — Le petit Serin
Une petite fille, nommée Caroline, avait un charmant serin. — Il chantait du matin au soir, et il était très beau. — Jaune comme de l'or, avec une petite huppe noire sur la tête. — Caroline lui donnait à manger de la graine et de l'herbe tendre ; quelque-
fois un petit morceau de sucre, et chaque jour il avait de Peau fraîche et claire.
Tout à coup Toiseau devint triste, et un matin, lorsque Caroline voulut lui donner à boire, elle le trouva mort dans la cage. — Alors la petite fille fit de grandes lamentations et pleura beaucoup. — Sa mère alla acheter un autre serin, qui avait de plus belles couleurs encore que le premier, et qui chantait aussi bien ; puis elle le mit dans la cage.
Mais Caroline pleura plus fort, quand elle aperçut le nouvel oiseau.
La mère, étonnée, lui dit : " Ma chère enfant, pourquoi pleures-tu encore ? Pourquoi es-tu si affligée ? Tes larmes ne ressusciteront pas l'oiseau mort, et en voici un autre qui est aussi beau.
— Ah ! chère maman, répondit la petite, je n'ai pas bien agi avec mon serin, et je n'ai pas fait pour lui tout ce que je pouvais faire.
— Chère Caroline, reprit la mère, tu as cependant eu bien soin de lui ?
— Oh ! non, répliqua Tenfant ; quelque temps avant sa mort je ne lui ai pas porté un morceau de sucre que tu m'avais donné pour lui, je l'ai mangé moi-même."
Ainsi parla Caroline, le cœur plein de tristesse. — La mère se garda bien de sourire du chagrin de la petite. — Elle reconnut la sainte voix de la conscience parlant au cœur de l'enfant, et elle la respecta.
" Oh ! dit-elle, combien doivent être cruels les tourments qu'éprouve l'enfant ingrat sur la tombe de ses parents ! "
No 21.— Le Pigeon et le Ramier
Un pigeon voit mourir sa colombe fidèle ; Il roucoule, il gémit. Le ramier, son voisin.
Lui dit : " Pourquoi cette plainte cruelle ? Vos cris sont impuissants pour vaincre le destin. J'ai perdu, comme vous, ma compagne chérie ; La froide indifférence est le plus grand des maux :
J'eus tort de fuir tous les oiseaux.
L'amitié, charme de la vie.
Peut seu e du malheur alléger le fardeau ;
Que sa chaîne aujourd'hui nous lie, Et réunissons-nous sous un même berceau. " Dès lors toujours ensemble ils trouvèrent des charmes A parler de leur peines ; ils en souffrirent moins.
D'un ami qui sèche nos larmes Ne repoussons jamais les soins.
No 22. — La petite Bienfaitrice
L'hiver était froid et rigoureux.— La petite Mina, fille unique de parents bienfaisants, ramassait les miettes de pain qui étaient tombées de sa table, et les gardait soigneusement ; puis elle allait deux fois le jour dans la cour, y répandait les miettes, et les oiseaux accouraient et les béquetaient. — Mais la main de la petite fille était toute tremblante de troid.
Ses parents l'épièrent un jour, et se réjomspant de lui voir faire cette bonne action ils lui demandèrent : Pourquoi fais-tu cela. Mina ?
C'est que tout est couvert de neige et de glace, répondit Mina ; les petits oiseaux ne peuvent rien trouver et maintenant ils sont pauvres.— C'est pour cela que je leur donne à manger, de même que les hommes riches soutiennent et nourrissent les pauvres.
Mais tu ne peux pas nourrir tous les oiseaux : reprit le përe.
Mitia répondit : Est-ce que tous les enfants ne font pas comme moi par toute la terre, de même aussi que tous les riches ont soin des pauvres ?
Le père regarda la mère et dit : O céleste simplicité :
No 23. — Quatrain
Que le moindre larcin soit à nos yeux un crime : C'est l'intérêt commun qui veut qu'on le réprime. Le saint respect qu'on doit à la propriété Est un des fondements de la société.
No 24.— Le Fils qui nourrit son père
Martin alla chez un fermier et le supplia de lui donner du travail afiu qu'il pût gagner quelque chose.
" Je te prendrai à mon service comme gardien des bestiaux, dit le laboureur ; et, si tu es bien diligent, je to donnerai la nourriture, et quinze francs pour tes gatres pendant l'été.
— Je serai bien laborieux, dit le garçon, mais je vous en prie, donriez-moi à la fin de chaque semaine ce que j'aurai gagné. — J'ai chez moi mou pauvre père, auquel je voudrais donner ce que je gagnerai."
Le fermier, qui était on ne peut plus satisfait de cet amour filial, consentit de grand cœur à cet arrangement et augmenta même ses gages. — Et le fils apporta exactement, tous les samedis, son gain à son vieux père.
No 25. — Quatrain
Aux auteurs de tes jours tu dois l'obéissance, Mérite leurs bontés, respecte leur puissance. Il n'est point de vertus chez les enfants ingrats : Et quoi qu'ils puissent faire, ils ne prospèrent pas.
