CHAPITRE II
Situation de la monarchie absolue sous Louis XVL
Une révolution menaçait le pays, et le peuple était prêt à se soulever, non parce qu’il y avait un clergé et une cour, non parce qu’il vivait sous une monarchie absolue, mais parce qu’il était malheureux; parce qu’on lui prenait tout pour le donner au clergé et à la cour ; enfin la révolution avait
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été amenée comme sont amenées toutes les révolutions, parce que l’on avait favorisé le plus petit nombre aux dépens du plus grand nombre.
La conduite à tenir était donc bien simple.
On avait ébranlé le gouvernement, en l'éloignant des principes de sa conservation, il fallait le raffermir en se rapprochant de ses principes.
11 fallait s’opposer aux prodigalités de la cour et décharger en même temps le peuple des impôts qui l’accablaient.
Voilà ce que conseillait la prudence.
Mais comme tout changement est dangereux quand il est spontané, et que l'on s’expose à périr en passant trop rapidement d’un extrême à l’autre, il fallait user de précautions, ne rien faire sans préparations et arriver @u but sans secousse et sans crise,
DE LÉGISLATION OOLVEMEMENTALE, /(3
Voilà ce que conseillait l'habileté.
hn suivant ces conseils. Je succès était certain; et quelle raison pouvait empêcher de les suivre ? La crainte de mécontenter la cour? Mais, eût-on dû mécontenter la cour en agissant ainsi, il ne fallait pas encore hésiter à le faire.
Mécontenter la cour, c’était s’exposer à une révolte; mécontenter le peuple, c’était s’exposer à une révolution; cependant, en avançant avec lenteur et circonspection, cette révolte même ne pouvait avoir lieu, et l’on aurait vu plus tard qu’elle n’était pas à craindre, car, quelques changement que l’on médite d’apporter dans un pays, on est toujours sûr de réussir, pourvu que i on marche assez insensiblement pour amener graduellement les esprits à ce que l’on désire.
En minant, en abattant par fraplions
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l’excédant de la puissance de la cour, en rendant par degrés à la nation la partie de ses droits et de sa liberté qu’on lui avait ravie, Louis XVI aurait rendu au gouvernement monarchique plus de force qu’il n’en avait encore eue jusqu’alors.
En suivant celte marche, il en eut bientôt reconnu F excellence, et rien ne l’empêchait de la suivre puisqu'il avait et le droit de faire des lois et la force pour les faire exécuter; mais, tout en ayant la puissance, il ignorait les moyens de s’en servir. Il ne manquait, ni d’énergie, ni de force de caractère, comme on le pense; il sut donner plus tard de nobles preuves de son courage; mais il était tout étonné d’évèneinens dont il ne connaissait pas les causes : il ne savait ni d’où provenait le soulèvement populaire, ni corn-
ment il fallait faire pour l’arfctcr. Sa faiblesse apparente naissait de l’indécision naturelle à tout homme qui se trouve au milieu d’une machine dont il ne connaît pas les rouages. Il ne manquait à Louis XVI que la connaissance du gouvernement et de ses lois, et, s’il ne marcha .jamais d’un pas ferme, c’est qu’il ne connaissait pas le terrain sur lequel il se trouvait; s’il suivit tantôt un conseil, tantôt un autre, c’est qu’il ne savait pas où ces conseils devaient le conduire.