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lui, distribuées dans deux canots, quarante personnes, parmi lesquelles deux Français, René Coupil et Guillaume Couture.
Après avoir fait halte aux Trois-Rivières, où se trouvait alors le Souverneur, M. de Montmagny, ils continuèrent leur route, et le deuxième jour du mois d'août, vers le soir, ils s’arrétèrent sur le rivage, à la hauteur des îles du lac Saint- Pierre, pour y passer la nuit.
Le lendemain ils partirent de bonne heure :
mais à quelques milles de là ils tombèrent entre les mains des Iroquois, et vingt-trois d’entre eux furent faits prisonniers, Le P. J ogues el les deux Français étaient de ce nom bre.
Ils furent traités avec la dernière barbarie. Les Iroquois se précipitrent sur le missionnaire comme deg bêtes lanves; ils le dépouillèrent de ses vêtements, et déchargèrent sur tout son corps une grêle de coups de poing et de coups de bâtons. Ils lui arrachèrent les ongles des Goigts avec leurs dents, lui mâchèrent les deux index, et lui coupèrent le pouce de la main gauche. Is le transportèrent par la rivière des Iroquois—au; ourd'hui rivière de Chambly— et le lac Champlain jusque dans leur pays, et là le promencrent de village en village comme un trophée dont ils étaient fiers.
À chaque nouvelle station, il lui fallait subir de nouvelles tortures. Il passait souvent les jours sans nourriture et les nuits sans sommeil. La faim, la chaleur excess: re, le froid, les coups de bâton, les plaies purulantes, rongées déjà par les vers, les cruelles piqûres d'une nuée d'in. sectes dévorants, la perspective de la mort dont
il était continuellement menacé, tout contri-
buait à rendre sa position horrible. Quelquefois lié au fond d'un canot ou attaché à des piquets, il ne pouvait prendre un instant de repos : ses farouches geôliers, les jeunes gens surtout se glissaient près de lui, et s’amusaient à irriter et à envenimer les plaies des doigts ou des parties les plus sensibles du corps, en y enfonçant leurs ongles longs et aigus, ou en les piquant avec des alènes. Ils se plaisaient surtout à lui arracher la barbe et les cheveux.
Au milieu de tous ces tourments, le P.Jogues sunissait à Notre-Seigneur dans la flagellation, et répétait avec le saint roi David : “ Les pécheurs ont frappé longtemps et cruellement sur mes épaules comme le forgeron sur ve fer.”
Une nuit, on le conduisit dans une cabane, où des jeunes gens s'étaient réunis pour le faire souffrir. On lui ordonna d’abord de chanter, et il se mit à chanter Les cantiques du Seigneur sur une terre étrangère. Au chant succéda le supplice. On jeta sur Ini des cendres chaudes et des charbons ardent. Ensuite, on le suspendit par les bras à deux poteaux dressés au milieu de la cabane. Il s'attendait à tout instant d'être brûlé vif; car c’est la posture que les bourreaux donnaient ordinairement à leurs victimes.
Pendant ce nouveau tourment, comme pour Jui faire comprendre que si jusque là il avait pu souffrir avec un peu de courage et de patience, il ne le devait pas à sà propre vertu mais à Celui qui donne la force aux faibles;' le Seigneur l'abandonna pour ainsi dire à lui-même. T1 faisait entendre des gémissements lamenta-
bles, et l'excès de ses douleurs le fit conjurer les bourreaux de relâcher un peu ses liens;
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mais plus ses instances étaient vives, plus on s'efforçait de les resserrer. Enfin, après un quart d'heure d'horrible souffrance, un sauvage étranger, qui était témoin de cette scène cruelle, fut touché de compassion : sans rien dire, il s'approcha de la victime, et coupa ses liens. Sans cela, le serviteur de Dieu serait mort sur le champ.
Le P. Jogues passa ainsi plus d’une année dans les souffrances de l'esclavage au milieu des Iroquois ; jusqu’à ce que les Hollandais, qui avaient reçu ordre de le délivrer à tout prix, purent le soustraire enfin à la cruauté de ces barbares. Le 5 novembre 1643, il partit de New-Amsterdam, aujourd'hui N ew-York, pour retourner en France.
