De Bausset, Histoire de Fénelon
réflexions personnelles ou de la rêverie, sont trop ouvertement didactiques. Il ne faut demander, sans doute, à Fénelon que ce qu'il a voulu faire; et ce qu'il a voulu faire, il l'a bien fait. Nous savons qu'il comprenait, qu'il aimait la Fontaine^ avec qui le duc de Bourgogne, par son intermédiaire, noua des relations, échangea même des sujets de fables. Ce qu'il avait, lui, l'ambition d'écrire, ce n'était point l'ample comédie « dont la scène est l'univers »; et pourtant « hommes, dieux, animaux », tiennent leur rôle dans ses fables comme dans celles delà Fontaine ; mais les traits des personnages ne sont pas assez précis, l'action n'est pas assez vive, le tour n'est pas assez piquant. Tout y est pénétrant et doux, d'une douceur un peu molle et lente, relevée parfois d'un demi-sourire; car Fénelon a beaucoup d'esprit, mais cet esprit est, pour ainsi dire, baigné de sentiment. Çà et là, une velléité de malice : « Ce chagrin augmenta ses maux; les médecins qui étaient sans cesse autour d'elle les augmentèrent aussi. » Plus souvent, des réminiscences : nous reconnaissons dom Mitis, <f si vénérable par son maintien modeste et par sa majestueuse fourrure », et Rodilardus, qui fait grand carnage de la nation souriquoise, et les pigeons : « Leurs cœurs étaient tendres, le plumage de leurs cous était changeant... » Mais, si l'on veut mesurer la distance qui sépai-e Fénelon de la Fontaine, que l'on compare aux Deux Pigeons du fabuliste profane le Pigeon puni de son inquiétude du moraliste chrétien.
Dans le Nil et le Gange, Fénelon loue, sans grande précision, les apologues « ingénieux » dePilpay. Mais, bien que tel de ses récits, qui a pour héros le Persan Alibée, semble un conte des Mille et une nuits, ce n'est pas des Orientaux qu'il s'inspire d'ordinaire. Il ne leur a pas pris, comme la Fontaine, le sentiment de la vie universelle. Aussi ses tableaux de la nature sontils assez vagues ; il aime plutôt à peindre les jardins « délicieux» où se promènent les jeunes princes, (c au retour des zéphyrs, lorsque toute la nature se ranime ». En revanche, il a ressaisi quelque chose de la simplicité grecque. Ces deux amples récits, les Aventures de Mélésichton, les Aventures d'Aristonoùs, semblent des épisodes détachés du Télémaquc. Voici, dans le premier, le portrait de la jeune Poéménis :
A la voir, on eût cru que c'olait la jeune Diane sortie de l'ile flottante où elle
1. Voyez dans le fascicule de la Fontaine l'éloge vivement senti qu'il fait du fabuliste, ea un latin cliarmant, à la fois oraison funèbre du poète et exercice destine à l'clève.
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naquit. Ses cheveux blonds étaient noués négligemment derrière sa tète ; quelques-uns, échappés, flottaient sur son cou au gré des vents. Elle n'avait qu'une robe légère, avec une ceinture qui la relevait un peu, pour être plus en état d'agir. Sans parure, elle effaçait tout ce qu'on peut voir de plus beau, et elle ne le savait pas ; elle n'avait même jamais songé à se regarder sur le bord des fontaines ; elle ne voyait que sa famille et ne songeait qu'à travailler.
