MADAME
Voici le plus jeune des auteurs qui vient vous demander votre protection pour ses ouvrages. Il aurait bien voulu, pour les mettre au jour, attendre qu'il eût huit ans accomplis : mais il a eu peur qu'on ne le soupçonnât d'ingratitude, s’il eût été plus de sept ans au monde sans vous donner des marques publiques de sa reconnaissance.
(1) Cette épître dédicatoire fut mise par Mme, do Maïintenon à la tête de uelques traductions faites par son élève, le jeune duc du Maine, fils de Louis XIV et de Mme, de Montespan. Elles parurent en 1678, sous le titre d’Œuvree diverses d'un auteur de sept ane.
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fn effet, madame, il vous doit une bonne partie de tout ce qu'il est, Quoiqu'il ait eu une naissance assez heureuse, et qu'il y ait peu d'uuteurs que le ciel ait regardés aussi favorablement que lui, il avoue que votre conversation a beaucoup aidé à perfectionner en su personne ce que la nature avait commencé. S'il pense avec quelque justesse, s'il s'exprime avec quel.
ue grâce, et s’il sait faire déjà un assez juste discernement des hommes, ce sont autant de qualités qu'il a tâché de vous dérober. Pour moi, madame, qui connais ses plus secrètes pensées, je sais avec quelle admiration il vous écoute, et je puis vous assurer avec vérité qu'il vous étudie beaucoup plus volontiers que tous ses livres.
Vous trouverez dans l'ouvrage que je vous présente, quelques traits assez beaux de l'histoire ancienne: mais il craint que, dans la foule des événements merveilleux qui sont arrivés de nos jours, nous ne Soyons guère touchés de tout ce qu’il pourra vous apprendre des siècles passés : 11 craint cela avec d'autant plus de raison, qu’il a éprouvé la même chose en lisant les livres. Il trouve quelquefois étrange que les hommes se soient fait une nécessité d'apprendre par cœur des auteurs qui nous disent des merveilles si fort au-dessous de celles que nous voyous. Comment pourrait-il être frappé des victoires des Grecs et des Romains, et de tout ce que ÆForus ct Justin lui racontent ? Ses nourrices, dès le berceau, ont accoutumé ses oreilles à de plus grandes choses. On lui parle, comme d’un prodige, d'une ville que Îles Grecs prirent en dix aus; il n'a que sept ans, et il a
déjà vu chanter en France des Te Deum pour la prise de plus de cent villes.
Tont cela, madame, le dégoûte un peu de l'antiquité : il est fier naturellement ; je vois bivn qu'il se croit de bonne maison ; et, avec quelque éloge qu'on lui parle d'Alexandre et de César, je ne sais s’il voudrait faire quelque Comparaison avec les enfants de ces grands hommes. Je m’assure que vous ne désapprouverez pas en lui cette petite lierté, et que vous conviendrez qu'il ne se connaît pas mal en héros; mais vous avouerez aussi que je ne me connais pas mal à faire des présents, et que,. dans le dessein que j'avais de vous dédier un livre, je ne pouvais choisir un auteur à qui vous prissiez plus d'intérêt qu'à celui-ci.
Je suis, madame, etc.
No 11.—Le Dormenr
Il y a peu de temps, vivait à la Part-Dieu un Pére que le plus invincible penchant au sommeil Contrariait étrangement, Avec la meilleure volonté du monde, il ne pouvait s'éveiller à ouze heures (avant minuit) pour aller chanter matines. (Or, la nature qui l'avait fait si dormeur, l'avait fait aussi très bon mécanicien, Sans études, sans notions aucunes de mathématiques, à force de réflexion et de travail, il avait fabriqué une ho: loge parfaite, 11 Eee d’abord à la sonnerie, e:1 forme de réveil e-matin, un rude carillon, qui fut insuffisant. et bientôt, aux angles et au milivu du petit chapiteau qui couronnait le cadran. un merle, un coq et un tambour. À l'heure dite, tout cela faisait tapage,
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eût pris la criminelle habitude de les retirer
Pendant quelques nuits, les choses allèrent bien ; mais au bout d'un certain temps, quand venaient onze heures, le carillon carillonnaït, le merle sifait, le coq chantait, le tambour battait .…@t le moine ronflait.
