ANDRÉ CHÉNIER
No 51.—La pauvre Fille
J'ai fui ce pénible sommeil
Qu’'aucun songe heuroux n'accompagne ;
J'ai devancé sur la montagne
Les premiers rayons du soleil,
S'éveillant avec la nature, Le jeune oiseau chantait sous l’aubépine en fleurs, Sa mère lui portait la douce nourriture :
Mes yeux se sont mouillés de pleurs.
Oh ! pourquoi n’ai-je pas de mère ?
Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau Dont le nid se balance aux branches de l’ormeau ?
Rien ne m’appartient sur la terre,
Je n’eus pas même de berceau ;
Et je suistun enfant trouvé sur une pierre
Devant l’église du hameau.
Loin de mes parents exilée,
De leurs embrassements j'ignore la douceur,
Et les enfants de la vallée
Ne m'appellent jamais lour sœur.
Je ne partage point les jeux de la veillée;
Jamais, sous son toit de feuillée Le joyeux laboureur ne m'invite à m'’asseoir,
£t de loin je vois sa famille,
Autour du sarment qui pétille,
Chercher sur ses genoux les caresses du soir,
Vers la chapelle hospitalière
En pleurant j'adresso mes pas,
La seule demeure ici-bas
Où je ne sois point étrangère,
La seule devant moi qui ne se ferme pas.
Souvent je contemple la pierre Où commencèrent mes douleurs ; J'y cherche la trace des pleurs Qu'en m'y laissant peut-être y répandit ma mère; Souvent aussi mes pas crranis Parcourent des tombeaux l'asile solitaire ;
urs,
au au ?
Mis pour moi les tombenux sont tous indifférents : la pauvre fille est sans parents Au milicu des cereucils ainsi que sur la terre, J'ai pleuré quatorze printemps Loin des bras qui m'ont répoussée :
Roviens, ma mère, je t'attends Sur la pierre où tu m’as laissée,
La pauvro fillo, hélas! n'attendit pas longtemps
Plaintivo, elle mourut en priant pour sa mère. On dit qu’une femme étrangère
Un jour, lo front voilé, parut dans le hameau ;
Mais, parmi les gazons et l'épaisse bruyère;
On ne put découvrir la trace du tombeau.
ALex, Souuer,
No 53.—Nous sommes sept