‹ Cours de lecture à haute voixChapitre 12 sur 13 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

BIBLIOTHECA

Ils furent attaqués d'abord par deux cents Iroquois, dont ils tuèrent ou blessèrent une grande partie sans perdre un seul homme. Mais bientôt une armée entière les investit de tous les côtés. A ce moment, quelques sauvages du fort perdirent courage ; vingt-quatre d'entre eux s'élancèrent pardessus la palissade et se livrèrent à l'ennemi pour sauver leur vie. Il ne restait plus que quatorze Hurons, quatre Algonquins et les dix-sept Français. Tous jurèrent de mourir les armes à la main. Sans cesse attaqués pendant sept jours et sept nuits, ils soutinrent un feu continuel, encore plus tourmentés néanmoins par le froid, la faim, la soif et l'insomnie, que par les Iroquois. Ceux-ci, honteux d'avoir été tant de fois repoussés par un si petit nombre de guerriers, résolurent de faire un efiort suprême avant d'abandonner le combat ; ne respirant plus que la rage et la vengeance, et vociférant d'affreux hurlements, ils se précipitèrent donc tous ensemble à travers les balles. Les Français en firent un horrible carnage, sans pouvoir cependant les empêcher de s'avancer jusqu'au pied de la palissade qu'ils attaquèrent à coups de haches. Le combat dura encore quelque temps ; mais bientôt des monceaux de cadavres jonchèrent le terrain. Les Iroquois s'en servirent pour escalader le fort, et massacrèrent les derniers braves qui voulaient encore se battre. Quatre Français seulement et quatre Hurons tombèrent vivants entre leurs mains ; et encore, les quatre Français n'avaient plus qu'un souffle de vie. Les Iroquois furent frappés de terreur en comparant le nombre de leurs morts à celui de leurs victimes. Après avoir assouvi leur vengeance sur les prisonniers français, ils retournèrent dans leurs vil-

lages, n'osant aller attaquer un pays peuplé de tels héros. La colonie était sauvée. Lorsqu'on apprit ces détails par des Hurons qui étaient parvenus à s'échapper, un sentinient douloureux pénétra tous les cœurs ; et l'on voua une éternelle reconnaissance aux héros chrétiens ensevelis dans leur triomphe.

No 31. — Quatrain

Qui n'est bon citoyen n'est pas un honnête homme; De ce titre sacré désire qu'on te nomme. Sei's, en tout, ton pays, respectes-en les lois ; Distinguo le mérite et donne-lui ta voix.

No 32.--Le Crand-Père et le Petit-Fils

Il y avait une fois un vieillard si décrépit qu'il pouvait à peine marcher ; ses genoux tremblaient, il n'entendait et ne voyait presque pas, et il n'avait pas de dents non plus ; si bien que, quand il était à table, la force lui manquant pour tenir sa cuiller, il laissait tomber une partie de sa soupe sur la nappe, tandis qu'une autre coulait sur son menton.

Son lils et sa belle-fille finirent par se dégoûter de ce spectacle ; c'est pourquoi le vieux grand-père fut réduit à se mettre derrière le poêle, dans un coin ; et ils lui préparèrent son manger dans une écuelle do terre, et encore ne lui en donnaient-ils pas assez. — Le pauvre vieillard portait donc d'un air afiligé ses yeux sur la table où étaient assis ses enfants, et de grosses larmes coulaient le long de ses joues ridées.

Or, il arriva un jour que ses mains tremblantes ne

purent tenir Técuelle ; elle tomba et se cassa. — La jeune femme le gronda sévëreraent, mais lui ne dit rien et se contenta de gémir. — Alors son fils et sa belle-fille lui achetèrent pour quelques sous une petite jatte de boit», dans laquelle il fut obligé de manger. — Pendant ce temps, son petit-fils, âgé de quatre ans, assis sur le plancher, s'amusait à ajuster ensemble quelques petites planchettes.

" Que fais-tu là ? " lui demanda son père.

" C'est, répliqua l'enfant, une petite écuelle ; papa et maman mangeront dedans quand je serai grand, et qu'ils seront devenus vieux."

Alors le mari et la femme se regardèrent pendant quelque temps ; puis, s'étant mis à pleurer, ils admirent de nouveau le vieux grand-père à leur table, le firent manger avec eux, et ne dirent plus rien quand il répandait un peu de soupe sur la nappe.

No 33.— L'Enfant et l'Oiseau

Petit oiseau, je t'écoute.

Ils sont jolis, les refrains !

Viens te poser sur ma route.

Quoi ! je t'aime et tu me crains 1

Mais vois ! je n'ai point de cage.

Joyeux, je te donnerais Un baiser sur ton plumage, Et puis tu t'envolerais!

Viens donc pour que je sourie :

Le pauvre n'a d'autre jeu Que les fleurs de la prairie Et les oiseaux du bon Dieu.

Ne veux-tu pas qu'on t'embrasse ?

Moi, je me sens si joyeux Lorsqu'une dame qui passe Met ses doigts sur mes cheveux !

O mauvais cœurs qui sont cause,

— Tant leurs desseins sont méchants ! —

Qu'aucun oiseau ne se pose

Auprès des petits enfants !

Un quart d'heure, un instant même, Si dans ma main je t'avais, Tu sentirais que l'e t'aime, Et demain tu reviendrais.

S'élancer dans la lumière.

Au champ cueillir son repas, Vivre sans toucher la terre, Oh ! quel bonheur n'est-ce pas ?

Pour moi, si j'avais une aile

Je saurais bien où voler.

Ma mère est aux cieux...près d'elle

Je voudrais tant m'en aller I

Tu gazouilles dès l'aurore.

Tu ne pleures jamais, toi !

Si la mère vit encore, Tu n'as pas besoin de moi.

Ah I que je vais, petit frère, Adorer d'un cœur pieux Le Seigneur qui sait te faire Si leste et si gracieux 1

Mais sans m'entendre, il me quitte, Et s'en va bien loin d'ici.

O mon Dieu, que j'irais vite A qui m'aimerait ain&i !

Marie Jenna.

No 34. — Respect dû aux vieillards

Pendant une fête qu'on célébrait à Athènes, un vieillard étant allé chercher une place dans l'endroit où les Athéniens étaient assis, les jeunes gens se moquèrent de lui et le renvoyèrent avec mépris. — Il se retira du côté des Lacédémonien^, et, dès qu'il parut, ceux-ci se levèrent tous par respect pour son âge. — Les Athéniens, témoins de cette action, lui donnèrent de grands applaudissements. " Hélas ! s'écria un Lacédémonien, ce peuple connaît ce qui est honnête, sans avoir le courage de le pratiquer."