Un autre se serait découragé. Le Père, inyoquant son génie, machina bien vite un serpent
ui, placé sous sa tête, venait toujours lui siffler
ans l'oreille : “ 11 est temps, levez-vous”’ ‘Le serpent fut plus habile que le merle, le coq, le tambour et le carillon, lesquels n’en faisaient pas moins d’ailleurs un petit tintamarre supplémentaire.
C'était merveille, et le chartreux ne manquait jamais de s’éveiller. Hélas! au milieu de sa joie, il fit une triste découverte ; il ne s'était cru que dormeur; il se reconnut paresseux. Tout éveillé gui fut, il hésitait à quitter sa dure couchette ; il perdait bien une minute à savourer la douceur de se sentir au lit, refermant un œil et jouant à dormir. Cela demandait réforme. Le religieux se sentait coupable, et le mécanicien se sentait humilié ; le diable avait trop l'air de narguer l'un et l’autre; il fallait reprendre le dessus.
Aussitôt une lourde planche est disposée audessus du lit, de telle sorte qu’elle tombe rudement sur les pieds du paresseux, dix secondes après l'avertissement charitable du serpent ; plus d’une fois le pauvre Père se rendit au
Chœur, hoiteux et meurtri. Eh bien! le croi-
rait-on ? soit que le serpent eût perdu son fausset, que la planche avec le temps fût devenue moins pesante, le vieillard plus dormeur ; soit que ses jambes se fussent endurcies on qw’il
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avant que le châtiment tombât, il ne tarda pas à sentir la nécessité d’une autre invention ; et tous les soirs, avant de se coucher, il se lie au bras une corde ui, à l'heure fatale, se tend sans crier gare et le jette à bas du lit.
Il était là. Dieu sait quels nouveaux projets somnicides il roulait dans sa tête, lorsqu'il se sentit endormir pour toujours... Endormir ! Oh ! non; le fervent chrétien n’en jugea pas de la sorte ; et malgré son petit péché de paresse, plein de confiance en Celui qui pardonne :
“ Ah !s'écria-t-ilen mourant, je m'éveille enfin !" Ce fut son dernier mot,—L. Veonsor
No 12.—L'Habillement singulier
M. de Louvois avait touiours eu l'esprit un peu léger : étant à Brest à dix-huit ans, avec
eaucoup de dettes et sans argent, il écrivit à son père ; et, ne receva: : noïint de réponse, il vendit tous ses habits pour fournir aux frais de son Voyage, ne gardant, pour toute garde-robe, qu'un mauvais frac usé ; et il partit pour se rendre au château de Louvois, où le marquis de Souvré le recut très mal; dans les premicrs jours, M. de Louvois n’osa pas lui renouveler sa demande. Un soir, M. de Souvré lui dit que les dames les plus considérables du voisinage venaient diner chez lui le surlendemain. “ J'espère, ajouta-t-il, que vous voudrez bien quitter ce vilain habit de Voyage et vous habiller convenablement.” M. de Louvois se garda bien de dire qu'il ne lui restait plus que le vêtement qu'il avait sur lui ; mais il déclara qu'il n'avait
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apporté que de vieux habits, et qu'il désirait en faire faire un neuf; et il saisit cette occasion de demander de l'argent. M. de Souvré refusa d'un ton qui ne laissait nulle espérance. M. de Louvois n'insista point : il se contenta de répondre qu'il mettrait un autre habit. I] y avait dans la chambre où il conchait une vieille tapisserie à grands personnages, il en détacha un pan qui représentait Armide et Renaud ; il envoya chercher le tailleur du villa e; et, lorsqu'il fut arrivé, il lui ordonna de Jui faire un habillement complet, habit, veste et culotte avec ce pan de tapisserie, de passer la nuit et de le lui rendre le surlendemain de bonne eure. Le tailleur, pour mettre un peu de régularité dans ce singulier ouvrage, fit des manches avec les deux bras d'Armide, et sur le dos de cet habit il mit la tête de Renaud ornée d'un beau casque ; deux petits visages d’amours et des fra ments de bouclier formaient le reste de l'habil ement dont M. de Louvois se revêtic avec une Je parfaite. Equipé de la sorte, au mois de juillet, il attendit dans sa chambre, et non sans im patience, l'arrivée de la compagnie : aussitot qu'il entendit les voitures dans la cour, il descendit lestement, malgré l'étonnante lourdeur de sa parure, et il s'élança sur le perron, afin de donner la main aux dames, ce qu'il fit sérieusement, et de l’air du monde le plus simple et le plus naturel. Comme on s'émerveillait et que l’on questionnait en vain M. de Louvois, qui, avec son maintien triomphal, conduisait ces dames dans le salon, M. de Souvré survint; à l'aspect de son fils paré des dépouilles de sa chambre, il recula deux pas en arrière, et demanda d'un
ton foudroyant, raison de cette extravegance : “Mon père, répondit M. de Louvois, vous m'aviez ordonné de mettre un autre habit, et, Comme je n'avais à ma disposition que cette étoffe, j'ai été forcé de lemployer pour vous Obéir.”- Mme pr Genus.
