‹ Cours de législation gouvernementaleChapitre 31 sur 39 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

d’in-

plus il était obligé d'accorder eurs à son armée triomphaule;

aussi i ? armée était-elle devenue le cor

privilégié. Les. soldats menaçaient et dominaient impérieusement les autres citoyens- Ât rrnanf ’ " ' ’*

mée f ils se contentaient de partager

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entre eux toutes les dignités» les richesses et le pouvoir.

Outre cela chaque victoire ne s’obtenait pas sans une perte considérable de monde, et si les phiJantropes ne s’en apercevaient pas, chaque mère à laquelle on enlevait ses fils, chaque mère qui les voyait emportés par la mitraille,chaque mère s’en apercevait, ellej et elle criait d une voix déchirante, et elle redemandait ses eiifans; et si ces cris, cette douleur poignante d’une mère 11e parvenaient pas à émouvoir ceux qui faisaient profession de philantropie, ils touchaient et faisaient tressaillir tous ceux qui avaient un cœur et une âme.

Ainsi l’armée pesait fortement sur la nation entière. Mais l’armée se pesait à elle-même.

en voyant journellement

liGlstATfow gouvernemein'tale. iSç) leurs rangs s’éclaircir, en s exposant chaque jour à la mort pour l’ambition d’un homme, commençaient à ne plus approuver des combats où ils avaient tout à perdre et rien à acquérir.

Le gouvernemenl augmentait le nombre des méconiens à chaque pas qu’il faisait dans ce chemin de perdition, et plus il avançait, plus il s ! approchait du précipice; car, plus ses expéditions étaient immenses, plus ses moyens d’exécution, plus ses forces devaient être considérables, et chaque expédition, au contraire, diminuait sës forces. À mesure qu’il élevait l’édifice, il en rétrécissait la base, et sa chute devenait immanquable.

Nous voyons les forces qu’il possédait. Examinons maintenant les forces qu’il avait à vaincre.

Ces forces étaient immenses, incal-

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culables. Toutes les nations étrangères, craignant d’être envahies, s’étaient coalisées contre la France, et ici je ne puis m’empêcher de dire un mot sur les coalitions.

CoalitioDSi Société universelle.

Lorsqu’autrefois la civilisation était parvenue à un haut point chez un peuple, c'est-à-dire quand cë peuple possédait une vaste somme de bonheur, son bonheur faisait envie aux nations étrangères, et ces nations venaient l'envahir. Alors il arrivait ce qui arrive toutes les fois qu'il y a me-

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lange. Un corps 4p nue :1 1*autre une partie de ses qualités pour prendre en échange une partie des qualités de cel autre. Gomme le vin et l'eau, lorsqu’on les mêle, la nation vaincue et la nation victorieuse formaient un amalgame qui affaiblissait leur caractère distinctif. La nation civilisée en devenait moins civilisée, mais la nation barbare en devenait moins barbare.

Par ces mélanges continuels, la civilisation guklqe par Dieu parvint à se répandre <^ms la plus grande partie du monde; et comme les lois qui sont bonnes au midi, ne sont pas bonnes au nord, comme 1 influence du climat empêche tous les peuples de vivre sous les mêmes lois, ils se divisèrent en sociétés particulières, et les différentes nations prirent naissance.

Mais alors la civilisation étant assex

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avancée pour qu’elle pût se propager par des relations amicales, les invasions cessèrent d’être nécessaires, et commencèrent à devenir dangereuses ; car si une nation avait envahi toutes les autres, ce grand corps ne pouvant subsister puisque les lois de la nature s ’y opposent, ce corps se fût détruit lui-même ; et au milieu d J uu déchirement intérieur, d’une guerre intestine, la civilisation eût couru risque de périr. Il lallut doue s’opposer aux invasions, et les prévenir. Alors les na lions sc réunirent, et s’engagèrent à maintenir l’équilibre général. Dans chaque société particulière, les hommes avaient rassemblé leurs forces pour s’assurer une plus forte somme de paix et de bonheur. Les nations résolurent de les imiter, et de rassembler aussi leurs forces pour s’assurer en commun

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la paix et le bonheur; et lorsqu’une nation voulut pour s agrandir seulement, et par injustice en envahir d autres, toutes les autres durent se coaliser pour réprimer ce délit social. De cette assurance générale, de cette fédération naquit la société uuiverselle, et celte société universelle peut seule nous garantir, pour T avenir, la durée des lumières, delà eivüisaliou et du bonheur.