Ailleurs, une mythologie qui n'est pas tout entière de convention nous ramène tantôt à l'innocence de l'âge d'or, tantôt à ces temps merveilleux où, dans les eaux du Xanthe, « Apollon, au retour de lâchasse, couvert de poussière, a tant de fois plongé son corps et lavé ses beaux cheveux blonds ». Mais là même, ne nous hâtons pas de prononcer le nom d'Homère : tout cela est fénelonien au moins autant qu'homérique : voyez, dans les Aventures d'Aristonoùs, cette description des rivages de Délos, où Fénelon imagine de placer, aux bords de la mer, ces « petite» collines toujours couvertes d'un gazon naissant et fleuri », ou celle des jardins d'Aristonoiis, si agréable d'ailleurs, mais si peu précise. La chimère de simplicité et de pureté pastorale qui a toujours hanté l'esprit de Fénelon se trahit ici déjà avant de s'épanouir dans le Télémaque, et c'est à Rousseau qu'on pense quelquefois plutôt qu'à la Fontaine. Celui-ci est aussi naïf, mais non pas aussi candide : sa naïveté robuste n'est point dupe des mots ni des utopies ; son observation a plus d'exactitude, et sa peinture plus de relief. Bien qu'il se tienne de préférence dans le domaine delà morale pratique, il lui arrive d'aborder de hautes questions que Fénelon néglige et devait négliger : plus sainement substantielles toujours, ses fables sont donc aussi, quand il le faut, plus élevées. Et peut-être qu'en plaisant davantage il instruit mieux, précisément parce qu'il ne découvre pas à tout propos sa volonté arrêtée d'instruire. Mais, ne l'oublions pas, Fénelon ne voulait plaire qu'au duc de Bourgogne, il ne voulait instruire que lui, et puisqu'il a réussi à l'attacher, à le transformer, que peut-on vouloir de plus? Quelque chose de plus vif et de plus viril? Ce serait lui demander de n'être plus Fénelon.
Les fables destinées an prince. — Sonplcsse et ingéniosité de la pédagogie»
Si les fables de Fénelon, considérées comme œuvre d'art pur, ne sont pas inattaquables, elles sont bien près de l'être, considérées comme œuvre de pédagogie, d'une pédagogie patiente, ingénieuse et simple. Jamais Fénelon ne perd de vue qu'il a affaire à un prince ; et non pas à un prince quelconque, mais au duc de Bourgogne, au petit-fils de Louis XIV. Ce n'est pas sans quelques précautions qu'on pouvait lui faire entendre les axiomes d'une politique aussi nouvelle que celle-ci : que le vrai bonheur des princes « consiste principalement à rendre heureux tous ceux qui dépendent d'eux et à les gouverner avec sagesse et modération » ; que leur premier devoir est de « soulager » leur peuple. Comment lui persuader, à ce prince qui ne se croyait pas pétri du même limon que ses sujets, qu'il était né pour les servir? L'orgueil, voilà le premier obstacle qu'il fallait surmonter. Fénelon écrivait alors le Jeune Bacchus et le Faune, une fable d'un parfum tout antique, et d'autant plus morale qu'elle n'est alourdie par aucune moralité.
Un jour, le jeune Bacchus, que Silène instruisait, cherchait les Muses dans un bocage dont le silence n'était troublé que par le bruit des fontaines et par Je chant des oiseaux. Le soleil n'en pouvait, avec ses rayons, percer la sombre ■verdure. L'enfant de Sémélé, pour étudier la langue des dieux, s'assit dans un coin au pied d'un vieux chêne, du tronc duquel plusieurs hommes de l'âge d'or étaient nés. Il avait même autrefois rendu des oracles, et le temps n'avait osé l'abattre de sa tranchante faux. Auprès de ce chêne sacré et antique se ■cachait un jeune Faune, qui prêtait l'oreille aux vers que chantait l'enfant, et qui marquait à Silène, par un ris moqueur, toutes les fautes que faisait son ■disciple. Aussitôt les Naïades et les autres Nymphes du bois souriaient aussi. Ce critique était jeune, gracieux et folâtre ; sa tête était couronnée de lierre et de pampre; ses tempes étaient ornées de grappes de raisin ; de son épaule gauche pendait sur son côté droit, en écharpe, un feston de lierre ; et le jeune Bacchus se plaisait à voir ces feuilles consacrées à sa divinité. Le Faune était enveloppé, au-dessous de la ceinture, par ladépouille atïYeuse et hérissée d'une jeune lionne qu'il avait tuée dans les forêts. 11 tenait dans sa main une houlette courbée et noueuse. Sa queue paraissait derrière comme se jouant sur son ■dos. Mais comme Bacchus ne pouvait souffrir un rieur malin, toujours prêt à se moquer de ses expressions, si elles n'étaient pures et élégantes, 11 lui dit d'un ton fier et impatient : « Gomment oses-tu te moquer du fils de Jupiter ? » Le Faune répondit sans s'émouvoir : « Hé! comment le fils de Jupiter ose-t-il faire quelque faute ? »
