‹ Cours de littérature à l'usage des divers examens (volume 2)Chapitre 63 sur 186 · C. de Litt. — Bossuet {Oraisons funèbres · texte numérisé non relu

C. de Litt. — Bossuet {Oraisons funèbres

â COURS DE LITTÉRATURE

qui ne le quittait jamais, improvisa le « compliment » suivant, dont il a tenu à nous laisser un souvenir écrit :

Le jour que M. le Prince me vint entendre, je parlais du mépris de l'honneur du monde; et sur cela, après avoir fait ma division, je lui dis qu'à la vérité je ne serais pas sans appréhension de condamner devant lui la gloire du monde dont je le voyais si environné, n'était que je savais qu'autant qu'il avait de grandes qualités pour la mériter, autant avait-il de lumières pour en connaître le faible : qu'il fût grand prince, grand génie, grand capitaine, digne de tous ces titres et grand par- dessus tous ces titres, je le reconnaissais avec les autres ; mais que toutes ces grandeurs, qui avaient tant d'éclat devant les hommes, devaient être anéanties devant Dieu; que je ne pouvais cependant m'empècher de lui dire que je voyais toute la France réjouie de recevoir tout ensemble la paix et Son Altesse Séiénissime, parce qu'elle avait dans l'une une tranquillité assurée, et dans l'autre un rempart invincible , et que, nonobstant la surprise de sa présence imprévue, les paroles ne me manqueraient pas sur un sujet si auguste, n'élait que, nie souvenant au nom de qui je parlais, j'aimais mieux abattre aux pieds de Jésus-Christ les grandeurs du monde, que de les admirer i)lus longtemps en sa personne.

En finissant mon discours, le sujet m'ayant condiiit à faire une forte réflexion sur les changements précipités de l'honneur et de la gloire du monde, je lui dis qu'encore que ces grandes l'évolutions menaçassent les fortunes les plus éminentes, j'osais espérer néanmoins qu'elles ne regardaient ni la personne ni la maison de Son Altesse : que Dieu regardait d'un œil trop propice le sang de nos rois et la postérité de saint Louis ; que nous verrions le jeune prince son fils croître avec la bénédiclion de Dieu et des hommes; qu'il serait l'amour de son roi et les délices du peuple, pourvu que la piété crût avec lui et qu'il se souvînt qu'il élait sorti de saint Louis, non pour se glorifier de sa naissance, mais pour imiter l'exemple de sa sainte vie. « Votre Altesse, dis-je alors à M. le Pi'ince, ne manquera pas de l'y exciter et par ses paroles et par ses exemples ; et il faut qu'il apprenne d'elle que tes lieu.v appuis des grands princes sont lapidé el ta justice. » Je conclus enfin que, se tenant fortement lui-même à ces deux appuis, je prévoyais qu'il serait désormais le bras droit de notre monarque, et que toute l'Kurope le regarderait comme l'ornement de son siècle : mais néanmoins que, méditant en moi-même la frayililé des cluises liumaines, (iti'il élait si digne de sa grande âme d'avoir toujours présente à l'esprit, je sotûiaitais <i Son Altesse une gloire plus solide que celle que les hommes admirent, une grandeur plus assurée que celle qui dépend de la fortune, une immortalité mieux établie que celle que nous promet l'histoire, et enfin une espérance mieux appuyée que celle dont le monde nous flatte, qui est cette de la fèlicilè éternelle.

« On aura remarqué que, dans ce compliment improvisé, Bossuet traçait, sans le savoir, le cadre de Télope funèbre qu'il devait prononcer vingt-sept ans plus tard; il seniiilait imiiquer d'avance à Coudé lui-même la condition et la mesure des éloges qu'il prodiguera, d'ailleurs sans scrupides et de toute l'effusion du cœur, à l'homme qui a toujours tenu la première place dans ses attachements et dans son admiration*. »

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