Lettre ù Burigny, I 2 septembre
cette nation, sur laquelle Dieu s'était réservé une action directe et visible par les prophéties et les miracles, qui fut toujours rebelle à sa loi, dont l'existence politique précède la venue de Notre-Seigneur, devait être le seul que pussent invoquer des peuples catholiques ayant l'Église pour guide immortel et le Calvaire pour point de départ. )> Un homme, de nos jours, arelevé le peuple juif de ces mépris diversement intéressés; mais celui-là même qui consacrait une partie de sa vie à écrire l'histoire du peuple d'Israël, Ernest Renan, n'a pas épargné les ironies à l'ouvrage de Bossuet : « VHlstoire universelle de Bossuet, s'écrie-t-il, n'a plus, dans l'état actuel des études historiques, aucune partie qui tienne debout. Mais le livre est classique : tant pis pour l'histoire ! Mommsen aura beau faire, il n'aura pas raison de ce beau style et de ces habitudes enracinées*. » Ce jugement est dur : si Bossuet est souvent plus orateur qu'historien, plus théologien que philosophe, le Discouj's n'en est pas moins, comme l'a justement affirmé Auguste Comte, le premier efTort qui ait été tenté pour introduire une suite logique dans les faits historiques, et c'est pour cela qu'on peut dégager de son livre, sinon une philosophie universellement acceptable, du moins une certaine philosophie de l'histoire, qui a sa grandeur.
Ne cherchons donc pas et ne vantons pas seulement dans le Discours les mérites de l'orateur et de l'écrivain. Nous en trouverions, certes, qui sont uniques. Cette admirable harmonie du plan, cet enchaînement ininterrompu, tantôt déclaré, tantôt secret, toujours suivi; cette rigueur du raisonnement et cette poésie du style, ces traits soudains qui éclatent dans l'ampleur du développement, ces rétlexions morales qui fleurissent du sujet même, et de la destinée des peuples nous ramènent à la destinée de l'homme ; ce large courant de la parole qui entraîne même ceux qui voudraient résister, tout cela, c'est Bossuet, et ce n'est que lui. A ne considérer que le style, combien de contrastes! Ici, avec une énergie presque réaliste, Bossuet s'indigne que les hommes s'assouvissent de a cadavres », mal déguisés par les raffinements de leurs tables. Ici, c'est avec une grâce attendrie qu'il caractérise la prédication de Jésus : « C'est du lait pour les enfants, et tout ensemble du pain pour les forts. » La langue du Discours, en particulier, mériterait une étude à part. Tantôt s'y détache un mot pris dans toute sa force étymo-
1. Questions contemporMiins : riiistruction supérieure en France.
logique : « Le sens humain abruti ne pouvait plus s'élever aux choses intellectuelles... Moïse était envoyé pour réveiller par des récompenses temporelles les hommes sensuels et abrulis. » Tantôt c'est le sens latin tout pur qui revit dans le mot français : « L'empire de la mer, que leur république affectait... La voix du Rédempteur e.i?ci^''m toute la terre... Tout était soigneusement écrit, tout était digéré par l'ordre des temps... La Palestine ne méritait pas de terminer tous leurs vœux... Les Juifs n'ont conservé de leurs anciens livres la mémoire d'aucune action qui notât sa vie. » L'étude de la composition, l'étude de l'expression, dans le Discours, peut être faite avec grand profit; mais, si l'on s'y bornait, on serait injuste pour une œuvre qui en a suscité d'autres, animées d'un esprit tout différent : sans le Discours sur l'histoire universelle, qui sait si nous aurions les Considérations de Montesquieu et VEssai sur les mœurs de Voltaire ?
BIBLIOGRAPHIE
TEXTES
Éditions Gazeau (Delagrave), Gasté (Librairie des Bibliophiles), Jacquiuet (Belin).
LIVRES
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— Entretien avec un Chinois, et Vision de Constantin.