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La leçon de modestie est comprise. Mais si l'orgueil, en ce qu'il a d'excessif, est abaissé, il ne faut pas que le salutaire ressort de l'amour-propre soit brisé. Aussi le blâme est-il toujours tempéré par un éloge : on ne lui demande que d'adoucir son tempérament, de prendre plaisir à aimer les hommes et à se faire aimer d'eux : s'il y consent, on lui promet que toutes les grâces de l'esprit et du corps viendront l'orner en foule. C'est une flatterie bien délicate qu'exprime la fable le Rossignol et la Fauvelte, avec une grâce poétique et légère ; les deux oiseaux souhaitent que l'amour de la poésie rende le cœur du jeune prince aussi aimable qu'il est fler :
Il aime nos douces chansons; elles entrent dans son cœur, comme la rosée tombe sur nos gazons brûlés parle soleil. Que les dieux le modèrent et le rendent toujours fortuné 1 qu'il tienne en sa main la corne d'abondance! que l'âge d'or revienne par lui ! que la sagesse se répande de son cœur sur tous les mortels ! el que les fleurs naissent sous ses pas!
Parfois même la louange va un peu loiti et fait sourire : le jeune prince n'est-il pas associé à la gloire de Virgile pour avoir traduit l'épisode d'Aristée, au quatrième chant des Géorgiques? Mais le plus souvent louanges et blâmes, reproches et flatterie, sont combinés avec un art curieux. Lisez ce début du Fantasque\ vrai portrait individuel, marqué des traits les plus précis :
Qu'est-il donc arrivé de funeste à Mélanthe ? Rien au dehors, tout au dedans. Ses affaires vont à souhait : tout le monde cherche à lui plaire. Quoi donc ? C'est que sa rate fume. Il se coucha hier les délices du genre humain ; ce matin on est honteux pour lui, il faut le cacher. En se levant, le pli d'un chausson lui a déplu : toute la journée sera orageuse, et tout le monde en souffrira. Il fait peur, il fait pitié : il pleure comme un enfant, il rugit comme un lion. Une vapeur maligne et farouche trouble et noircit son imagination, comme l'encre de son écriloire burbouilte ses doigts.
C'est un vrai « caractère » de la Bruyère, un peu diffus, mais amusant, parce qu'on le sent observé sur nature. Mais voyez comme insensiblement la satire est tempérée, comme, à côté des défauts qui font le présent si maussade, on indique les ressources qui permettent d'espérer un meilleur avenir : « Dans sa fureur la plus bizarre et la plus insensée, il est plaisant, élo-
i. Certaines éditions rangent le Fantascfue, comme la Médaille, parmi les Opuscules divers ; mais le rapport en est évident avec l'éducation du duc de Bourgogne.
quent, subtil, plein de tours nouveaux, quoiqu'il ne lui reste pas seulement une ombre de raison. Prenez bien garde de ne rien dire qui ne soit juste, précis et exactement raisonnable : il saurait bien en prendre avantage, et vous donner adroitement le change... » C'est que son caractère est fait d'éléments bons et mauvais, qui semblent contradictoires : il n'épargne même pas, aux beures de crise, « certaines personnes auxquelles il doit plus qu'aux autres et qu'il parait aimer davantage... Mais attendez un moment, voici une autre scène. Il a besoin de tout le monde ; il aime, on l'aime aussi ; il flatte, il s'insinue, il ensorcelle ceux qui ne pouvaient plus le souffrir... » Ainsi était ressaisi et réconforté celui qu'eût pu décourager et repousser la sécheresse d'une réprimande sans nuance et sans sourire.