Il n'y demeura pas longtemps. Transporté d'un ardent désir de travailler à la gloire de Dieu et à la conversion des Sauvages, entretenanttoujours dans son cœur la douc . espérance de recevoir un jour la couronne du martyre, il s'embarqua de nouveau, au printemps de 1644, pour retourner dans sa chère mission du Cana: da. À la fin du mois de juin, il pouvait embras- | ser ses frères de Québec, et se réjouir avec eux de la conduite de la Providence à son égard.
Peu de temps après son arrivée, la paix ayant été conclue entre les Français et les Iroquois, il fut chargé par ses supérieurs d'aller potter la lumière de l'Evangile et le feu de la charité à ces âmes farouches et sanguinaires. Il y retourna jusqu'à trois fois; mais la troisième fois, il aut un présentiment de 5a mort : ‘ J'érat, écrivail-il, et je ne reviendrai pas.”
En effet, depuis son dernier voyage, les die
La
positions des Iroquois n'étaient plus les mêmes. Aux intentions pacifiques avait succédé une violente animosité par la défiance et la superstition; la guerre était de nouveau déclarée.
Chemin faisant, le P. Jogues rencontra une troupe de guerriers qui marchaient sur le fort Richelieu. Ceux-ci se ruèrent sur lui, le dépouillèrent de ses vêtements, l’accablèrent d’injures, et l'emmenèrent prisonnier dans cette même bourgade d’Andagaron, où le serviteur de Dieu avait déjà passé ses treize mois de captivité. Il n'entendait plus retentir à ses oreilles que des menaces. de mort: et un soir qu'il entrait dans une cabane où il avait ét6 invité perfidement à prendre son repas, un sauvage lui assena un coup de hache qui l’étendit mort. Sa tête fut aussitôt tranchée et placée sur un des pieux de la palissade d'enceinte, la face tournée vers le chemin par lequel il était venu. C'était le 18 octobre 1646. N6 le 10 janvier 1607, il était arrivé à Québec pour la première fois le 2 juillet 1636. Il fut le premier apôtre des Iroquois, et le premier missionnaire victime de leur cruauté.
Le P. Jogues a-t-il 66 mis à mort en haine de la religion catholique ou en haine de la nation française ? Est-il martyr de la foi ou martyr de la politique ? Il serait peut-être difficile de prouver que la haïne de la foi ait déterminé ses bourreaux à lui donner la mort; quoic1il en soit, nous pouvons lui appliquer ces paroles de saint Cyprien aux Thibaritains : “ Vous n’êtes pas seul, puisque partout où vous allez vous êtes avec Dieu. Si en fuyant dans ia solitude, si en vous cachant dans les montagnes, vous êtes as-
sassiné par les brigands ou dévoré par une bête féroce, ou consumé par la faim, la soif, le froid, ou englouti par la tempête, qu'importe le champ de bataille ? Jésus-Christ vous contemple du haut des cieux, comme son soldat qui combat pour la gloire de son nom, et vous aurez la même récompense que celui qui a tout l'éclat de la lutte; car la mort obscure n’est pas moins glorieuse que celle qui a la publicité du triomphe. Pour la certitude du martyre, il suffit d'avoir pour témoin celui qui éprouve et couronne les martyrs. ”
Le P. de Brebeuf et le P,. Gabriel Lalemant
Écrâzé — vinkeur — préçante — potô— condäné —tandi k'on suspun — poatrine— l'éksprécion — féblèss— mâchoar—éta.t'afreû — nüvran — intolérable — implorë—le trénèr —prolongé— keur—un’ parti (art.)—anchäcé—anvoa-ié—dan lbuit’.
Pendant l’hiver de 1649, une nombreuse armée d'Iroquois se présenta aux portes du village Saint-Ignace. Les Hurons étaient plongés dans un profond sommeil. Le fort fut emporté sans résistance, le village livré aux flammes, et tous les habitants, hommes, femmes, enfants, furent passés par le fer et le feu. Trois Hurons seulement parvinrent à s'échapper, et coururent donner l'alarme au village Saint-Louis, à une lieue de distance.
Les ennemis ne donnèrent pas à leurs victimes le temps de se reconnaître ; bientôt ils cernèrent la place de tous les côtés et montèrent à l'assaut, Deux fois les guerriers hurons les repoussèrent avec pertes; mais enfin, éerasés par le nombre, ils tombèrent sous les débris des
palissades. Les féroces vainqueurs pénétrèrent par toutes les brèches et firent un horrible carnage.
