CHAPITRE XXII
ConsulaL
Bonaparte partagea provisoirement le pouvoir exécutif avec deux collègues qu’il se donna, et laissant le pouvoir législatif entre les mains de deux conseils, il forma provisoirement une commission consulaire. La forme du gouvernement ne se trouvait pas changée, mais Bonaparte voulant amener
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ce changement, continua à agrandir Le pouvoir militaire; et comme il était chef de ce pouvoir, l'agrandir c’était s’agrandir lui-même. En élevant L’armée, c’était son marchepied qu'il élevait. Ce que le Directoire avait fait par inexpérience, il résolut, lui, de le faire à dessein; aussi allons-nous voir la chose la plus inouïe que l’on puisse trouver dans l’histoire, c'est-à-dire, uu gouvernement mettant à se détruire pins d’adresse, d’art et de génie, qu’aucun gouvernement u’en n’a jamais mis à se soutenir.
Au lieu de chercher à suivre les lois gouvernementales, Bonaparte s’étudia pendant toute cette époque à les violer le plus qu’il put, et c’était parfaitement bien là ce qu'il devait faire pour parvenir à son but; car il devait détruire le Consulat , afin d’arriver à l’empire.
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Pour pouvoir exécuter plus facilement ses projets, il commença par se taire nommer premier consul. Ses deux collègues n'eurent.plus que voix consullalive; elle gouvernement, définitivement constitué, prit lenomdeConsulat, quoiqu’il ne fut autre chose qu’une véritable monarchie constitutionnelle, où un seul possède le pouvoir exécutif, tandis que la nation représentée possède le pouvoir législatif.
Ce ne fut pas assez. De celle monarchie constitutionnelle, il voulut faire une monarchie absolue.
Une fois seul possesseur du pouvoir exécutif, toute son attention se porta vers la guerre, et, commençant son administration par violer la loi qui défendait au premier consul de commander en chef une armée active, il se rendit à l’armée d’Italie, où les
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de Marengo le Tirent attaquer l'ennemi et remporter la victoire.
Après cette, violation de la loi, le Consulat n existait plus. 11 n’en restait que l’apparence qui servait à cacher l’empire, et la marche à suivre consistait à 11e renverser cette apparence que quand toute la nation serait habituée au nom du gouvernement qui se trouvait derrière.
pour y parvenir, Bonaparte usa de toutes les précautions imaginables.
Voulant habilement préparer les. esprits à la domination d’un seul, il lit revivre le principe du gouvernement monarchique, et créa I ordre de la Légion-d’IIonneur. C’était ruiner le principe du Consulat, ruiner par conséquent le Consulat; et comme, au contraire, poser le principe, c’est amener les conséquences, poser le principe
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de la monarchie absolue, c était amener la monarchie absolue en France.
Cependant Bonaparte ne voulant rien précipiter, se contenta de violer encore légèrement la constitution, en se faisant nommer consul à vie.
Sentant alors qu’il ne pourrait jamais perdre entièrement le gouvernement s’il ne commençait par perdre ceux qui lui étaient attachés, ceux qui l’avaient fondé et étaient prêts à le sou tenir j Bonaparte prolita de la situation des esprits, lit tout pour augmenter la haine que l’on portail à la révolution, et en jetant de sombres couleurs sur ceux qui avaient fondé le iegne des lois, il fit briller d’unegloire plus éclatante et plus pure l’armée qui allait bientôt le détruire.
Aussi, ceux qui par philantropie abhorraient la révolution se firent-ils un
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système d’exalter le régime militaire* et pensàht à la bataille que le premier fconsul avait gagnée en violant les lois, ils se réjouirent d’une victoire qui n’avait pas coûté plus de dix mille hommes à la France, et ils espérèrent que le premier consul leur eh gagnerait encore beaucoup d’autres semblables.
Et ces hommes avaient raison dé parler de la sortes ils avaient une phb îantropie éclairée et pensaient ptoibtt 1 dément, car s’il est juste de pleuref quaiid mille individus sont frappés par la justice» il faut se réjouir au contraire, quahd ceiit mille individus ont le bonheur d’être exterminés sur un champ de bataillé. D’abord tout lfe monde est convaincu qUe éëht mille individus morts coûtent ittoins dé larmes et de regrets qué mille, priïiéipU-
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lement quand ils sont soldais, ün soldat n’a ni ami, ni famille. Ensuite ceux qui meurent eu combattant ne peuvent pas souÜHt. Une balle où un coup de sabre ne sauraient faire le plus léger mal : c’est de la dernière évidence.
1) après cela, ces hommes avaient raison de se réjouir, et Bonaparte avait trop besoin d aussi bons citoj'eiïs, d’aussi profonds penseurs, pour ne pas les maintenir toujours dans le même état, pour ne pas chercher à augmenter leur nombre. U fit donc revivre ce vieux préjugé que les Français sont trop légers, trop frivoles pour s'occuper de choses sérieuses ; que ce sont des enfans incapables de devenir jamais des hommes.
JI prépara tout de manière à ce que ce préjugé devînt une vérité, et tout
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en formant le projet de détruire bientôt les écoles normales, pour les remplacer par les anciens collèges, il prodigua, en attendant, à la nation les amusemens, les plaisirs et les fêtes.
Il ne négligeait donc de violer aucune des lois qui eussent pu le soutenir.
Fortifiant sans cesse l’armée, affaiblissant sans cesse le gouvernement consulaire, et pour y parvenir ne hasardant jamais une démarché précipitée , ne livrant rien au hasard, fortifiant chaque position à mesure qu il s’en emparait, agissant aveG une méthode, un ordre rares, avançant avec une gradation admirable, il sut a force de génie arriver, sans la moindre secousse, au but de ses désirs, le consulat sembla se fondre et se ruina tellement insensiblement que la plus
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légère oscillation ne vint pas même révéler le moment de sa transformation en empire.