No 13.—Faut-il les tuer tous denx
Un jour je voyageais en Calabre; c'est un
pays de méchantes gens, qui, je crois, n’aiment .
ersonne et en v-ulent surtout aux Français :
e vous dire pourquoi, cela serait trop long, suffit qu'ils nous haïssent à mort, et qu’on passe fort mal son temps lorsqu'on tombe entre leurs mains. J'avais pour com Pagnon un brare jeune homme. Dans ces montagnes, les chemins sont des précipices: nos chevaux marchaient avec beaucoup de peine; mon camarade allait devant; ua sentier, qui lui parut plus praticable et plus court, nous égara.
Ce fut ma faute : de vais-je me fier à une tête de vingt ans ? Nous cherchâmes, tant qu'il fit Jour, notre chemin à travers ces bois ; inais plus nous cherchions, plus nous nous perdions, et il était nuit noire quand nous arrivâmes près d'une maison fort sale : nous Y entrâmes, non sans ÉOUPÇon; mais comment faire ? Là, nous trou- YOons toute une famille de charbouniers à table, où du premier mot on nous invita; mon jeune homme ne se fit Pas prier, nous voilà mangeant et buvant, lui du moins, car pour moi, j'examinois le lieu et la mine de nos hôtes, . Nos hôtes avaient bien la mine de charbonniers : Muis la
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maison, vous l'eussiez prise pour un arsenal. Cle n'étaient que fusils, pistolets, sabres, couteaux et coutelas. Tout me déplut, et je vis bien que je déplaisais aussi. Mon camnaraile, au contraire : il était de la famille, il riait. il causait avec eux ; et, par une imprudence qu: Jaurais dû prévoir, il dit d’abord d’où nous venions, où nous allions, qui nous « tions; Français, imaginez un peu! chez nos plus mortels ennemis. seuls, égarés, si loin de ont secours humair. ! it puis, pour ne rien omettre de ce qui pouvait nous perdre, il fit le riche, promit à ces gens, pour Îa dépense et pour nos guides le lendemain, ce qu'ils voulurent. Enfin, il parla de sa valise, priant fort qu'on en eût grand soin, qu'on la mit au chevet de son lit; il ne voulait point, disait-il, d'autre traversin. Ah ! jeunesse ! jeunesse ! que votre âge est à plaindre! On crut que nous portions les diamants de la couronne.
Le souper fini, on nous laisse ; nos hôtes couchaient en bas, nous dans la chambre haute, où nous avions mangé, Une soupente élevée de sept à huit pieds, où l’on montait par une échelle, c'était là le coucher qui nous attendait, espèce de nid, dans lequel on s’introduisait en rampant sous des solives chargées de provisions pour toute l’année. Mon camarade y grimpa seul, et se coucha tout endormi, la tête sur la précieuse valise. Moi, déterminé à veiller, je fis bon feu et m'assis auprès. La nuit s'était déjà paisée
Jentendis au-dessous de moi notre hôte et sa femme parler etse disputer : et, prétant l'oreille
par la cheminée qui communiquait avec celle d'en bas, je distinguai ces propres mots du mari : ‘“ Eh bien, enfin, voyons, faut-il les tuer tous deux ? ”—A quoi la femme répondit:
“Oui,” et je n'entendis plus rien.
