‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 141 sur 186 · Panégyrique de sainte Catherine · texte numérisé non relu

Panégyrique de sainte Catherine

DE L'EDUCATION DES FILLES b

lises... Rien n'occupe davantage qu'une longue oisiveté... Je voudrais qu'on eût autant de soin d'orner son esprit que son corps, et qu'entre être ignorante ou savante, on prit un chaniin entre ces deux extrémités, qui empêchât d'être incommode par une suftlsance impertinente ou par une stupidité ennuyeuse... Je veuxbicn qu'on puisse dire d'une personne de mm sexequ'elle sait cent choses dont elle ne se vante pas; mais je ne veux pas qu'on puisse dire d'elle : « C'est une femme savante. »... Il est constamment vrai qu'il y M certaines sciences que les femmes no doivent jamais apprendre, et qu'il y en a d'autres qu'elles peuvent savoir, mais qu'elles ne doivent pourtant jamais avouer qu'elles sachent, quoiqu'elles puissent souffrirqu'on le devine... Ce que je voudrais principalement apprendre aux femmes, ce serait de ne parler point trop de ce qu'elles sauraient bien, et de ne parler jamais de ce qu'elles ne sauraient point du tout.

Mais elle-même, quoi qu'en aient dit ses modernes panégyristes, n'était pas exemple de tout pédantisme. Sapho disait des choses excellentes; mais les célèbres samedis de M"'^ de Scudéry les démentaient un peu. Il faut arriver à la fin du siècle pour voir les préjugés, non pas se dissiper, mais s'atfaiblir. Le réveil de l'esprit d'examen y est peut-être pour quelque chose'. C'est un protestant, Poulain de la Barre, qui écrit, comme s'il voulait répondre à la négation de Bossuet par une affirmation plus audacieuse encore : « Si l'on trouvait plaisant de voir une femme enseigner l'éloquence et la médecine, faire la police, haranguer devant les juges en qualité d'avocat^ rendre la juslice, conduire une armée, ce n'est que faute d'habitude, et on s'y ferait '2. » Mais toute l'Église catholique de France, il faut le reconnaître, ne resta pas jusqu'au bout fidèle à la doctrine étroite de Bossuel. Parmi ses amis les plus intimes, Fénelon comptait l'abbé Claude Fleury, qui devait être chai-gé sous ses ordres de l'instruction du duc de Bourgogne. En 1686, un an avant la publication de V Éducation des filles, l'abbé Fleury publiait son Traité sur le choix et la méthode des études. Mais l'écrit moins dogmatique de Fénelon était déjà composé, et il est probable que les deux amis se sont plus d'une fois entretenus sur ce sujet qui les préoccupait en, même temps. Il est vrai que Fleury envisage les études en général, et non pas seuleni3nt celles des femmes ; mais, quand il touche à celles-ci, il ne se dérobe pas, comme l'avaient fait tant d'autres avant lui. Le chapitre XXXVIII de son traité fraye la voie à l'opuscule de Fénelon.

1. Dans sa Lettre aiu: seigneurs, Lnihar avait demandé que les ûlles allassent hius les jours h l'écolo. au moins une petite heure. Toutefois il ne faudrait pas s'imaginer rpie l'instruction des femmes fût donc tout à fait négligée au xvn° siècle. Voyez notre fascicule de .l/"ic de Sévignê.

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