No 35.— Quatrain

Soîigez, mes chers enfants, qu'il faut que la jeunesse JRespect j les vieillards, écoute leurs discours, Demande leurs conseils, leur donne ses secours, Et par ses soins constants soulage leur faiblesse.

No 36. — Amour filial

Un enfant d'une famille considérée, placé à l'Ecole militaire de Paris, se contentait de manger de la soupe et du pain sec avec de l'eau. — Le gouverneur, averti de cette singularité, le fit venir, et après lui avoir représenté qu'il était nécessaire de se conformer aux usages de l'école, il lui demanda les motifs de son étrange conduite. — L'enfant s'obstinant à taire ses motifs, le gouverneur lui signifia qu'il serait obligé de le renvoyer à sa famille.

" Hélas ! monsieur, dit alors l'enfant, vous voulez savoir la raison que j'ai d'agir comme je le fais. La

voici : dans la maisoQ de mon père je mangeais du pain noir, en petite quantité ; nous n'avions souvent que de Peau à y ajouter. Ici je mange de la soupe et de bon pain blanc à discrétion. Je trouve que je fais grande chère, et je ne puis me déterminer à manger davantage, par l*imprespion que me fait le souvenir de Tétat de mon père et de ma mère.

— Mais, dit le gouverneur avec émotion, votre père, qui a servi, doit pourtant avoir une pension ?

— Non, répliqua Tentant ; pendant un an il en a sollicité une ; le défaut d'argent l'a contraint de renoncer à poursuivre le succès de sa demande, et, dans la crainte de contracter des dettes à Versailles, il a préféré languir dans un état de misère.

— Eh bien, si le fait est prouvé comme il paraît vrai dans votre bouche, je promets de lui obtenir cinq cents livres de pension. Puisque vos parents sont si peu à leur aise, vraisemblablement ils ne vous ont pas beaucoup garni le gousset : recevez, pour vos menus plaisirs, ces trois louis, que je vous présente de la part du roi ; et quant à monsieur votre père, je lui enverrai, d'avance, les six premiers mois de la pension que je suis assuré de lai obtenir.

— Monsieur, comment pourrez-vous lui envoyer cet argent.

— Ne vous inquiétez point, nous en trouverons le moyen.

— Ah ! monsieur, puisque vous avez cette facilité, remettez-lui aussi ces trois louis que vous venez de me donner. Ici, où j'ai tout en abondance, ils me deviendraient inutiles, et iU feront grand bien à mon père pour ses autres enfants."

Ho 37.— Marguerite

— Dès le matin, Marguerite, Aux lieux où Dieu seul habite Portant ton esprit rêveur, Le front penché sur la fleur, Oh 1 dis-moi quelle parole Tu verses dans sa corolle ?

— Je lui dis : Céleste don, Blanche étoile du sillon, O belle silencieuse !

Vers Dieu monte ton odeur:

Mais je suis bien plus heureuse!

Je peux lui donner mon cœur.

— Et que dis-tu, Marguerite, Au doux ruisseau qui t'invite A t'asseoir près de ses bords Où tu rêves et t'endoi*s ?

— Je lui dis : Eu ban d'eau pure, Voix qui chante et qui murmure, Chaque rayon matinal Peint sur ton sein de cristal Buisson, roseau, scabieuse, Vert saule, infectes errants; Mais je suis bien plus heureuse, Car si tu vois, je comprends.

— Mais que dis-tu, Marguerite, A l'oit^eau qui va si vite Du village au ïnarronnier Et de la rive au sentier ?

— Je lui dis : Atni fidèle De l'homme et des fleurs, ton aile En tous lieux suit tes désirs.

Ton langage est sans soupirs ; Dans ta coupe savoureuse Tu n'as pas trouvé de fiel ; Mais je serai plus heureuse :

Tu ne vas pas jusqu'au ciel 1

Mabie Jenna.

No 38 Charité

Il y a quelques années, un incendie consuma tout un village, et réduisit à la misère plus de trente familles, qui, aux approches de Thiver, ne savaient où trouver un abri — Le rc^spectable curé du village incendié, qui avait lui-même perdu tout son avoir, était moins inquiet de son sort que de celui de ses paroissiens. — Il parc<»urut les villages voisins pour recueillir des secours en faveur de ces malheureux, et fit insérer dans les journaux le récit de Tévénement aflreux qui les avait réduits à la misère. — Ses efforts furent couronnés d'un plein succès. — Il r^çut de tous côtés de l'argent, des vivres et des objets d'habillement.— Un jour qu'il réfléchissait au meilleur usage qu'il pourrait faire des derniers secours qui lui étaient parvenus, il vit entrer chez lui un jeune garçon des environs, qui lui remit une pièce de deux trancs et un vieil habit, en le suppliatit de vouloir bien accepter ce don pour les incendiés. " Je sais, dit-il au curé, que c'est peu de chose, et que, si j'avais cru ma sœur, je ne serais jamais venu chez vous ; mais enfin le malheur de votre paroisse m'a touché, et il m'a été impossible de résister à l'envie de vous oôrir le peu que j'avais." — A ces mots le curé ne put retenir ses larmes ; elles coulèrent en abondance, et il dit au vertueux enfant, en l'embrassant: ** Tu as donné, comme la veuve de l'Evaiigile, tout ce que tu avais, et par conséquent tu as donné plus que tous les autres. Ton offrande est agréable au Siigneur. Conserve, ô mon fils, tes excellentes dispositions, et Dieu te bénira."

No 39.— Quatrain

Aime les malheureux, pour que le Seigneur t'aime, Hélas 1 à chaque instant, tu peux tomber toi-même. Sois honnête avec tous ; pour tes amis, constant ; Montre, après le service, un cœur reconnaissant.

No 40. — La Source

Un jour d'été, le petit Guillaume traversait les champs au moment où la chaleur se fait le plus vivement sentir. — Ses joues étaient brûlantes, et il éprouvait une soif excessive, lorsqu'il découvrit, à l'ombre d'un beau chêne, une source d'eau claire comme le cristal, et qui sortait d'un rocher. — Au lieu de se reposer avant de boire, et de ne boire que très peu à la fois, comme l'on doit faire quand on a bien chaud, Guillaume but tout d'une haleine une grande quantité de cette eau, qui était extrêmement fraîche. — Il se sentit presque aussitôt indisposé. — Il retourna chez ses parants, où il devint dangereusement malade le même jour.

" Hélas ! disait-il en gémissant sur son lit de douleur, qui aurait cru qu'une source, dont l'eau était si limpide, renfermait un poison si dangereux ?

— Ce n'est pas la source, dont l'eau est si pure, qui est la cause de ta maladie : c'est ton imprudence, c'est ton intempérance," lui dit le përe.

En toute chose, il faut de la modération et de la prudence.