— Remarques sur l'Essai sur les mœws, t. 1er; Lettre à Buriqny.
12 sept. 1761.
— Le Pyrrhonismc de l' histoire, ch. 11.
JUGEMENTS
Je soutiens qu'il y a plus d'observation et de majesté dans le seul discours que nous avons sur l'histoire universelle, que dans Tite-Live ou dans Thucydide, Oui, la manière dont la suite des temps y est développée, dont l'économie admirable des révolutions et la conduite ineffable de Dieu sur l'univers, par rapport au christianisme et au salut des hommes, y sont marquées, tout cela, dis-je, est inflniment élevé au-dessus de ce qui nous reste des anciens en pareille matière.
Gh. Perrault, ParalUie des anciens et des modernes.
Le xvu^ siècle n'a rien produit de plus noble, de plus vif, de plus énergique que le Discours sur l'histoire universelle; rien on le caractère d'une raison supérieure soit imprimé plus avant; rien d'une plus grande continuité de sublime; rien qui soit assorti mieux à la dignité d'un sujet qui laisse infiniment après lui tous les autres sujets. On dirait que c'est la religion qui s'explique ici elle-même.
HouTTEViLLE, 1(1 Religion chrétienne prouvée par les faits ; 1740, in-4°; 1. I" p. cxcvi.
Bossuet applique l'art oratoire à l'histoire même, qui semble l'exclure. Son Discours sur l'histoire universelle n'a eu ni modèle ni imitateurs. Si le système qu'il adopte pour concilier la chronologie des Juifs avec celle des autres nations a trouvé des contradicteurs chez les savants, son style n'a trouvé que des admirateurs. On fut étonné de cette force majestueuse dont il décrit les mœurs, le gouvernement, l'accroissement et la chute des grands empires, et de ces traits rapides d'une vérité énergique dont il peint et dont il juge les nations.
Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. xxxii.
DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE ;n
On a accusé Bossuet d'avoir élé, dans son Histoire universelle, plus orateur qu'historien, et plus théologien que philosophe; d'y avoir trop parlé des Juifs, trop peu des peuples qui rendirent si intéressante l'histoire ancienne , et d'avoir, en quelque sorte, sacrifié l'univers à une nalion que toutes les nations affectent de mépriser. Il répondait à ce reproche que, s'il avait paru, dans un si grand tableau, négliger le reste de la terre pour le seul peuple à qui le vrai Dieu fût connu, c'était qu'il avait cru devoir non seulement à ce Dieu dont il était le ministre, mais encore à la France, dont le sort était confié à ses leçons, de montrer partout au jeune prince, dans cette vaste peinture, l'objet le plus propre à forcer les rois à être justes, c'est-à-dire l'Être éternel ou tout-puissant, dont l'œil sévère les observe et dont l'arrêt terrible sait les juger...
On admire dans cette grande esquisse un génie aussi vasteque profond, qui, dédaignant de s'appesantir sur les détails frivoles, si chers au peuple des historiens, voit et juge d'un coup d'oeil les législateurs et les conquérants, les rois et lesnations, les crimes et les vertus des hommes, et trace d'un pinceau énergique et rapide le temps qui dévore et engloutit tout, la main de Dieu sur les grandeurs humaines, et les royaumes qui meurent comme leurs maîtres.
D'Alembert, Éloge de Bossuet.
On voit la grandeur du génie de Bossuet dans son Histoire universelle ; il a tout son plan dans sa tète, et tout se présente en grand sous sa plume, tandis que Voltaire ne dessine que par portions, et l'on s'aperçoit qu'il n'embrasse que l'objet présent.
M™^ Necker, Mélanges.
I Bossuet illustre la classe des historiens, quoique, à vrai dire,
dans son Discours sur l' histoire universelle, il appartienne encore I à la classe des orateurs.