A cet égard, rien de plus curieux à étudier que le morceau intitulé la Médaille. C'est une lettre supposée adressée d'Amsterdam par Bayle à Fénelon ; la date même n'y manque pas : 4 mai 1691. On y décrit une médaille antique, récemment découverte.
D'un côté, cette médaille, qui est Tort grande, représente un enfant d'une figure très belle et très noble ; on voit Pallas qui le couvre de son égide ; en même temps les trois Grâces sèment son chemin de fleurs ; Apollon , suivi des Muses, lui offre sa lyre; Vénus paraît en l'air dans son char attelé de colombes, qui laisse tomber sur lui sa ceinture; la Victoire lui montre d'une main un char de triomphe, et de l'autre lui présente une couronne. Les paroles sont prises d'Horace : Non sine dis animosus infans. Le revers est bien différent. Il est manifeste que c'est le même enfant, car on reconnaît d'abord le même air do tête : mais il n'a autour de lui que des masques grotesques et hideux, des reptiles venimeux, comme des vipères et des serpents, des insectes, des hiboux, enfin des harpies sales, qui répandent de l'ordure de tous côtés, et (jui déchirent avec leurs ongles crochus. Il y a une troupe de satyres imjiudents et moqueurs, qui font les postures les plus bizarres, qui rient, et qui montrent la queue d'un poisson monstrueux, par où finit le corps de ce bel enfant. Au bas, on lit ces paroles, qui, comme vous savez, sont aussi d'Horace : Turpiler atrum ûesinit in piscem.
Les savants se donnent beaucoup de peine pour découvrir en quelle occasion cette médaille a pu être frappée dans l'antiquité. Quelques-uns soutiennent qu'elle représente Caligula, qui, étant fils de Germanicus, avait donné dans son enfance de hautes espérances pour le bonheur de l'empire, mais qui dans la suite devint un monstre. D'autres veulent que tout ceci ait été fait pour Néron, dont les commencements furent si heureux, et la tin si horrible, l^es uns et les autres conviennent qu'il s'agit d'un jeune prince éblouissant, qui promettait beaucoup et dont toutes les espérances ont été trompeuses. Mais il y en a d'autres, plus défiants, qui ne croient point que cette médaille soit antique. On s'imagine voir quelque chose de notre temps figuré dans cette médaille; peut-être signifîe-t-elle de grandes espérances qui se tourneront en de grands malheurs: il semble qu'on afïeote défaire entrevoir
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malignement quelque jeune prince dont on tâche de rabaisser toutes les bonnes qualités par les défauts qu'on lui impute.
Si habile pourtant et parfois amusante que soit cette méthode d'éducation indirecte, qui insinue la morale plus qu'elle ne l'enseigne, elle ne pouvait convenir qu'à un enfant. Quand l'enfant devint adolescent, il en fallut appliquer une autre, ou plutôt il fallut élargir et transformer celle qui avait donné de si bons fruits. Aux fictions pures succédèrent les faits de l'histoire ; aux Fables les Dialogues des morts; mais le fond moral, l'esprit, le bal de l'éducation, restèrent les mêriies.
Le second degré de l'édiieation : les « Dialogues des luorts ». — L'idéal luoral et Tidéal littéraire»
Il est à peine besoin de louer ici la délicatesse légère, l'aimable à-propos de ces fictions, renouvelées de Lucien, avec quelque chose de moins agressif et de moins amer, de plus chrétiennement attendri. Sans disparaître tout à fait, la satire est adoucie; sans se montrera découvert, la leçon morale porle ses fruits; sans se compliquer d'une érudition fastidieuse, l'histoire, caractérisée par quelques traits saillants, persQnniQée en ses héros qui la font revivre aux yeux, s'impose à l'imagination, se grave dans la mémoire docile, et fait passer le précepte avec elle. Mais on n'y surprend pas seulement une mélhode séduisante d'éducation ; on y saisit aussi l'unité des doctrines morales et littéraires qui ne se sont jamais démenties pendant toute la carrière de Fénelon.