No 41. —La Chapelle

Te souviens-tu, blanche chapelle.

Du pauvre enfant Qui t'apportait son cœur fidèle

Et confiant ;

Qui BOUR ta voûte bien-aimée

Venait le soir, Elever à Dieu la fuméo

De l'encensoir ;

Et qui posait aux jours de fête,

En souriant, Une couronne sur la tet^

Du saint Enfant ?

Keconnais-tu, sous son front mâle,

Ses jeunes yeux ; Autour de son visage pâle,

Ses blonds cheveux ?

Ce cœur débordant de l'ivresse

Que tu versais, Il a porté tant de tristesse

Si tu savais I

Si tu savais ce que sur terre

Il a trouvé.

Au lieu de ce qu'en sa bruyère

Il a rêvé 1

Oh I qui lui rendra la prière

Qu'il soupirait, Quand au milieu de la lumière

Dieu descendait ;

Ou quand, tout ému de vos charmw,

Cantiques saints, Il cachait ses yeux pleins de larmes

Dans ses deux mains ?

L'insensé vers une autre plage

A pris l'essor ; Il a perdu dans le voyage Sou doux trésor.

11 a cherché dans ce qui passe

Un faux bonheur, Sans pouvoir effacer la trace

De ta splendeur.

Aujourd'hui, lassé d'espérance

En l'avenir, Il vient chercher dans ton silence

Un souvenir.

—Enfant, sons-tu ma douce flamme ?

Je te connais, Et je veux verser dans ton âme

Toute ma paix.

Dieu qui venait au sanctuaire,

Toujours y vient.

Il aimait ta jeune prière

Il s'en souvient.

En vain là-bas, pendant l'orage,

Il t'appelait : Depuis longtemps, sur ce rivage.

Il t'attendait

Oh 1 va, tu n'as pu le reprendre

Ce cœur donné !

Dieu le gardait pour te le rendre

Prédestiné.

Cède à la main qui te relève :

Bénis ton Koi 1 Tu fis un rêve, un bien long rêve :

Eveille-toi I

Marie Jbnna.

No 42. — Le Laboureur et son Fils

Un laboureur possédait de grands biens : des champs, des jardins, des prairies, des troupeaux de vaches et de brebis ; il avait aussi beaucoup de serviteurs et de servantes. — La tenue et la richesse de sa maison attestaient Thabileté et la saoresse du maître, qui dirigeait tout si bien que rien n'y manquait.

Il arriva que le laboureur fut obligé de faire un long voyage. — Il appela son fils, et lui dit : "Joseph, je suis obligé de partir, tu surveilleras la maison et la ferme jusqu'à mon retour."

Le jeune homme fut effrayé d'une telle tâche ; mais le père l'encouraçrea, l'embrassa et partit.

Joseph se mit d'abord à l'œuvre avec crainte, puis il prit courage en se disant : " Mon père le veut ainsi, je dois le faire."

Il travailla avec zèle, et les fautes qu'il commit dans le commencement devinrent chaque jour plus rares.

Plusieurs mois après, le père revint ; et quand il inspecta la maison, ses champs et ses troupeaux, il trouva tout en bon ordre, l'ensemble comme les détails. — En outre, la réputation de son fils s'était répandue dans la contrée ; et l'on disait : tel père, tel fils.

Le laboureur loua son fils de sa bonne administration.

" Mon père, dit le jeune homme, si cependant cela n'avait pas réussi?..."

Son père lui répondit en souriant : *' Mon fils, je savais ce que tu pouvais faire, et tu ne le savais

pas. J'ai voulu te faire acquérir la conscience de tes forces, c'est pourquoi j'ai exigé beaucoup de toi. Maintenant tu es devenu un homme."

No 43. — Bonheur de l'Enfant vertueux

Oh I bienheureux, mille fois, L'enfant que le Seigneur aime.

Qui, de bonne heure, entend sa voix, Et que ce Dieu daigne instruire lui-même I Loin du monde élevé, de tous les dons des cieux Il est orné dès sa naissance ; Et du méchant l'abord contagieux N'altère point son innocence.

Tel en un secret vallon, Sur le bord d'une onde pure.

Croît à l'abri de l'aquilon Un jeune lis. l'amour de la nature.

Heureux, heureux, mille fois.

L'enfant que le Seigneur rend docile à sa voix l

No 44. — Les Quatre Saisons

"Ah ! si l'hiver pouvait durer toujours!" disait le petit Henri, au retour d'une course en traîneau, tout en s'amusant dans le jardin à former des hommes de neige.

Son përe l'entendit et lui dit : " Mon fils, tu me ferais plaisir d'écrire ce souhait dans ce portefeuille."

Henri l'écrivit d'une main tremblante de froid.

L'hiver s'écoula, et le printemps le suivit.

Henri se promena un jour avec son père le long d'une plate-bande, où fleurissaient des jacinthes, des auricules et des narcisses. — Il était transporté de joie en en respirant le parfum et en admirant l'éclat de leurs couleurs. — *' Ce sont les productions du

printemps, lui dit son p^re : cette saison est celle des fleurs ; elles sont brillantes, mais d*une courte durée.

— Ah! c'est bien dommage, répondit Henri; pourquoi le printemps ne dure-t-il pas toujours?

— Voudrais-tu bien écrire ce vœu sur mes tablettes ? '* lui dit son père.

Henri écrivit le cœur plein de joie.

Cependant le printemps ne tarda pas à faire place à Pété.

Henri profitant d'un beau jour, alla se promener au village voisin avec ses parents et quelques compagnons de son âge. — Ils trouvèrent sur la route, tantôt des blés verdoyants, qu'un vent léger faisait rouler en ondes comme une mer doucement agitée ; tantôt des prairies émaillées de fleurs. — Ils voyaient de tous côtés bondir les jeunes agneaux, et des poulains pleins de feu faire mille gambades autour de leurs mëres. — Ils mangèrent des cerises, des fraises et d'autres fruits de la saison ; et ils passèrent la journée entière à s'ébattre dans les champs.

" N'est-il pas vrai, Henri, lui dit son père, en s'en retournant à la ville, que l'été a aussi ses plaisirs ?

— Oh ! répondit-il, je voudrais qu'il durât toute l'année!"

Ce souhait fut encore inscrit dans le portefeuille.

Enfin, l'automne arriva. — Toute la famille alla passer un jour en vendanges ; il ne faisait pas tout à fait aussi chaud qu'en été, mais l'air était doux et le ciel serein ; les ceps de vignes étaient chargés de grappes noires ou d'un jaune d'or ; les melons arrondis, étalés sur des couches, répandaient une odeur délicieuse ; les branches se courbaient sous les plus beaux fruits. — Ce fut un jour de régal pour Henri,

qui n'aimait rien tant que les raisins et les melons. — Il eut en outre le plaisir de les cueillir lui-même. — " Ce beau temps, lui dit son père, va bientôt passer : l'hiver s'achemine à grands pas vers nous pour remplacer l'automne.