M.-J. Chéxier, Discours prononcé à l'Athénée (1806). C. de Litt. — RcissuET [Disc, .sur l'hht. univ.). 3
Comme une aigle aux ailes immenses,
Agile habitante des cieux, Franchit en un instant les plus vastes distances, Parcourt tout de son vol et voit tout de ses yeux.
Tel, à son gré changeant de place,
Bossuet à notre œil retrace Sparte, Athènes, Memphis aux destins éclatants; Tel il passe, escorté de leurs grandes images,
Avec la majesté des âges,
Et la rapidité des temps.
Oui, s'il parut jamais sublime,
C'est lorsque, armé de son flambeau, Interprète inspiré des siècles qu'il ranime, Des Etats écroulés il sonde le tombeau;
C'est lorsqu'en sa douleur profonde,
Pour fermer le convoi du monde, Il scelle le cercueil de l'empire romain, El qu'il élève alors ses accents prophétiques,
A travers les débris antiques
Et la poudre du genre humain.
Chènedollé, Études poétiques.
Bossuet est plus qu'un historien, c'est un Père de l'Église, c'est un prêtre inspiré , qui souvent a le rayon de feu sur le front, comme le législateur des Hébreux. Quelle revue il fait de la terre ! Il est en mille lieux à la fois. Patriarche sous le palmier de Tophel, ministre à la cour de Babylone , prêtre à Memphis, législateur à Sparte, citoyen à Athènes et à Rome, il change de temps et de place à son gré; il passe avec la rapidité et la majesté des siècles. La verge de la loi à la main, avec une autorité incroyable, il chasse pêle-mêle devant lui et Juifs et Gentils au tombeau ; il vient enlin lui-même à la suite de tant de générations, et, marchant appuyé sur Isaïe et sur Jérémie, il élève ses lamentations prophétiques à travers la poudre et les débris du genre humain. La première partie du Discours est admirable par la narration; la seconde, par la
sublimité du style et la haute métapliysique des idées; la troi sième, par la profondeur des vues morales et politiques.
Chateaubria>'d, Génie du christianisme,
Bossuet c'est la plus grande parole de l'univers chrétien, et le meilleur conseiller des princes. Ce que j'ai appris de lui depuis mes difficultés avec Rome me le fait encore plus grand. Je l'avais cru d'aliord un poète, un Homère biblique. On nous instruisait très mal à Brienne : j'avais quinze ans, on ne me mettait dans les mains que d'insipides extraits de Domairon.
Des extraits! méthode pitoyable! La jeunesse a du temps pour lire longuement, et de l'imagination pour saisir toutes les grandes choses. Plus lard, je réparai cette lacune en lisant prodigieusement, mais avec peu de choix, au hasard d'une bibliothèque de garnison. Le grand côté de l'histoire ne m'apparaissait pas. A Valence, mon âme dormait encore; et ce que j'écrivais, car j'écrivais beaucoup, était faible et pâle.
Le jour où, par bonheur, je rencontrai Bossuet, où je lus, dans son Discours sur l'hisloire universelle, la suite des empires, et ce qu'il dit magnifiquement des conquêtes d'Alexandre, et ce qu'il dit de César qui, victorieux à Pharsale, parut en un moment par tout l'univers, il me sembla que le voile (lu temple se déchirait du haut en bas et que je voyais les dieux marcher.
Depuis lors, cette vision ne m'a plus quitté, en Italie, en Egypte, en Syrie, en Allemagne, dans mes journées les plus historiques; et les pensées de cet homme me revenaient plus éclatantes à l'esprit à mesure que ma destinée grandissait devant moi.
Napoléon I" (1812).