No 26. — Les Pommes
Le petit Grégoire vit, de sa fenêtre, dans le verger de son voisin, une grande quantité de belles pommes rouges, tombées çà et là sur l'herbe. — Grégoire se hâta de descendre, il se traîna sur le ventre dans le jardin par une trouée faite à la haie, et il remplit de pommes les poches de sa veste et de son gilet ; mais soudain le voisin se présente à la porte du jardin, un bâton à la main. — Grégoire se sauva aussi vite qu'il put ; et il tâcha de sortir à la hâte en se glissant par le trou par lequel il était entré. — Mais le petit voleur fut arrêté au passage par le volume de ses poches qu'il avait trop bien remplies. — Il fallut rendre les pommes volées, et subir une punition sévère pour le vol.
Le voisin lui dit : " N'oublie pas que les objets volés font souvent découvrir le voleur, et que celui-ci est puni tôt ou tard."
No 27.— À un Enfant
Oh ! bien loin de la voie Où marche le pécheur, Chemine où Dieu t'envoie I Enfant ! garde ta joie !
Lis I garde ta blancheur !
Sois humble 1 Que t'importe Le riche et le puissant I
Un souffle les emporte.
La force la plus forte, C'est un cœur innocent.
Bien souvent Dieu repousse Du pied des hautes tours ; Mais dans le nid de mousse Où chante une voix douce, Il regarde toujours!
No 28.-L'Écho
Le petit George n'avait jamais entendu parler de rëcho. — Un jour il se mit à crier dans une prairie : " Ho ! ho ! " Soudain, une voix lui répondit du bosquet voisin : "Ho î ho ! " Surpris, il continua : " Qui es-tu ? " La voix répéta aussi : " Qui est-tu ? *' H s'écria ensuite : "Tu es un homme stupide !'* — " ...Homme stupide !" répondit la voix du bosquet.
George se fâcha et adressa au bosquet des propos de plus en plus injurieux que Técho rendit fidèlement—Alors il se mit à parcourir le petit bois en tous sens, pour chercher l'interlocuteur supposé, afin de se venger de lui, mais il ne trouva personne.
Ensuite George courut chez lui, et se plaignit à sa mère qu'un méchant s'était caché dans le bois et l'avait insulté.
" Cette fois, lui dit la mère, tu t'es trahi et accusé toi-même ! — Sache que tu n'as entendu que tes propres paroles ; car ainsi que tu as déjà vu maintes fois ta figure dans l'eau, de même tu viens d'entendre ta voix retentir dans le bosquet. — Si tu avais adressé un mot agréable au bois, un mot agréable t'eût été renvoyé."
C'est ce qui arrive toujours. —La raaniëre d'agir d*autrui à notre égard n'est le plus souvent que l'écho de la nôtre. — Si nous traitons les gens avec déférence, ils nous traiteront de même ; mais si nous sommes durs et grossiers envers eux, nous ne devons nous attendre à rien de mieux de leur part.
No 29.— L'Orphelin
Pourquoi, veux-tu me le dire, En tes yeux ces pleurs brûlants ?
Les visages de six ans, Dieu les a faits pour sourire.
Suis-moi : je te mènerai Dans un jardin plein de roses Ouveiles et demi-closes, Pi.ur toi ie les cueillerai.
Enfant, j'ai dans ma volière Un oiseau rare et charmant ; Son col est étincelanl ; Comme un bouquet de lumière. .
Viens, c'est à qui le verra :
Si tu veux, je le le donne ; Bientôt sa patte mignonne Sur ton doigt se posera.
Tout près sur une onde vive Se berce un petit bateau, Et nous glisserons sur Teau Comme une algue de la rive.
Quatre cygnes sur l'étang Lèvent leur tête superbe; Tu ^erriis brouter dans l'herbe Un petit agneau tout blanc.
Hélas I lien ne sait lui plaire
Son front reste soucieux.
Pauvre entant, pour être heureux Que veux-tu ? — Je veux ma mère !
Marie Jenna.
No 30.— Daulac
On était au printemps de Tan 1660. La colonie, après un demi-siècle de luttes sanglantes, se trouvait presque épuisée ; et les Iroquois, enhardis par de nombreuses victoires, avaient résolu d'exterminer jusqu'au dernier Français. Alors dix-sept braves, ayant à leur tête un jeune militaire de vingt-cinq ans, nommé Daulac, résolurent de sacrifier leur vie pour sauver le pays. Ils tirent leur testament ; puis, 8* étant confessés et ayant communié dans l'église de Montréal, appelée alors Ville-Marie, ils jurèrent aux pieds des saints autels de rester fidèlement unis jusqu'à la mort, et de ne jamais demander quartier. Certains de ne plus revoir leurs foyers, ils embrassèrent tous ceux qui leur étaient chers et s'éloignèrent accompagnés des larmes et des bénédictions de ceux pour qui ils allaient mourir. Ils se dirigèrent vers le Sault-des-Chaudières, sur la rivière des Outaouais, et là, ils s'enfermèrent dans un fort qui n'en avait guère que le nom, et y attendirent les Iroquois. Quelques jours après, ils virent venir à eux quarante guerriers hurous, commandés par un vieux héros chrétien de la même nation, nommé Anahotaha, et six guerriers algonquins, ayarit auwsi à leur tête un fameux chef. Tous demandèrent aux Français la faveur de combattre à leurs côtés et de verser leur sang avec eux ; ce qui leur fut accordé.