Que vous dirai-je ? Je restai respirant à peine, tout mon corps froid comme un marbre ; à me voir, on n’eût su si J'étais mort ou vivant. Ah! quand j'y pense encore! Nous deux presque sans armes, contre eux, douze ou quinze, qui en avaient tant ! Et mon camarade mort de sommeil et de fatigue ! l'appeler, faire du bruit, je n'osais ; m'échapper tout seul, je ne pouvais : la fenêtre n'était guère haute, mais en bas deux gros dogues hurlant comme des loups... En
uelle peine je me trouvais ! Qu'on l’imagine si l'on peut. Au bout d'un quart-d'heure, qui fut long, j'entendis sur l'escalier quelqu'un, et par la fente de la porte, Je vis le père, sa lampe dans une main, dans l'autre un de ses grands couteaux.
1 montait, sa femme après lui, moi derrière la porte ; il ouvrit : mais avant d'entrer, il posa la lampe, que sa femme vint prendre, puis il entra pieds nus et elle dehors Jui disait à voix basse, masquant avec ses doigts le trop de lumière de la lampe : « Doucement, va doucement” Quand il fut à l'échelle, il monte, son couteau dans les dents, et venu à la hauteur du lit (ce pauvre jeune homme, éteudu, offrant sa gorce découverte), d'une main il prend son couteau, et de l'autre. Ah ! de l'autre….il saisit un jambon qui pendait au plancher, en coupe une tranche et se retire comme il était venu. La porte se referme, la lampe s'en va et Je reste seul à mes réflexions.
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Dès que le jour parut, toute la famille, à grand bruit, vint nous éveiller, comme nous l’'avions recommandé. On apporte à manger, on sert un déjeuner fort propre, fort bon, je vous assure.
Deux poulets en faisaient partie, dont:il fallait, dit notre hôtesse, emporter l'un et manger l’autre. En les voyant, je compris enfin le sens de ces terribles mots: “ Faut-il les tuer tous deux ?” Et je vous crois assez de pénétration pour deviner à présent ce que cela signifiait,
P. L. Courier.
No I.—Ugolin dans ln Tour de la Faim
“ Dieu ! où suis-je ? Les ténèbres de la mort “ m'environnent de toutes parts ! tout est plongé “ dans un more silence. Ah! traître, tu ax “ profité de mon sommeil, tu m'as arraché du “ milieu de mon palais: ta vengeance est satis- “ faite ; il ne me reste plus qu'une rage impuis- “ sante, Mais quoi! la honte d’une aussi noire “ perfidie n’a pu te retenir ! Ah ! le Ciel, le juste “ Ciel ne la laissera pas impunie. Un jour, sans “ doute, il vengera l'innocence opprimée. Mais, “ plaintes inutiles! je suis seul, seul au monde. “ C’en est fait ; une barrière immense me sépare “ du reste des hommes, et c’est ici que doivent “ finir les tourments de ma vie. Une lampe “ sépulcrale qui perce à peine l'épaisseur des ‘“ ténèbres, augmente encore l'horreur de cette “ affreuse nuit: puissent mes Jours s’éteindre “ avec elle ! Ah ! du moins j'emporte en mou- “ rant l'espoir qu'un jour mon fils punira l’as- * sassin à6 son père ! ” Ainsi parlait le malheureux Ugolin. Victime
L « …… ee
de la perfidie de Roger, il avait 6t6 enlevé an milieu de la nuit par les ordres du t ran, et jeté dans un noir cachot pour y périr de faim. à pensée de son fils était une consolation pour le prince captif: mais, hélas ! une cruelle épreuve attendait ce père infortuné. Ilse croyait seul dans sa prison : quelle fut sa douleur, lorsu'il aperçut son fils encore plongé dans les mn ed du sommeil ! “ Ciel ! s'écrie-t-il, ne “ Vois-je pas mon cher Adhémar l je frissonne ! “ Roger, tu me réservais ce dernier coup; je ‘ reconnais là les froids calculs de ton âme “impitoyable. Ah! Pourquoi suis-je père ?