A mesure que de nouvelles reclierches, guidées par une méthode plus libre et plus rigoureuse, dissipent les lénèbresqui enveloppaient le passé, la critique oppose aux affirmations tranchantes de Bossuet des faits qu'il n'a pas connus, ou dont il n'a pas tenu compte, ou dont il a forcé l'interprétation; el, par une discussion sévère, qui ne se borne pas à relever le détail de la mise en œuvre, elle menace d'ébranler peu à peu jusqu'aux fondements sur lesquels repose l'édifice. Mais, s'il est impos-
40 COURS DE LITTEUATURE
sible à une saine philosophie d'enfermer dans les annales d'un peuple les destinées du monde entier, s'il lui répugne d'accepter les exemples tirés de l'Ancien Testament pour la solution définitive des problèmes qu'agilent incessamment la morale et la politique, le système qu'elle abandonne est cependant resté pour elle, dans sa simplicité, dans sa profondeur, l'inépuisable ■sujet de méditations graves et fécondes. Elle fait son devoir en signalant à ceux qui écrivent et à ceux qui font l'histoire le danger de croire trop facilement qu'ils ont lu dans les conseils de la Providence; mais elle ne veut pas oublier que Bossuet, plus que personne, Ta affermie dans ses voies en accoutumant les esprits à chercher au-dessus de la mêlée des intérêts et des agitalions sans fin de l'espèce humaine, le secret du passé, le mystère de l'avenir et la claire vue de cette justice éternelle qui est la loi des jugements de l'histoire, comme elle est la règle de nos actions. Ce qui fait tort, dans le Discours sur l'histoire universelle, à la critique, c'est l'enthousiasme. D'un seul regard, Bossuet embrasse la longue suite des siècles, il s'en empare, il en dispose et il l'ordonne avec la libre fougue du poète épique; en établissant sur les ruines des empires qui s'élèvent et s'écroulent la religion chrétienne, qui seule ne craint pas le changement, il impose aux annales confuses des nations l'unité d'une autre Iliade. Il lie le merveilleux à l'action plus étroitement que n'a fait Homère.
(jandau, Bossuet et la littérature française.
C'est dans le Discours sur l'histoire universelle, et particulièrement dans cette troisième partie, la plus haute expression de l'esprit français dans la prose, que Bossuet est le plus original. Ailleurs, il ne se sépare guère des livres saints ou des Pères. Le Discours est tiré tout entier de son fond. 11 est vrai que ce fond était formé de la moelle des deux antiquités.
NisARD, Histoire de la littérature française, III; Didot.
On a souvent nommé Bossuet l'historien, l'interprète, le confident de la Providence. Et en effet ces magnifiques expressions
se présentent d'abord pour désigner la manière étrange et nouvelle dont il raconte les choses humaines. Il en parle avec une simplicité familière, comme fait à ce grand spectacle, et dans le secret de ce qui le produit. On dirait véritablement que, du sein des conseils suprêmes, il aperçoit tous les lieux et tous les temps rassemblés sous son regard. Avec quelle rapidité il les parcourt ! L'espace se resserre, les années se pressent, les siècles passent comme des instants, et viennent s'enfermer dans l'énergique brièveté de son expression, dans des mots spacieux qui les comprennent tout entiers. De la hauteur où il s'est placé, quelques hommes à peine attirent son attention : ce sont les peuples, les empires eux-mêmes qu'il voit marcher, courir, chanceler, tomber les uns sur les autres, mourir enfin comme des hommes. Voilà les véritables héros de ce grand drame auquel il nous fait assister avec lui; il nous les montre qui, par la diversité de leurs génies et de leurs caractères, travaillent tous ensemble avec ardeur à une œuvre inconnue, aveugles et fragiles instruments que brise la main qui les conduit. C'est Dieu qui les pousse, qui les élève, qui les précipite, qui, par toutes les révolutions de la terre, établit et perpétue l'empire de sa loi immortelle. Ces agitations passagères vont se perdre dans le cours toujours égal de la religion, seule immuable au milieu de tant de vicissitudes, et qui s'affermit de Yiiaque secousse qui ébranle le monde.
Patin, Éloge cleBossuet; Hachette.