—Ah ! répondit Henri, je voudrais bien qu'il restât en chemin, et que l'automne ne nous quittât jamais."

Alors son përe, tirant ses tablettes de sa poche, lui montra et lui fit lire les vœux qu'il avait autrefois formés. — Henri rougit, et son père n'eut pas de peine à lui faire comprendre que toutes les saisons de l'année sont nécessaires, et qu'elles ont toutes leurs plaisirs et leurs avantages. — " Tu vois, lui dit-il, combien nos désirs sont souvent peu raisonnables, et combien nous sommes heureu:^^ de ce qu'il n'est pas en notre pouvoir de régler le cours de la nature."

No 45. — Quatrain

Tout annonce d'un Dieu l'éternelle existence : On ne peut le comprendre, on ne peut l'ignorer. La voix de l'univers annonce sa puissance, Et la voix de nos cœurs dit qu'il faut l'adorer.

No 46. — Les Mouches et les Araignées

Un jeune prince disait souvent : " Pourquoi Dieu a-t-il donc créé les mouches et les araignées? Ces insectes ne sont d'aucune utilité aux hommes. Si j'en avais les moyens, je les détruirais tous jusqu'au dernier."

Une guerre ayant éclaté, notre prince fut obligé de fuir devant l'ennemi. — Harassé de fatigue, il se

reposait un eoir sous un arbre dans une forêt où il 8*endormit bientôt. —Un soldat ennemi le découvrit et se glissa prè^^ de lui, le sabre nu à la main, pour le tuer. — Soudain une mouche se pose sur les joues du prince et le pique si fortement qu'il se réveille. — Il tire aussitôt Tépée et s'élance vers le soldat qui prend la fuite.

Le prince se cacha alors dans une caverne de la forêt. — Pendant la nuit, une araignée établit sa toile à l'entrée. — Le matin, deux soldats s'arrêtèrent devant cptte caverne et eurent ensemble la conversation suivante que le prince entendit fort bien : " Vois-tu, disait l'un en montrant la grotte, c'est là-dedans qu'il se sera caché. — Cela n'est pas possible, répondit l'autre, car en entrant il eut infailliblement déchiré cette toile d'araignée. "

Lorsque les soldats furent partis, le prince, tombant à genoux et élevant les mains vers le ciel, s'écria : " 0 mon Dieu ! hier vous m'avez sauvé la vie par le moyen d'une mouche, et aujourd'hui c'est par une toile d'araignée que vous me dérobez aux coups de mes ennemis. "

Dieu n'a rien fait d'inutile : il a tout créé, au contraire, pour notre bien.

No 47.— L'Écolier

Un tout petit enfant s'en allait à l'école. On avait dit : Allez. ..Il tâchait d'obéir; Mais son livre était lourd ; il ne pouvait courir. Il pleure, et suis des 3'eux une abeille qui vole. " Abeille ! lui dit-il, voulez-vous me parler ? Moi, je vais à l'école : il faut appi*endre à lire :

Mais le maître est tout noir, et je n'ose pas rire.

Voulez-vous rire, abeille, et m'apprendre à voler?

— Non, dit-elle, j'arrive, et suis très pressée.

J'avais froid, l'aquilon m'a longtemps oppressée.

Enfin, j'ai vu les fleurs, je redescends du ciel,

Et je vais commencer mon doux rayon de miel.

Voyez I j'en ai déjà puisé dans quatre roses :

Avant une heure encor nous en aurons d'écloses :

Vite , vite à la ruche. On ne rit pas toujours :

C'est pour faire le miel qu'on nous rend les beaux jours. "

Elle fuit, et se perd sur la route embaumée.

Le frais lilas sortait d'un vieux mur entr'ouvert :

Il saluait l'aurore, et l'aurore charmée

Se montrait sans nuages et riait de l'hiver.

Une hirondelle passe ; elle elBSeure la joue

Du petit nonchalant qui s'attriste et qui joue ;

Et dans l'air suspendue, en redoublant sa voix.

Fait tressaillir l'écho qui dort au fond des bois.

'* Oh I bonjour, dit l'enfant, qui se souvenait d'elle.

Je t'ai vue à l'automne; oh 1 bonjour, hirondelle!

Viens ; tu portais bonheur à ma maison, et moi

Je voudrais du bonheur : veux-tu m'en donner, toi ?

Jouons I — Je le voudrais, répond la voyageuse,

Car je respire à peine, et je me sens joyeuse.

Mais j'ai beaucoup d'amis qui doutent du printemps :

Ils rêveraient ma mort si je tardais longtemps,

Non, je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance,

J'emporte un brin de mousse en signe d'espérance.

Nous allons relever nos palais dégarnis :

L'herbe croît : c'est l'instant des amours et des nids.

J'ai tout vu. Maintenant fidèle messagère,

Je vais chercher mes sœurs là-bas sur le chemin.

Ainsi que nous, enfant, la vie est passagère,

Il en faut profiter. Je me sauve... A demain. "

L'enfant reste muet, et, la tête baissée.

Eêve, et compte ses pas pour tromper son ennui,

Quand le livre importun, dont sa main est lassée,

Rompt ses fragiles nœuds, et tombe auprès de lui.

Un dogue l'observait du seuil de sa demeure.

Stentor, gar<iien sévère et prudent à la fois,

De peur de l'effrayer retient sa grosse voix.

Hélas ! peut-on crier contre un enfant qui pleure ?

" Bon dogue, voulez-vous que je m'approche un peu,

Dit l'écolier plaintif ; je n'aimo pas mon livre.

Voyez ! ma main est rouge ; il en est cause. Au jeu

Eien ne fatigue, on rit, et moi je voudrais vivre

Sans aller à l'école, où l'on tremble toujours,

Je m'en plains tous les soirs, et j'y vais tous les jours.

J'en suis très mécontent ; je n'aime aucune affaire ;

Le sort des chiens me plaît, car ils n'ont rien à faire.

— Ecolier, voyez-vous ce laboureur aux champs ?

Eh bien ! ce laboureur, dit Stentor, l 'est mon maître ;

Il est très vigilant, je le suis plus peut-être :

Il dort la nuit, et moi j'écarte les méchants ;

J'éveille aussi ce bœuf, qui d'un pied lent, mais ferme,

Va creuser les sillons quand je garde la ferme.

Pour vous même on travaille, et, grâce à vos brebis.

Votre mère en chantant vous file des habits.

