Gréard, Pircis de litlératiu-e : Masson
dérer sous le point de vue historique, Bossuet ne cesse pas de juger à un point de vue tout religieux les grands hommes et les grands événements de l'histoire ancienne. Peut-être donc est-il excessif de dire : « Il traite l'histoire par la raison seule.. 11 ouvre son histoire et il la conclut en chrétien; dans l'intervalle, il se horne à la faire en savant*. » Il est très vrai qu'à y regarder de près, un seul événement ici est expliqué par les desseins de Dieu sur les peuples : c'est la prise de Rome par les harbares. Mais, après tout, que sera la troisième partie tout entière, sinon une contre-partie de la seconde, une forte antithèse entre la « suite » ininterrompue de la religion et les révolutions de ces empires qui, selon une expression familière à Bossuet, tombent avec fracas les uns sur les autres? Leur chute, sans doute, est due, au moins en apparence, à des causes secondes qu'il peut être intéressant d'étudier; mais si ces causes secondes sont subordonnées à une cause première qui détermine et presse leur action, c'est un intérêt bien amoindri qu'offre l'histoire à la curiosité du savant désintéressé. Au lieu de s'intéresser au jeu des forces libres qui soutiennent, relèvent ou renversent tel État, il devra se borner à rechercher le principe d'erreur et le germe de décadence que Dieu a mis de toute éternité dans une race pour qu'après avoir tleuri, elle périsse. Tout est admirablement réglé, tout se développe par un enchaînement inexorable, sans que la plus petite place soit faite à ces hasards qui déconcertent parfois les plus savants desseins et rompent le cours logique des destinées. Montesquieu, d'ailleurs, ne sera pas moins fataliste que Bossuet, mais son fatalisme sera tout philosophique et humain. Bossuet, théoricien et théologien de la Providence, ne saurait être fataliste à proprement parler : à ses yeux il y a un être libre, un seul, mais qui est l'être même : cet être supérieur se donne le spectacle des choses humaines, qu'il dirige à son gré, mais sans paraître toujours les diriger. Et qu"a-t-il besoin de faire entrevoir sa puissante main derrière l'événement le plus mince"? Il suffit qu'il donne l'impulsion première et qu'il laisse ensuite les États et les hommes vivre et mourir conformément à certaines «dispositions » naturelles qu'il leur a données.
Car ce môme Dieu qui a fait l'enchaînement de l'univers, et qui, toutpuissant par lui-même, a voulu, pour établir l'ordre, que les parties d'un si grand tout dépendissent les unes des autres ; ce même Dieu a roiilii aiisai que le