Bossuet savait l'histoire ancienne et l'histoire de l'Église; mais ces deux histoires ne lui servent de rien pour comprendre les temps modernes. Ce que Bossuet ne savait pas, ce qu'on ne savait pas de son temps, c'était l'histoire de notre pays, de ses crises, de ses révolutions, de ses institutions changeantes, autrefois libres dans une certaine mesure, peu à peu supprimées et absorbées par le pouvoir absolu; c'était l'histoire de l'Europe au moyen âge, au xv^, au xvi'' siècle, dans ces temps où l'ordre politique des temps modernes s'était lentement et péniblement élaboré. Enfin, dans ce magnifique Discours sur l'histoire universelle, fait à l'usage d'un prince moderne et d'un prince français, il ne manque que deux petites choses : l'histoire moderne et l'histoire de France. En cela Bossuet était
bien du siècle de Louis XIV. Chose étrange, ce régne de la tradition n'avait pas de tradition. Ce grand triomphe du génie français n'a pas pu nous laisser une histoire nationale! 11 a fallu la Révolution pour donner à la France le souci du passé et le sentiment de la tradition française.
P. Janet, Lectures variées de littérature et de morale ; Delagrave.
C'est faire un usage illégitime de l'idée d'une Providence divine ou de quelque autre idée Ihéologique que ce soit, que de la prendre comme fondement de la philosophie de l'histoire. C'est intervertir les vrais rapports de la science et de la théologie. Les vérités religieuses sont des inductions tirées des lois scientifiques; elles ne sont pas ces lois mêmes ni leur raison. Ce n'est que là où finit la science que commence la philosophie religieuse... Ce qui n'est qu'une conclusion tirée de la philosophie de l'histoire, Bossuet en fait la prémisse fondamentale de cette science. Il explique par la doctrine de la Providence les données mêmes qui nous permettent de conclure à l'existence d'une Providence. Il n'applique pas librement l'induction aux faits de l'histoire, mais il essaye de rendre raison de ces faits par un des articles de sa croyance théologique. C'est là évidemment un procédé antiscientifique. C'est faire la base de l'édifice de ce qui devrait en être le sommet; c'est tenter de bàlir en commençant par le toit. Et cette erreur radicale est le principe générateur du système de Bossuet.
Flint, la Philosophie de l'histoire en France, trad. Carrau; Alcan.
Je sais ce qui manque à Bossuet, ou plutôt ce qui manquait à son temps : l'Orient était encore inconnu et impénétrable; ni les hiéroglyphes, ni les inscriptions cunéiformes, n'avaient dit leur secret; à peine un voyageur avait-il entrevu Thèbes et Memphis; on ignorait où gisaient les ruines de Babylone et de Ninive. On en était réduit à accepter, à commenter, à développer les renseignements obscurs, inexacts, incomplets, que les historiens, les géographes, les lexicographes grecs, les compilateurs d'anecdotes et d'historiettes, imbéciles ou men-
leurs, parfois l'un et l'autre, avaient laissés sur les civilisations orientales. Même pour la Grèce et pour Rome, l'érudition historique était dans l'enfance. Les sciences qui prêtent leurs secours à l'histoire, l'épigraphie, l'archéologie, n'avaient point encore donné leurs plus importants résultats : surtout on ne savait pas encore les appliquer utilement à la connaissance de la vérité. C'était encore plutôt des curiosités que la base du travail historique. La critique des sources et des témoignages n'existait pas. On respectait les auteurs anciens, on ne les contrôlait pas... Le plus haut degré de génie où l'on pût atteindre consistait, non à examiner les récits des historiens, mais à en raisonner, à en tirer un système de considérations politiques ou philosophiques. Ainsi fit Bossuet... Mais pourquoi le lui reprocherait-on? Machiavel, au siècle précédent, ni même, au siècle suivant, Montesquieu, n'ont pas fait autrement. Ce n'est que de nos jours qu'on a usé d'une autre méthode, quand on se fut aperçu que Tédifice manquait par les fondations, et que les textes des anciens ne contenaient souvent la vérité que comme le minerai impur contient l'or.