“ Oui, &est mon fils, c’est Adhémar ! l'infortuné “ dort encore ! son visage est calme : un songe “ riant flatte agréablement son imagination : “sans doute il rêve le bonheur ; puisse-t.il “ dormir du sommeil éternel ! Mais déjà il “ s'éveille, il soulève satête. Que lui dirais-je ?… * Il me parle...—Mon père, n'est-il point jour “ encore ? reverrons-nous bientôt la lumière ?— “ Cher Adhémar, elle nous est ravie pour tou- “Jours.--Où sommes-nous ? Le tyran de Pise “ NOUS a-t-il arrachés de notre palais ? Ne dois- “ je plus revoir ces lieux chers à mon enfance 2— “ Hélas !— Quoi, mon père, tu soupires ! notre “ ennemi n’est pas &i barbare, puisqu'il ne m'a “ pas séparé de mon père. Que peut-il me manquer quand je suis dans tes bras 2] nfortuné ! “ tu ignores.… : mais écoutons, un bruit sourd “ vient frapper mon oreille, la porte du cachot “ a roulé sur ses gonds : peut-être la compas- “sion de nos geôliers apporte-t-elle “nourriture à nos corne
“erreur ! je le vois, c’est lui ;
levé an yran, et e faim.
isolation > cruelle e croyait ur, lorslans les -t-il, ne ssonne !
oup ; je on âme père ?
fortuné h songe nation ; isse-t-il déjà il s-je ?.… at jour ère 2— 1r toule Pise e dois- 1ce ?2— notre Le m'a e manrtuné !
sourd cachot M paslelque Fatale bour-
“ reau qui vient contempler ses victimes. Dieu, “ soutiens mon courage ; j'essayerai de le “ fléchir : j'humilierai mon orgucil devant ce “ fier ennemi. Ah! mon fils, sans toi Je n'aurais “ pas le courage de descendre jusqu’à la prière.”
Bientôt Roger paraît suivi d’une nombreuse escorte ; il veut présider aux apprêts du supplice, et contempler encore une fois son ennemi abattu. Ugolin se précipite à ses pieds,
“ Oui, s'écrie-t-il, je suis coupable ; j'ai mé- “rité la mort, Frappe, voilà mon sein ; Mais “ pourquoi prolonger mon tourment ? pourquoi “ me faire subir mille morts au lieu d’une ?et “ cet enfant, quel crime a-t-il commis ? dois-tu “le punir des fautes de son père ? ma vie ne ‘te suflit-elle pas ? sa Jeunesse, son innocence “que jamais n'ont souillées les cruelles ven- ‘ geances des factions, méritent ta compassion. “ Je pourrais invoquer les lois : elles protégent “ la faiblesse ; mais c’est ton cœur seul que je “ veux implorer ; c’est à ta pitié que je veux
“ répond pas. Cher Adhémar, prends pitié de “ ton père, ou je mours. Réponds, réponds, je “ t'en supplie. Hélas ! mou fils n’est plus ! et “je vis! Barbare Roger, voilà ton ouvrage ; tu dois être content, j'ai vu expirer mon fils. ”
À ces mots, l'infortuné se jette sur le corps inanimé d'Adhéimar, l’arrose de ses larmes paternelles ; et bientôt le désespoir suspendant en quelque sorte toutes ses facultés intellectuelles, il se laisse tomber auprès de ces froides dépouilles. Peu à peu ses forces s’affaiblissent, ses yeux se troublent, un sommeil léthargique s'empare de lui, et la mort termine enfin ses longues souffrances. —1rrnanc.
No 15,—Mieux que ça
L'empereur Joseph II n’aimait m la représentation, ni l'appareil, et son goût pour la simplicité est assez connu. Un jour que, revêtu d'une simple redingote boutonnée, aceompagné d’un seul domestique sans livrée, il était allé dans une calèche à deux places qu’il conduisait lui-même, faire une promenade du matin aux environs de Vienne, il fut surpris par la pluie comme il reprenait le chemin de la ville.
