‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 172 sur 186 · Dictiunnaire philosopliique, article Espinr · texte numérisé non relu

Dictiunnaire philosopliique, article Espinr

le ceux qui l'ont pleinement réalisée. Dans les Dialogues sur Vé- 'oquence, il lui oppose Isocrate, qui ne cherche qu'à plaire, qu'à Dolir ses pensées et à donner de l'harmonie à ses paroles, qui net presque toute l'éloquence dans l'arrangement. des mots; X ces discours fleuris et efTéminés, à ces périodes faites avec au travail infini pour amuser l'oreille, il compare la mâle éloquence de Démosthènes, qui émeut, échauffe et entraîne les îœurs'. On le voit, les reproches que, dans la Lettre à l'Acadénie, Fénelon adresse à Cicéron-, il les adressait déjà, dans les Dialogues, à Isocrate, et c'est pour les mêmes raisons aussi ju'il leur préfère Démosthènes. Ils sont des rhéteurs; lui seul îst un véritable orateur.

Sans doute Cicéron n'est pas rhéteur au même degré qu'lso- ;rale ; c'est pourtant Cicéron lui-même que Fénelon prend à partie dans les Dialogues des morts, et qu'il substitue à Isocrate DOur l'opposer à Démosthènes-^, dans le dialogue xxxi; c'est le caractère môme de Cicéron qui est vivement critiqué, dans le iialogue xliii entre Cicéron et Caton. L'antithèse du dialogue îxxi a bien des ressemblances, même de forme, avec celle du Drojet de Rhétorique. Pourquoi Fénelon revient-il si volontiers i ce parallèle? Il nous l'explique dans le dialogue suivant, :{ui met encore en scène Démosthènes et Cicéron : « Le vérita- )le usage de l'éloquence est de mettre la vérité en son jour et ie persuader aux autres ce qui leur est véritablement utile, ;'est-à-dire la justice et les autres vertus. » A tort ou à raison, 1 croit que ce rôle a été celui de Démoslhènes, et n'a pas été :elui de Cicéron.

Il ne méconnaît, d'ailleurs, ni les mérites de Cicéron ni les 'aiblesses de Démosthènes; il sait distinguer entre les œuvres

1. Voyez le jug-eraent entier dans le fascicule des Dialor/iies.

2. u je j)roti'ste que personne u'udmire Cicéi'on plus qui> je fais ; il embellit out ce qu'il touche, il fait honneur à la parole, il fait des mots ce qu'un autre l'en saurait faire, il a je ne sais combien de sortes d'esprit, il est même court et

éhément, toutes les fois qu'il veut l'être, contre Catilina, contre Verres, contre Intoine. Mais on remarque quelque parure dans son discours : l'art y est mereilleut, mais on l'entrevoit ; l'orateur, en pensant au salut de la République, ne 'oublie pas et ne se laisse pas oublier. Démostbène parait sortir de soi et ne voir |ue la patrie. Il ne cherche point le beau, il le fait sans y penser ; il est au-dessus ie l'admiration, lise sert de la parole comme un homme modeste de son habit lour se couvrir. Il tonne, il foudroie, c'est un torrent qui entiaine tout. On ne leut le critiquer, parce qu'on est saisi ; on pense aux choses qu'il dit, et non à ses laroles. On le perd de vue ; on n'est occupé que de Phili|)pe, qui envahit tout, e suis charmé de ces deux orateurs ; mais j'avoue que je suis moins touché tli' 'art intini et de la raagniliiiue éloquence de Cicéron, que de la rapide simplicité le Démosthéne. »

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