Par le travail tout plaît, tout s'unit, tout s'arrange.

Allez donc à l'école, allez, mon petit ange.

Les chiens ne lisent pa.^, mais la chaîne est pour eux ;

L'ignorance toujoui-s mène à la servitude. [l'étude.

L'homme est fin... l'homme est sage : il nous défend

Enfant, vous serez homme et vous serez heureux :

Les chiens vous serviront. " L'enfant l'écouta dire,

Et même il le baisa. Son livre était moins lourd.

En quittant le bon dogue, il pense, il marche, il court.

L'eHpoir d'être homme un jour lui ramène un sourire.

A l'école, un peu tard, il arrive gaîment,

Et dans le mois des fruits il lisait couramment.

Mme Desbordes-Valmori.

No 48.— Les Épis de blé

Un laboureur alla avec son petit-fils Tobie aux chanaps pour voir si le grain était mûr. — *' Vois, mon père, dit le petit garçon sans expérience, comme quelques brins portent la tête droite ; ceux-là, sans doute, sont les meilleurs; les autres, qui se baissent si profondément devant les premiers, sont probablement beaucoup moins bons ".

Le përe cueillit quelques épis et dit : *' Sot enfant, tiens, regarde l'un et l'autre ! cet épi, qui levait si fièrement la tête, est maigre et vide ; celui-là, au contraire, qui se pencbait si modestement, est rempli des plus beaux grains. "

No 49. — Les Fruits vénéneux,

'' Ecoute-moi, Mathilde : aux buissons de la plaine Pendent de rouges fruits pareils à de« joyaux ; Oh I que ta gourmandise, enfant, point ne t'entraîne, Ces fruits sont dangereux, quoique riants et beaux.

" Ne t'en approche pas, crains leur grâce trompeuse, Car tu pourrais trouver la mort en les touchant, Et moi, pense combien je serais malheureuse, Hélas 1 je n'aurais plus d'enfant ! "

Mathilde se jeta sur le sein de sa mère, Et depuis, moins o;ourmande. elle sut obéir : Mais un jour, conduisant l'agneau qu'elle préfère, Elle alla dans la plaine et se mit à courir.

L'agneau, qui mordillait l'herbe sous la ramée. Mangea des fruits vermeils et mourut à l'instant ; Appelant à grands cris sa mère bien-aimée, Mathilde près de lui restait en sanglotant.

La mère entre ees bras prit sa fille chérie, Et dit avec amour : '' Pleure, tu dois souffrir I... Mais que serais-je, enfant, aujourd'hui dans la vie, Si ton cœur ne t'avait appris à m'obéir ? "

No 50. —Le Compagnon de route

Il s'en allait tout seul, à travers le rude sentier de la vie, le vertueux jeune homme au cœur pur et tendre, à Tâme généreuse, à l'énergique volonté.

Il s'en allait, le cœur gros, mais cachant ses larmes, pressant sa main sur sa poitrine pour en arrêter les battements, et n'osant se retourner vers la demeure qu'il quittait, de peur de trop s'attendrir.

Il y avait sa mère dans cette demeure, et sa mëre lui avait dit :

" Il faut partir, mon enfant. . ., et dans quelques années, tu reviendras auprès de ta vieille mère qui t'attendra, solitaire, au foyer de ton enfance, et à qui tu procureras le bien-être pour ses derniers jours.

" J'aurais voulu t'accompagner, mon enfant, car il est dur et malsain à l'homme de marcher seul ; je ne le puis pas, cherche donc un ami qui t'accompagne sur la route.

*' La jeunesse est attrayante ; beaucoup se présenteront ; choisis, mon enfant, et que ce compagnon soit pour toi l'ange qui garda Tobie innocent et le ramena à son vieux père et à sa vieille mère."

*^ Mais, qui choisir, ma mère, et quel est le nom de l'ami que vous voulez pour moi ? "

El la mère, embrassant une dernière fois son enfant, murmura tout bas un nom à son oreille, et répéta plusieurs fois : " Lui seul ! Lui seul, mon fils ?

— Je vous le promets, ma mère ! "

Il s'en allait tout seul, le long du rude chemin de la vie, le vertueux jeune homme au cœur pur et tendre, à l'âme généreuse, à l'énergique volonté.

Et pendant qu'il cheminait, passa devant son regard comme une ombre lumineuse, et une voix se fit entendre :

— Me veux-tu pour compagnon de route ?

— Quel est ton nom ?

— Je puis la Gloire !

— Ce n'est pas le nom que ma mère m'a dit ; passe ton chemin.

Et plus loin, un doux frémissement parcourut son être tout entier, et une voix attrayante comme le chant du pâtre de la vallée, se fit entendre :

— Me veux-tu pour compagnon de route ?

— Quel est ton nom?

— Je suis le Plaisir.

— Ce n'est pas le nom que ma mère m'a dit ; passe ton chemin.

Et plus loin, il lui sembla que ses pieds glissaient sur le gazon, et que ses membres avaient oublié toute fatigue ; et une voix suave comme la brise du matin, douce comme la parole d'une mère à son petit enfant, se fit entendre :

— Me veux-tu pour compagnon de route?

— Quel est ton nom ?

— Je suis l'Affection !

— Ce n'est pas le nom que ma mère m'a dit ; passe ton chemin.

Et comme le soir venait, et que le voyageur se sentait plus triste que le matin, à cause de l'isolement de sa première journée, il éprouva tout à coup comme un sentiment de force qui lui était

inconnu, et une voix tendre, mais énergique, se fit entendre :

— Me veux-tu pour compagnon de route ?

— Quel est ton nom ?

— Je suis le Devoir !

— Oh ! viens, viens ! C'est ton nom que ma mëre m'a dit !

Et quelques années après, il revenait, vertueux toujours, le jeune homme au cœur pur et tendre, à l'âme généreuse, à l'énergique volonté.

Et il apportait à sa mère, qui l'attendait à son foyer solitaire, le bien-être pour ses derniers jours.

No 51. — Quatrain

D'aprè8 tes facultés calcule ta dépense, Et de l'avare injuste évite la démence. Par un soin économe il est beau de parer Aux coups que la fortune a pu nous préparer.

No 52.— La Pêche

Un laboureur rapporta de la ville cinq pêches d'une grande beauté. — Ses enfants voyaient ce fruit pour la première fois. — ils regardèrent avec admiration ces belles pommes aux joues roses, et couvertes d'un tendre duvet. — Le père les distribua à ses quatre fils, et il y en eut une pour la mère.

Le soir, quand les enfants allèrent se coucher, le père leur demanda comment ils avaient trouvé les pêches.

** Délicieuses, cher papa, dit l'aîné : ce sont de beaux fruits, qui ont un goût à la fois doux et

acide. — J'ai gardé avec soin le noyau, et je le mettrai en terre pour en avoir un arbre.

