‹ Cours de législation gouvernementaleChapitre 23 sur 39 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Directoire*

Le gouvernement que la Convention avait constitué était un composé de démocratie et d'aristocratie» et le seul vice de construction qu’il fût possible d’observer dans ce gouvernement, étai* la pluralité des membres auxquels éla* confié le pouvoir exécutif.

codus

Le pouvoir législatif doit appartenir à un grand nombre de personnes; car, dans la création d'une loi, on ne saurait apporter trop de réflexion et de lenteur. L’expérience de beaucoup d’bommes peut d'ailleurs devenir nécessaire pour éclaircir des questions dont les esprits les plus vastes ne peuvent quelquefois embrasser l’étendue, mais lors même que celle quantité de suffrages qu’il faut recueillir, lors même que cette quantité d'avis qu’il faut entendre, ne servirait pas à jeter plus de jour sur la loi projetée^ et à en, faire apercevoir quelques nouveaux rapports; je dis encore quelle serait d’une utilité extrême, par cela même qu’en tramant la délibération en longueur, elle exclurait du vote de cette loi la précipitation qui est pour les législateurs la chose la plus à craindre.

RE LÉGISLATION GOUVERNEMENTALE. 1 Zj

Le pouvoir exécutif, au contraire, ne peut être remis sans danger entre les mains de plusieurs, car, partout où il y a pluralité de personnes, il y a pluralité d’avis,, par conséquent, retards, longueurs, et le pouvoir exécutif ne souïïre ni retards, ni longueurs. En outre, si l'homme le plus habile peut se tromper dans la création d'une loi, l’homme le moins versé dans la science ne peut se tromper dans son applica* tion, et ces dernières Tondions sont loin d’exiger un aussi haut degré et un aussi grand nombre de lumières. Il n’y a donc aucuil risque à confier le pouvoir exécutif à un seul, et il y a de nombreux avantâges; car le moindre retard dans l'exécution d’une loi peut amener les plus fâcheuses conséquences. Le pouvoir exécutif doit avoir la rapidité de la foudre qui frappe aussi-

cocas

tôt qu’est apparue la loi, c’est-à-dire l’éclair.

Mettre cinq directeurs à la tète de l’État, c’était mettre cinq pilotes à la tête tVun navire. Le gouvernement, soumis à plusieurs autorités égales, devait céder alternativement à chaque volonté, aller tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, jusqu’à ce qu’au moment du danger les directeurs, délibérant au lieu d’agir, le laissassent échouer et se briser sur le rivage.

Voici quelle était la construction du gouvernement. Examinons maintenant sa position relativement au peuple qu il devait conduire.

La Convention n’ayant pas renoncé à la réélection de ses membres, le nouveau gouvernement se trouvait composé d’hommes habitués aux affaires d’État, auxquels une administration

DF LÉGISLATION GOOVEïlNEJIENTALE. J 3g

longue et périlleuse avait donné une précieuse expérience.

Le Directoire trouvait en outre une armée bien disciplinée, commandée par d’habiles généraux. 11 trouvait uu pays las de troubles et de désordre, et disposé à obéir aux lois, Yoilà les avantages de sa position, mais cette position n'était pas sans désavantages.

La Convèntion, en préparant l’avenir, n’avait pu forcer le présent. Elle avait lait jaillir la source des lumières, mais cette source, qui devait fertiliser les générations futures, n’avait pu pénétrer la génération présente/ Cette génération , élevée dans un siècle d’ignorance, et surtout d’ignorance législative et parlementaire, 11 epouvait comprendre ce qui lui était utile ou nuisible, et allait s’opposer de toutes»

force à la marche du gouvernement.

i^o * courts

Les hommes de cette époque, n’étant pas mûrs pour la civilisation nouvelle, avaient peur de celte civilisation comme un enfant a peur à l’aspect d’un objet qu’il aperçoit pour la première fois; et comme la peur enfante toujours la tyrannie, ils s*étaient réunis pour anéantir cette civilisation qui leur faisait peur.

Ils avaient bien vu la révolution, mais ils l’avaient vue avec les yeux du corps et non avec les yeux de l’esprit.

Iis avaient vu l'action sans percer jusqu’à ses conséquences, et leur vue s’était arrêtée à celte action sans la soulever, afin d’en découvrir le fond.

Chez eux, la matière avait tressailli en voyant les rigueurs de la dictature, et l’intelligence trop peu développée n’avait pu être frappée des bien laits de cette dictature.

DE LÉGISLATtOH GOUVERNEMENTALE! l/ji

Malheureusement la nouvelle forme de gouvernement confiait à ces hommes l’élection de ees membres 1 ;, aussi s’assemblèrent-ils aux élections, et là ils convinrent à l’unanimité de ne nommer aucun des hommes qui auraient pris la moindre part à la révolution.

Toute action n’étant bonne ou mauvaise, utile ou dangereuse, que par ses conséquences,. et la science du gouvernement étant la puissance d’apercevoir dans une action, 'aussitôt qu’elle est faite ou*proposée, ses dernières conséquences; ces hommes, qui ignoraient entièrement la science du gouvernement, préféraient une action bonne dans le moment et dont les résultats devaient les perdre, à une action qui leur répugnait et dont les résultats devaient les sauver; et cela

l4a COORS DE tBGISL. GOüVERN.

arrivera à tout peuple qui ignorera là science du gouvernement, et ne sera pas en état d’apercevoir dans la semence le fruit, dans,l’action les conséquences.

Autrefois la France avait dû ses malheurs à l’ignorance des gouvermans, maintenant la France allait devoir ses malheurs à l'ignorance des gouvernés. Voilà ce qu’avait contre lui le nouveau gouvernement.

Page 1