Lanson, Bossuet; Lecène.
LETTHES
Le docte évêqiie Hiiet avait été nommé sous-précepteur du dauphin, dont Bossuet était précepteur en titre. L'infatigable activité de Bossuet ne permettait guère au sous-précepteur d'intervenir. Toutefois Bossuet avait pour Huet beaucoup de considération, et souvent le consultait. On suppose qu'il lui communique le Discours sur l'histoire universelle, et que Huet lui répond en se plaçant au double point de vue et de l'érudition en général et de l'instruction du dauphin en particulier.
En envoyant à un ami son Essai sur les mœurs, Voltaire rend hommage aux grandes beautés du Discours sur l'histoire universelle (voyez le ch. xxxii du Siècle de Louis XIV), en signale •discrètement les lacunes ou les faiblesses, et dit pourquoi il ose reprendre cette œuvre en l'élargissant.
Pendant dix ans, de 1670 à 1681, Bossuet travailla à son Discours. 11 avait le projet de pousser son exposition jusqu'au siècle de Louis XIV. On suppose qu'après avoir lu l'ouvrage de Bossuet, l'abbé de Fénelon lui écrit pour le féliciter et l'engager à poursuivre une entreprise si heureusement commencée. Fénelon entrevoyait déjà sans doute quelques-unes des idées qu'il développei'a dans le chapitre sur l'Histoire de sa Lettre à l'Académie.
A la fin de son Discours, Bossuet annonce qu'il a l'intention de pousser plus tard son œuvre jusqu'au xvu^ siècle. On suppose que Mabillon, qui admirait fort le Discours sur l'histoire universelle, lui écrit pour l'engager à donner suite à son projet.
DISSERTATIONS ET LEÇONS
Étudier dans leurs ressemblances et leurs différences les idées de Bossuet et de Montesquieu sur la grandeur et la décadence de l'empire romain.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 18o4 et 1860.)
Exposer les idées et caractériser l'éloquence de Bossuet dans la seconde partie du Discours sur l'histoire universelle.
(Paris. — Leçon d'agrégatiox, 1860.)
Le sénat romain dans Bossuet et dans Montesquieu.
(Paris. — Leçon d'agrég.\tion, 1887.)
Comparer la philosophie politique de Montesquieu et de Bossuet.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1887.)
Jusqu'à] quel point les anciens ont-ils pu concevoir le plan d'une histoire universelle?
(Paris. — Licence es lettres, juillet 1849.)
Comparez le Discours sur l'histoire universelle de Bossuet et la Cité de Dieu de saint Augustin.
(Paris. — Devoir d'agrégation, 1890.)
Comparer la langue et le style de Bossuet dans le Pcmégyriqiie de saint Bernard et dans l'oraison de Condé.
(Paris. — Agrégation des lettres. — Leçon, 1892.)
Historia oratori finitima est. Montrer combien ce mot de Cicéron convient et s'applique au Discours sur l'histoire universelle de Bossuet.
(Besançon. — Devoir d'agrégation de grammaire, mars 1887.)
Développer le mot de Voltaire louant dans V Histoire universelle de Bossuet « ces trails rapides d'une vérité énergique dont il peint et juge les nations ».
(Besançon. — Devoir d'agrégation de grammaire, juin 1887.)
A-t-on pu dire avec raison que l'Histoire universelle de Bossuet est une épopée ?
(Douai. — Devoir d'agrégation de grammaire, mars 1887.)
Le sens historique dans Bossuet et dans Montesquieu.
(Douai. — Devoir de licence, mars 1887.)
Du Romain chez Bossuet et chez Montesquieu.
(Paris. — Baccalauréat, juillet, 1888.)
Comment Bossuet, dans la troisième partie du Discours sur l'histoire universelle, et Montesquieu, dans les Considérations, ont-ils expliqué la chute de la République romaine ?
(Tontenay-aux-Roses. — Devoir de littérature.)