Les nations étrangères eurent donc raison de se coaliser contre la France, et cela dans son propre intérêt. Si l’on eut iaissé la France envahir l’Europe, elle eût fini par sc tuer ellemême. Rompant l’équilibre européen, elle eût fait comme un membre lorsqu’il acquiert une grosseur monstrueuse aux dépens des autres , elle eût arncué la ruine du corps la ruine de l’Europe entière.

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Et en ^privant ceci, il m ’a fallu un graml couragej car je ne m’aveugle pas, je vois clairement que ce dernier trait achève de m’a Mirer la b aine de tous ceux qui, ayaul perdu quelque chose à i invasion, ne pourront comprendre que celle invasion ait été uljlç à la France.

Aussi Yout-ds se révolter ouvertement contre moi, et excitant les passions, vouer à l'exécration publique ua Français qui ose faire l’éloge de l'invasion du territoire.

Voilà des gens qui aiment prudemment leur pays. Voijà une haine surtout qui attirera bien des injures g cet ouvrage, mais je ray résigne, m pensant que si l’on reculait devant l'opinion des sols, on if «mettrait jamais une idée mile et profonde, on ne ferait jamais un bon livre.

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Je reviens donc à 1 agonie de 1 empire.

Napoléon, en lésant les intérêts du plus grand nombre, faisait à la nation des blessures que son pouvoir despotique avait bien lé don de dérober aux regards, mais il ne fallait qu un coup porté à ce pouvoir pour faire apparaître à la fois toutes ces blessures et montrer la patrie saignante.

Cette idée ne pouvait 1 arrêter.

L’instinct des grandes choses, et non l’amour de son pays, l’avait toujouis fait agir; et, lors même que cette instinct allait se trouver en opposition avec les intérêts de la b rance, il devait encore et toujours lui obéir.

Ne songeant qu’à lui, voulant monter sans cesse, et n’importe h quel prix, il lui importait peu que le pays fût écrasé, pourvu qu’il s’élevât sur scs ruines, et

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cette pensée, lui-même devait la laisser échapper plus tard, en ne voyant dans les malheurs de la patrie, dans les malheurs, dont il était cause, que l’adversité qui le faisait grandir encore !

Aimant mieux être un grand capitaine qu’un grand roi, il viola toutes les lois gouvernementales; il fil le malheur du peuple, se sépara de la nation.

Alors la nation l’abandonna, et quand l’ennemi vint l’attaquer, l’ennemi ne trouva qu’un seul homme à combattre.

Ce ne fut donc pas la France que la coalition vainquit, ce fut l’empereur. La France avait prouvé cent fois qu’elle était invincible.

Napoléon tomba, mais les derniers momens de ce colosse ne pouvaient être une agonie ordinaire ; il se releva, et ce dernier effort ne lit qu’avancer le

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moment de sa mort. Son sang sortait de toutes parts. Le sangd’un roi, c est l’amour de ses sujet s* ÎN’ayaul donc plus que sa puissante tète qui sc sentait encore la force de vaincre, mais qui n’avait plus de corps à opposer à F ennemi; torturé en voyant et son génie et l’impuissance d.n s’en servir, il tomba une seconde fois et rendit le dernier soupir.

lût à ceux qui me blâmeront de juger impartialement l'empire, de ne pas mettre leur héros par-dessus toute chose, à ceux-là je réponds d’avance :

Oui, j'agis ainsi et j’en fais gloire, car je rie fais pas ici un ouvrage de passion :

je ne crains de blesser ni les sympathies ni les antipathies de personne, pourvu que la vérité triomphe; enfin j’admire Napoléon, j’admire son génie* mais j’aime encore mieux mon pays que lui.

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et je ne préfère pas, moi, un seul homme à la France.

On m’accusera peut-être de mettre trop d’énergie dans un sujet où U ne faut que faire briller le droit et la justice; ce reproche ne peut être fondé, puisqu’un ouvrage ne peut être utile que lorsqu’il produit des impressions durables, et qu’un ouvrage a besoin d’être fort pour produire de semblables impressions. Or la justice n’est rien sans l’énergie. Des deux combinés, peut naître seulement la force. C’est en vain que l'on frappe fort, si l’on frappe injustement ; c’est en vain que l’on frappe juste, si l’on frappe trop faiblement. C’est en frappant à la fois avec justice et énergie que Ton peut faire naître des impressions utiles et profondes; et je serai le premier à détruire cet ouvrage, si l’on y trouve un

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seul endroit où il y ait de la justice sans énergie et de l’énergie sans justice.

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