Le Pères de Brebeuf et Lalemant se trouvaient alors au village Saint-Louis. Malgré les pressantes sollicitations des Hurons, ils n'avaient pas voulu abandonner leur troupeau à l'heure du danger. Chargés de liens avec les autres prisonniers, ils furent conduits sur les ruines fumantes du village Saint-Ignace, pour être mis à mort ; on les y accueillit par une grêle de coups de bâtons.
Comme autrefois l’apôtre saint André à la vue de la croix après laquelle il soupirait depuis longtemps, le P. de Brebeuf se jette à genoux au pied du poteau où il va être attaché, et embrasse avec respect l'instrument de son supplice. Puis apercevant autour de lui une foule de chrétiens condamnés comme lui à la mort, il lève les yeux au ciel, et les exhorte à souffrir courageusement, en leur montrant les palmes qui les attendent là-haut.
Le P. de Brebeuf était doué d’une organisation physique exceptionnelle et d’une grande force de caractère. Le P. Jogues et le P. Lalemant sont des agneaux résignés, mais suppliants, sous la griffe du tigre ; le P. de Brebeuf, au contraire, c’est le lion dans toute sa majesté. Tandis qu’on suspend autour de son cou un collier de haches rougies au feu, qu'on l'enveloppe d’une ceinture enduite de gomme (et de résine enflammées, qu'en dérision du baptème, on lui verse de l’eau bonillante sur la tête, qu’on taille sur ses membres des lambeaux de chair qui sont
grillés et dévorés devant lui, qu’on lui perce les
mains avec des fers rouges, qu'après lui avoir arraché la peau de la tête, on jette sur son crâne de la cendre chaude et des charbons ardents, pas un cri, pas un soupir ne s’exhale de sa poitrine. Sa figure conserve l'expression d’une sérénité parfaite. Son regard paraît absorbé dans la contemplation d’une vision céleste. D’une voix ferme, il encourage ses compagnons de supplice. En vain les Iroquois redoublent de fureur et de cruauté pour lui arracher un signe de faiblesse et l'empêcher de parler, en vain ils lui fendent la mâchoire d’un coup de hache, ils lui coupent les lèvres, le nez, la langue, et lui enfoncent un fer rouge dans la gorge; dans cet état affreux, il parlait encore par signes pour consoler et fortifier ses frères, surtout le P. Lalemant dont les soupirs lamentables lui fendaient l'âme.
C'était en effet un spectacle navrant pour le vieux missionnaire de voir son jeune compagnon se tordre pour ainsi dire dans des souffrances intolérables. Au plus fort de ses tourments, le P. Gabriel levait les yeux au ciel et implorait le secours d’en haut. Ses bourreaux le couvrirent d’écorces, et, avant-d'y mettre le feu, le traînèrent devant le P. de Brebeuf. Le jeune martyr se jeta à ses pieds, et se recommauda à ses prières en répétant les paroles de l'apôtre saint Paul: “ Mous avons été donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes.”
Ivres de carnage et de sang, les Iroquois inventèrent contre lui des raffinements de cruauté dignes de l'enfer. Ils lui arrachèrent les yeux, et mirent dans leurs orbites des charbons ardents. Son supplice fut prolongé pendant un jour et une nuit ; et ce ne fut que le lendemain de sa captivité, vers neuf heures du matin, que
l'un de ses bourreaux, fatigué de le voir languir si longtemps, mit un terme à ses maux en lui fendant la tête d'un coup de hache,
Le P. de Brebenf “tt mort la veille, le 16 mars, après trois heures de tortures. Les bar. bares lui arrachèrent le cœur et le dévorèrent entre eux, pensant ainsi s’attribuer une partie de son courage.
Il avait été le fondateur de ln mission des Hurons ; il en fut le dernier apôtre, et mourut à l’âge de 56 ans.
On conserve encore, à l'Hôtel-Dieu de Québec, le crâne du P. de Brebeuf, enchâssé dans le socle d'un buste d'argent, qui fut envoyé au Canada par la famille de l'illustre martyr, dans le but d'y renfermer cette précieuse relique.
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