Le Discours de Bossuet et VEssai sur les mœurs de Voltaire : partis de principes opposés, Bossuet et Voltaire dilFèrent-ils si profondément par la méthode?
(Fontenay-aux-Roses. — Leçons.)
Un contemporain (M. Ernest Renan) a écrit : «Nul plus que moi n'admire le xvii^ siècle à sa place dans l'histoire de l'esprit humain; mais je me révolte dés qu'on veut faire de cette pensée lourde et sans critique le modèle de la beauté absolue. Quel livre, grand Dieu! que l'Histoire unicerselle, objet d'une admiration conventionnelle, œuvre d'un théologiefi arriéré, pour apprendre à notre jeunesse libérale la philosophie de l'histoire ! » [L'Avenir de la science.) Accepteriez-vous ce jugement sans restriction? En reconnaissant les faiblesses inévitables de l'œuvre, n'en marqueriez-vous pas la grandeur d'ensemble ? Ne feriez-vous pas, tout au moins, une réserve en faveur de la troisième partie ?
Caractériser par ses grands traits l'œuvre accomplie par Bossuet, précepteur du dauphin, et en montrer l'unité,
Chercher si l'idée fondamentale du Discours ne se retrouve pas au fond de plus d'un sermon et de toutes les oraisons funèbres.
XYIII
Étudier au point de vue historique ce que Bossuet dit des civilsalions de l'Orient et de la Grèce.
Examiner quels rapports peuvent exister entre les Pensées de Pascal et le Discours sur l'histoire universelle.
Comparer le Discours sur l'histoire universelle de Bossuet et la Philosophie de l'histoire de Herder.
Rechercher dans les Sermons, dans les Panégyriques et dans les Oraisons funèbres les passages où l'on peut croire que le Discours sur l'histoire universelle esl en germe, et montrer surtout quelle grande place l'idée de la Providence occupe dans^ l'œuvre entière et dans la philosophie de Bossuet.
VUlpfiTdiclu'- Ir-Houorguc — J. Uaicloiix imiir.
ic3.ï-nio)
Coap d'œil sur la vie de M'"» de .lliûiitenou.
On juge souvent mal le caractère et le rùle de M'^^ de Maintenon, parce qu'on les juge d'après sa fortune, qui fut vraiment extraordinaire : la hauteur de cette fortune où elle s'est élevée comme par miracle fait supposer chez elle une égale hauteur d'ambition et d'intelligence. On est surpris, quand on la considère de près, de la trouver si inférieure, moralement, à l'idée qu'on se faisait d'elle. Elle a, certes, son originalité distinctive, mais surtout et peut-être uniquement comme «institutrice de la maison royale de Saint-Louis », titre modeste et fier, le seul qu'elle ait voulu faire graver sur son tombeau.
Ce n'est pas par une antithèse artiflcielle qu'on oppose au merveilleux romanesque de sa vie la prudence bourgeoise de son caractère et la terne médiocrité de son rôle politique. C'est dans la prison de Niort que naquit Françoise d'Aubigné, probablement le 27 novembre 1635^ Son père. Constant d'Aubigné, fils indigne du grand Agrippa d'Aubigné, l'auteur des Tragiques, y était enfermé, et sa mère, Jeanne de Cardilhac, était venue l'y rejoindre. M. Gréard observe que jamais, dans sa correspondance. M'"'' de Maintenon ne nomme son père : « Ce qu'elle put connaître de sa vie fut certainement pour beaucoup dans la méfiance qu'elle professait à l'égard des hommes. » Plus digne d'estime, sa mère ne semblait pas tenir à inspirer l'affection : elle était froide, un peu sèche; si l'on en croit M'"' d'Aumale, Françoise d'Aubigné ne se souvenait
1. On n'a que la ilate précise de l'inscription de ta naissance sur le registre de Notre-Dame de Niort. 28 novembre 1633. Le parrain est un la Rochefoucauld, cousin de l'auteur des Maximes.