Lettre à M"' de Glapion, 4 avril
gaieté, mais à une gaieLé grave. On peut l'en croire quand elle assure qu'elle n'est point triste naturellement '. Elle avait de l'esprit, et même, surtout au temps de sa jeunesse, un esprit amusant au dernier point : c'est son ennemi Saint-Simon qui l'affirme. C'est peu à peu, semble-l-il, que la contrainte d'une vie toujours dépendante, ou l'obligation qu'elle s'impose ellemême de jouer un rôle, jette une teinte plus sombre sur son caractère et sur son langage. Jeune, elle a déjà l'idée d'une fatalité qui la prédestine à ne pas connaître le bonheur ni le repos-. C'est bientôt une idée fixe, confirmée par sa fortune même. De moins en moins, en effet, à mesure qu'elle s'élève, elle est libre et maîtresse d'elle-même. Gouvernante des enfants de M""" de Montespan, elle se voit plus assujettie qu'elle ne l'était dans sa condition précaire déjeune veuve. Epouse du roi, sinon reine, elle va respirer enfin? Jamais elle ne fut plus esclave, et cet esclavage, elle semble chercher les occasions de nous en faire connaître le poids accablant.
Le vide et renimî de la vie à la cour. — M"»*" deMaiiitenon, le roî, les coni'tisaus. — L'histoire morale chez M"'«^ de lUaiii tenon.
Elle en parle trop, et toujours sur le même ton. Jamais femme, avant M°^'= duDeffant, n'avait eu cette profondeur dans le sentiment de l'ennui : « Je m'ennuie ici àla mort^». Ce n'est pas un cri qui lui échappe dans un jour de mélancolie, c'est presque un refrain de tous les jours.
Que ne puis-je vous donner mon expérience ! que ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands, et la peine qu'ils ont y remplir leursjournées ! Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait peine à imaginer, et qu'il n'y a que le secours de Dieu qui m'empêche d'y succomber? J'ai été jeune et jolie; j'ai goûté des plaisirs, j'ai été aimée partout; dans un âge un peu plus avancé, j'ai passé des années dans le commerce de l'esprit; je suis venue à la faveur, et je vous proteste, ma •clière fille, que tous ces états laissent un vide affreux, une inquiétude, une