— Bien, dit le përe, c'est penser à l'avenir en sage économe, comme doit faire le laboureur.

- Quant à moi, s'écria le plus jeune, j'ai mangé la mienne. — J'ai jeté le noyau, et maman m'a encore donné la moitié de la sienne. — Ah ! c'était si bon, cela fondait dnns la bouche.

— Tu n'as pas, il est vrai, fait preuve de prudence, dit le père ; mais tu as agi comme un enfant de ton âge. — Tu auras dans ta vie assez d'occasions de te conduire avec prudence."

Le second fils dit alors : " J'ai ramassé le noyau que mon petit frère avait jeté ; je l'ai cassé, et j'en ai mangé l'amande, qui était aussi bonne qu'une noix : quant à ma pêche, je l'ai vendue, et j'en ai retiré assez d'argent pour en acheter une douzaine, la première fois que j'irai à la ville."

Le përe secoua la tête et dit : " Voilà qui est prudent, même trop prudent pour un enfant de ton âge. — Dieu veuille que tu ne deviennes ni avare ni cupide!. ..Et toi, Edmond?" Edmond répondit naïvement : " J'ai porté ma pêche à George, le fils de notre voisin, qui a la fièvre ; il ne voulait pas la prendre, mais je l'ai posée sur son lit, et je me suis enfui."

— Eh bien ! dit le père, lequel de vous a fait le meilleur usage de sa pêche ? "

Et tous les trois enfants s'écrièrent ensemble : " C'est notre frère Edmond !"

Edmond garda le silence ; et sa mère l'embrassa, les larmes aux yeux.

No 53. — Gustave

Tu l'auras cette mûre Qui pend sous la verdure,

O mutin I Eien qu'un instant sois sage ; Qu'il est beau ton visage,

Ce matin 1

Enfant, ma vie entière, Mes rêves, ma prière,

Sont à toi.

Si tu ne sais rien dire, Au moins par un sourire

Réponds-moi I

Prendre garde à sa mère I Sourire pour lui plaire

Ah bien oui 1 Au toit le soleil darde ; Mon distrait le regarde

Ebloui.

Puis c'est un blanc nuage.

L'oiseau qui du feuillage

S'envola I Les fleurs, les fruits de l'arbre.

Est-ce un enfant de marbre

Que j'ai là ?

A mon cœur qui déborde, Enfant, le tien n'accorde

Nul retour.

Pour un sabre, une image, Tu donnerais, je gage,

Mon amour I

Mystère de l'enfance Dont l'inexpérience Ne sait pas

Qu'une âme qui nous aime, C'est le bonheur suprême Ici-ban 1

Kais ce tendre langage, Souvent, même à ton âge,

On l'entend ; Seigneur.. .0 crainte horrible I S'il était insensible.

Mon enfant I

Si jamais sa jeune âme A nul rayon de flamme

Ne s'ouvrait I Si plus tard, sur la terre, Comme un froid solitaire,

Il passait I

Soudain on voit Gustave, G-racieux et suave.

Se hausser.

De sa bouche mignonne, Au doux visage il donne

Un baiser,

O surprise ! ô tendresse l La mère en son ivresse

Ne dit rien.

Une larme de joie Sur son fichu de soie

Tombe enfin.

Son âme bienheureuse; Longtemps silencieuse,

Keste ainsi ; Mais au céleste Père, Sa muette prière

Dit meroi.

Marii Jknna.

No 54. — Le Lis

Le petit Théophile, fils de parents pieux, se tenait un jour pensif et les mains jointes devant un lis. — Sa physionomie avait une expression de recueillement qui révélait la profonde émotion de son cœur. — Son père le rencontra dans cette attitude. — A quoi penses-tu, mon enfant ? lui demanda-t-il.

— Je pense, répondit Théophile, à la parole que prononça Notre-Seigneur, lorsqu'il éleva la fleur des champs au-deesus de la magnificence de Salomon.

— Et qu'y trouves-tu de particulier ? demanda le père ; tu me parais touché.

— 0 papa ! répliqua l'enfant, ce qui me touche c'est que le Très-Haut se soit abaissé jusqu'à louer une fleur périssable et sa beauté terrestre.

— Bien, mon fils, j'approuve et je partage ton sentiment. — Le Seigneur s'est abaissé jusqu'à cette fleur de la terre, pour élever le cœur de l'homme des choses terrestres aux choses du ciel. — Jusque dans le calice embaumé d'une fleur qui se fanera tout à l'heure, il lui a enseigné^ à reconnaître le Père de la lumière, la source de la vie. — Sa parole a mis en honneur la beauté simple du lis, et en a fait une consolation pour les âmes affligées. — Aussi le lis est-il ici-bas l'image de la divine sagesse, qui réunit dans une alliance éternelle la bonté, la vérité et la beauté."

No 55. — Quatrain

Agissez, mes enfants, toujoui-s avec prudence ; On ne saurait avoir trop de précautions. Il n'est point de dangers, de maux, d'afflictions, Qu'on n€ puisse éviter avec lu prévoyance.

No 56.— La petite Fleur amère

Une mère alla, un jour de printemps, avec sa petite fille sur la montagne, et Tenfant était transportée de joie à la vue de la belle verdure et des fleurs de toutes sortes qui bordaient le chemin.

Elle en trouva une qui lui plaisait plus que les autres : c'était une petite fleur délicate. — Mina, c'était le nom de l'enfant, cueillit la fleur ; elle la considérait en tous sens, la sentait, la baisait, la caressait et semblait ne pouvoir assez l'admirer. — Rassasiée enfin de regarder et de sentir, elle voulut jouir encore davantage ; elle mit la fleur dans sa bouche pour la manger. — A peine l'eut-elle goûtée, que la pauvre Mina accourut en larmes vers sa mère, et s'écria : ** 0 chère maman, la petite fleur était si belle, la couleur et l'odeur en étaient si douces ! je l'ai mangée, et elle est devenue si amère qu'elle me fait mal à la bouche ! ô les vilaines, les méchantes fleurs ! "

Ainsi parla la petite. — Mais la mère répondit : " Pourquoi, mon enfant, accuser les petites fleurs du tort que tu as eu ? La forme et la couleur en sont-elles moins belles, l'odeur en est-elle moins suave? — Les jouissances qu'elles nous donnent sont délicates comme elles, et doivent nous suflfire. — L'homme n'est pas fait pour se nourrir de fleurs, ni les fleurs pour être mangées.""

No 57. — Quand je serai grrand

" Le front incliné sur ton livre d'heures, Oh I je le vois bien... ma mère, tu pleures ! Et tu semblés triste en me regardant.

