CHAPITRE XXI
Chute du Directoire, De I» paix et de la guerre.
Après la journée du j8 fructidor, les ennemis que combattait ta France oil rirent Ja paix au Directoire. Le Directoire , qui ne connaissait pas son mal, mais qui se sentait malade, et était vaguement inquiet sur son avenir, le Directoire rompit les négociations entamées avec un pays, reposusa celles
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qui lui étaient offertes par un autre 3 et crut se sauver en commettant de nouvelles fautes. Fier de ses victoires, peut-être pensait-il aussi que la guerre 1 e rendrait nécessaire ; en tous cas il se jeta dans la guerre à corps perdu, et pour comprendre que cet acte était un nouveau délit gouvernemental, il suffit de connaître les lois qui obligent les gouvernemens tantôt à prendre les armes, et tantôt à les déposer.
Cette loi, comme toutes les autres, découle de la loi fondamentale qui est d’obéir toujours aux intérêts du plus grand nombre.
L’état favorable au plus grand nombre est l’étal de paix.
C’est alors que chacun peut jouir librement des biens qu’il possède , ou travailler à eu acquérir.
La guerre ne doit donc être entreprise
que pour la conservation de ces biens, et quand une puissance quelconque les menace; car la guerre est toujours un mal , et il ne faut supporter ce mal que quand il en prévient un autre plus grand encore.
Continuer la guerre quand la propriété cesse d’être menacée, quand on a repoussé l’ennemi, quand il offre la paix, en un mot quand la guerre n’est plus nécessaire, c’est faire souffrir à une nation un mal gratuit que rien ne commande, c’est aller contre les intérêts du plus grand nombre, et c’est, violer la loi conservatrice des gouvernemens.
Et si l’on me cite le plus grand peuple, le peuple le plus célèbre del’antiquité qui vécut toujours en guerres sans que ces guerres fussent nécessaires, je répondrai que cet exemple, loin de dé-
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truire le principe établi, le confirme au contraire , puisque si ce peuple vécu I en guerres , ce fui la guerre qui le fit mourir^ et que non seulement lu guerre détruisit sou gouvernement, mais le détruisit lui-même.
La paix.
La guerre pour avoir la paix.
Yoiià leslois de la nature; aller contre f c’est violer l’ordre naturel; et toute violation de l’ordre, toute violation de la nature est suivie d’un châtiment inévitable.
Le Directoire commit donc un délit gouvernemental en refusant la paix qui lui était offerte, et après avoir examiné le délit nous allons en examiner la peine.
Lorsqu’un peuple est attaqué et se bat pour défendre sa propriété, chaque soldat défend sa propre cause, et uue
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armée composée de pareils soldats est invincible. À-t-cllu remporté la victoire , chassé l’ennemi de sou territoire , alors la cause de la guerre n’existe plus. La guerre cesse naturellement.
L’ennemi vaincu craint et respecte son vainqueur.
II le craint parce qu’il a été battu par lui. Il le respecte parce qu’il reconnaît intérieurement la justice de sa cause, et que le peuple le plus barbare sait discerner le juste de l'injuste.
Tous les hommes ont une voix qui dès leur naissance leur appreud ees deux choses, et ectte voix universelle, u’est la conscience.
Mais si après avoir vainou, le peuple, offensé devient à son tour agresseur, alors tous les avantages qui le protégeaient l’abandonnent pour passer à
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l’ennemi. C’est l'ennemi qui défend alors sa propriété. C’est lui qui possède à son tour la force que donne toujours une bonne cause.
Un gouvernement qui soutient une guerre offensive a donc le désavantage de combattre avec infériorité de forces, mais il a encore un bien plus grand désavantage.
Tant qu’une armée se bat pour défendre sa patrie , elle n'a rien à réclamer du gouvernement, elle travaille pour elle-même. Oc sont ses propres intérêts qu’elle défend , et elle s’attache à sa patrie en proportion des peines que lui donne sa défense.
Mais dès qu’elle se bat pour conquérir, elle cesse d’agir pour sa patrie, elle se bat pour l’intérêt du gouvernement qui l’emploie, et devient un serviteur à gages qui a droit de fui
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demander des récompenses proportionnées aux services qu’elle lui rend, et qui peut prendre ces récompenses si on les lui refusé.
En outre une telle armée se séparant des intérêts de sa patrie , se crée des intérêts particuliers, se détache peu à peu de la nation dont elle est sortie, et bientôt, quoiqu’elle en conserve le nom , ce n’est plus une armée par le fait, c’est une peuplade à part, une colonie mouvante dont le général est le roi.
Conlier à un général une armée conquérante c’est se créer un ennemi ou un maître, et cela est si vrai, que, depuis la création, tous les gouvernemens qui ont confié des expéditions lointaines à un chef, ont toujours été obligés à son retour, s’il était victorieux, de le sacrifier, ou bien ont été
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sacrifiés par lui; et si je voulais en citer les exemples les plus fameux, il me faudrait faire des volumes, lors même que je ne choisirais eès exemples que depuis liélisairc jusqu’à Gonzaîve-
Le Directoire créa donc, pour ainsi dire, son successeur, en augmentant la puissance militaire. Si ce iï, eut pas été Bonaparte qui* se lût emparé du pouvoir, tout autre général eût fini par le faire; mais Bonaparte révint d Lgvpte , il avait abandonné son armée , il craignait les accusations qu’on pouvait envoyer, et qu'on envoya plus tard contre lui; d un autre coté il était plus que tous les autres généraux versé dans les sciences politiques; il possédait un nom populaire. Laf rance l’invitait à monter au premier rang, il hasarda donc la bataille. La néces-
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site était là ; derrière lui, qui le prèssait. ^
Il s'avança contré le gouvernement déjà mort, et ne rencontrant aucune résistance, il n eut que la peine de le pousser jusqu’à terre.
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