A la classe verte, mars
suspects. Nous eussions mieux aimé partout le style comme la pensée de M™<' de Maintenon. Mais, puisqu'il faut se contenter de la pensée, sachons-lui gré, non pas d'avoir voulu nous transmettre le fruit de ses observations (elle ne songeait guère à nous), mais d'avoir posé, pour quelques jeunes flUes privilégiées, ces problèmes si délicats d'éducation que la démocratie moderne se pose à son tour, mais n'a pas encore résolus, pour toutes les jeunes filles de France.
Si l'on reconnaît à M""' de Maintenon ce mérite original, et il est difficile de le lui refuser, il importe assez peu qu'on aime ou qu'on n'aime pas sa personne, car dans son œuvre de Saint-Cyr il y a une part de vérité impersonnelle qui ne passe pas. Dès lors il n'est pas interdit de juger qu'elle a été une maîtresse femme dans le bon et dans le mauvais sens de l'expression. Le bon, c'est celui de Saint-Cyr; le mauvais, c'est peutêtre — en une mesure qu'il ne faut pas exagérer — ■ celui de la cour. On sourit donc en toute sécurité de conscience en lisant le portrait spirituellement méchant que Doudan a tracé d'elle : « J'aime assez cette nature arrangée, compassée, comptant tous ses pas et gardant toutefois un certain laisser-aller gracieux dans le langage et dans les manières. Elle avait trouvé si peu d'aide et de bienveillance dans les autres à son entrée dans la vie, qu'elle s'était promis de s'occuper uniquement et le plus honnêtement possible de M™« de Maintenon. Elle a fait son chemin doucement, sans bruit, avec une infatigable douceur et une invincible persévérance. Elle a feint d'abord toutes sortes de bons sentiments, qu'elle a fini par éprouver. A l'envers de ce qu'on croit d'elle communément, je suis sûr qu'elle valait mieux à soixante ans qu'à trente. Le monde, en ne voulant pas prendre intérêt à elle, l'avait forcée à se prendre exclusivement sous sa protection. Dès qu'elle a eu fait sa petite fortune royale, elle a vu que cela même n'en valait pas la peine, et elle est entrée fort sincèrement dans la voie du détachement. Pour se détacher, il est nécessaire d'avoir eu sa part dans ce monde. Elle a commencé par se la faire à elle seule puisqu'on ne l'y aidait pas, et puis elle a vu qu'elle avait fait une œuvre qui lromi)e, et, comme un bon. esprit qu'elle était, elle a cherché sa part ailleurs, d'un air un peu triste et sombre, comme une personne fatiguée, qui a beaucoup et inutilement travaillé'. »
1. Lettre à M""^ du Pasquel, Il octobre ISiO. Doudan ajoute : " Voilà une justi I ution perverse de M'"" de Maintenon. »
Mais cette part, ce n'est pas au ciel, c'est sur la terre déjà, c'est à Saint-Cyr du moins qu'elle se l'est faite, et ici elle n'a pas été trompée; ici l'air « triste et sombre » s'elFaçait, ici s'allé^'eait toute fatigue, car elle avait conscience de ne pas travailler « inutilement «. C'est du repos de la cour qu'elle était lasse; c'est le travail de Saint-Cyr qui la reposait. Ne la plaignons pas, elle a été heureuse par Saint-Cyr, et c'est le souvenir de Saint-Cyr encore qui protège sa mémoire. Vue de ce côté, elle est sincère, presque passionnée, et si elle n'emporte pas la sympathie, elle ne la décourage pas. Aux éducateurs d'aujourd'hui elle laisse moins une doctrine qu'un exemple; mais ils seraient aveugles autant qu'ingrats s'ils dédaignaient ce vrai trésor d'observations pratiques, où il est si facile aux modernes de prendre leur bien, en laissant le sien au xyii*^ siècle.
BIBLIOGRAPHIE
TEXTES
Extraits, édit. Cadet (Delagrave), Faguet(Locène), Gréard (Machette), Jacquinet (Didot', Lavailée (Charpeutier).
LIVRES
BAUDniLLAiiT. — Philippe V et la Cour de France ; 2 iii-S".
BoiSLisLE (De). — Paul Scarron et Françoise d'.licbignë .-Revue des
questions historiques, juillet et octobre 1893. BoissiER. — Saint-Simon; Hachette, in-16; p. 138 à 149. Bonhomme. — M'"e de Maintenon et sa famille; in-12, Perrin. BoLiiGEois (Emile). — Les Mémoires, au tome V de Y Histoire de la
littérature française, collection Petit de Julleville, ch. ix
(M™o de Caylus, Saiut-Simon).
Broglie (De). — Fénelon à Cambrai; Pion, iu-S"; 339, 361, 3"0, 4i0. Caylus (Mm« de). — Souvenirs; édit. Raunié, 1881, in-1.8. Chéruel. — Saint-Simon considère' comme historien de Louis XIV,
3" époque, ch. i^^r.
CoMPAYRÉ. — Histoire critique des doctrines de l'éducation; Hachette,
t. II.
Crozals (De). — Saint-Simon ; Lecèneet Oudin,iu-8o, 1891 ;p. 139 à 163. Doltjan. — Mélanges et Lettres; Caliuaun-Lévj-, in-16, 1876; t. I",
lettres des 11 oct. 1840 et 16 mars 1868. ' s
Dlpuy (Adrien). — Histoire de la littérature française au dix-septième
siècle; Leroux, in-89; 1. VI, ch. i'^''. Fagiet. — Les Grands Maitres du dix-septième siècle; Lecène, iu-12;
Féletz (De). — Mélunfjes, t. V, p. 183-211. Geffroy.— Mme de Maintenon, d'après la Correspondance authentique ;
Hachette, 2 in-16.
— De l'authenticité des Mémoires de Mme df, Maintenon : Revue des
Deux Mondes, 13 janvier 1869.
Gelin. — Françoise d'Auhirjné, étude critique; Niort, 1899. Gréard. — L'Education des femmes par les femmes; Hachette, iu-12,
1889; p. 39 à 63 et 73 à 167.
— Mémoire sur l'enseicpiement secondaire des filles; Delalain. Hlmon (Félix). — Revue pédagogique, juin 1894.
— Fénelon {Coursde littérature, t. XIV; Delagrave ; ch. sur VEdueation
des filles), et Sévigné, t. X, ch, xiii la Pédagogie de 3/»"' de Sévigné).
Janet. — Lectures variées de littérature et de morale; 1890, Delagrave, in-12; p. 315 a 319.
Lanson. — Ilisloirc de la liUrralure française; Hachetto, 4" partie,