Mai» va I j'ai huit ansi mère, pi-ends courage... J'aurai pour nous deux du cœur à l'ouvrage Quand je serai grand.

'• Je voudrais grandir... Oh I le temps me dure 1

Hier, un méchant t'a jeté l'injure

Il te voyait seule avec un enfant.

Des cœure sans pitié raillent ta misère, Mais aucun d'entre eux ne l'osera, mèi-e, Quand je serai grand.

'Ton châle usé; ta robe de laine.

Si vieille à présent, se soutient à peine. Je t'habillerai d'un chaud vêtement, Et pendant l'hiver, toute la journée, Tu verras du feu dans la cheminée Quand je serai grand .

'* Je t'obéirai, mère, sois tranquille.

Oh 1 tu le verras... ton enfant docile Ne fera jamais ce que Dieu défend.

Tu dis quelquefois : '* La vie est amère. " Tu seras heureuse et tu seras fière Quand je serai grand.

*' Nous achèterons au bout du village

Un petit jardin tu souris, je gage.

Auprès des oiseaux, sous un lilas blanc, Pour toi je veux faire un banc de verdure, Et tu guéri i-as, mère, sois-en sûre.

Quand je serai grand. "

Et l'humble malade, un instant heureuse, N'ose le serrer de sa main fiévreuse.

Et tout bas murmure en le contemplant : '* Enfant, sois béni, mais ta pauvre mère N'aura plus besoin que de ta prière Quand tu seras grand."

Marie Jinna.

No 58. — Le Diamant brut

Un diamant brut se trouvait dans le sable parmi les pierres les plus communes. — Un enfant en ramassa plusieurs pour jouer, et les emportant à la maison, il prit la pierre précieuse sans toutefois en connaître la valeur. — Son përe, qui le regardait s'amuser, la remarqua et lui dit : " Donne-moi ce caillou." — L'enfant le lui donna en riant, car il pensait : Qu'est-ce que papa veut donc faire de ce caillou ?

Mais le përe, ayant pris le diamant, le tailla habilement à facettes et à pans réguliers, et alors la pierre polie brilla de mille feux. — '' Regarde, dit-il à son fils, voici le caillou que tu m'as donné." — L'enfant, émerveillé de l'éclat du diamant et de son scintillement, s'écria ; " Cher papa, comment as-tu donc fait?"

Le përe répondit : " J'ai reconnu la vertu cachée du diamant brut, et je l'ai délivré de sa grossiëre enveloppe. — Maintenant il brille de son éclat naturel."

Quand l'enfant fut devenu jeune homme, son përe lui rendit la pierre dont il avait révélé le prix, et ajouta ces mots : La plupart des hommes ont des vertus cachées que l'on n'apprécie que par une étude suivie.

No 59. — Les Oranges

Un habitant des bords du Tage Avait un fils que sa douceur, Son esprit, sa beauté, son aimablo candeur Eendaient le phénix de son &go ;

Mais il fréquentait par malheur, DeH amis dont l'exemple et l'entretien peu sage,

Auraient pu corrompre son cœur.

Le père en fut instruit, et vit avec douleur Le risque que couraient ses mœurs, son innocence. Il lui donne d'abord les plus sages avis, Lui peint les maux que peut causer son imprudence, Et l'exhorte à quitter ses compagnons chéris. " Mais pourquoi, dit l'enfant, faut-il que je les quitte ?

Papa, vous pensez trop mal d'eux ;

Ils sont sages et vertueux ; Et, s'ils ne l'étaient pas, par ma sage conduite

Je saurais bien les corriger." Le père qui sentit encore mieux le danger

Où l'exposait sa contiance, Feint d'être rassuré, garde un profond silence, Mais, tandis que l'enfant était loin du logis, Il remplit un panier d'oranges bien choisies, En mêle tout au plus deux bu trois do pourries. Et fait, ù, son retour, ce présent à son fils. Le marmot, empressé, le prend, le considère ; Mais à peine a-t-il vu : " Qu'avez-vous fait, mon pèrel Quoi I parmi des fruits sains mêler des fruits gâtés I — Ne craignez rien, mon fils, laissez-moi faire ;

Des bons la vertu salutaire (Corrigera bientôt ceux qui sont infectés.

— Ah I je prévois tout le contraire; Ceux qui sont corrompus corrompront tous les bous. — Ne craignez rien, vous dis-je, ou du moins attendons, Et pour pouvoir juger qui de nous prend le change, Laissons ces fruits mêlés, ensuite nous verrons

Ce qu'aura produit ce mélange." Le fils consent à tout ; on ferme le panier. Cinq ou six jours après, on en fait l'ouverture ; Mais ce n'était, hélas 1 qu'un tas de pourriture, '• Jo l'avais bien prévu, dit alors l'écolier. Ah ! pourquoi n'avoir point, papa, daigné vous rendre

A l'avis que je proposais ?

— Et vous, mon fils, reprit le père"tendre, Pourquoi si longtemps vous défendre, Des conseils que je vous donnais, Lorsque je m'attachais à vous faire comprendre, Que si vous fréquentiez des amis vicieux,

Vous le sei-iez bientôt comme eux ?

De ce malheur ces fruits vous présentent l'image ; Les mauvais ont gâté les bons.

Puissent-ils vous rendre plus sage 1 Puissent-ils vous apprendre à fuir les liaisons Qui pourraient de vos mœurs corrompre l'innocence 1 L'enfant fit son profit de cette remontrance. Convaincu du danger, il ne le brava plus, Et quitta pour toujours les amis dissolus Qui l'auraient tôt ou tard entraîné dans l'abîme.

C'est pour vous, jeunes gens, que j'ai fait ce récit. Que cette importante maxime, Toujours présent à votre esprit.

Dans le choix des amis en tout temps vous dirige.

Le commerce des bons quelquefois nous corrige,

Maiscelui des méchants toujours nous pervertit.

No 60. — Les Martyrs du Canada LE P. JOGUES

Dans les derniers jours du mois de juillet 1642, le P. Jogues quittait Québec pour retourner dans le pays des ïïurons. Il y avait avec lui, distribuées dans deux canots, quarante personnes, parmi lesquelles deux Français, René Goupil et Guillaume Couture.

Après avoir fait halte aux Trois-Riviëres, où se trouvait alors le gouverneur, M. de Montmagny, ils continuèrent leur route, et le deuxième jour du mois d'août, vers le soir, ils s'arrêtèrent sur le rivage, à la hauteur des îles du lac Saint-Pierre, pour y passer la nuit.

Le lendemain ils partirent de bonne heure ; mais à quelques milles de là ils tombèrent entre les mains des Iroquois, et vingt-trois d'entre eux furent faits prisonniers. Le P. Jogues et les deux Français étaient de ce nombre.