Ilen était encore éloigné, lorsqu'un piéton, qui regagnait aussi la capitale, [uit signe au conducteur d'arrêter, Joseph II arrêta ses chevaux. “ Monsieur, lui dit le militaire (car c'était un sergent), y aurait-il de l’indiscrétion à vous demander une place à côté de vous ? cela ue vous génerait pas prodigieusement, puisque vous êtes seul dans votre calèche, et cela in°na-
pitié de onds, je plus ! et age ; tu fils, ”
le corps mes papendant intellec- ; froides blissent, argique nfin ses
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revêtu apagné ait allé duisait in aux \ pluie
piéton, "ne au *s chec'était À vous ela ue usque il ha-
gerait mon uniforme, que je mets aujourd'hui pour la première fois.—Ménageons votre uniforme, mon brave, lui dit Joseph, et mettez-vous là. D'où venez-vous ?—Ah ! dit le sergent, je viens de chez un garde-chasse de mes amis, où j'ai fait un fier déjeuner.—Qu'avez-vous donc mangé de si bon?—Devinez—Que sais-je, moi?.… Une soupe à la bière ?—Ah ! bien oui, une soupe ! mieux que ça.—De la choucroute ?— Mieux que ça !—Une longe de veau !—Mieux que ça, vous dit-on.—Oh ! ma foi, je ne puis plus deviner, dit Joseph.—Un faisan, mon digne homme, un faisan tiré sur les plaisirs de Sa Majesté, dit le camarade en lui frappant sur la cuisse. —Tiré sur les plaisirs de Sa Majesté, il n'en devait être que meilleur.—Je vous en réponds.” Comme on approchait de la ville, et que la pluie tombait toujours, Joseph demanda au compagnon dans quel quartier il logeait, et où il voulait qu'on le descendit. “ Monsieur, c'est trop de bonté, je craindrais d’abuser de... —Non, non, dit Joseph ; votre rue ? ” Le sergent, indiquant sa demeure, demanda à connaître celui dont il recevait tant d’honnêéteté. À votre tour, dit Joseph, devinez—Monsieur est militaire, sans doute ?—Comme dit monsieur.—Lieutenant ? —Ah ! bien oui, lieutenant : mieux que Ça.—Oapitaine ?—Mieux que ça.— Coionel, peut-être ?—Mieux que ça, vous diton.—Comment ! dit l’autre en se rencognant aussitôt dans la calèche, seriez-vous feld-maréchal ?—Mieux que ça.—Abh ! c’est l'empereur !— Lui-même, dit Joseph, en se déboutonnant pour montrer ses décorations. Il n’y avait pas moyen de tomber à genoux dans la voiture ; le
sergent se confond en excuses, et supplie l’empereur d'arrêter pour qu'il puisse descendre. “ Non pas, lui dit J Lun à ; après avoir mangé mon faisan, vous seriez trop heureux, malgré la pluie, de vous débarrasser de moi aussi promptement ; j'entends bien que vous ne me quittiez qu'à votre porte, ” et il l'y descendit. ANONYME,
No 16,—Le Diner de l’Abbé Cosson
M. Delille, en avril 1786, étant à dîner chez Marmontel, son confrère de l'Académie française, raconta ce qu'on va lire, au sujet des usages qui s'observaient à table dans la bonne Compagnie. On parlait de la multitude de petites choses qu'un honnête homme est obligé de savoir dans le monde pour ne pas courir le risque d'y être bafoué. ‘“ Elles sont innombrables, dit M. Delille, et ce qu’il y a de fàcheux, c'est que tout l'esprit du monde ne suffirait pas pour faire deviner ces importantes vétilles, Dernièrement, ajouta-t-1l, l'abbé Cosson, professeur de belles-lettres au collége Mazarin, me parla d’un dîner où il s'était trouvé quelques jours auparavant, avec des gens de cour, des cordons bleus, des maréchaux de France, chez l'abbé de Radonvilliers, à Versailles” Je parie, lui dis-je, que vous y avez fait cent incongruités.—Comment donc ? reprit l'abbé Cosson fort inquiet. Il me semble que j'ai fait la même chose que tout le monde. —Queile présomption !
e gage que vous n'avez rien fait comme personne. Mais voyons, je me bornerai ou diner ; et d'abord que fites-vous de votre serviette en
plie l’emescendre, r mangé , malgré 101 aussi LS ne me scendit.