Ces doctrines peuvent se résumer en un double précepte: au point de vue moral, il faut pratiquer la vertu aimable ; au point de vue littéraire, il faut aimer le simple et le naturel.
Il est difficile de ne pas croire que Fénelon se souvient du Misanthrope dans le Dialogue XVIII, où Alcibiade prend à son compte la philosophie tolérante dePhilinte, dont il s'approprie parfois jusqu'aux expressions: « >'e vaut-il pas mieux s'accommoder aux hommes, tels qu'on les trouve, que de vouloir les haïr jusqu'à ce qu'ils s'accommodent à nous? Avec ce chagrin si critique, on passe tristement sa vie, méprisé, moqué, abandonné, et on ne goûte aucun plaisir... Il faut en ce monde une
philosopliie qui aille plus terre à terre. » Mais Alcibiade est un ambitieux, dont l'excessive indulgence se rapproche' fort de l'égoïsme. Entre l'indifférence trop sceptique d'Alcibiade et la misanthropie de Timon, Fénelon arrête notre vue sur la sagesse paisible et tempérée de Socrate, qui enseigne à tous deux à aimer les hommes malgré leurs défauts, malgré l'ingratitude certaine, à les servir sans intérêt. A l'ambitieux Alcibiade il dit : « La philanthropie est une vertu douce, patiente et désintéressée, qui supporte le mal sans l'approuver; «au farouche Timon: «Votre vertu âpre, impatiente, ne sait pas assez supporter le vice d'autrui; c'est un amour de soi-même qui fait qu'on s'impatiente quand on ne peut réduire les autres au point qu'on voudrait. » AÏceste ne pourrait-il pas prendre sa part de cette critique discrète?
Ce caractère d'Alcibiade, le brillant sceptique, préoccupe visiblement Fénelon; dans deux autres dialogues il l'oppose à Socrate, dans un autre à Périclès; dans un dernier il le met aux prises, aux enfers, avec Mercure et Charon. C'est qu'ava. '. tout il déteste l'élégante frivolité, l'indifférence ironique et dédaigneuse, la sécheresse d'âme, vices auxquels les grands sont enclins plus que le commun des hommes. 11 n'aime pas davantage les écrivains qui, comme Lucien, ne songent qu'à se moquer de tout, qu'à montrer le ridicule en chaque chose, les sages qui rient de tout aussi, comme Démocrite : « C'est n'aimer ni les hommes ni la vertu qu'ils abandonnent... Si vous entriez dans un hôpital de blessés, ririez-vous de voir leurs blessures? » Combien plus humaine est la pitié d'Heraclite! Intelligence profonde et douloureuse des misères humaines, pitié fraternelle, modération indulgente, vertu sans âpreté, voilà, semblet-il, les traits essentiels de la philosophie sociale de Fénelon. Voilà pourquoi il ne se laisse éblouir ni par le renom d'austérité de Caton le Censeur, qui fut un usurier, ni par la molle honnêteté de Pompée, qui n'est ni vertu ni vice. Ces « hommes de Plutarque » ne sont pas ses hommes: l'un n'a que l'extérieur raide et dur de la fausse vertu ; l'autre n'a pas la force d'âme que la véritable vertu suppose. Celle-ci a l'abord plus familier, l'allure plus simple, le fond plus solide.
Cette horreur de tout excès, ce goût vif de la mesure et de la simplicité, on les retrouve dans ceux des Dialogues où la leçon littéraire s'associe à la leçon morale. Les dialogues XXXI et XXXII opposent la forte sobriété de Démosthène à l'art plus orné de Cicéron, et préludent au fameux parallèle qui, dans la Lettre à l'Académie, est l'âme du chapitre sur la Rhétorique.