Ils furent traités avec la dernière barbarie. Les Iroquois se précipitèrent sur le missionnaire comme des bêtes fauves ; ils le dépouillèrent de ses vêtements, et déchargèrent sur tout son corps une grêle de coups de poing et de coups de bâtons. Ils lui arrachèrent les ongles des doigts avec leurs dente, lui mâchèrent les deux index, et lui coupèrent le pouce de la main gauche. Ils le transportèrent parla rivière des Iroquois — aujourd'hui rivière de Chambly — et le lac Champlain jusque dans leur pays, et là le promenèrent de village en village comme un trophée dont ils étaient fiers.

A chaque nouvelle station, il lui fallait subir de nouvelles tortures. Il passait souvent les jours sans nourriture et les nuits sans sommeil. La faim, la chaleur excessive, le froid, les coups de bâton, les plaies purulantee, rongées déjà par les vers, les cruelles piqûres d'une nuée d'insectes dévorants, la perspective de la mort dont il était continuellement menacé, tout contribuait à rendre sa position horrible. Quelquefois lié au fond d'un canot ou attaché à des piquets, il ne pouvait prendre un instant de repos : ses farouches geôliers, les jeunes gens sur-

tout se glissaient près de lui et s'amusaient à irriter et à envenimer les plaies des doigts ou des parties les plus sensibles du corps, en y renfonçant leurs ongles longs et aigus, ou en les piquant avec des alênes. Ils se plaisaient surtout à lui arracher la barbe et les cheveux.

Au milieu de tous ces tourments, le P. Jogues s'unissait à l^otre- Seigneur dans la flagellation, et répétait avec le saint roi David : " Les 'pécheurs ont frappé longtemps et cruellement sur mes épaules comme le forgeron sur le fer. ^'

Une nuit, on le conduisit dans une cabane, où des jeunes gens s'étaient réunis pour le faire souôrir. On lui ordonna d'abord de chanter, et il se mit à chanter les cantiques du Seigneur sur une terre étrangère. Au chant succéda le supplice. On jeta sur lui des cendres chaudes et des charbons ardents. Ensuite, on le suspendit par les bras à deux poteaux dressés au milieu de la cabane. Il s'attendait à tout instant d'être brûlé vif ; car c'est la posture que les bourreaux donnaient ordinairement à leurs victimes. Pendant ce nouveau tourment, comme pour lui faire comprendre que si jusque-là il avait pu souffrir avec un peu de courage et de patience, il ne le devait pas à sa propre vertu mais à Celui qui donne la force aux faibleSy le Seigneur l'abandonna pour ainsi dire à lui-même. Il faisait entendre des gémissements lamentables, et l'excès de ses douleurs le fit conjurer les bourreaux de relâcher un peu ses liens ; mais plus ses instances étaient vives, plus on s'efforçait de les resserrer. Enfin, après un quart d'heure d'horrible souffrance, un sauvage étranger, qui était témoin de cette scène cruelle, fut touché de compassion : sans rien dire, il s'approcha de la victime.

et coupa 868 lieua. Sans cela, le serviteur^de Dieu serait mort sur-le-champ.

Le P. Jogues passa ainsi plus d'uue anuée dans les souffrances de l'esclavage au milieu des Iroquois ; jusqu'à ce que les Hollandais, qui avaient reçu ordre de le délivrer à tout prix, purent le soustraire enfin à la cruauté de ces barbares. Le 5 novembre 1643, il partit de New-Amsterdam, aujourd'hui New- York, pour retourner en France.

Il n'y demeura pas longtemps. Transporté d'un ardent désir de travailler à la gloire de Dieu et à la conversion des sauvages, entretenant toujours dans sou cœur la douce espérance de recevoir un jour la couronne du martyre, il s'embarqua de nouveau, au printemps de 1644, pour retourner dans sa chëre mission du Canada. A la fin du mois de juin, il pouvait embrasser ses frères de Québec, et se réjouir avec eux de la conduite de la Providence à son égard.

Peu de temps après son arrivée, la paix ayant été conclue entre les Français et les Iroquois, il fut chargé par ses supérieurs d'aller porter la lumière de l'Evangile et le feu de la charité à ces âmes farouches et sanguinaires. Il y retourna jusqu'à trois fois ; mais la troisième fois, il eut un pressentiment de sa mort : " J^irai, écrivait-il, et je ne reviendrai pas"

En effet, depuis son dernier voyage, les dispositions des Iroquois n'étaient plus les mêmes. Aux intentions pacifiques avaient succédé une violente animosité soulevée par la défiance et la superstition ; la guerre était de nouveau déclarée.

Chemin taisant, le P. Jogues rencontra une troupe de guerriers qui marchaient sur le fort Richelieu.

Ceux-ci se ruèrent sur lui, le dépouillèrent de ses vêtements, l'accablèrent d'injures, et l'emmenèrent prisonnier dans cette même bourgade d'Andagaron, où le serviteur de Dieu avait déjà passé ses treize mois de captivité. Il n'entendait plus retentir à ses oreilles que des menaces de mort ; et un soir qu'il entrait dans une cabane où il avait été invité perfidement à prendre son repas, un sauvage lui asséna un coup de hache qui l'étendit mort. Sa tête fut aussitôt tranchée et placée sur un des pieux de la palissade d'enceinte, la face tournée vers le chemin par lequel il était venu. C'était le 18 octobre 1646. Né le 10 janvier 1607, il était arrivé à Québec pour la première fois le 2 juillet 1636. Il fut le premier apôtre des Iroquois, et le premier missionnaire victime de leur cruauté.

Le P. Jogues a-t-il été mis à mort en haine de la religion catholique ou en haine de la nation française ? Est-il martyr de la foi ou martyr de la politique ? Il serait peut-être difficile de prouver que la haine de la foi ait déterminé ses bourreaux à lui donner la mort ; quoi qu'il en soit, nous pouvons lui appliquer ces paroles de saint Cyprien aux Thibari tains : " Vous n'êtes pas seuls, puisque partout où vous allez vous êtes avec Dieu. Si en fuyant dans la solitude, si en vous cachant dans les montagnes, vous êtes assassiné par les brigands ou dévoré par une bête féroce, ou consumé par la faim, la soif, le froid, ou englouti par la tempête, qu'importe le champ de bataille? Jésus-Christ vous contemple du haut des cieux, comme son soldat qui combat pour la gloire de son nom, et vous aurez la même récompense que celui qui a tout l'éclat de la lutte ; car la mort obscure n'est pas moins glorieuse

que celle qui a la publicité du triomphe. Pour la certitude du martyre, il suffit d*avoir pour témoin celui qui éprouve et couronne les martyrs."

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